SON PERSONNEL
paix, la ferveur et la charité envers les pauvres ; d'éloigner de la maison tout ce qui serait contraire au bon ordre, à la règle, à la piété et à la sainteté chrétienne. Il siégeait autrefois au conseil d'administration, où il avait voix consultative et délibérative ; il vérifiait tous les mois, avec l'intendant, la Maîtresse et sa compagne, la dépense de la maison (i). Le Directeur des sœurs et les chapelains ont toujours été choisis dans l'élite du clergé de la province ; aussi ces prêtres n'ont pas peu contribué par leur science, leur sage direction et leur vertu au glorieux renom de l'Hôtel-Dieu.
Pour que ces anges du sanctuaire fussent à l'abri de tout soupçon, le Chancelier fixa leur demeure hors de l'hospice, prés du lieu où elle est aujourd'hui. Grâce à notre inventaire de 1501, nous pouvons la visiter peu de temps après la mort de Rolin. Ses chambres sont pauvres et austères, nous n'y découvrons nulle trace de tapisserie, de peinture et d'objets d'art. A part « ung champlit de lambroifferie, ung petit buffet ouvré et deux beaulz andiers » qui sont dans l'appartement du Directeur, nous n'y trouvons rien qui rappelle le luxe des salles de l'Hôtel-Dieu. La petite bibliothèque nous indique quels sont les sujets d'études et de méditations des hommes de Dieu qui vivent ici ; nous voyons sur ses rayons : « la Bz6/e imprimée,» les Homélies de saint Grégoire, le Pastoral de saint Ambroise, la Vie de Jésus-Christ, le Raiional des divins Offices, la Lumière des Confesseurs avec la Somme théologique de Jean de Rupella, et
( I ) Sominalrc des règles et observances du grand Hôlel-IDieu de Beaune.
la Science du cœur, « ces deux livres font efcriptz de la main de maiftre Jehan Baffîer )) l'un des premiers chapelains de l'hospice (i).
En rédigeant ses statuts, le Chancelier se préoccupa surtout de la Maîtresse et des sœurs, comprenant que c'était la légion angélique qui était appelée à servir Dieu et les pauvres dans son hôtel. Rolin avait fait venir du béguinage de Malines six hospitalières ; il leur donna pour Maîtresse ou Supérieure l'une d'elles , sœur Alardine Gasquière.
C'était une femme d'une rare intelligence, d'une vertu et d'une énergie toutes viriles ; arrivée avant ses compagnes, elle avait admirablement présidé à l'ameublement de l'hospice. Ses goûts de grandeur, quand il s'agissait de Dieu et des pauvres, répondaient aux élans généreux du fondateur, mais sa sévérité de directionn'allaitpoint à l'esprit de sagesse et de douceur du Chancelier. Alardine avait apporté de Flandres la règle des hospitalières de Valenciennes, «qui en leur eftat efloientles mieulx renommées qui fuffent deçà les mons»; elle avait un religieux respect pour cette règle «faiéle à grande délibéracion par Mgr le cardinal de S'^-Croix, & maiftre Nicolas fon chapelain & fecrétaire, maif tre en théologie & depuis Pape (2).)) Elle s'efforça de la faire observer par ses compagnes ; on tenait chapitre, et parfois on donnait de très dures disciplines, on n'osait même boire de l'eau sans la permission de la Maîtresse ; on gardait les cérémo-
(i) Inventaire de 1501.
(2) Archives des Sœurs : Lettre adressée à Guigone de Salins.
nies et les formes de la vie religieuse ; c'étaient les rigueurs de la vie pénitente jointes aux héroïques travaux de la vie hospitalière.
Le bon Rolin craignit que le joug ne fût trop lourd et que les vocations naissantes ne vinssent à se décourager ; cette règle ne répondait nullement à l'idéal qu'il avait rêvé. Il fit des remontrances à la Maîtresse qui, n'ayant aucune autre règle pour se diriger, persista dans la voie qu'elle croyait seule bonne. Elle dit même avec franchise au fondateur « qu'après son décès ni elle, ni ses hospitalières n'entendaient rester soumises à ses héritiers (i).)) Le grand Chancelier, qui était accoutumé à parler en maître et à traiter d'égal à égal avec les souverains, remercia Aiardine des services qu'elle avait rendus à l'Hôtel-Dieu pendant près de onze ans et la pria d'aller exercer sa charité à Malines ou à Valenciennes. La bonne sœur dressa l'inventaire des biens qui lui avaient été confiés, dit adieu à ses compagnes et repartit pour la Flandre.
