‹ L'Hôtel-Dieu de Beaune, 1445-1880Chapitre 20 sur 72 · SON PERSONNEL · texte numérisé non relu

SON PERSONNEL

était loin de la Bourgogne et les communications étaient difficiles ; c'est pourquoi l'intendant et les sœurs de notre Hôtel-Dieu, afin d'éviter les lenteurs d'un recours direct au Siège Apostolique, supplièrent le Pape de pourvoir à leur défense. Par un bref du 4 des nones de janvier 1452, Nicolas leur donna pour protecteurs le doyen de la Sainte-Chapelle de Dijon et les abbés de Sainte- Marguerite et de Vézelay ; il investit ces personnages de son autorité et leur conféra le pouvoir d'user des censures ecclésiastiques et de faire appel au bras séculier contre tous ceux qui seraient coujoables d'injustice ou de violence envers les personnes ou les biens de l'hôpital de Beaune (i).

En montant sur le trône pontifical, Galixte IIÎ, fidèle aux traditions de ses deux prédécesseurs, confirma les privilèges qu'ils avaient accordés à l'hospice de Nicolas Rolin et, voulant faire affluer les charités où affluaient les misères humaines ; il concéda, pour trente années, une indulgence de douze ans et de douze quarantaines aux fidèles qui, contrits et confessés, visiteraient la Chapelle de l'Hôtel-Dieu et y feraient l'aumône aux fêtes de la Conception, de la Nativité, de la Purification, de l'Annonciation et de l'Assomption de la Vierge, et pendant leurs octaves (2).

Son successeur fut encore plus bienveillant et plus généreux. En 1459, Nicolas et Guigone reçu-

(i) Archives de l'Hôtel-Dieu, "^ref des nones de janvier 14^2,

(2) Archives de l'Hôtel-Dieu, Bref du j des calendes de janvier 1455^

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rent cette Bulle, datée de Mantoue la veille des ides de janvier :

« Pie, serviteur des serviteurs de Dieu. Animé du désir de rendre de plus en plus prospère l'hôpital de Beaune, et prenant à juste titre en considération les divers services et gages de fidélité dignes d'un impérissable souvenir, que nous avons reçus, tant nous personnellement que l'Eglise Romaine, jusqu'à ce jour de Nicolas Rolin ; de notre propre mouvement et pure libéralité, nous ratifions et confirmons tous les droits, privilèges, libertés, immunités et indulgences accordées au dit hôpital. Et quant aux indulgences données pour trente ans par Calixte, notre prédécesseur, nous voulons qu'elles durent à perpétuité, nonobstant toutes constitutions et décrets apostoliques et autres choses contraires. »

Cette Bulle transcrit tout au long les statuts que le Chancelier donna le 31 août 1459, comme règle définitive à l'Hôtel-Dieu. Pie II les approuve et dit bien haut : « Qu'il ne soit permis à aucun homme d'enfreindre cette lettre contenant notre confirmation, ni de s'y opposer témérairement. Si quelqu'un ose commettre cet attentat, qu'il sache qu'il encourra l'indignation du Dieu tout-puissant et de ses bienheureux apôtres Pierre et Paul (i). »

Dans ce règlement le fondateur se montra aussi sage, prudent et avisé qu'il avait été grand et libéral ; il dota son hospice d'une constitution si forte que cette maison n'a fait que grandir avec les siè-

(i) Archives de l'Hôtel-Dieu, Bulle de Tie II.

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des, et qu'elle a toujours été reconnue comme l'un des modèles des établissements de charité.

Rolin s'attribua le haut patronage sur son Hôtel-Dieu. « Je réserve expressément, dit-il, et retiens entièrement pour l'avenir, pour moi et pour les miens après mon décès, l'autorité et la prérogative de nommer et instituer le Maître recteur et receveur, la Maîtresse, le Confesseur et les Chapelains -, comme aussi de les destituer et déposer selon ma volonté et celle de mes successeurs (i). » La famille du Chancelier a exercé ce haut patronage jusqu'en 1789. Depuis, l'hôpital est régi par une commission administrative présidée par le Maire de la ville.

Le fondateur chargea un intendant de l'administration temporelle de la maison et de ses biens, « Je veux et ordonne que dans mon hôpital il y ait un. Maître ou Recteur pour le gouverner en mon nom, pour recevoir les rentes et revenus qui lui appartiennent ou lui appartiendront à l'avenir, et dont il devra rendre compte chaque année, à moi, à mes héritiers et successeurs ou à nos délégués, après avoir convoqué pour entendre et arrêter le dit compte, s'ils veulent y assister, le maire et les échevins de la ville de Beaune, ou leurs commissaires et délégués. Le premier gouverneur de mon hôpital fut un homme prudent et honorable, André du Vernoy, bourgeois de Beaune; et, après lui, j'ai institué Jean Duban,qui en remplit maintenant

(i) Archives de l'Kôtel-Dicu, Bulle des Statuts, n" i.

l'office (i). » Par ce statut, le Chancelier assura l'intègre et intelligente gestion des biens des pauvres et fonda la fortune de notre Hôtel-Dieu.

Nicolas Rolin pourvut en même temps avec une paternelle sollicitude aux besoins spirituels des pieuses hôtelières de sa maison et à ceux de ses chers amis les pauvres. « Je veux également que dans mon hôpital il y ait un confesseur suffisant et capable pour entendre les confessions de la maîtresse et des sœurs ; je leur ai donné pour confesseur un homme prudent et honorable, maître Guillaume de Brasey, chanoine de la collégiale de Beaune,et après lui, Jehan Jobard, bachelier en décrets. Je veux aussi qu'il y ait deux chapelains suffisants pour célébrer tous les jours, et alternativement chacun leur semaine, la messe dans mon hôpital, en présence des pauvres et des sœurs ; lesquels chapelains administreront aux pauvres les sacrements de l'Eglise (2). »

La nomination du Confesseur ou Père spirituel fut d'abord l'un des privilèges du fondateur et de ses descendants ; mais le cardinal Rolin statua bientôt que les sœurs éliraient elles-mêmes leur Directeur, et que le patron ne ferait que confirmer leur choix. Le confesseur avait pour mission d'administrer les sacrements aux hospitalières et aux malades de qualité ; de veiller à ce que les chapelains s'acquittassent religieusement de leurs fonctions ; de diriger les sœurs dans la concorde et la

(i) Archives de l'Hôtel-Dieu, '^idh des statuts, n° 2, n" I2, et passim. (2) Bulle des statuts, n° 16, et passim.

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