VI. — LES BATIMENTS DE L^HÔTED-DIEU. i
En conséquence, ou cette basilique n'a jamais été une basilique chrétienne, affectée au culte, ou bien, ce qui est plus vraisemblable, elle a cessé d'abriter la chaire de l'évéque quand on eut construit la seconde cathédrale, c'est-à-dire Téglise Saint- Étienne. Quant à la date de construction de ce dernier monument, qualifié de c vieux » au début du xii* siècle, il n'est peut-être pas téméraire de la fixer à l'époque de la renaissance Caroline.
Quelle que soit, du reste, de ces deux hypothèses celle que Ton adopte, il convient de rechercher quelle fut l'affectation de la basilique découverte en 1 847, dans le premier cas, depuis son origine, dans le second, depuis la fin du viii* siècle.
Une charte, dont la date est comprise entre le 6 avril 1 208 et le 28 mars 1209, nous permet de résoudre cette question. Elle fut pour la première fois remarquée par Berty, qui en consigna le texte dans ses notes ; récemment, M. Mortet, à qui le service des
ejut »; il n'est pas ici question, dit-il, de la nouvelle cathédrale, qui n'avait pas encore de portail en 11 68, à quoi nous souscrivons volontiers; mais M. Mortet se trompe en attribuant à THdtel-Dieu dès 11 68, et même dès le commencement du xii* siècle, l'emplacement qu'il occupa seulement à partir de Textrôme fin de ce siècle. D'ailleurs, si l'hôpital s'était réellement élevé, en 1 168, là où le suppose M. Mortet, Pacte cité par lui prouverait l'inexactitude de sa thèse : on n'aurait pu dire du nouvel Hôtel-Dieu qu'il s'étendait en avant de la basilique de 1847; étant donnée l'expression f ante portam », il eût fallu placer la cathédrale sur une portion du terrain occupé par l'édifice de Maurice de Sully. Ce que nous disons quelques lignes plus bas montre, en outre, que Thôpital primitif ne s'élevait certainement pas en avant de la basilique de 1847; ^^tte basilique ne servait donc plus de cathédrale en 1 168.
Nous pensons, d'autre part, que le rédacteur des actes de 11 64 et 1173 a voulu parler, non du parvis de l'église actuelle, mais du futur parvis de la nouvelle cathédrale; il s'est placé par la pensée, et le fait n'a rien de surprenant, à l'époque où les travaux, alors en cours d'exécution, seraient complètement terminés. Nous ne croyons pas non plus qu'il faille attacher autant d'importance que l'a fait M. Mortet à l'expression portam, relevée dans l'acte de 1 168 ; l'auteur conclut de l'emploi de ce mot au singulier que la cathédrale n'avait qu'une porte, ce que nous ne contredisons pas; nous pensons seulement que l'expression portas pourrait s'entendre des deux battants d'une porte unique et ne pas impliquer l'idée de plusieurs portes; et M. Mortet luimême est de cet avis : dans le diplôme de 11 10, il est question des portes, portas^ de l'église Saint-Étienne, ce qui n'a pas empêché M. Mortet de n'attribuer sur son plan de restitution qu'une porte à cet édifice.
Notons enfin que, d'après ce même plan de restitution, la cathédrale de II 68 pouvait s'élever sur une partie du terrain couvert par l'église de Maurice de Sully, tout en restant en dehors des limites fixées par le règlement de II 10.
l58 PRSmÈRK PARTIS.
travaux historiques de la ville de Paris communiqua les papiers du savant topographe, prit connaissance de cet acte, sans pourtant prêter à sa leaure une attention suffisante * . Voici le document :
De XXV lihris quas pereipimus in trunco Béate Marie.
Hugo, decanus, et capitulum Béate Marie Parisiensis omnibns présentes litteras inspecturis salutem in Domino.
Noverint universi quod in reco[m]pensatîonem quarumdam domonim et edificiorum domus pauperum, ante portas ecclesie nostre site, pro necessitatibus et utilitatibus fabrice ecclesie dirutorum, assignavimus et concessîmus prefate domui pauperum viginti quinque libras parisiensis monete, in proventibus fabrice annuatim percipiendas quousque alibi eidem domui tantumdem in redditibus fuerit assignatum ; reddentur autem predicte xxv libre hiis terminis : in Natali Domini, c solidi; in Pasca, c solidi; in festo Pemecostes, c solidi; in festo beati Johannis Baptiste, c solidi; in festo Beati Remigii, c solidi.
In cujus rei testimonium présentes litteras slgilli nostri fecimus impressione muniri.
Actum (ab) anno ab incarnatione Domini M CC« Vni»>.
Aux termes de cet acte, le chapitre de Notre-Dame assigne à PHôtel-Dieu de Paris une rente de vingt-cinq livres, à prendre provisoirement sur le budget de la fabrique, à titre dUndemnité pour les anciens bâtiments hospitaliers, dont les travaux de la cathédrale avaient nécessité la démolition'. Ces bâtiments avaient été abattus sans doute dans les premières années du xiii* siècle ; or, à cette époque, il ne restait plus à construire de Péglise métropolitaine que les deux premières travées de la nef, les tours et le portail; l'ancien hôpital s'élevait donc, au moins en partie, sur le terrain occupé par la portion antérieure de la cathédrale, et peut** être aussi en partie sur le parvis ; or, cet emplacement est précisément celui de la basilique de 1847.
1. L'auteur a exclusivement remarqué dans cet acte les mots ante portas ecclesie nostre, d'où il résulte, dit-il avec raison, que les portes de la grande façade de la cathédrale éuient, en 1208, c'est-à-dire à la fin de répiscopatde Eudes de Sully, sinon entièrement construites, du moins en pleine voie de construction.