V. — LBS REVENUS DE L*HÔTEL-DIEU. l3l
De Fordre que l'on a acooustumé tenir le jour de Pasques au banquet et réfection tant des paouvres indigens de FHostel-Dieu que prisonniers de plusieurs prisons de ceste ville de Paris.
1. Premièrement, le jour que l'on dist Mi-Caresme, fault advertir les boulexiger et pâtissier que Ton doit prendre pour la réfection et nutriment du service dud. banquet, qu'ib ayent à fere la monstre du pain craquelin et mestier, pour icelle monstrer aux gardes anciens pour en avoir leur advis ced. jour de Mi-Garesme, qui pour ce ûdre sont assemblez en l'hostel de céans.
2. Ced. jour de Mi-Caresme, ne fault mettre en oubly à distribuer Taumosne aux paouvres demeurans es maisons de céans, qui est à chascun quelque lopin de viande et deux solz tournois, estant la coustume que Les deux jeunes gardes payent lad. aulmosne.
3. Le lundy de la Sepmaine saintte, fault prier le doyen d'assister avec les gardes pour cueiller les aulmosnes par toutes les maisons des orfèvres et ne mettre en oubly à fere payer généralement tous les serviteurs de Testât, puis casser les tirelires.
4. Pareillement aussi le mardy ou mer credy de lad. sepmaine, fault distribuer Taumosne aux paouvres de céans, suyvant la coustume, qui est à chascun trente solz tournois.
3. Le jeudy de lad. sepmaine, les doyen et six gardes se doyvent assembler en FHostel-Dieu de Paris pour scavoir le nombre des paouvres, afin de les partager en sept et que chascun sache bien ce qu'il a pour servir le jour de Pasques; le doyen doit chobir le pr»* mier et les six gardes après, selon l'ordre de leur élection.
6. Ce mesme jour, lesd. doyen et six gardes ont accoustumë se trouver avec les gens d'église à la cène qui se fait au refrettouer dud. Hostel-Dieu, et par mesme moyen l'on prie monsieur le maistre dud. Hostel-Dieu de prester le refrettoir pour retirer la compagnie qui est appellée pour faire le service des paouvres led. jour de Pasques.
7. Le vendredy que nous appelions Sainct en lad. sepmaine, les deux jeunes gardes doyvent aller du matin à la place où fiit jadis le cimetière Sainct-Jehan, pour achapter des oeu^ et les faire porter aud. Hostel-Dieu.
8. Led. jour de vendredy, les doyen et six gardes se doyvent trouver ensemble, après le disner, ^our sçavoir quel nombre de paouvres y a aud. Hostel-Dieu, puis aller ensemblement achapter la quantité des veaux qu'il convient avoir pour led. jour du banquet.
9. Le samedy, veille de Pasques, lesd. doyen et six gardes se doyvent trouver du matin à THostel-Dieu pour veoir diviser et despecer les veaux en gobetz de chascune pièce.
10. Estât des gobetz qui se doyvent faire en chascun membre de veau : eo premier lieu, de la longe, xii gobetz; de la poittrine,
l3a PREMIÈRE PARTIE.
XI gobetz ; de la rouelle, xii gobetz ; du colet, x gobetz ; de Tespaule, vu gobetz; du gigot, v gobetz. — Ensuivent les membres de veau que Ton a accoustumé prendre pour rôtir : la longe, la poitrine, la rouelle, Tespaule.
IX. Led. jour, veille de Pasques, lesd. doyen et six gardes se doyvent trouver aud. Hostel-Dieu après disner, pour chascun d'iceux recevoir ung cartier de veau avec le froment, pour un chascun traitter sa compagnie qui ayde à servir les paouvres le jour de Pasques.
12. De la viande que Ton a accoustumé donner aux officiers et à ceulx qui ont charge dud. festin et banquet :
Premièrement, à monsieur le maistre dud. Hostel-Dieu, pour le plaisir et courtoysie qu'il faict de prester le refectoir le jour de Pasques, est de coustume luy donner une longe de veau honnestement accoustrée, tant pour luy que ses hommes d'église ; — à madame la prieure et pour sa compagnie est aussi présenté une longe de veau pour la peine qu'elles ont de nettoyer les paouvres dud. Hostel-Dieu ; — a la soubz-prieure, pour le linge qu'elle preste au clerc pour led. banquet du jour de Pasques, une demye longe toute accoustrée ; — au cuysinier qui prépare la viande pour led. jour de Pasques, une longe ; — au clerc de céans, pour luy et ses gens qui luy aydent à servir aud. banquet, une longe avec une fraize ou fressure, et non autre chose ; — à ceulx qui tirent le vin et à celuy qui distribue le pain craquelin et mestier, une longe pou^ eulx deux; — au vicaire de l'église monsieur Sainct-Eloy, une espaule, à la charge que led. jour de Pasques il est tenu d'attendre à dire vespres jusques à ce [que] messieurs les doyen et gardes soient revenus de l'Hostel-Dieu avec leur compagnie pour ouyr les vespres dud. jour.
i3. La veille de Pasques, ayant fait le contenu cy dessus, on se transportera au logis des boulenger et pâtissier pour visiter le pain craquelin et mestier, scavoir si le tout est du poix et monstre, suivant le marché qui en aura esté fait.
14. Le mesme jour, doit estre lad. chapelle ornée de la croix, chandeliers, bassins, asscencoir et tapisserie pour l'honneur et révérence de la saincte et célèbre solennité de Pasques.
i3. Led. jour de Pasques, l'on se doit trouver â huit heures en l'Hostel-Dieu, afin que chascun face le devoir de faire nettoyer le lieu de sa charge, puis compter le nombre des paouvres de son office pour ordonner et fere dresser la viande honestament.
