‹ L'Hotel-Dieu de Paris au moyen âge. Histoire et documents: histoire et documentsChapitre 94 sur 236 · LES REVENUS DE L'HOTEL-DIEU · texte numérisé non relu

LES REVENUS DE L'HOTEL-DIEU

Les malades reçusàl'Hôtel-Dieu n'avaient, bien entendu, rien à payer; l'hospitalité était entièrement gratuite. Au xvi« siècle, chaque malade coûtant par jour environ 20 deniers tournois, c'était, à raison de 5oo hôtes, une dépense de 5o livres par jour, de 1 8,000 livres par an ^ Il nous faut montrer comment le maître et la prieuse parvenaient à supporter une charge aussi lourde, indiquer à quelles sources de revenus s^alimentait le budget de THôtel-Dieu.

On sait que les malades, en entrant, étaient tenus de déposer entre les mains de la « pouillère » l'argent qu'ils portaient sur eux; beaucoup n^avaient pas une obole; la plupart ne possédaient que quelques deniers^ fruit de la mendicité et de Paumône; aussi la somme réalisée par le maître sur ses pensionnaire^ décédés, dont le modique avoir lui était acquis^ ne s^élevait, chaque année, qu^à un chiffre dérisoire.

On n'était pourtant pas sans hospitaliser de temps à autre des gens un peu à leur aise. C'étaient le plus souvent des vieillards sans fiamille; tombés malades, ils avaient préféré venir mourir à THÔtel-Dieu, plutôt que de finir leurs jours chez eux, dans la solitude et l'abandon. Tel possédait un immeuble; tel autre, une rente; à rapproche de la mort, ils faisaient leur testament, léguant à l'Hôtel-Dieu tout ou partie de leur fonune; avaient-ils, avant leur entrée à l'hôpital, déjà disposé de leurs biens, d'habiles soUicita-

I. Arch. de l'Hdtel-Dieu de Chevreuse, E 5, 129, i3j, i38. — Arch. hospital. de Melun. Fonds de Saint-Jacques, £ 14, 58 et suiv. — La fondation d'un lit coûtait, vers X25o, 100 sous de rente; elle coûte' aujourd*hui 1 ,000 francs. (De Beaucorps, Étude sur les Maisons-Dieu au moyen âge et particulièrement aux XII* et XIII* siècles, 1868. Thèse ms. de PÉcole des chartes, déposée au secrétariat. — Maxime du Camp, La charité privée à Paris, dans la Reinte des Deux-Mondes, février 1884, 61 3.)

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tions les décidaient sans peine à rédiger un codicille en faveur du maître ou de la prieuse.

Il est à peine bçsoin d'ajouter que ces cas étaient assez rares et que la population des hôpitaux se composait surtout d'indigents au moyen âge comme aujourd'hui.

Aussi ne rappelons*nous que pour mémoire cette faible source de revenus, quantité presque négligeable devant la somme élevée qu'atteignaient les dépenses de FHÔtel-Dieu ^

D^autre part, Passistance publique officielle fut, durant le moyen âge, complètement inconnue; créés et dotés par des particuliers, les établissements hospitaliers étaient tous le fruit de rinitiative individuelle, individualité personnelle ou collective, l'œuvre de la charité privée. Or, ces œuvres, dont les fondateurs, partant du même principe, poursuivent un but analogue^ se trouvent dans des conditions d'existence identiques à quelque époque qu'on les rencontre et qu'on les étudie. Ces institutions charitables sont au premier chef d'utilité publique; elles rendent aux populations de précieux services , parvenant à des résultats que le gouvernement ou' les municipalités ne sauraient le plus souvent atteindre par des moyens aussi simples, par des voies aussi rapides, par une administration aussi peu coûteuse. Il est de ces entreprises que l'initiative privée peut seule tenter et mener à bonne fin, pour lesquelles l'ingérence des pouvoirs publics est le gage assuré du plus complet échec. Jusqu'au xvi« siècle, en France, on s'en remit à la charité privée du soin d'organiser et d'administrer les divers services d'assistance publique. Jusque-là, les pouvoirs constitués, l'État et la municipalité parisienne^ n'eurent qu'à exercer sur les établissements de bienfaisance leur droit de surveillance et de contrôle, droit dont ils furent à toute époque naturellement investis, bien qu'il ne soit nulle part explicitement mentionné, droit qui ne s'exerce d'une manière apparente et ne se révèle que le jour oti l'institution cesse de fonctionner régulièrement, de rendre les services qui sont sa raison d'être, que le jour oti des désordres éclatent et où une

I. A. P. x3iB, n* 745; iSaDdd, n* xo25; 275E«ee, n* i363; S731, a* 4196. — Comptes, III, a33; IV, io3, a57; V, io8, ia5, 3o6; VII, x6, 179, 232, 270, 3ao; VIII, 56; IX, 62; X, 63; XI, 57, bS; XII, 57; XIV, 60, i83. - Arch. nat., H 3663, 102, 2i5; H 3664, 17-25, 3a. — T. il, a* 1217. — Cartu!, H,'D,, n* 479. — Doc* koêpit,^ IH, iço, — /m««ftf .««oiRm., I, n* 5 102.

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