Alors Rolin, usant du droit qu'il s'était réservé dans la charte de fondation, statua sur la manière dont il voulait que son hospice fut gouverné et régi ; il traça le règlement de la Maîtresse et des Sœurs. Le pieux fondateur fut si heureusement inspiré, qu'il réalisa l'une des belles créations de la charité chrétienne, l'hospitalière de Beaune.
« Je veux et ordonne, dit-il, qu'il y ait dans mon hôpital une Maîtresse chargée de la direction et conduite des sœurs pour le service convenable des
(i) Bulle des statuts.
pauvres ; elle aura autorité pour conduire et diriger les sœurs, les former aux bonnes mœurs et les maintenir de tout son pouvoir dans les sentiments d'une vraie charité. Elle les exhortera à servir les pauvres avec soin et diligence, le mieux qu'elles pourront (i). »
Cette hospitalière est l'âme et la providence de la maison. Si l'intendant est la source cachée qui concentre les eaux de la charité, la Maîtresse est le ruisseau qui les distribue, portant partout la fraîcheur et la vie. C'est la mère des malades ; elle les accueille au seuil de l'hospice ; elle veille à ce qu'ils soient entourés de soins intelligents et dévoués, et, quand ils sont guéris, elle les éconduit gracieusement pour faire place à d'autres infirmes. C'est l'archange de la céleste légion ; elle veille sur les sœurs, les encourage, les dirige et les reprend au besoin. Elle assigne à chacune son emploi; elle place toujours deux sœurs dans chaque office, une jeune et une ancienne, pour que l'humilité et l'obéissance soient au service de l'expérience et de la charité. Tous les trois ans, elle change, de concert avec son assistante et le père spirituel, les offices et les compagnes afin que chaque hospitalière ait une égale part de labeurs et que la bonne harmonie règne de plus en plus dans la sainte communauté (2).
Comme cet emploi demande beaucoup d'intelligence, de tact et de vertu, l'élection de la Maîtresse se fait avec soin et solennité. Le fondateur
(i) Bulle des statuts, n''" 3, 10, 11 .
(2) Sommaire des T(egles et Observances de l'Hofel-Dicu.
s'était réservvè cette nomination, mais le cardinal Rolin l'abandonna aux sœurs et exigea seulement que le patron confirmerait la nouvelle élue. Quand la supérieure est morte, les professes se réunissent sous la présidence du père spirituel qui les invite à se recueillir devant Dieu et à élire, sous l'inspiration de son Esprit et de leur conscience, la sœur qu'elles jugent plus apte à gouverner la maison et à y faire fleurir la charité.
L'élue est présentée aux administrateurs qui ratifient le choix qui vient d'être fait. Le Président rappelle aux sœurs l'amour, le respect et l'obéissance qu'elles doivent à leur Maîtresse et invite celle-ci à régir dignement l'Hôtel-Dieu, en étant la providence des pauvres et la mère de ses compagnes. La nouvelle supérieure renouvelle ses vœux et s'engage à remplir fidèlement ses fonctions. Puis toutes les sœurs, en signe de dilection et de déférence, lui donnent le baiser de paix.
