SA FONDATION
chantent en sculptant la pierre et le bois. Jehanin Garreau, Guillemin Dudet, Guillaume La Rathe et Simon Dernier placent la charpente de la grande salle et de la chapelle et lancent vers le ciel la flèche aérienne qui les couronne. Baudechon Courtois et ses compagnons, venus de Mèzières sur Meuse, les couvrent d'ardoises. Colin Vinet, de Beaune et d'autres artistes plombiers fixent de charmantes dentelles au faîte de l'édifice et plantent, au sommet des pignons et des tourelles, des girouettes plus gracieuses que des bouquets de fleurs. Des verriers décorent les fenêtres de splendides vitraux (i).
Pendant ce temps on travaille pour l'intérieur de l'Hôtel-Dieu : d'habiles ouvriers tissent le lin, la laine et le chanvre, ou façonnent des meubles ; des fondeurs en bronze et en étain préparent une magnifique vaisselle ; des artistes flamands créent des chefs-d'œuvre de peinture et de sculpture ; des orfèvres cisellent des vases sacrés ; le Pape expédie de Rome un trésor de saintes reliques, que des joailliers enchâssent dans des bijoux étincelants de pierreries ; et la pieuse Guigone brode les parements qui doivent décorer l'autel.
Le Chancelier avait demandé cinq ans pour terminer son œuvre : il fit tout avec tant de magnificence, qu'il lui en fallut plus de huit ; les travaux ne furent achevés qu'au mois, de décembre 1451. La fin de cette année fut pleine d'allégresse pour Rolin
(i) Archives de l'Hôtel-Dieu. — Histoire de 'Beaune, par M. Rossignol, p. 298-304.
et Guigone : « le jour de la fefte de Monfeigneur fainêl Sylveftre, on béni la chapelle de l'hofpital ; la veille on avoit béni fon cemetière. » Qui accomplit cet acte religieux ? Nous pouvons affirmer, malgré le silence de notre chroniqueur, que ce fut messire Jehan Rolin, fils du Chancelier et évêque d'Autun : il ne dut céder à nul autre si grande joie et pareil honneur. Le Pontife, après avoir parcouru en les bénissant toutes les salles de la maison, célébra les divins mystères et enferma Jésus dans le tabernacle. L'Hôtel-Dieu a reçu son Hôte : les pauvres peuvent accourir (i) !
Le lendemain, i" janvier 1452, Nicolas et Guigone accueillaient au seuil de la maison six sœurs, venues des pays de Flandres pour soigner les pauvres. Ce jour même, ces pieuses filles installèrent dans la Grand'chambre le premier malade : bientôt tous les lits furent pourvus. « Le dix janvier de cefte année, le premier trefpaffé fut enfevely dans le cemetière (2). » Le voilà fondé cet « admirable hofpital de Beaune qui, au dire de Paradin, n'a son égal au monde (3). »
(i) Avant la Révolution, le 31 décembre de chaque année, l'Hôtel-Dieu fêtait solennellement l'anniversaire de sa dédicace. (Directoire, p. 73).
(2) Archives des Sœurs: Notice sur le chancelier SHj-colas Rolin, prose et vers.
(3) Guillaume Paradin, tÂnnales de Bourgogne, p. 854.