‹ L'Hôtel-Dieu de Beaune, 1445-1880Chapitre 12 sur 72 · SA FONDATION II · texte numérisé non relu

SA FONDATION II

Le 28 août 1443, le pieux fondateur établit André Duvernoy, intendant de l'hospice ; c'était un homme « plein de fens, de loyaulté,de prud'homie & de bonne diligence (i). » Il le chargea de surveiller et de presser les travaux ; et chaque jour, de distribuer en pain blanc, aux pauvres qui se présenteraient à la porte de l'hôpital, la valeur de cinq sous tournois. Plein de sollicitude pour les malheureux, le bon chancelier leur fit préparer des sièges et bâtir un auvent pour les abriter.

L'auvent a disparu au commencement de notre siècle ; mais l'aumône quotidienne, que le fondateur avait recommandé de doubler en carême, continue. Chaque jour, les nombreux voyageurs qui se présentent à la porte de l'Hôtel-Dieu reçoivent du pam ; et en hiver, on en fait une distribution bi-mensuelle de cinq cents livres aux indigents de la ville.

Nicolas Rolin arrête les plans du monument qu'il va construire. Il prend pour type un édifice de ces pays de Flandres, où il a passé de longues années à la cour de Monseigneur de Bourgogne : « Le corps de maison du grand Hoflel-Dieu de Beaune, dit une lettre de cette époque, a été édifié à la femblance de Ihofpital Saint- Jacques de Valenciennes ; bien que celui de Beaune soit en conftructure d'édifice de plus grande magnificence, & ait plus de liclz à recevoir malades & povres (2). » Le Chancelier a mandé un artiste flamand ; il lui

(i) Lettre d'institution.

(2) Archives des Sœurs.

expose ses vues ; il désire élever à la gloire de Dieu quelque chose de princier et de royal. L'architecte qui comprit et exécuta si heureusement la pensée de Rolin fut, autant qu'il nous est permis de le supposer, Jacques Wiscrère : une poésie contemporaine, qui célèbre Nicolas, Guigone et leur œuvre, lui donne le titre d'exécuteur (peractorem) du monument et lui souhaite longue vie ici" bas et éternel bonheur au ciel (i).

Aussitôt les gens de divers métiers se mettent en mouvement pour réaliser les généreux desseins des riches et puissants époux. Des manœuvres creusent les fondations de l'édifice ; des carriers tirent de la taille et des moellons dans les montagnes de Rochetain et de Blagny; des bûcherons abattent les plus beaux arbres des forêts de Borne, d'Argilly, de Champgerlay et d'Espenau ; de lourds charriots chargés de chaux, de sable, de pierres, de bois et d'ardoises sillonnent en tous sens les routes de Beaune. Dans les rues de la ville on entend la lime et le marteau des maîtres serruriers qui préparent les ferrures. L'îfnaigier Jehannin Fouquerel dessine les carreaux qui doivent paver les salles ; il les armorie des initiales de Nicolas et de Guigone, il y place leur devise Seulle, Seulle et les sème d'étoiles. Denis Géot, d'Aubigny, près de Brazey-en -Plaine, façonne ces carreaux historiés et fabrique les tuiles vernissées qui doivent couvrir une partie du monument.

Jehan Ratheau et ses compagnons construisent les murailles. Près d'eux des maîtres ouvriers

(i) Archives des Sœurs : D^otice sur le chancelier O^icolas T{olin, vers.

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