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L'Hôtel-Dieu de Paris

Le mouvement d’opinion et de controverse qui s’est élevé dans ces derniers temps, au sujet de la reconstruction de l’Hôtel-Dieu, l’intervention directe d’une haute sollicitude pour hâter la solution des problèmes sociaux qui s’y rattachent, la mise en œuvre des grandioses projets de l’Administration municipale, me font un devoir de livrer à lapubliciléjes résultats de mes rrecherches sur les origines de cet 'édifice, les phases diverses de son existence et les destinées qui lui sont réservées.

Celte étude m’a paru de nature à intéresser vivement les lecteurs de I’Union Médicale, car ? s’ils éprouvent, comme moi, un sentiment de tristesse en voyant s’écrouler, débris par débris, ce qui peut rester d’un passé glorieux (alors même que l’on invoque le bien-être sagement entendu des nouvelles générations), ils s’associeront à mes efforts pour saluer d’un dernier soutenir ce très-ancien et très-vénérable monument.

« Si personne, dirai-je avec M. llusson (1), ne se faisait aujourd’hui l’historien de la splendeur I passée de l’Hôtel-Dieu, il serait h craindre qu’il ne restât dans les traditions du vieux Paris, non pas sous l’aspect monumental qu’il avait au temps de saint Louis et de François Ier, mais ' tel qu’il est sorti de l’incendie de 1772, et que nous l’ont dépeint dans leur navrante vérité les rapports de Tenon, Bailly et Larochefoucault-Liancourt. »

(f) Élude sur les liôpiluux. In-4“, 1862.

La tâche que je m’impose est sans doute très-ardue, mais la bienveillante attention du lecteur se maintiendra, je l’espère du moins, à la hauteur de la difficulté.

Il oubliera facilement les détails trop minutieux, les dates, les citations, les parenthèses, pour ne se souvenir que des faits marquants, que des principes généraux ; et je me croirai bien amplement dédommagé de mes longues heures de travail, s’il peut conserver dans son cœur un double sentiment de vénération pour l’Ilôtel-Dieu qui tombe, d’admiration pour l’hôtel-Dieu qui va surgir !

Quoique l’origine des hôpitaux (1) soit fort ancienne, elle ne remonte pas à l’antiquité; celle-ci ne nous a légué aucune création de ce genre. C’est au christianisme qui a fait de la charité l’une de ses vertus fondamentales qu’en revient toute la gloire ; c’est donc à lui que doit remonter toute la reconnaissance des peuples.

« Si l’on examine l’état politique, moral, et religieux des peuples de l’antiquité, dit M. de Wateville, il est facile de se convaincre qu’ils n’avaient point et ne pouvaient avoir d’hôpitaux.

« L’esclavage, la condition infime des femmes, le droit de vie et de mort qu’avaient les pères sur leurs enfants, tout éloigne la pensée que ces peuples aient eu des établissements hospitaliers.

« Pour fonder les hôpitaux et pour les desservir, il fallait une vertu que le paganisme, dans ses créations les plus ingénieuses, n’a pas même entrevue, la charité /»

M. Littré nous apprend que, dès la plus haute antiquité, il se fonda dans la Grèce un grand nombre d’Asclépiions (Ao-jaaonlov, temple d’Esculape) qui s’ouvrirent pour le culte du dieu et le service des malades.

« Le malade qui venait chercher du soulagement dans les Asclépiions était d’abord soumis à quelques^préliminaires, qui, sous un appareil religieux, l’obligeaient à des jeûnes prolongés, à des purifications, à des ablutions, à des onctions de toutes sortes. Ainsi préparé, il entrait dans

le temple et y passait la nuit ; c’est ce que l’on appelait l’incubation Pendant la nuit, le

dieu lui apparaissait et lui prescrivait les remèdes nécessaires; le lendemain, le malade racontait sa vision, et était soumis en conséquence au traitement ordonné. Les Asclépiions étaient

généralement placés dans une contrée saine Les prêtres des Asclépiions, qui traitaient les

malades dans leurs temples, allaient aussi les traiter dehors. »

Vhospitium des Romains, privation ou publicum, s’appliquait à l’hospitalité en général, et les infirmeries domestiques, destinées â leurs esclaves, se désignaient par le mot de valdudinaria.

