IV. — LES MALADES A L^h6tEL-DI£U
nous eflt impossible de savoir le nombre total de gens hospitalisés, chaque année, à' THôtel-Dieu * ; mais nous connaissons la population quotidienne moyenne de l'hôpital. Le 9 avril 141 7, il n^ avait que quatre-vingt-seize malades*. Au mois de juillet 1435, la population féminine était si faible qu^on convertit la Salle- Neuve en grange trois mois durant; on logea les femmes dans une « chambre aux seurs malades » '. Pendant le tV siècle et les premières années du siècle suivant, PHôtel-Dieu nourrissait chaque jour de quatre à cinq cents malades^; vers 1540, grâce à la construction d'une nouvelle salle, ce chiffre put s'élever à six et sept cents'; mais ce n'est que dans les mauvaises années qu'on rencontrait à l'Hôtel -Dieu quatorze cents, quinze cents
comme on vient de le dîre^ non seulement à tous les pauvres atteints de maladies, mais encore à ceux que la faim et le besoin d*un asile y conduisaient, ae trouvait constamment surchargée de monde Après l'accroissement donné aux batimens de PHôteUDieu par saint Louis, la population moyenne de cet hôpital s'est successivement élevée à 900 malades environ. 1 {Notices sur les hôpitaux et hospices de Paris. HôteUDieu, sans titre, bz p. in-4*, Paris, 1822 env., 11, 12, à la bibl. Carnavalet, n« 14304.)
I. Voici tout ce que nous savons à cet égard : 17,000 personnes sortirent guéries de l'hôpital dans un espace de quatorze ans. (Documents, n* 12.)— T. II, n«" 199, 2041, 2044, 2059, 2 100.
a. c De l'aumosne la Royne de France faite le jour du Vendredi Adouré par les mains de ses gens et trésorier, qui ce jour donnèrent 11 s. p. pour elle à chascun povre malade estant oud. Hostel-Dteu, ix 1. xii s. » [Doc. hoS" pit., III, 49.)
3. c Pour recreacion faitte aux convens des seurs et filles, le jeudi vii* de juillet, en vin pris au Chauderon, xxiiii s. p. ^- Item, le vendredi ensuivant, pour mettre à point les chaalis d'une chambre aux seurs malades, à Jaquinot Bouchier, xx d. — Item, à Phiiippot Arnoul, serrurier, pour refaire les verges des custodes de lad. chambre, 11 s. iiii d. — Item, au voirrier pour remettre les aultres voirrieres de la chambre aux seurs malades, ii s. p. — Item, pour faire oster les chaalis de la Salle-Neuf^e, pour mettre le blé ou mois d'août, nii s. — Item, pour remettre à point lesd. chaaliz, ou mois de novembre, tant pour le charpentier comme pour les variés, viii s. p. » (Comptes, VU, 320.)
4. A. P. 40A, n" 334; 280F, n* 1400. — Mémoires du Parlement, II, fol. 172 (bibl. de l'Arsenal, ms. 2392}. — T. II, n* i3io. ^ A Meaux, la population quotidienne variait entre 80 et 120 malades. (Arcfa. hospital. de Meaux. Fonds de l'Hôtel-Dieu, E i.)
5. Mémoires du Parlement, VII, fol. 129 (bibl. de l'Arsenal, ms. 2396). — T. II, n* 2x68. — Bulletin de la Soc. de Vhist, de Paris et de Vlle-de- France ^ i885, XII, 27-29. — En octobre i535, il n'y avait que quatre-vingtquatorze femmes à la Salle-Neuve, cent hommes à l'Infirmerie, quatre-vingts à Saint-Thomas. (Documents, n* 29.}
et même seize cents malades; le fait était rare : « multitudo inconsueta »^
La literie, pour chaque couche, se composait d^une paillasse ou matelas, garnie à Fintérieur de feurre de seigle et qui reposait sur un réseau de cordes tendues entre les quatre « aiz de chesne » formant le châlit ; par-dessus, deux ou trois draps. Le malade, couché tout nu, selon Pusage de Tépoque, appuyait sa tête, couverte d'un linge plusieurs fois enroulé, sur un oreiller de plumes que protégeait une taie de toile; il était recouvert d^une ample couverture fourrée retombant des deux côtés de son lit^.
