IV. — LES HALADES A l'hÔTEL-DIEU
Nous aurions voulu consacrer ici une large place à l'étude du service et du personnel médical à THôtel-Dieu; mais les documents que nous sommes parvenu à découvrir sont en nombre trop restreint, et les indications qu'ik renferment sont trop succinctes pour que nous puissions réaliser ce désir.
Les renseignements les plus précis que nous ayons trouvés concernent les chirurgiens.
Par un acte du 16 janvier i328, le roi Œarles* IV décida qu^à l'avenir les malades de THôtel-Dieu seraient confiés aux soins de ses deux chirurgiens jurés au Châtelet; ceux-ci recevraient en conséquence une indemnité de 1 2 deniers parisis par jour, payable sur la Recette de Paris ^ Des quitunces de Jean de Troyes (i 396, i3gjy 1399), de Gilles de Sous-le-Fôur (1402), de Jean de Sousle-Four (1424), de Henri de Troyes (1424)^ attestent que cette ordonnance fut réellement appliquée et qu'elle était encore en vigueur un siècle après sa promulgation ; elle ne tomba sans doute en désuétude qu'au xvi* siècle^.
Ainsi s'explique l'absence, dans les comptes de l'hôpital, de mentions relatives au paiement des chirurgiens chargés de visiter les malades.
Or, les comptes gardant le même silence en ce qui concerne le médecin et le barbier, praticiens dont la présence à PHôtel-Dieu est formellement éublie, nous n'hésitons pas à croire qu'une mesure analogue à celle de 1 828 avait été déjà prise par l'un des prédécesseurs de Charles le Bel ou le fut par Pun de ses successeurs immédiats, mesure qui mettait également à la charge du Trésor public le traitement du médecin (peut-être y en avait-il deux ?) et celui du barbier^.
1 . [Quesnayl, Histoire de Porigine et du progrès de la chirurgie en France, Paris, 1749^ 10*4*1 P* 44<>* ^f- ^i^^* i^^t., ms. fr. 3906, fol. 18 v* ; Ârch. nat.. Répertoire Dupré, H 1880^1.
2. Bibl. nat., Titres scellés de Qairambault, reg. loi, pièce 8101; reg. 108, pièces 8445, 8447.
3. Livre de vie active, 114. — Documents, n* 29. — Doc, hospit,, l, 2.
4. Antoine Astesan a certainement sacrifié aux iatéréts de la métrique la vérité historique en n'attribuant qu'un chirurgien à THÔtel-Dieu dans son poème sur Paris et les villes de France sous Charles VII, publié par I-e Roux de Lincy et Tisserand dans leur Paris et ses historiens aux XIV* et XV* sièclesy p. 640 :
« Phisîcus est etiam necoon chirurgicus, am,bo Aegrotis illis medîci succurreie jussi,
DOCUMKMTS IZ 7
98 , PREHliRE PARTIE.
Cette opinion n'est pas seulement basée sur des documents négatifs, i^absence de mentions de paiement.
Dans leurs quittances, les deux chirurgiens jurés du Roi au Châtelet prennent le titre de « chirurgien juré du Roi pour visiter les malades deTHôtel-Dieu de Paris x»; ils n^avaient donc pas à s'occuper du personnel. Le fait est encore établi d'autre part. Nous savons, en effet, qu'un chirurgien était attaché à rétablissement « pour visitter les frères, seurs, filles et gens de céans » (les valets), en un mot, tout le personnel, à Pexdusion des malades. A partir de l'année 1443, ce chirurgien, qui jusque-là avait toU" ché un c salaire » variable, proportionné au nombre de ses consultations et de ses déplacements, figure parmi les « pensionnaires 9 pour une somme de 100 sous parisis par an. Pierre Malaisié remplit ces fonctions de 1443 à 1458^
Uétude des comptes nous révèle également l'existence d'un médecin du personnel : une somme de 72 sous parisis figure dans le compte de 1 428 « pour le salaire d'un phisicien et d^un cirurgien », salaire qui descendit, Tannée suivante, à 44 sous parisis. Le médecin devint, en 1443, pensionnaire de l'hôpital, comme son collègue le chirurgien, et reçut désormais, par an, une somme fixe de 8 livres^. De 1443 à 1458, le médecin du personnel fut Enguerran de Parenty, le médecin de Louis XH, et, de 1495 à i5o5, c m* Thierry, docteur en médecine. »
Annua pro tali capientes praemia facto ; Sic et qui potus et qui medicamina condit Ceteraque a^rotis medicorum jussa mioistrat. »
On ne saurait donc invoquer le témoignage du poète pour prétendre qu'il n'y ayait à THôtel-Dieu qu'un médecin et non deux, comme nous le croyons. — Règlement du xvi» siècle, art. 167, 168. — Arch. nat., LL 220, 464. — Documents, n» 33. — T. II, n» 796.
1. Comptes, VIII, iSg; IX, ibz; XII, 112; XIII, 129; XIV, 170.— Arch. nat., H 3663, 199; H 3666, 600.
2. Il importe de connaître la valeur relative de ces traitements; nous trouvons le renseignement dans les comptes mêmes : le cuisinier de l'Hôtel- Dieu était payé plus cher que le médecin, et le chirurgien touchait la même somme que le vidangeur : c A Martin Roguet, queux et boucher, ix 1. xii s. > (Comptes, XII, m.) — «Au second varlet de la cuisine, es. — Au troisième varlet, c s. p (Arch. nat., H 3663, 197.} ~ « A [Colin de Bruneul], maistre des basses euvres, pour curer les conduis des eaues et aigouz de la court, des aisemens des malades sur la rivière, par an, es.» (Comptes, X, 142, 145.)
3. Enguerran de Parenty, chanoine de Paris, demeurait, en 1439, rue de