Végèce parle des soldats malades dans le camp, sous la désignation d 'ægri contubcrnales, réunis en chambrées dans une sorte d’ambulance.

La magnificence et le nombre des vos -o^o,u»»v fondés par Constantin (pour secourir les chré-

(1) Dans le langage hospitalier de nos jours, l'hôpital est un lieu destiné au traitement des malades ou des blesses ; on les garde jusqu’à la guérison ou la convalescence : ils rentrent ensuite dans leur famille.

L'hospice est l’asile réservé aux vieillards, aux infirmes et aux enfants abandonnés, tous hors d état de pourvoir à leur existence; on les garde jusqu’à leur mort.

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Mens mutilés dans les tortures sous les règnes précédents) avaient vivement frappé l’imaginalition des Croisés à leur passage à Constantinople. •

En France, c’est à la reine Bruneliaut, de tragique mémoire, qu’il faut attribuer la création die ces pieuses institutions.

« L’architecture semble avoir été le principal luxe de l’une des plus puissantes reines dont ! la terre ait vu se prolonger la domination ; elle y consacra les trésors qu’elle amassait par les (•concussions qui ont souillé sa mémoire, et qui causèrent sa ruine. » (De Sismondi.)

« Brunehaut dirigea vers ce but le zèle de ses contemporains, de ses ennemis même, de ses 'successeurs, et son nom fait époque dans les annales de la charité. » (Baron Dupin.)

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L’Hôtel-Dieu, le plus ancien des hôpitaux de l’Europe, date des premiers siècles de la monarcchie française.

L’époque de son établissement et le nom de son fondateur étant restés incertains, malgré les [plus minutieuses recherches, les premiers historiens de Paris se sont inspirés des renseignements fournis par les légendes.

Dans son ouvrage sur les Ladreries, maladreries et léproseries (1), M. Labourt fait remonter iaux temps druidiques l’origine de l’Hôtel-Dieu. Il s’appuie sur ce fait que la statue placée devant ll’église de l’hôpital, jusqu’au milieu du siècle dernier, était une pierre sacrée de la nature des i dolmen (pierres fichées en terre verticalement) et des men’hirs (pierres rondes ou ovales polies), iautour desquelles les prêtres gaulois accomplissaient les rites mystérieux de leur religion.

Pour les Bollandistes (m acta sanctorum J, c’est un évêque de Paris, saint Landri, qui, dans la ^contagion causée par la famine de l’an 651, jeta les bases de l’IIÔtel-Dieu.

« Egenis vero ægrotaniibus, ut prospiceret , pius pater xenodochum prop'e episcopum primus instituit. »

Observons tout de suite que le xenodochum ( de x»vos étranger, et fsHopai recevoir ) était ■moins un hôpital, que le refuge charitable que l’église ouvrait >i largement aux voyageurs îfatigués et aux indigents sans abri.

Grégoire de Tours raconte que, dans ces temps primitifs, les principales églises renfermaient iun lieu réservé aux malades; ce qui a fait dire à de Pastoret que « le lieu où l’on souffre, et le lieu où l’on prie, sont également la maison de Dieu. »

« Pendant plusieurs siècles, écrit M. Davenne, et dans toute la période du moyen âge, le 1 clergé , seul dépositaire des lumières et régulateur suprême de ce qui constituait alors les mœurs publiques et privées, demeura exclusivement chargé du soin de secourir les pauvres,

de soulager toutes les misères, toutes les souffrances qui pesaient sur le menu peuple De là

' vient que nos premiers hôpitaux furent construits auprès des couvents des divers ordres. »

D’après Duchesne, un parent du roi Dagobert, Erchinoald, maire du palais de Clovis II, insignis bonitate ac elemosynis largissimus, aurait pris beaucoup de part à cette bonne œuvre,

■ en donnant le terrain à l’évêque Landri.

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(1) Ixidrcric, mol dérivé de Lazare, patron des lépreux.

A la date plus authentique de 829, sous le règne de Louis le Débonnaire, nous retrouvons dans le cariulaire de Notre-Dame une charte de l’évêque Incliad, où il est fait mention de PHôtel-Dieu.

