‹ L'Hotel-Dieu de Paris au moyen âge. Histoire et documents: histoire et documentsChapitre 134 sur 236 · LA RÉFORME DE UHOTEL-DIEU · texte numérisé non relu

LA RÉFORME DE UHOTEL-DIEU

Nous nous sommes efforcé, dans les chapitres qui précèdent, de tracer un tableau complet et détaillé de l'administration de THôtel-Dieu de Paris au moyen âge; nous avons constamment cherché à nous bien placer au point de vue exaa sous lequel les faits nous semblaient devoir être envisagés; nous avons soigneusement évité d^attribuer aux Parisiens de Tépoque de Charles V ou de Louis XI des besoins qu^ils n^éprouvèrent point; nous avons eu garde de leur reprocher de n^avoir pas observé les principes et les règles de Thospitalisation moderne ; mais nous n'avons pas hésité, le cas échéant, à signaler et à blâmer certains usages que, sans aucun doute, il était mauvais de suivre et de perpétuer. Comme conclusion^ il convient maintenant, faisant abstraaion de tout détail, de présenter un jugement d^ensemble sur Pinstitution qui nous occupe, en nous prononçant sur la question de savoir si THôtel-Dieu rendit, durant le moyen âge, à la population parisienne tous les services que celle-ci avait le droit d'en espérer, en un mot, si les malades étaient bien traités dans cet asile.

Une réponse affirmative s^impose. Les services de l'hôpital fonctionnèrent, pendant cette longue période, avec une régularité par&ite, à l'entière satisfaction des habitants, de la municipalité, du chapitre métropolitain et du Roi. S^il en eût été autrement, si le personnel, s'abandonnant à des dérèglements coupables, avait négligé ses devoirs, si frères et sœurs ne s'étaient pas toujours montrés à la hauteur de leur tâche et rendus dignes de l'estime et de la reconnaissance de tous, les documents nous rapprendraient, comme ils nous renseignent sur certains faits dont FHôtel-Dieu fut parfois le théâtre, faits profondément regrettables, à coup sûr, mais dont le petit nombre est à noter et dont le caractère individuel est nettement défini. En laSy, par exemple, les chanoines de Notre-Dame se voient contraints de révoquer le maître de r Hôtel-Dieu. Un siècle plus tard, en i354, une sœur entretient

avec un des religieux des relations intimes; un enfant naît de cette liaison^ les parents le baptisent, le tuent et Tenterrent furtivement dans un jardin, au pied d^un pommier : Marguerite de Chelles (cMtait le nom de la mère) expia Foubli de ses vœux et cet infanticide par quatorze ans de prison. En i368, enfin, la prieuse soulève contre le maître un conflit d'attributions; un procès s^engage, mais l'issue en est défavorable à Philipi)e du Bois, que le Roi fait expulser de ThôpitaP.

Nous pouvons, d^ailleurs^ invoquer à l'appui d'un jugement dont Toptimisme n^a rien d'exagéré le témoignage précieux de l'opinion publique contemporaine.

Les Parisiens, aux siècles passés, sMntéressaient à Inexistence et au développement des institutions charitables de leur ville beaucoup plus que nous ne le faisons nous-mêmes aujourd'hui ; c^était alors un usage d'aller de temps à autre à l'Hôtel-Dieu, de se mettre en rapports avec la prieuse et ses sœurs, de parcourir les salles, en faisant quelque aumône aux malades en traitement; jamais alors, nous Pavons dit déjà, un Parisien, faisant son testament, ne manquait d'y réserver une clause en faveur de l' Hôtel-Dieu. Tant de bienveillance, tant de sollicitude sont inconciliables avec l'hypothèse d'un personnel négligent et d'une gestion défectueuse.

La province comme la capitale tenait en profonde estime PHôtel-Dieu de Paris, qu'elle considérait comme Thôpital modèle. Une municipalité venait-elle de créer un nouvel asile, elle priait le chapitre de Notre-Dame de lui adresser une copie du règlement de l'Hôtel-Dieu, et surtout de lui prêter pour quelques mois un certain nombre de religieuses qui mettraient au service de l'hôpital naissant leur expérience consommée et qui guideraient dans ses débuts le personnel encore inhabile'.

Nous connaissons, du reste, sur ce point, le sentiment des malades eux-mêmes. Les hôtes de l'hôpital n'étaient pas tous des indigents qui, tombés malades, s'étaient rendus à T Hôtel-Dieu parce que les moyens de se faire soigner chez eux leur faisaient complètement défaut. Il en était d'autres qui jouissaient d'une certaine aisance; ils avaient gagné l'hôpital, non pas contraints par le manque de ressources, mais attirés par la certitude d'y

I. Guérard, Cartulaire de Notre-Dame, II, Sgo, Sgi, coll. des Doc. inéd, — T. II, n" 29, 70-73, 75, 76, 79, 82,90, 93, 96, loi, io5, 116, Ï22, i36, i38, i83, 242, 294, 3o2, 364, 456, 533. — Voir plus haut, p. i23, note i.

a. T. II, n** 338, 11 25, 11 26, 11 28, ii3o, 1142, 114}, 1197, 1198.

Page 1