VII. — LA R^PORia DB L'RÔTBL-DIEU. ïjS
trouver, à moins de frais, des soins plus assidus et plus éclairés ^ aussi, quand, revenus à la santé, ils quittaient la maison, n'oubliaient-ils pas de témoigner par un don, en argent ou en nature, leur reconnaissance au maître ou à la prieuse ; si, au contraire, leur état s'aggravait et qu'ils songeassent à faire leur testament, ils n^omettaient jamais d'assurer à l'hôpital quelque legs importante
Il convient toutefois de limiter cette appréciation favorable à la fin de la première moitié du xv* siècle'.
Vers le début du règne de Louis XI, FHôtel-Dieu de Paris offre un autre aspect; en quelques années, la situation s'est profondément modifiée ; Pautorité capitulaire est maintenant mécon-' nue; le maître engage, sans prévenir le chapitre, des dépenses importantes; à Pinsu des chanoines, il admet dans la communauté des membres nouveaux, dont il reçoit lui-même les vœux; les religieux, quand ils désirent s^absenter, n^en demandent' plus la permission ; frères et sœurs se livrent à de « familliers colloques », s'exposant ainsi à des poursuites sévères et à des emprisonnements prolongés; ou bien ils s'adressent, au milieu même des salles, les plus grossières injures, en présence des malades quUls troublent et des visiteurs qu'ils scandalisent; personne ne va plus au réfectoire, chacun mange où bon lui semble; un jour, les proviseurs, au cours d'une perquisition dans les chambres des religieuses, découvrent et font murer un escalier dérobé qui conduisait à la chambre du maître !
Si Fantique réputation de l' Hôtel-Dieu se maintenait encore intaae en province, il n'en était pas de même à Paris, oti Ton connaissait tout et où l'on s'indignait d'un scandale que le Roi, d^ailleurs, n'ignorait pas. Au mois de décembre 1482, les chanoines de Notre-Dame tinrent à l'Hôtel-Dieu un important chapitre général, où ils annoncèrent leur intention bien arrêtée de procéder à la réforme de l'hôpital : en fait, ils se bornèrent à dresser un état du personnel '•
1. A. P. i3iB, n» 745; 275^668, n* i363. — Comptes, VII, 270; VIII, 56 etpassim. — Arch. nat., H 3663, 2x5; H 3664, 17. ^ Voir plut haut, p. 89, note 3.
2. Aussi commettrait-on une grave erreur en attribuant la moindre valeur documentaire au De Domo Parisiensi carmen de Valerand de la Varanne, publié à Paris, ches Jacques Moerart, — en i5oi, d'après une note manuscrite relevée sur l'exemplaire de la bibliothèque Mazarine, recueil n* 1062 1, in-4*.
3. T. II, n" 8i5, 832, 865, 874, 922, 924, 952, 953, 982, 1064, 1177,
La discorde continuait de régner parmi les frères et les sœurs; on ne cessait de répandre sur leur conduite les plus mauvais bruits; on protestait contre la nourriture donnée aux malades; on parlait de gaspillages, de malversations; les indulgences prêtaient à des abus qui ne devaient aller qu'en se multipliant. Sauf la prieuse, les chefs de service ne tenaient plus de comptabilité; au bout de quelques années, on ne savait plus à quelles conditions telle ferme avait été cédée, on ignorait ce quêtaient devenus les titres intéressant une rente dont on réclamait en vain le paiement ; dix ans durant, lit-on quelque part, de tel manoir « n'a esté rien receu par les officiers pour ce qu'ilz n^en sceurent jamais riens et n'en avoient riens veu par escript ]> * !
En 1497, la situation devient plus critique encore. Le maître de rhôpital, Jean Lefèvre, attaque le chapitre devant le Parlement au ^jet des confesseurs du prochain pardon. Les chanoines, de leur côté, demandent à la Cour de contraindre leur adversaire à leur présenter les comptes de son service. Un arrêt du 23 juin ayant fait droit à cette dernière requête, Lefèvre prend aussitôt l'attitude la plus humble ; il prie le chapitre de lui remettre ceux de ses comptes qui n'ont pas encore été examinés et qui contiennent, comme les autres, du reste, des erreurs et des omissions; il les revisera et les rapportera dans trois mois. Les chanoines acceptent la proposition ; mais^ le 1 1 juillet, voyant sans doute que Lefèvre ne s'occupe plus de cette affaire, ils décident de le destituer et de Pemprisonner^ l'exécution de cette mesure fut le signal d'une émeute à l'Hôtel-Dieu.
Quelque temps auparavant, les chanoines avaient pu voir à quel point les esprits étaient surexcités. On installait un nouveau boursier, frère Laurent Laîné, un homme dont la collaboration était jugée si précieuse qu'on lui avait tout récemment refusé l'autorisation de quitter la maison pour aller diriger Fhôpital Sainte- Catherine; néanmoins, les religieux l'accueillirent fort mal, l'accusant de trahison et lui reprochant de révéler aux proviseurs les secrets de PHôtel-Dieu ^.
1179-1182, ii85, 1189, 1x90, X193, 1207, 1244, I263-I265, 1267, 1286- 1288, 1 297-1 3ox, x3o5, i3o6, x3xo. — Voir plus haut, p. 63, note 3.
1. Arch. nat.y H 3666, 3, 4, 247, 333, 343, 356,421,422, 426, 441, 442. — T. II, n" i374, X378, X404, X408, 1425.