16. Ce fait, on se doit retirer au reffectoir pour disner, afin que chascun, après avoir prins sa réfection, face le devoir au service qu'il est tenu faire en son office.
17. La coustume est que chascun desd. gardes meine avec soy, led. jour de Pasques, aud. Hostel-Dieu, pour servir les pauvres, cinq mesnaiges et troys serviteurs seulement, pour éviter à confusion.
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i8. La coustume est d'avoir disné entre les neuf et dix heures au plus tarty afin de servir les paouvres en toute diligence, d'autant que on ne leur donne aucun nutriment celle journée.
19. De la viande que les doyen et six gardes doyvent prendre le jour de Pasques pour le disner d'eulx et de leur compagnie quiaydent à fere le service des paouvres : en premier lieu, le pain et le vin, le plat de potage, le plat de fricassée, la longe de veau rôtie, le foye de veau roty.
20. Moyen de servir les paouvres malades : premièrement, nosd. sieurs les doyen et gardes ont accoustumé conduire les femmes qu'ilz ont pries pour leur ayder aud. service, chascun en son office, afin qu'ilz ne prennent une charge pour l'autre, et à l'instant lesd. femmes feront laver les mains aux paouvres malades de leurd. office.
21. L'ordre et distribution de la viande à chascun paouvre : premièrement est présenté à chascun desd. paouvres indigens un pain et ung potage, puys une mesure de vin, plus ung craquelin et deux oeufs, plus à chascun le morceau de veau roty, et pour le dernier service, â chascun, tant grand que petit, quatre pièces de mestier et six florins.
22. Lesd. gardes ont accoustumé d'avoir chascun en particulier ung broc de vin, une douzaine et demye de pains, autant de craquelins et pareillement autant de poignées de mestier, le tout pour traitter leurs amys qui ont aydé à servir les paouvres ^
Les dons et les legs faits, chaque année, en faveur de THôtel- Dieu constituaient une source importante de son revenu.
Il était d^usage au moyen âge, quand on faisait son testament, de toujours penser aux pauvres, à tel point que les exécuteurs testamentaires étaient souvent désignés sous le nom d'aumôniers ; presque tous les testaments de cette époque renferment de nombreuses clauses relatives à des œuvres charitables et constituent par suite des documents d^un intérêt tout particulier pour l'histoire de la bienfaisance. En ce qui concerne T Hôtel-Dieu de Paris, il est un fait curieux à noter : nous n'avons jamais rencontré de testament parisien qui ne renfermât un article en faveur de cet hôpital ^.
1. f Instruction sommaire et reiglement gênerai très util et nécessaire pour le gouvernement du corps, estât et maison de l'orfaverie, et ce durant toute Tannée, avec le subtil et vray formulaire d'interroger et examiner ceulx qui prétendent parvenir au degré d'honneur pour exercer et vertueusement jouyr de Testât. i58o. » (Arch. nat., KK 1349.)
2. Du Gange, Glossaire, art. Eleemosynarii, 2. — Sur 48 testaments enre* gistrés au Parlement de Paris sous Charles VI et publiés dans le tome III
i34 ruaakKB pastis.
Que donnait-on, que léguait-on aux établissements hospitaliers? de l'argent, d^ordinaire; souvent, un immeuble, maison ou terre; plus fréquemment, une rente immobilière (la majeure partie du domaine de THôtel-Dieu n^avait pas d'autre origine) ; parfois encore, de la literie, des vêtements, du vin, du blé, des pois, des fèves, des harengs, du sucre, de Fhuile, des amandes; à l'occasion, quelques douzaines d'écuelles, .une chaudière, et jusqu'à un heaume ou un cheval.
La liste des bienfaiteurs n'ofiâre pas moins de variété que te tableau des offrandes. Ouvert à tous, PHôtel-Dieu était aidé et secouru par tous; toutes les classes de la société sont représentées dans ces chapitres de dons et legs qui tiennent une si large place dans les comptes de l'hôpital et qui peuvent fournir pour la biographie de maint personnage plus d^un renseignement précieux. On y voit figurer, après le Roi et la Reine, les princes du sang, les représentants de la haute noblesse : la reine de Sicile ou le roi de Chypre y sont en compagnie des ducs de Bretagne, d^Orléans, d'Anjou, de Guyenne, de Berry, des comtes d'Artois, de Vendôme, de Ventadour, d^Armagnac^ d'Eu ou d^Étampes ; comme leur maître, les premiers ministres, les Jean Le Mercier, les Bureau de La Rivière, les Olivier Le Dain, le chancelier et le connétable, les conseillers du Parlement, ceux de la Chambre des comptes, les généraux des Monnaies, le capitaine de la Bastille font des aumônes à THôtel-Dieu, qui compte parmi ses bienfeiteurs des provinciaux comme des Parisiens, des étrangers comme des Français; tout l'épiscopat de la France du Nord est inscrit sur ces longues listes de dons et legs, oii l'on rencontre encore des cardinaux à côté de simples curés et prêtres, Péchanson du Roi, la femme de son barbier, l'orfèvre de la cour, le « menéstrer et guette » du Palais, l'organiste de la Sainte-Chapelle; ici, des médecins, le maître du Pont de Paris, celui du collège d'Autun; là, quelques représentants de la riche bourgeoisie, les Sanguin, les Boileau, les Flamel; voici le petit commerce, les marchands de cordouan, les hôteliers, les relieurs, les parcheminiers, le maître des paniers du poisson de mer aux Halles ; voilà les sergents du guet, un chasublier devenu <x homme d'armes », uil « coratier de draps » et jusqu'à la recluse des Innocents. Les
des Mélanges historiques (collection des Documents inédits), 40 renferment une clause pour THôtel-Dieu.