IV. -^ LES KAUUDiœ A l'hÔTEL-DIBU
Voici quelle était, en i5o5, la dotation de ce service, qui ne fonctionnait que depuis dix ans :
I® 24 livres parisis, tant sur une maison de la Porte Baiidoyer, devant la Croix, à renseigne des Trois-Bourses, entre la maison de TAngeet celle de Martin le Camus, aboutissant et ayant issue sur le cimetière Saint-Jean, que sur une autre, sise à Troyes, devant la Belle-Croix. Don de Guy Boileau, chanoine de Paris, qui avait acheté cette rente 200 écus d^or.
%• 32 1. p. sur THôtel-de- Ville, proveiuint du legs de Gillette Hennequin, veuve de Jacques de Hacqueville.
3* 4 1. p. sur le Roi-David , sis au Clos-Bruneau , devant les écoles de Décret, rente constituée par Raoul Bidet, procureur au Châtelet.
4» 4 1. p. sur une maison de la rue des Rosiers, données par Gacien Quillet, sergent à cheval.
S^ 14 1. p. sur une maison de la rue Saint-André-des-Arts, données par Claude de « Cezesin », garde de la Monnaie de Gr^ noble, Jeanne Plumart et Gaud Plumart.
6<» 32 s. p. sur une maison à Grignon, donnés par sœur Marguerite la Messie ^
Quand un malade entrait en convalescence et qu'au cours de sa visite le médecin Tavait signalé comme pouvant quitter la malson, il y restait huit jours encore, aidant à l'occasion les religieuses dans leur travail, se rendant utile ici ou là; au moment de son départ, la ce pouillère » lui rendait ses habits, qu^on avait soigneusement lavés, y ajoutant souvent une chemise et quelques deniers ; notre homme passait ensuite au comptoir, où le maître lui donnait un certificat attestant qu'il sortait de THôtel-Dieu : cette pièce était indispensable pour être reçu à Thôpital du Saint- Esprit, où se rendaient tous les convalescents, dans Pespoir, rarement déçu, d^y recevoir encore quelques secours ^.
Mais, parmi les malheureux venus à Thôpital, tous ne sortaient
X. Comptes, XXI, 879-382; XXII, 539-544. — T. II, n* 1426. — Invent.jemtfi., I, n* 3i63.
a. c Item, legtvit xvi L p. distribuendas pauperibus infirmis a dicta Domo exeuntibus. 1 (A. P. 243^6, n* 12 10.) — « Touchant le pain, potaige et deux deniers que on doit bailler aux pauvres debiiei sortans de THostel-Dieu... » (Arch. naL, Parlement, Conseil, XU 1624, fol. 197.) — Règlement du XIII* siècle, art. 23. ~ Règlement du xri* siècle, art. i65. — Livre de vie active, 112. — Docaments, n** 3, 23.
pas de la sorte. L'état d'un malade s'aggravait>il, on le transportait, s'il n'y était déjà, à Tlnfirinerie; aux premières manifSêstations de Tagonie, il était placé sur la < couche à annullier », où le chapelain venait bientôt lui administrer les derniers sacrements. Quand la mort avait fiait son œuvre, le cadavre était déposé sur le châlit des morts : arrivait une sœur qui Tenveloppait dans la moitié d'un vieux drap, réservé pour cet usagée Après le service religieux, V « emballeur » a acoustroit » le corps sur le chariot, et on se mettait en route pour le cimetière ^. Après avoir franchi la porte réservée à la sortie des convois, le cortège s^avançait par la Rue-Neuve et la Juiverie, passait la Seine sur le pont Notre- Dame, gagnant par la Place-aux- Veaux la rue Saint-Denis, qui conduisait aux Innocents comme à la Trinité.
Aidé de ses valets, le fossoyeur descendait le corps dans la fosse et le recouvrait d'un peu de terre. Avant de partir, il avait soin de placer quelques planches sur la terre fraîchement remuée « de peur que les chiens n'y voises »'; car les cadavres n^étaient pas alors enfermés dans des « coffres » ; de là la nécessité d'un linceul, dans lequel les morts de nos établissements modernes ne sont aujourd'hui ensevelis que si les parents le fournissent.
