Ibid., p. i
4« c Et dit que, à l'occasion des neceessitez, soufirettés ou indigences desd. petiz eaffiMM, tant de mamelle que autres jeunes enffiins que leurs pères et mères apportant ou amènent avecques eubc et qui en bfief temps, comme de huit ou quinze jours, prengnent le gros aer et infection de diverses maladies dud. Hostel-Dieu , elle en a veu et veoit de jour en jour grande mor<*
talité, dont autrement n'a sceu exprimer le nombre, sinon qu^elle dit qu'tiz ae montent aucuneffins, plus ou moins, comme de cinquante ou soixante par an, par communes années ou l'une année portant l'autre, et le scet lad. depposant par les draps ou linge qu'elle baille pour les ensevelir.....
c Le gros aer d'icelluy lieu leur est du tout contraire, et de fois à autre si dangereux et infect que non seuUement les petitz enèsns de mamelle en meurent, mais aussi y meurent de jour en jour grant nombre d'autres enffans sevrez et en bas aage; semblablement y meurent, quasi d'an en an, les enffiuis de cueur de leur chappelle, qui sont aagez de neuf, dix ou douze ans, et tellement que, hier su soir, y en eut deux frappez de peste qui sont en grant danger de leurs personnes » (Ibld«, p, 11, 14, iS^ 16, 19s 20, sS*}
gardait à rhôpital jusqu'à ce qu^une occasion s^offrîtde les placer. De temps à autre, bien rarement du reste, un bourgeois de Paris, un paysan des environs passait à THôtel-Dieu, demandant qu'on lui confiât un garçon ou une fille; il s'engageait à lui apprendre un état; si jamais les parents, se ËEiisant connaître, réclamaient leur enfÎEint, il le leur rendrait, moyennant une indemnité ^
Telle fut, durant le moyen âge, la pitoyable condition des enfants dont le soin restait abandonné à la charité publique. Au zvi* siècle, les choses changèrent ; alors se produisit, en matière d'assistance publique, un curieux mouvement de réforme et de progrès dont nous parlerons longuement tout à l'heure; alors on songea à créer des hôpitaux spéciaux et, ce qui vaut mieux, on en créa. « Adverti des grandes paouvretez, misères et calamitez que soufroient et portoyent les petitz enfans non malades délaissez de leurs pères et mères mallades, estrangiers et mors en l'Hostel-Dieu de nostre bonne ville de Paris, à feulte que lesd. petitz
I. « Quant il en réchappe aucun, il se treuve de fois à autre quelque
bourgeois de ceste ville ou bon homme de villaige non ayans enfiEans, lesqueiz, en visitans led. Hostel-Dieu, en demandent ung ou une leur estre donné, pour Tamour de Dieu, pour les nourir par charité, attendu qu'ilz n'ont aucuns enfBEins, ce qui leur est liberallement octroyé
c De fois à autre elle a veu que aucunes notables personnes, en visitant led. Hostel-Dieu, voyant les enffans pressez et couchez en grant nombre en ung mesme lict, tant aux piedz que au chevet, en demandoient à leur fintasie, aucunefibis ung ûlz ou une fille, à faulte qu'ilz n'avoient poinct d'enffans » (Ibid., 21.)
On sait qu*au moyen âge les enfants abandonnés étaient à la charge de la paroisse dans les a fins et mettes » de laquelle ils avaient été exposés; au chapitre de Notre-Dame revenaient ceux que l'on trouvait dans la cathédrale et dans le Cloître; les chanoines payaient à cet effet un homme marié, c nutricius puerorum reppertorum 9, pour soigner, avec sa femme, ces enfants que, dans la journée, on déposait sur une couche établie dans l'élise (de là leur nom à^ Enfants de la couche) \ un tronc recevait les offrandes des personnes charitables, offrandes si considérables qu^on put, un jour, réduire les appointements du père nourricier, à qui elles revenaient de droit, à 3 s. p. par semaine.
A. P. Fonds des Enfants-Rouges, pièce i, p. 27. — Arch. nat., LL 212A, 174; LL 2i3, 121; LL 2i5, 92, 93; LL 216, i32; LL 218, 95; LL 220, 240; LL 223, 323. — Documents, n» i. — T. Il, n" 1864, i865. — Léon Lallemand, Un chapitre de l'histoire des Enfants trouvés, La maison de la Couche à Paris {X VI I*~XVIII* siècles). Extrait de l'Histoire des Enfants abandonnés et délaissés. Paris, i885, in-8% 143 p.
