‹ L'Hôtel-Dieu de Beaune, 1445-1880Chapitre 9 sur 72 · CHAPITRE î · texte numérisé non relu

CHAPITRE î

FONDATION DE L'HOTEL-DIEl

ERS le milieu du quinzième siècle, à la fin de la guerre de Cent Ans, la France et la Bourgogne se trouvèrent réduites à de dures extrémités. Le traité d'Arras (1435), qui réconcilia le duc Philippe le Bon avec Charles VII et prépara l'expulsion des Anglais, fut luimême suivi d'années calamiteuses. Les armées étant dissoutes, il se forma de leurs débris des bandes de gens sans aveu, appelés Ecorcheurs, qui ravagèrent la Bourgogne et la tinrent dans de continuelles alarmes.

Les vols, les incendies, les viols, les meurtres marquaient partout le passage de ces brigands. Les laboureurs, forcés de se tenir dans les villes et les châteaux, négligèrent la culture des terres et il en résulta la plus affreuse famine. Elle commença en 1436 ; elle devint extrême dans les

années 1437 et 1438. On voyait dans les villes les pauvres se rassembler sur les fumiers et périr de faim. On défendit de nourrir les chiens. Cette famine fut suivie de la peste qui désola longtemps la Bourgogne. Les loups accoutumés à se nourrir de cadavres humains se jetaient sur les vivants jusque dans les villes (i).

« En l'an 1438, dit un chroniqueur de cette époque, fuft grande famine par toute la Bourgogne & grand'faute de vin. Et mouroient les povres gens de fa^m par les rues & les champs. Et il fuft tant de povres gens à Beaulne, Châlon & xMacon que les bourgeois firent maifons communes pour loiger les povres ; & fe tailloient (s'imposaient) par feptmaine ung chacun, félon fa faculté, pour les pourventoir.

« En 1439, il y eut grand'mortalité. Et mangèrent les laboureurs du pain de glands & de terre ; car on trouva emprès l'églife Saint-Martin d'Oftun une veine de terre qui fembloit argile, de laquelle on faifoit du pain (2). »

Nicolas Rolin était alors chancelier de Bourgogne. Petit bourgeois d'Autun, humble avocat, il était devenu l'un des hommes marquants de son siècle ; il fut pour la maison de Bourgogne ce que devait être plus tard Colbert pour Louis XIV. Il eut une large part au traité d'Arras et à l'heureuse réconciliation de la Bourgogne et de la France qui mit fin aux calamités de la guerre de Cent

(i) Histoire de Bourgogne par Dom Plancher, tom. IV, p. 233. — Hisioire de Beaune par M. Rossignol, p. 279.

(2) Histoire de l'abbaye de St-Marlin d'Autun, par M. Builiot, I, p. 315.

SA FONDATION o

Ans. Ce grand et insigne personnage était en tel renom de sagesse et de prud'homie, au dire des chroniqueurs, « qu'en France on ne favoit pas fon pareil (i); il vint en toutes vertus à tel avantage par deffus tous les hommes de fon eftat qu'il fut un digne exemplaire & archétype de tous favoir, piété & honneur : dont il fit miraculeufes preuves es affaires du bon duc Philippe , qui en tout fe repofoit fur la fageffe, fçavoir & conduite de ce prudent chancelier. Auffi le bon duc , voulant récompenfer le mérite de tant de labeurs, le fît riche de plus de quarante mille livres de rente & avança hautement fes enfants & parents (2). »

Le Chancelier avait pour compagne Guigone de Salms. Cette excellente et généreuse dame, issuede l'antique et illustre race des Vienne et des Salins était douce, gracieuse et débonnaire à son époux. Par l'ordre, la sage économie et le travail, c'était la femme forte des livres saints ; par la foi, la piété et les autres vertus c'étaitla chrétienne accomplie (3). Le pape Eugène ÏV l'avait en telle estime qu'il l'autorisa, malgré la sévérité des saints canons sur la clôture, à pénétrer dans toutes les communautés de femmes et à y passer quelques jours ; à l'occasion de sa visite, il dispensait même les religieuses de la loi du silence (4).

Ces riches et puissants époux, touchés de la misère du peuple, résolurent de consacrer une large part de leurs richesses au soulagement des

(i) Georges Chastelain, p. 195. Edition du Panthéon.

(2) (annales de Bourgogne, par Guillaume Paradin, p, 854.

(3) Archives des Sœurs : Notice sur S^icolas Rolin, prose et vers.

(4) Archives de l'Hôtel-Dieu, Bulle de 1441.

pauvres. Le Chancelier pria le Souverain-Pontife de l'autoriser à fonder un hôpital, et le conjura de l'enrichir de privilèges et d'indulgences.

Le 8 septembre 1441, le pape lui écrivit de Florence : « Eugène, évèque, serviteur des serviteurs de Dieu, à notre cher fils Nicolas Rolin, chevalier, seigneur d'Authumeau diocèse de Besançon, salut et bénédiction apostolique. Le dévouement particulièrement affectueux dont vous avez fait preuve envers Nous et la sainte Eglise Romaine, mérite que Nous donnions notre gracieux assentiment à vos vœux, surtout à ceux qui tendent à développer le culte divin et à secourir les pauvres. C'est pourquoi Nous vous accordons à vous, le chancelier de notre bien aimé fils, le noble Philippe, duc de Bourgogne, de construire et de doter un hôpital des pauvres en la ville d'Autun ou en celle de Beaune. Nous voulons qu'il soit exempt de la juridiction de l'évêque d'Autun, de celles des chapitres de l'Eglise d'Autun et de Beaune et de toutes autres personnes ecclésiastiques. Nous accordons que la messe puisse être célébrée tous les jours dans la chapelle de cet hôpital, qui jouira en toute sécurité des privilèges, exemptions, immunités, libertés et induits de l'hôpital du S'-Esprit de Besançon. De plus, Nous concédons aux fidèles qui visiteront dévotement la dite chapelle et contribueront à la construction de l'hôpital, les mêmes indulgences que gagnaient, en leur temps, ceux qui visitèrent le dit hospice du Saint-Esprit et contribuèrent à sa construction (i). »

(i) Archives de l'Hôtel-Dieu.

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