1. a De madame la generalle de Normandie la somme de un 1. x s. t. qu'elle a donné aud. Hostel-Dieu pour subvenir à la norriture des pauvres d'iceluy qui y sont à présent en nombre de quatorze et quinze cens, à cause de la stérilité de Tannée. » (Doc» hospit., III, 182.) ~ Documents, n" a3.
2. c Pour avoir desassemblé trois couches et une coucheue et aussi rassemblé lesd. couches, et pour avoir remis à point deux tréteaux pour soustenir les fons desd. couches. 1 (Comptes, XX, 44, 43.) — c A Robert Brevedant, maistre menusier à Paris, xxii s. p. pour avoir alongé et eslargi une
couche i (Ibid., XX, 192.} — « Pour avoir fait deux selles au long de
deux couches, pour faire les litz, iiii s. p. » (Ibid., XX, 45.) — c A un serreurier pour avoir mis à point les charniers des marches des couches aux malades et les verges qui les soustiennent, v s. p. i (Ibid., VII, 232.) — c A Guillaume Regnault, menuysier, pour avoir baillé et livré à lad. prieuse
quatre couches de bois de chesne » (Ibid., XX, 278.) — « Pour avoir
h\i et livré une couchette à façon d'esquierre, servant aux malades, xxx s. p. » (Ibid., XVII, 41 3.) — c Pour corde de teil pour les challiz des emfermeries des mallades, un 1. vin s. » (Ibid., XI, i36.) — c Une coulte-pointte servant à Saint-Denis à la grand couche, en laquelle y a ung Agnus Dci. t (Documents, n* 20.) -^ < Deux aultres oreilliers de soye à fschiquiers, servans à la couche de PEnfermerie. — Treize grands couvertures, les unes de drap verd, les autres de drap bleu, et les autres d'escalate rouge, fourrées de gris
et menu voir, servans aux couches de l'entrée i (A. P. 8731, n* 4198.)
— o Ced. jour fut achetté par lad. prieuse deux couvertures de plusieurs couleurs, pour servir aux petitz litz, le pris et somme de xxxii s. p. ■ (Comptes, XVII, 145.) — « La salle au bas litz, où se excercent les plus bas et plus vilz ministères corporels qui céans se puissent exercer. » (Livre de vie active, 1 12.) — c La salle Saint-Thomas, où sont les haultz litz. i (Ibid., 95.) — c Le premier jour de décembre, à quatre variés qui aporterent à l'ostel un lit à tout le chaaliz, que avoit laissié aud. hostel sire Jehan de Fleury, couvert d'un manteau et d'une houpellande fourrée de menu vair, en lieu de couverture, v s. — Du lais maistre Mahieu de Lînieres, conseillier du Roy nostre sire et maistre de sa Chambre des comptes, i lit, c^est assavoir couite, coussin, deux paires de draps linges, une coulte-potnte et une sarge vert, ung orillier, et viii 1. — Du laiz messire Guillaume Auguier, chappellain du Roy nostre sire et chanoigne de la Sainte -Chappelle royale à
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Ces couvertures, faites de gros drap gris, dit bureau S étaient bordées de lanières de cuir blanc et doublées de tiretaine. La fourrure en était empruntée aux animaux les plus divers, chats, chats sauvages et chats « heraiz », écureuils, renards, connins, bichettes, moutons, chevreaux, agneaux blancs de Grèce^ etc.^. L'entretien en exigeait beaucoup de soins; il fallait empêcher les vers de les « honnir. » Chaque année, au mois de juillet, on voyait arriver les pelletiers^ avec leurs verges à battre, leurs cardes à carder, leurs paumelles à nettoyer : « arechier et defourer les couvertouers » que le couturier raccommodait tandis qu'on taillait
Paris, ung lit, c'est assavoir coulte, coisson, une sarge perse, deux draps de lin de deux leez et demi. » (Comptes, I, 283; V, io3, io6.) — « Quadraginta s. p. pro stramioe émendo ad ponendum in lectis infirmarum dicte Domus in vigilia Penthecostes. » (A. P. 266*^, n* 1327.) — < Pour xl aulnes de telle pour les tayez soustenir, cvi s. viii d. 1 (Comptes, XIII, i3i.} — « Deux meschantes couchetes et ung petit lit où couchoient les serviteurs dud. defiinct, dont les coutiz ne valoyent riens, desquelz la plume a esté employée par la prieuse à faire des orilliers. » (Ibid., XVII, 40.) — A. P. 873*, n* 4198. — Arch. nat., L 532*«. — - Livre de vie active, 1x2, x6i.