Le Tré:^eleur est au clocher et jette au vent ses airs les plus jo3reux ; il annonce à la ville que les pauvres peuvent se réjouir : une mère vient de leur être donnée. Au chant du Te Deum, la Maîtresse, toute frémissante d'émotion, est conduite à la chapelle, où le prêtre chante cette prière . (( Faites, nous vous en prions. Seigneur Jésus, que l'élue votre servante, en montrant par sa conduite à ses inférieures la voie droite qu'elles doivent suivre, et en leur donnant l'exemple de toutes les bonnes œuvres, ne cesse de les porter à l'amour et à la pratique de toutes les vertus, et qu'un jour elle reçoive la récompense de l'éternelle béati-
tude. » Il célèbre les divins m5^stère3 et appelle sur la nouvelle élue et ses compagnes une ample diffusion de grâce et de charité. En descendant de l'autel, il remet à la Maîtresse les statuts de Nicolas Rolin et dit : « Recevez cette régie qui doit sanctifier ceux qui l'observent; afin que par elle vous puissiez, avec le troupeau qui vous est confié, vous présenter sans tache devant le Seigneur au jour des justices (i). »
La plus belle mission de la Maîtresse est de préparer des servantes aux pauvres et des épouses à Jésus-Christ; le fondateur a eu soin de la guider dans cette noble tâche. « Je veux, dit-il, que dans mon hôpital on reçoive des jeunes filles de dix-huit à trente ans en aussi grand nombre que l'exigera le service des pauvres. Elles doivent être de bonnes catholiques, d'une vie louable et d'une conduite honnête (2). »
Les jeunes filles qui aspirent à cet honneur s'adressent à la Maîtresse qui juge si la pureté de leur vie, la docilité de leur caractère, la force de leur santé et l'honorabilité de leur famille les rendent dignes de postuler. Quand elles réunissent toutes ces conditions, la supérieure leur ouvre les portes de l'hospice, môme dès l'âge de quatorze ans, afin qu'une épreuve plus longue rende leur vocation plus certaine. La postulante reçoit un petit bonnet blanc qui est une parure de simplicité et de modestie, et « le devantier » qui est
(i) Ccrémcnial ancien et nouveau de l'Hô!el-T)ku. (2) Bulle des statuts, n« 4, 28.
l'insigne de son saint apprentissage; elle est admise à l'Hôtel-Dieu un jour de chaque semaine pour aider les sœurs dans le pansement des plaies, dans la préparation des aliments et des remèdes, et dans tous les soins divers que réclament les infirmes et les mourants. On multiplie pour elle les jours d'admission à mesure que l'on voit croître sa ferveur et se développer ses aptitudes. Enfin elle est accueillie à l'hôpital et placée sous la direction de la sœur chargée des novices qui, après l'avoir affermie dans la pratique des vertus de la vie chrétienne, lui découvre les célestes horizons de la vocation religieuse, c'est-à-dire les beautés et les joies de la chasteté virginale, les abnégations et les sacrifices de l'obéissance, les dépouillements de la sainte pauvreté, et tout ce qu'il y a de doux et de glorieux dans le service de Dieu, des indigents et des malades (i).
Quand cette jeune fille est bien résolue à suivre cette voie que le Christ parcourut le premier en la laissant toute illuminée de clartés et embaumée de parfums, la Maîtresse prend l'avis des hospitalières, du père spirituel et des administrateurs^etadmet la postulante à recevoir l'habit de novice. L'évèque ou le prêtre qui doit présidera lavèture bénit la robe et le voile en conjurant, par l'intercession de la Vierge, de saint Jean-Baptiste et de sainte Marthe, le Christ de revêtir de chasteté, d'humilité, de charité et d'obéissance celle qui est appelée à l'honneur de porter ce saint habit. Qu'elle es^ belle la fiancée de Jésus pauvre et souffrant, quand
(i) Sommaire des T{ègles et Observances de l'Hôtel-Dieu,
rougissante de pudeur et parée de son voile blanc, de son corsage de velours et de sa robe noire la Maîtresse la conduit à l'autel ! Agenouillée devant le pontife ou le prêtre, elle dit d une voix émue : « Très-Révérend Père, qu'il vous plaise de me recevoir dans cette maison pour converser avec les sœurs, ajfin d'être, par elles, instruite de ce que je dois savoir et faire pour le service de Dieu et des pauvres. — Réfléchissez, ma fille, sur la demande que vous venez de me faire, répond l'officiant, persévérez-vous ? — Oui j'y persévère, et j'espère que Dieu me fera la grâce d'être fidèle aux obligations que j'aurai à remplir. — A ces conditions et sous ces promesses, je vous reçois," ma fille, pour converser avec les sœurs de cette maison, afin qu'elles vous instruisent dans le service de Dieu et des pauvres ; vous exhortant à la piété, au respect envers les sœurs et à la douceur envers les malades (i). »
A cette école, la novice apprend cette douceur, cette délicatesse qui font de l'hospitalière au chevet du malade comme une mère près du berceau de son enfant ; qui rendent sa voix onctueuse, sa main légère, sa démarche preste et silencieuse. Elle acquiert cet esprit de sacrifice qui donne sans mesure et qui supporte patiemment tout ; cette gaieté, qui prenant sa source dans un cœur heureux de se dévouer, met la sérénité sur le visage, le sourire et de suaves paroles sur les lèvres, et qui inspire à l'infirme la sécurité, la paix et l'espérance. Ses compagnes l'initient à cet esprit d'ob-
(i) Cérémonial de l'HôUl-Dku^
servatîon si nécessaire à la garde-malade, à cet ordre, à cette propreté qui reposent les regards de celui qui souffre et qui hâtent puissamment la guérison. Enfin, elle apprend des soeurs les paroles qui consolent l'infirme, qui lui font accepter la douleur et le préparent à saintement mourir.
