II. — ORIGINE DB l'hÔTEL-DIEU
La plus ancienne mention relative à l'hôpital parisien par excellence est contenue dans un acte de l'année 829 * \ on possède, d^autre part, de nombreux documents du xi*, du xii* et du xiii« siècle intéressant THôtel-Dieu. Si on les étudie, on constate que vers i23o l'institution est définitivement fixée-, telle on la trouve à cette époque, telle elle restera jusqu'aux temps modernes. Il n'est pas jusqu'au nom même sous lequel on la désigne, qui n^atteste ce fait important : antérieurement à i23o environ, les expressions hospitâle Beate^MariCy hospicium Dei, Domus Deiy haspitale pauperurriy etc., sont simultanément et indistinaement usitées ; postérieurement, on emploie exclusivement Fappellation Domus DeiK
1. Guérard, Cartul. de Notre-Dame, I, 323, 439, 440. (Coll. des Doc. inéd.) — DD. Félibien et Lobineau, Hist, de la pille de Paris, 1, 77.
2. Hospitâle paupenim quod est apud memoriam Beati Christopfaori : 82g. Hospitâle Sanctî-Christophori : 1006, xi2oenv., 1164. (Guérard, Cartul.
cité, l, 225, 374, 38 1, 382; Cartul. H.-D., n* 2.)
Hospitâle Beate-Marie Parisiensis, hospitâle pauperum Béate- Marie Parisiensis, liospitalis domus Beate-Marie Pansiensis, que sita est ante ecclesiam, ante fores majoris ecclesie : fin du xi* siècle, 1164, 1168, 1173, 1176-1180, 1188-1x94, 1196, 1197, 1201, 1202, 1220, 1227. (Arch. nat., L 532; Cartul. H.'D., !!•• 2, 6, 7, 9, II, 12, 14, i5, 17, 19, 29, 3o, 34, 37-41, 44-46, 48, 5o, 61, 64, 69, i3l, 234.)
Domus pauperum Parîsiensis ecclesie : 11 76, 1200, 1206, 1208. (Cartul. H.-D., n- 8, 55, 81, 88.)
Elemosinaria domus : 1207. {Ibid., n* 84.)
Hospitalaria Parisiensis : 1220. {Ibid., n* i32.)
Hospitium Dei, prope ecclesiam Beate-Marie Parisiensis : 1 209-1 21 3, 121 5, 1217, 1218, 1220, 1221. (Ibid., n" 91, 92, 96, 102-104, 107, 112, 116,
Domus Dei Parisiensis : 11 57, 11 77, ri78, 1 180-1182, 11 87, 11 89, 1190, 1193, 1196, 1197, 1199-1203,^206, i2o8-i23o. (Ibid,, n** 1, 5, 10, i3, 16, i8, 20-28, 32, 33, 35, 36, 42, 43, 47, 49, 5 1-54, 57, 60, 62, 63, 65-68, 70, 82,83,85-87,93-95, 97-101, io5, 106, 108-111, ii5-ii7, 120, 122-124, i27-i3i, 134, i35, i37, 140-163, 235-291, etc.)
En ce qui concerne la dénomination la plus ancienne : hôpital Saint-Christophe, il est à noter qu'on la rencontre pour la dernière fois en 1164, dans un acte où elle est employée concurremment avec celle-ci : c Domus pauperum hospitalis ecclesie Parisiensis Beate-Marie t ; l'expression a Domus Dei » n'étant pas encore exclusivement usitée, et des actes de 1168, 11 73, X176- 1 180 étant, en nombre relativement considérable, conservés dans le cartulaire, nous croyons que Tappellation primitive a été de parti pris abandonnée en 1164, pour une raison qu'il serait important de connaître, mais qui nous échappe; quoi qu'en ait dit Husson, il n'y a pas de document actuelle-
Ift PREMlèRB PABTIB.
Qu*e8t«-ce donc que rechercher l'origine de THôtel-Dieu de Paris, sinon essayer d^indlquer, non seulement à quelle date cette institution a pris naissance, mais encore par quels états diflférents elle a passé avant d'être pour trois siècles fixée ?
On sait avec quelle sollicitude l'Église, dès les premiers temps, s^occupa du sort des malheureux, des pauvres, des malades, des infirmes, des incurables mémei Quand on parcourt les canons des conciles tenus du iv« au vi* siècle, on est frappé de la prévoyance des Pères, de la sagesse des mesures qu'ils prescrivent*; on trouve, aux époques les plus éloignées, des traces de certaines œuvres charitables que nous croirions n^avoir jamais existé avant ces derniers temps, comme l'Hospitalité de nuit, la Bouchée de pain, lès secours à domicile'. Dans les abbayes, un bâtiment était réservé aux hôtes, voyageurs de passage ou malheureux sans asile ; un religieux était spécialement chargé de les accueillir et de leur donner des soins : estait le procureur des pauvres '. Il en était de même dans les villes épiscopales. La maison de Tévêque devait être ouverte à quiconque avait besoin ; dans les conciles, les Pères Pavaient maintes fois rappelé aux prélats^, et ceux-ci s^étaient empressés d^observer les recommandations qui leur avaient été faites-, aussi, dans chaque cfvfïo^, un service d'assistance publique fonctionnait, sous la direction de.Pévéque, par Pintermédiaire des diacres'. Primitivement, le service hospitalier dut être établi dans les dépendances de la demeure épiscopale; mais Pextension
ment connu et postérieur à X164 où lUdtel-Dieu soit désigné sous le nom d'hôpital Saint-Christophe^ et nous ne croyons pas qu'il soit possible d'en découvrir.
1. Labbe et Cossart, Concilia. Paria, 1671, II, 4a5, 426, 1207; IV, 1806 ; VI, 546, 677, 1*07.
2. Abbé Boutffllier, curé de Coulanges, /mvn^.-jomm. des arch. hospital. de Nevers, Introd., v. — J. Gardera, Invent.somm, des arch. hospital. de Candom. ^ Du Gange, Glossaire. Art. Ëleemosyna, 3 ; Eleemoaynarius, i.
— Règlement de l'Hôtel-Dieu de Paris, du xiii« aiècle, art; 35. (A. P. 866*, n* 41 38.)
3. Plan de l'abbaye de Saint-Gall. -- Cartul. de Saint-Vaast, publié par Van Drivai , 43, 43. — Teulet, Layettes du Trésor des chartes, III, 145. (Coll. des Inventaires et documents publiés par les Archives nationales.) -^ Du Gange, Glossaire. Art. Ëleemosyna, 3. ^ Luc d'Achery, Spieilegium, I, 587.
4. Labbe et Gossart, ouvr. cité^ VII, i33o, i6u>; VIII, 570, 629; IX, 410.
— Voir plus haut, note 2.
5. Labbe et Gossart, owr. cité, I, 86. — Abbé Tollemeri ouvr. cité, a6o.