— T. II, n* 81. — Husson, ovvr, cité, 495.
X. c Le viu* jour de novembre, pour Tachapt de troys pièces de gros draps appeliez boucles, pour faire des bureaulx, x 1. viii s. p, » (Comptes, XV, 45.)
— c A Pierre Perrotin, marchant, demourant à Sernier&-en-Forest, pour cinquante quatre aulnes de draps de bureaux barrez, vi 1. xx s. iiii d. » (Ibid., XIX, 327.) — « De noble homme maistre Pierre Legendre, conseillier et trésorier des guerres du Roy nostre sire, comme exécuteur du testament de feue honnorable damoiselle Perrette Daniel, en son vivant femme dud. Pierre Legendre, ixiixx draps de toille de chanvre tous neufz et treize couvertures de drap gris dit bureau. » (Ibid., XX, 270.)
2. c Pour Pachapt de cinq aulnes de drap vert pour faire couvertures,
Lx s. p. ~ Pour l'achapt d'une autre petite pièce de drap vermeil -— Item,
pour Tachapt de deux pièces de drap pers » (Comptes, XV, 124, 127.) —
« plusieurs pièces de viez pelletières qui sont descheu des couvertouers
par pourriture. 1 (Comptes, I, x x3.) — c Le ix* jour d'ottobre, pour despens faiz par lad. prieuse et de sa compaignie pour aler à Saint-Denis pour savoir s'elle pourroit trouver aucunes fburreures de couvertouers pour son office, lesquelx feussent de Peuvre de Bretaigne, dont il n'y avoit nulz, pour ceci, XI s. iiii d. • (Ibid., I, 228.) — c Pour Tachapt de six manteaulx de pennes de congnins pour faire des couvertures, vi 1. p. — Item, pour l'achat de deux pennes de regnars esportées, pour refaire les couvertures des litz aux pouvres malades, iiix 1. xv s. •— Pour Pachapt d'une grande penne de regnars qui avoit servy à la robe d'un homme, achetée d'une femme, nommée Huguete, qui porte des besoignes vendre par la ville, xl s. p. t (Comptes, XV, X23, l'ib; XVII, 59, 69.) — Ibid., I, 278.280; II, 197; VII, X18; XV, i23, 124, 307; XVI, 44; XVII, 60. — Arch. nat., L 532«».
78 ntËMIÈRE PARTIE.
les pannes; et ks « appareiller » à nouveau, c^était une besogne de vingt à trente |our8, exigeant un pareil nombre d'ouvriers, dont la nourriture était à la charge de Thôpital.
La dépense étah lourde, mais sur ce chapitre on ne lésinait pas. Trois fois Fan, on renouvelait la literie; on appelait cela « foire le bouhourdis »; c'était, en effet, aux environs du premier* dimanche de carême^ celui des Brandons, du Bouhourdicb ^ , quW se livrait, pour la première fois dans Tannée, à cette opération.