Quand la novice a passé de longs mois et souvent plusieurs années dans cette école de dévouement et de charité, la Maîtresse, après avoir de nouveau consulté les sœurs et les supérieurs de l'hospice, conduit la Jeune aspirante à l'autel pour faire profession. Agenouillée devant l'Evèque ou le prêtre qui préside la cérémonie, la novice dit avec une sainte joie : « Qu'il vous plaise, très-Révérend Père, de me recevoir dans cette maison pour servante de Dieu et des pauvres. — Votre demande est-elle sincère ? répond l'officiant. — Oui, très-Révérend Père ; je m'offre librement et de bon cœur pour servir Dieu et les pauvres malades dans cette maison, en gardant la chasteté, la pauvreté et l'obéissance, espérant d'y persévérer tout le temps de ma vie. » L'officiant reçoit ses vœux et place sur son front une couronne de roses blanches en signe des noces virginales qu'elle contracte avec Jésus-Christ. Puis il appelle sur elle tous les dons de l'Esprit divin et toutes les bénédictions du céleste Epoux (i).
La pauvreté que promet notre hospitalière n'est pas celle des religieuses cloîtrées ; elle peut hériter, jouir des donations qui lui sont faites, administrer ses biens et en disposer. Ce vœu l'oblige
(i) Cérémonial de r Hôtel-Dieu.
seulement à un plus grand détachement du monde, à ne travailler que pour les pauvres ou pour son entretien personnel, à éviter les dépenses superflues, à veiller avec soin sur toutes les choses qui lui sont confiées et à mener une vie laborieuse. Le jour de Saint-Sylvestre, en souvenir de la pieuse domesticité à laquelle elle s'est vouée, elle trouve à sa place au réfectoire la modique somme de trois francs. Elle les reçoit avec joie et respect comme les arrhes de l'éternelle récompense qui lui a été promise par le divin Maître.
C'est une ravissante création que l'hospitalière conçue parle génie de Rolin. Par la piété, la chasteté et l'obéissance c'est la sœur des anges ; elle se lève dès le matin et consacre ses premiers instants à la prière ; elle entend la messe tous les jours et puise au cœur de Jésus, par la communion, la force et la générosité qui lui sont nécessaires. Elle récite l'office de la Vierge et celui des Morts. Sa charité la rend la mère des pauvres et des malades; elle passe tout le jour à leur chevet, les assistant avec une douceur et une sollicitude inaltérables ; elle leur donne même les heures de son sommeil : « les sœurs veillent deux avant minuit et deux après minuit, autant que leur santé le leur permet. » Ces saintes filles ont pour les âmes des attentions angéliques ; le soir et le matin elles offrent de l'eau bénite aux malades, font la prière à haute voix, et une lecture pieuse au milieu du jour ; elles exhortent et consolent ceux qui souffrent, les disposent à recevoir les sacrements et les préparent à saintement mourir.
LES SCEURS 73
Quand un malade touche au trépas, une des sœurs récite à l'autel de la salle les prières de l'agonie. Après sa mort, les deux sœurs qui l'ont soigné accompagnent son corps à la chapelle funéraire, en récitant des oraisons et, quand l'heure est venue, elles le déposent elles-mêmes dans le cercueil, priant pour son âme.
Leur vie est aussi austère et désintéressée qu'elle est laborieuse. « Les sœurs se contentent de la nourriture la plus commune qu'on donne aux pauvres. Elles observent tous et chacun des jeûnes et abstinences de l'Eglise. En outre, elles jeûnent les veilles des fêtes de la Vierge, tous les vendredis, et gardent, si elles peuvent, l'abstinence le mercredi. )) Pour n'être jamais à charge à la maison, elles paient leur déjeuner, achètent leurs vêtements, la couche qui sert à leur repos, tous les meubles et les objets qui leur sont nécessaires (i).
