LES BATIMENTS DE UHOTEL-DIEU
A Torigine, le service d'assistance publique, dont la sollicitude de rÉglise avait doté Paris dès rétablissement dans cette ville d'un siège épiscopal, dut fonctionner dans les dépendances mêmes de la demeure de Tévéque. Puis, la population augmentant, on vit s'élever le nombre des pauvres et des malades à secourir ; en même temps, les autres services de Tévéché prenaient peu à peu plus d'importance, exigeant, avec un personnel plus nombreux, des locaux moins étroits. C'est, selon toute vraisemblance, au VIII* siècle qu'on décida d^installer le service hospitalier dans un bâtiment spécial, qui s^élevât dans le voisinage de^la cathédrale. L^emplacementqui fut alors choisi est indiqué avec une précision suffisante dans un acte, daté de Tan 829, dont nous avons eu précédemment déjà l'occasion de parler pour le signaler comme le document le plus ancien, actuellement connu, oti Ton trouve une mention certaine de Tasile métropolitain^ ; dans cetacte^ Tévêque de Paris désigne ainsi PHôtel-Dieu : « illud hospitale pauf)erum quod est apud memoriam beati Christophori » ; Thôpital s^élevait donc à côté de l'église Saint-Christophe, en deçà de Tenceinte qui enveloppait alors la Cité.
D'ailleurs, il n'est peut-être pas impossible de fixer mieux encore remplacement primitif de l'Hôtel-Dieu ; toutefois, nous ne présenterons qu^à rétat de simple hypothèse les feits qui suivent, si bien établis qu'ils nous puissent paraître.
En 1847, ^^ fouilles furent entreprises sur la place du Parvis Notre-Dame; elles amenèrent notamment la découverte des substructions d'un édifice de grandes proportions, s'étendant dans la direction est-ouest et comprenant trois nefs, de largeur inégale; les archéologues, entre autres M. Albert Lenoir, qui consacra au
I. R. de Lasteyrie, Cartulaire général de Paris, I, n* 35, p. 5i, coll. de VHist. génér. de Paris.
l56 PREMIÈRE PARTIE.
relevé de ces fouilles plusieurs planches de son atlas de la Statistique monumentale de Paris ^ furent d^avis que cette construction mérovingienne, au plan basilical, n^était autre chose que la pre* mière cathédrale élevée à Paris. Cette opinion n'a pas encore été mise en doute. Notons seulement que Textrémité orientale du n^onument s^étendant sous la façade de Péglise actuelle, on n'a pu la mettre à découvert et constater comment, de ce côté, se terminait rédifice^
Il est, d'autre part, certain qu^une nouvelle cathédrale fut construite dans les dernières années du xi« siècle; un acte de Louis VI, promulgué vers Tannée iiio, Tatteste formellement. Quelques auteurs ont pensé que cette nouvelle église s'élevait sur une partie de remplacement plus tard occupé par la cathédrale de Maurice de Sully. M. Mortet croit, au contraire, qu^on ne fit à cette époque que remanier et restaurer la basilique primitive. Il nous semble difficile d'accepter cette thèse : le diplôme royal parle formellement d'une construction neuve; les termes de « nova ecdesia » impliquent l'idée d'une église élevée sur un terrain jusqu'alors resté vague ou qui, pour le moins, n'avait pas encore été couvert dans toute son étendue par un édifice religieux ; cette expression exclut l'hypothèse d'une simple réédification sur le même plan et sur le même emplacement ; comment, d'ailleurs, admettre qu'on eût, en iiio, considéré comme un bâtiment neuf une construction mérovingienne, d'autant plus que M. Mortet pense que les restaurations faites à la basilique vers i loo n'en modifièrent pas sensiblement l'ordonnance générale? Il nous semble, du reste, que l'acte même de Louis VI mentionne l'édifice antérieur que la construaion de la nouvelle église avait permis d'abandonner; plusieurs fois, dans ce document, le rédaaeur oppose à la « nova ecclesia » la « vêtus ecclesia Sancti-Stephani », dont les murs tombent déjà en ruine. Or, si les archéologues ne placent pas tous exaaement au même endroit l'église Sain t-Étienne-le- Vieux, ils sont pourtant d'accord pour ne lui point attribuer l'emplacement de la basilique de 1847'.
1. Une excellente Étude historique et archéologique sur la cathédrale et le palais épiscoped de Paris du VI* au XJJ* siècle a été publiée par M. Victor Mortet. Paris, 1888, 87 p. in-8*, planches.
2. Il n*est pas impossible de réfuter les arguments invoqués par M. Mortet à Tappui de son opinion. L'auteur remarque, par exemple, dans un acte de 1168, ce passage : c hospitale Béate Marie, quod est ante portam ecclesie