Cette même charte nous fait connaître la première donation importante, consistant en dîmes de plusieurs terres, faite par Inchadus ad. « Illud liospitalc paupcrum quocl est apud memoriam beati Ghrislofori, ubi fratres , tcmpore slaluto, pedes paupcrum lavandi gratia confluunt. »

Cet hôpital, ou pour mieux dire, ce Xcnodochum de Saint-Christophe, qui doit être raisonnablement considéré comme l’origine de l’Môtel-Dieu, occupait la partie nord de la place du Parvis, dans l’espace compris entre le portail central de Notre-Dame, l’ancien chef-lieu de l’Administration de l’assistance publique, et la rue actuelle d’Arcole.

Il fut désigné successivement sous les noms de hospitale beatæ Mariæ; liospitale ante portant ecclcsiæ ; termes que l’on retrouve dans le statut capitulaire de 1168, qui enjoignait à tout chanoine, au moment de sa mort ou de la renonciation à sa prébende, de lui léguer un lit complet pour l’usage des pauvres.

C’est à la date de 118Zi (époque du percement de la rue Notre-Dame, de la démolition d'une partie de l’église Saint-Christophe, et de la destruction de l’ancienne enceinte galloromaine) qu’il faut faire remonter les premières extensions, du côté du fleuve, de l’hôpital prenant dès lors l’appellation de Domus Dci Parisiensis sous la devise Médiats et hospes!

Je vais énumérer actuellement les agrandissements successifs de l’Hôtel-Dieu; plus tard, je ferai connaître, aussi sommairement que possible, les donations, les droits et privilèges dont il a été l’objet aux diverses époques de notre histoire.

Une charte du milieu du xvc siècle attribue au bon roi Philippe-Auguste la fondation de la salle Saint-Denis, la plus ancienne de l’Hôlel-Dieu, édifiée avec la chapelle vers l’an 1186.

Ce prince si enclin aux grandes entreprises, tout en imprimant une impulsion énergique à la construction de l’église Notre-Dame, n’oubliait jamais l’Hôtel-Dieu : « La salle Saint-Denis fut fondée par le bon roi Philippe, jadis roi de France, et illcc sont couchiez les malades de chaudes maladies, et aussi les malades de boces et autres bléceures qui ont besoing de cyrurgien, et contient la dite salle 80 lits. »

La salle de saint Thomas martyr, fut construite par la reine Blanche « et illec sont couchiez les moins malades, comme sont ceux qui de maladies reviennent à santé gens de congnoissance, pèlerins et autres. »

Sur le bord de l’eau et vers la rue du Petit-Pont s’étendait « la salle neufve, qui est la plus grande de tout lostel fondée par le bon roi saint Loys, et illec sont couchiez les femmes malades de quelque maladie que ce soit, etc. »

C’est aussi sur le Petit-Pont, « au chief du dit Hôtel-Dieu, » que furent érigées les deux chapelles fondées par Louis IX, et décorées plus tard de deux beaux portaulx sous le règne de Louis XI.

Pendant près de deux siècles, aucune construction nouvelle de quelque importance ne fut

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1 dite à l’Hôtel-Dieu, bien qu’il continuât à recueillir de nombreuses libéralités (surtout pendant ,s croisades). Il n’v avait guère d’homme riche qui, en mourant, ne fit quelque legs à un •3pital. Les barons, après avoir pillé les serfs pendant leur jeunesse, faisaient ensuite péni- >cnce en donnant à un hôpital le fruit de leurs rapines.