lY. — LES MALADES A l'hÔTEL-DIBU. 69
enfans, après le trespas de leursd. pères et mères, n'estoient tirez hors dud. Hostel-Dieu, ouquel Tair est gros et infect », François I*', aidé des conseils de sa « très chaire et très amèe seur unicque la royne de Navarre », ordonna une enquête sur la situation des enfants à l'Hôtel- Dieu. Interrogées tour à tour, les sœurs furent unanimes à déclarer la situation déplorable ; toutes furent d'avis quUl y avait lieu de fonder un établissement exclusivement réservé aux enfants; chacun d'eux, d'ailleurs, devait avoir sa nourrice. Cétait là le langage de Texpérience et de la raison ; il fut heureusement écouté : le 3i janvier 1 535, le roi délivrait « à Robert de Beauvais la somme de iiP vi^' 1. 1. pour icelle convertyr en l'achapt d'une maison et lieu propre à loger et retirer les paouvres enfans que Ton a acoustumé recevoir oud. Hostel-Dieu, tant ceulx qui y sont nez ou portez malades que autres qui chascun jour y arrivent et affluent, suivans leurs pères et mères, par maladie et nécessité contrainctz eulx rendre oud. Hostel-Dieu, et n'ayans de quoy fairt vivre et substanter leursd. enfans, dont nous avons entendu que led. Hostd-Dieu est ordinairement fort chargé, et ne seroient en autre lieu séparé... » Voilà la charte de fondation de Thôpital des Enfants- Rouges ^
Une fois admis, le malade devait se confesser^. Ce devoir rempli, il se déshabillait et se couchait; les vêtements qu^il quittait étaient de suite portés à la Pouillerie, pour y être nettoyés et conservés ; on déposait aussi en lieu sûr l'argent que le nouveau venu avait remis à la sœur de service ; s'il revenait à la santé, le tout lui était rendu le jour de sa sortie; s'il mourait à l'hôpital, le maître s^appropriait les bardes et l'avoir, toujours fort modeste, de son hôte décédé ; toutes les trois semaines, on vendait les habits
1. c si lesd. petitz enfians de mamelle estoient pensez et nourriz par
nourisses particulières, comme sont autres petiz enfians de la ville, jusques en Taage de deux ans ou environ, en autre lieu qui ne feust en si gros aer, infecté et corrompu de diverses maladies comme est led. Hostel-Dieu, il s*en
saulveroit et eschapperoit grant nombre par chascun an » (Â. P. Fonds
des Enfants-Rouges, pièce i, p. 7.) — Arch. nat., Compte des Enfants- Rouges, KK 334. Parlement, Conseil, Xi a 1342, fol. 61 v*.
2. c Comme à la Maison-Dieu aulcun malade n'est receu si ne se confesse à l'entrée. 9 (Livre de vie active, 93.) — c A esté receu et confessé ung pouvre homme, du mestier de foullon. 9 (Arch. hospital. de Melun. Fonds de Saint- JacqueSi E 14, 60.) — Règlement du xvi* siècle, art. 27. — Arch. hospital. de Meauz. Fonds de l'Hdtel-Dieu, E i .
7C mtBMIÈRB PARTIB.
des mont ; plus les temps étaient durs, plus la PouiUerie faisait d'affaires ^
Deux sœurs et un valet composaient le personnel de ce service, appelé aussi Chambre aux coûtes, les pouillères devant conserver et entretenir les coûtes de lits des malades et du couvent.
Des quatre salles de PHôtel-Dieu, trois s'étendaient, à la suite l'une de l'autre, sur une longueur de 1 22 mètres, le long de la rivière : c'était la Salle-Neuve, contiguë à la chapelle Sainte-Agnès, dont la façade s'ouvrait sur la rue du Marché- Palu*, puis, l'Infirmerie, divisée, comme la salle précédente, en deux nefs égales, et, comme elle, large de 12 mètres.; au bout de l'Infirmerie, la salle Saint-Denis, et, perpendiculaire à celle-ci, la salle Saint- Thomas; ces deux dernières, qui ne comprenaient qu'une nef, mesuraient. Tune 10 mètres, l'autre 12 mètres de largeur '. La hauteur de ces salles devait être de 6 à 8 mètres environ. Étaient-elles voûtées ? nous le croyons, sans pouvoir pourtant rien afiirmer à cet égard, les documents des archives hospitalières où se trouve consignée la description des salles construites à partir du xii* siècle n'ayant, quoi qu'en ait dit Husson, jamais existé'.
La chambre des accouchées toutefois n'était certainement pas couverte d'une charpente apparente, car on l'avait ménagée dans le sous-sol de la SaUe-Neuve. Sans doute, « c'est raison et bien
1. a Custos que pro tempore erit camere poillerie..... » (A. P. 266'*, n* i3a7.) — c La chambre où l'en met les vestemens des malades, nommé
la Pouilerie. i (Comptes, V, 292.} — « les malades despouîlle de leurs
▼îelz et salles vestemeas et les porte à Compunctton, maîstresse de la grant
lavenderie » (LWre de vie active, 1x1.) ^ « Pour plusieurs vestemens et
robes de gens trespassez aud. Hostel-Dieu et venduz ceste présente année à plusieurs personnes et à divers pris, iiiie lxxv 1. z s. p. — De Pargent latssié par les malades trespassez, en leurs testamens, et aussi de la custode ou garde de l'argent desd. malades, demourée oud. Hostel-Dieu après leur trespassement, l 1. xiz s. p. — Item iiiixx escus trouvée en l'année passée CCCC XXV, ou mois de septembre, cousus en une robe d'un malade trespassé en l'Enfîrmerie, lzxii 1. p. 1 (Comptes, III, 98.) — Comptes, XI, i36 et passim. — Règlement du xvi* siècle, art. 170. — Tableau des budgets du maître. — Documents, n» 25. — T. II, n* i3io. — Guérard, Cartul. de Notre-Dame, III, 199, coll. des Doc, inéd.
2. Voir le plan de 1674 (A. P. 64^, n* 408) et les planches i et x bis de V Étude sur les hôpitaux, — Livre de vie active, 26. — A. P. 40A, n» 334. — T. II, n» 2022. — Invent.''Somm.^ n* 4039. — Bulletin de la Soc. de l'hist. de Paris et de l'Ile^e-Franee, i885, XI!, 27-29.