IV. — LES MALADES A L^RÔTEL-DIEU
Il n^ avait pas, au contraire, de barbier spécialemetit attaché au personnel ; si la santé de quelque frère ou de quelque religieuse réclamait son intervention^ c'est au barbier « qui a la charge de visiter les malades » qu*on s'adressait; maître ou prieuse, suivant le cas, lui payait, d^ailleurs, ses consultations et ses opérations ^
Les faits qui précédent nous semblent assez probants et Passimilation complète du médecin, du chirurgien et du. barbier nous paraît su£5samment établie pour qu'on puisse admettre la vraisemblance d'une hypothèse que le hasard des recherches confirmera, nous l'espérons, un jour ou l'autre.
Quelle était Inorganisation du service médical antérieurement aux ordoixnances royales? nous l'ignorons. Il est toutefois permis de supposer que les malades furent, à l'origine, soignés par quelques chanoines et quelques frères ayant étudié la médecine ; puis, qu^au xii* siècle peut-^étre, un chirurgien et un médecin, probablement laïques, furent chargés par le maître de visiter les hôtes de l'Hôtel* Dieu : c^est du moins ce qui semble ressortir de l'examen de deux chartes conservées dans le Cartulaire.
Au mois d'octobre 1 221, le maître de PHôtel-Dieu fit avec un chirurgien, maître Hubert, l'échange suivant : il lui abandonna^ moyennant un loyer de 40 sous, une maison^ sise près de l'^çlise Saint-Landry, pour y demeurer, lui, sa femme et la veuve d'un cenain Orry ; à la mort du dernier des trois, Pimmeuble devait faire
la Calendre, c devant la forge qui est joingnant de l'église Samt-Germain4e- Vielz. 1 (A. P. lôgSM, n» 987.)
I. c Au barbier qui Went visiter les pouvres malades, afin qu'il vint visiter et penser desd. fiUea qui eatoient Ion huit malades, xxvi s. p. — A Thomas le Barbier, qui a la charge de visiter les malades dud. Hostel-Dieu, pour avoir visité et pensé trois filles en habit blanc, ziiii s. p. — Au barbier, pour avoir seignié les filles malades qu'il estoit neccessité, xxxn s. p. t (Comptes, XII, 112; XVI, 198; XVII, 87a; XiX, 64.)
Le personnel avait parfois recours, pour des raisons qui sous échappent, aux soins d'autres praticiens que ceux de l'Hôtel-Dieu : c Pour batUier au sirurgien qui pensoit d'elle, ziii s. vi d. p. -<- A ung medicin ou sirurgien de Sainct'Denis en France qui vint visiter seur Jehanne, xuix s. p. — Le douzîesme jour de novembre, baillé à seur Laurenae la Kdaude, qui se tient au Preisoaer, prés des Chartreux, laquelle estoit fort malade de Tune de ses jambes, à elle baillé pour paier son sirurgien, demourant à Venves, et pour luy avoir ses neccessitez, xxxii s. p. «* A Gilles de Bruyejres, maistre es ars, cieurgiea, demoorant à Paris, xii s. p., pour avoir par luy visité et pensé senr Jebmne la Pavlmiere «Punc appostume qu'elle avoic en ToreiUe destre. t ^Comptes, XVI, a73;XVU, 73, 341; XIX, ioo, 201, 335; XXIU, 1341, 1363.)
lOO PREMIÈRE PARTIE.
retour à PHÔtel-Dieu ; maître Hubert cédait, de son côté, la por* tion lui appartenant d^une maison qu^il habitait, rue Glatigny, et payait lo livres parisis comptant; en outre, il s'engageait à soigner gratuitement les pauvres et les malades hospitalisés, ainsi que le personnel ^
C^est sans doute à la même époque que le médecin Vincent des Bois donnait, gramitement aussi, ses soins aux gens de l'hôpital; il fit même un don de 40 livres parisis : sa fortune lui permettait ce désintéressement et cette largesse. Mais cette situation prospère ne dura pas, et, en i23i, le maître de THôtel-Dieu, reconnaissant des services rendus, fit au vieux « mire «^ tombé dans la gêne, une rente viagère de quatre livres ^.
UHôtel-Dieu, du reste, était, depuis le xin« siècle, le siège d^un enseignement médical pratique ; c'est du moins la seule explication plausible de certain article du règlement des chirurgiens de Paris, article aux termes duquel les licenciés devaient solennellement recevoir la robe de maître, soit aux Mathurins, soit au chapitre de THôtel-Dieu*.
Signalons, enfin, la présence à PHôtel-Dieu d^une sage-femme, que le langage imagé de l'époque dénomme la « ventrière des acouchies » : c la ventrière est une femme qui a Part de aider la femme quant elle enfiante, pour ce qu^elle ayt enffant plus legierement et que Tenffant ne soit en péril. Geste ventrière oingst le ventre de la femme qui enffante de oingnemens pour faire yssir Ten&nt plus tost et à moins de douleur; quant Tenfifant naist, la ventrière le reçoit et luy coppe le nombril du long de quatre doiz, et le noue ; et puis elle lave Penffant, pour en oster le sang, et après elle le frote de sel et de miel pour seicher et conforter les membres, et Fenvelope en blans drappeaulx...^. » La sage-femme
1. a Promisit quod infirmos et pauperes in Domo Dei habitantes seu
jacentes necnon et fratres et sorores ejusdem Oomua visitabit et eos a plagia •eu vulneribus, pro remedio sue anime, abaque precîo, bona fide procurare procurabit. t {Cartul. H.^D.^ n* 143.)