‹ L'Hôtel-Dieu de Beaune, 1445-1880Chapitre 10 sur 72 · SA FONDATION C · texte numérisé non relu

SA FONDATION C

Le même jour, par une autre bulle conçue en termes tout aussi élogieux pour le Chancelier, Eugène IV concéda au prêtre qui serait chargé du futur hôpital le pouvoir d'accorder une indulgence plénière, à la mort, à tous ceux qui y décéderaient contrits de cœur et confessés de bouche (i).

Nicolas Rolin reçut avec joie et respect ces lettres si gracieuses. Un instant il hésita sur le lieu où il fonderait l'hôtellerie des pauvres. Des affections de pays et de famille plaidaient en faveur d'Autun : c'était sa ville natale et le siège épiscopal de son fils aîné. Mais des raisons de haute convenance militaient pour Beaune : c'était la ville la plus passante de Bourgogne et une forteresse où, en cas d'alerte, s'abritaient les populations du voisinage. Puis, dans cette cité, la misère était profonde ; sur les 465 feux qui la composaient, 27 seulement étaient solvables, les autres étaient misérables ou mendiants (2) ; et il n'y avait point là, comme à Autun, de riches abbayes faisant de larges aumônes. Le bon et judicieux Chancelier opta pour Beaune, se réservant de payer sa dette envers sa ville natale par la fondation d'une collégiale à Notre-Dame, l'église de son baptême. Aussitôt il acheta, au prix de dix-neuf cents livres, le terrain sur lequel il voulait bâtir.

Il fit part de son charitable dessein au duc de Bourgogne et le pria d'affranchir des redevances du fisc le futur Hôpital et les biens dont ils désirait le doter. Ce prince loua « fon très cher & féal

(i) Archives de l'Hôtel-Dieu.

(2) Histoire de Beaune, par M. Rossignol, p. ;oS.

chancelier, & en confidération de fes hauts, notables & agréables fervices, » lui octroya par des lettres patentes, datées de Dijon dans les mois de mai 1442 et 1443, les faveurs qu'il sollicitait. Philippe,qui portait à juste titre le surnom de Bon que lui a gardé l'histoire, s'associa à cette noble entreprise ; il voulut que l'on prît dans ses forêts tous les bois nécessaires à la construction de l'hospice.

Heureux de rencontrer les hautes et puissantes sympathies du pape et du duc de Bourgogne, Nicolas Rolin se hâta de rédiger la charte de fondation de l'Hôtel-Dieu. Assistons à cette scène qui eut la solennité que méritait la grandeur de l'œuvre rêvée par le Chancelier.

C'est par une belle journée d'été; une fouie nombreuse, recueillie et en habits de fête, entoure le porche de Notre-Dame, qui servait, au moyen-âge dans les grandes circonstances, de forum à la cité Beaunoise. Là, sous ces voûtes si gracieuses, au milieu de sveltes colonnes, se tient une assemblée d'élite; elle se compose : de Messire Henri de Salins, doyen du chapitre, de Jehan Berbis, de Guillaume Moingeard et de Pierre Lochardet, chanoines de l'insigne collégiale ; de Jehan, vierg d'Autun ; de Jehan Berbisote, maieur de Beaune ; d'AndrèDuvernoy,échevin de la ville, et de plusieurs autres personnages. Tous siègent autour d'une longue table, près de laquelle sont deux notaires : Henri de Mara, prêtre du diocèse de Rouen, notaire apostolique et impérial, assermenté près de la cour épiscopale d'Autun, et Jehan Rosern.

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