Le Chancelier, en traçant sa règle, s'occupa même du costume des servantes des pauvres : « Je veux que la Maîtresse et les sœurs de mon hôpital soient habillées de vêtements gris en drap commun et fort et que le vêtement de dessous soit en drap blanc, et qu'elles conservent la coiffure qu'elles ont portée jusqu'aujourd'hui (2). » Peu de temps après la fondation, on changea la couleur des vêtements ; on adopta le blanc depuis la Pentecôte jusqu'à la Toussaint et le gris pendant le reste de l'année. D'après le P. Héliot, le costum.e blanc en été et gris en hiver était exclusivement affecté aux
(i) Règles et Observances de l Hôtel-Dieu, 'Directoire, Passim. (2) Bulle des statuts, n° 8.
hospitalières exemptes de la juridiction de l'Ordinaire, et était porté par toutes les hospitalières du duché de Bourgogne ainsi que par celles de Dôle, tandis que le costume constamment gris était le signe distinctif des hospitalières soumises à l'évèque diocésain (i). Après la tourmente révolutionnaire, quand les soeurs de notre Hôtel-Dieu reprirent leur habit religieux, elles adoptèrent, avec toutes les maisons issues de Malines, le bleu comme costume d'hiver ; la fabrication des draps gris dont elles se servaient était abandonnée.
Ce qui préoccupa surtout Rolin dans ses statuts, ce fut le soin des indigents. «Que les sœurs, dit-il, soient diligentes à remplir leur devoir envers les pauvres de Jésus-Christ, dans toutes leurs nécessités corporelles et spirituelles, à les exhorter à la patience dans leurs infirmités et leurs misères ; qu'elles s'ingénient pour les porter à la pénitence , les exciter à se repentir de leur péchés, à les confesser entièrement et à recevoir les sacrements de lEglise ; qu'elles s'appliquent à faire connaître aux chapelains les besoins des pauvres et qu'elles les sollicitent avec soin et diligence à leur administrer les sacrements, quand ce sera opportun. Qu'elles vivent elles-mêmes comme des sœurs en Jésus-Christ, en tout amour et dilection, donnant le bon exemple aux pauvres et tout occupées des bonnes œuvres, en persévérant dans une profonde humilité, et une sincère dévotion ; car c'est ainsi qu'elles gagneront le royaume de Dieu (2). »
(i) Histoire des Ordres monastiques, tom. Vi, p. 283. (2) Biûle des statuts, n° 28.
Les vœux du pieux fondateur ont été exaucés ; ses hospitalières ont toujours rempli et remplissent encore religieusement leur céleste mission. Avant d'écrire ces pages, nous avons interrogé quatre siècles, tous forment autour de ces servantes des pauvres un concert de louanges; on peut en juger par ces deux voix qui résument toutes les autres : « Les œuvres de charité qui s'exercent à l'Hôtel-Dieu de Beaune, dit un vieux chroniqueur, sont si grandes que toutes celles qui se font en toute Gaule n'en approchent point de grand espace (i), » Ecoutons maintenant l'un de nos poètes contemporains :
Qui n'a pas admiré notre hôpital antique.
Où flamboie en tous sens l'art byzantin-gothique ?
Tout s'y tient, le portail et le clocher pointu.
Avec le chaperon par les sœurs revêtu.
Si leur habit n'est pas adorné de dentelles,
Leur élégant manoir en est couvert pour elles,
Et leur coquetterie est dans sa propreté.
Blanche vertu qui règne ici de tout coté :
Tout y brille : étain, fer, cuivre et chêne sculpté ;
Mais rien n'y brille autant que leur charité sainte ;
C'est le plus beau fleuron de cette illustre enceinte,
Et la sérénité règne dans ces pourpris,
Où tous les maux humains sont pourtant réunisi
Le regret n'assombrit jamais ces fronts candides.
Le bandeau qui les ceint y forme seul des rides ;
Et leurs jours consacrés aux pauvres par un vœu,
Plus rapprochés du ciel s'écoulent en ce lieu,
Comme au sommet des monts une eau pure et tranquille.
Et lorsqu'au sanctuaire on les voit à la file,
Sous leurs grands voiles blancs en ailes arrondis,
On dirait un essaim d'àmes du Paradis (2).
(i) Guillaume Paradin, ,y^imales de Bourgogne, page 854. (2) Pampres de Bourgogne, par M. Simon Gauthey, p. 107.
NICOLAS ROl.IN. FONDATEUR
HOIEI.-DIEU DE BEAUNE
EO BATAULT, UDÎTEUR