Une seule fosse était creusée, au début de Tannée, pour recevoir tous les cadavres : en 141 7, celle de la Trinité mesurait 243 mètres de superficie; elle reçut i,83o cadavres; la fosse de l'année suivante cubait 1,362 mètres; on y déposa 5, 000 corps environ'*.
1. « Et notez qu'il a fallu ausd. corps» pour les ensepvelir, à chascun demy drap, Tan portant Tautre, pour le moins. » (Arch. nat., L 532**, fol. 3o.) "^ f Depuis le huictiesme jour de juillet jusques à ung an ensuyvant sont trespassez aud. hospital soixante douze personnes, que petis que grans, ausquelz a fallu à chascun demy drap, qui sont en quantité totalle trente-sîx draps. » (Arch. hospital. de Melun. Fonds de Saint- Jacques, E i3, 33.) — Comptes, I, 294; VI, 43, 71, etc. — A. P. 8731, n* 4198.
2. « Pour faire ung chariot tout neuf à mener les corps au cimetière de la Trinité, ix 1. xii s. — Pour faire rapparillier et mettre à point le vieulz chariot, à deux fois, x s. f (Comptes, III, 25o.) — « Pour quatre roes faittes toutes neuves pour le charyot aux corps, un 1. p. » (Ibid., V, 3o2.) — c A Laurens Chesneau, mareschal, pour avoir ferré une paire de roues pour le petit cheriot de TOstel-Dieu où sont mis les trespassez. » (Ibid., XXI, 853.) ^ Documents, n* 29.
3. c Au fossoieur et à deux variés, ses aides... » (Comptes, I, 282.) — c Pour pelles, picques, hottes et fragons pour les fosseouers, xxxvixi s. » (Ibid., IV, 253.) — Documents, n* 25.
4. a Pour ung treillis de fier pour le lieu où l'en met les coffires des corps.
lY. -7- LES MALADES A L^HÔTBL-DIEU. I I 3
Plus solennelles étaient les funérailles des frères et des sœurs : il y avait plus de luminaire au service religieux, qui durait plus longtemps; on faisait dire vigiles par les quatre ordres mendiants et célébrer plusieurs douzaines de messes. Six enfants, une torche à la main, suivaient le convoi ; le corps, enfermé dans un cercueil garni de paille, était porté sur une civière par quatre hommes, cérémonial dont on n'usait envers les malades décédés que s'ils avaient laissé de quoi payer les frais, ce qui n'arrivait pas souvent ^ Au cimetière, le cadavre était toujours déposé dans une fosse à part. Pour un pauvre, le fossoyeur recevait deux deniers; pour un religieux, il touchait quatre sous. Un banquet réunissait, au retour, les parents et amis du défunt. Ajoutons que frères et sœurs étaient toujours enterrés aux Innocents ^.
C'est que, depuis le milieu du xiv" siècle, les corps de THôtel- Dieu pouvaient être, selon les circonstances, transportés à la Trinité ou à « Saint- Innocent », comme on disait au moyen âge.
VI 8. » (Comptes, IV, 253.] — a Pour faire lxiiii toises de fosse, tant en long comme en lay, ou cimetière de la Trinité, à mettre les corps trespassez de cest hostel, xvi 1. — Pour vin donné aux ouvriers, m s. ~ Pour oster une haulte et grande mutte de terre qui estoit ou cimetière de la Trinité ou lieu où la fosse a esté faite de nouvel, ix 1. xii s. — Pour avoir fait de nouvel une grande fosse oud. cimetière pour enterrer les corps qui par chascun [an] trespassent en cest hostel , lad. fosse contenant en tout viiixx xxiiii toises, Lxxiii 1. XII s. p (Ibid., V, 3o2.) — Arch. nat., H 3664, 134.