Tout le monde prenait sa part du labeur, jusqu^aux malades un peu valides : il fallait détayer les oreillers pour en venter la plume, décorder les châlits pour en resserrer le « cordis de teil », vider du vieux feurre qui les garnissait les matelas aplatis et les remplir de feurre neuf, préalablement battu. Cétait dans le voisinage de Paris, le moins loin possible, pour éviter les frais, encore assez élevés malgré cette précaution, c'était à Villiers, âichy, Courcelles, Maisons- Lafitte ou Charenton que THôtel-Dieu achetait ses c gluis de feurre ». Le travail achevé, il y avait un banquet dont, étant donnée la saison, le poisson, gardons, carpes ou brochets, faisait les frais; si Ton pouvait manger de la viande, on achetait deux du trois veaux à la Grande-Boucherie*.
1. c Pour le TÎA qui a esté distribué led. jour du Bouhordit par lad. prieuse, tant aux malades^ aeurs, filles, varleu et serviteurs, ainsi qu'il est acoustumé troys fois en l'an, savoir est led. )our du Bouhourdis et autres
Jours ordonnez » (Comptes, XV, 46.) — « Le jeudy de la mi-iuresme que
on ûst le bouhourdiz » (Ibid.» XVI, 41.) — c S'ensuit la despense initie
le XXII* )our d'aoust et autres deux jours ensuivons : premièrement, pour avmr fait foire le bouhourdiz » (Ibid., XX, 294.)
2. c En ce temps (26 juillet), pour ixit nombres de feure achetez de Brûlé, demourant au Roule, prins à Villiers la Garenne, pour fiaire les Us aux malades, xii 1. x s. -^ Item, pour xi voitures prinses hors qui amenèrent led. feure, pour ce que les voitures d*icellui hoetel estoient occupées, lv s. — Item, pour v autres voitures, xxx s. — Item, à Perrin d'Argentueil, pour V19 journées qu'il vacqua à aler et venir aud. Villiers, avec les charretiers, pour les aidter à chargier et conduire, dont il a eu viii s. — Item, aux bateurs qui ont batu lesd. feures, pour leur vin, afin de mieulx garder le droit de l'une partie et de l'autre, iiii s. — Item, pour lier led. feure par fesseaux, XXV s. — Item, pour le salaire de deux ouvriers pour avoir tumbé et rassis les chaaliz aux malades, xxxii s. ^ item, pour le salaire 4& vi cordeurs qui ont cordé lesd. chaaliz par deux jours, lui 1. ini s. — Item, pour le salaire de VI tireux qui ont tiré devant lesd. cordeurs, lx s. — Item, pour viii ouvriers qui ont aidié à oster les viez feures dea liz aux malades et apporté le
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Dans un hôpital, on me beaucoup; on salit phis encore. Pas plus qu'à la Blanchisserie générale, aujourd'hui, on ne chômait^ jadis, aux lavanderies de THôtel-Dieu : chaque semaine, il fallait laver huit à neuf cents draps, sans compter les habits des ihalades nouvellement entrés. Six sœurs et trois filles, d'une part, de Fautre trois religieuses et autant de filles blanches, tel était le personnel de la grande et de la petite lavanderie^ Cétait à ce dernier service, c le plus facile de la maison », quêtait attachée la novice dès ses débuts. Le labeur pourtant ne laissait pas que d'être pénible : auxiliaires des grandes lavandières, les petites lavandières se rendaient de grand matin à la rivière, — Thiver, une lanterne à la main, — pour préparer le travail à leurs aînées ; celles-ci arrivaient bientôt : la journée se passait à « essanger » le linge; le surlen* demain on revenait le laver ^.
feure neuf, où ilz ont vacqué par deux jours, xxxii d. 1 (Comptes, I, iSS, 25g.) c Le huitie«ne Jour d'octobre, receu par les mains de maistre Jehan Ginult, drapier, marchant et bourgojs de Paris, xii manteaulx de grox drap gris fiiix à Fusaige des pouvres malades pour leur servir durant ce que on rehût leurs litz, et que honnorable femme feue Gillette, en son vivant femme dud. Girault, avoit donné. » (Ibid.,XVI, 328.) — Comptes de prieuse, passtm, — Arch. nat., H 3663, 154.