En janvier 1478 , des lettres patentes de Louis XI indiquèrent de nouveaux travaux. L’aflluence des malades et des gens blessez en noz guerres, qui se trouvent audict hoslel ■ien traictez et gouvernez, est tellement augmentée, que nous de ce deuement informez meuz e pitié et compassion, avons fait allonger etaccroistre la grant salle diceulx malades jusques uu portail de devant sur la rue du Petit-Pont, et fait édifier de nouvel ung corps dostel pour as gens destat malades. »

Le 14 mars 1515, par lettres patentes données à Lyon, François 1er, après avoir énuméré insuffisance du local, les inconvénients « du gros ayr contraire auxdits malades et dangereux «our les religieuses et autres, » et l’insuffisance des lits (en chacun desquels par faute d’aiaance on veoit ordinairement 8, 10 et 12 pauvres en ung lit, si très-pressés que c’est grant üitié. de les veoir), enjoignit « d’augmenter les constructions sur le petit bras de la Seyne, aaire deux ou trois piles de pierre et aux deux extrémités deux masses pour tenir les arches, tt sur icelles faire construire et édifier une grande salle de 5 4 6 toises de largeur et de 25 de

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Toutefois, ce projet ne fut exécuté que cent ans plus tard, sous le règne de Henri IV.

Pendant que François Ier, sous le coup de la contagion qui décimait de nouveau Paris, envoyait de Corbeil (13 août 1519) l’ordre de construire près de l’hôtel de Nesle une maison aour les pestiférés, le chancelier cardinal Antoine Duprat prit «à cœur l'œuvre de la réforma - ; ion de l’Hôtel-Dieu, commencée en 1505 par le cardinal d’Amboise.

Trouvant dans les dépendances mômes de l’Hôtel-Dieu un emplacement parfaitement disposé pour l’érection d’une nouvelle salle, il fit de ses deniers personnels un vaste et magnifique bâtiment ayant façade sur la rue du marché Palu et du Petit-Pont.

La principale salle, de la contenance de 100 lits spécialement affectés aux pestiférés, a conservé jusqu’en 1772 le nom de salle du Légat (1).

Le caractère monumental du bâtiment du légal, marqua la transition de l’architecture gothique à l’architecture de la Renaissance. M. Viollet-le-Duc, préjugeant de l’état ancien de il’Hôtel-Dieu « d’après l’art ingénieux et subtil que relèvent des hôpitaux beaucoup plus ruo- 'Idestes, » n’hésite pas à affirmer que l’hôpital de la Cité parisienne était, au xvc siècle, l’un '!des établissements les plus remarquables de Paris.

Les constructions hospitalières de cette époque étaient pour la plupart des modèles d’art et ide recherches ingénieuses.

« Dans le peu d’hôpitaux du moyen âge qui nous sont restés (2), ajoute M. Viollet-le-Duc, nous trouvons un esprit de charité bien entendu et délicat.

il Les bâtiments sont d’un aspect monumental sans être riches; les malades ont de l’espace, de l’air et de la lumière.

(I) Elle occupait l’emplacement du vestiaire actuel, et (le la partie occidentale du jardin de rétablissement. [ (2) Hôtels-Dieu d'Angers, Chartres, Tonnerre, Bcaunc.

« Ils sont souvent séparés les uns des autres; leur individualité est respectée ; et, certes, s’il est une chose qui répugne aux malheureux qui trouvent un refuge dans ces établisse- mcnls, malgré les soins qu’on leur donne abondamment aujourd’hui, c’est la communauté dans de vastes salles. Souvent alors la souffrance de chaque malade s’accroît par la vue de la souffrance du voisin.

« Sans prétendre que le système cellulaire, appliqué fréquemment dans les hôpitaux du moyen âge, fût préférable, matériellement, au système adopté de notre temps, il est certain qu’au point de vue moral, il présentait un avantage.

« Nous tenons à constater, qu’il émanait d’un sentiment de charité très-noble chez les nombreux fondateurs et constructeurs de nos maisons-Dieu du moyen âge. »

Comme les anciens bâtiments de l’Hôtel-Dieu, assis sur des pilotages défectueux, menaçaient ruine, et qu’il devenait dès lors urgent de les étayer, le prévôt des marchands et les échevins autorisèrent, en 1602 et 1619, la construction des piliers et des voûtes qui les relient.

Ces travaux furent dirigés par l’habile architecte Claude Vellefaux; avec le concours de son élève Gamard, ils reprirent successivement toutes les constructions, de manière à ne plus laisser rien subsister de l’Ilôtel-Dieu du moyen âge.

Partout la voûte cintrée succède à l’ogive, et partout aussi les longues et larges nefs sont détruites ou divisées dans leur hauteur. L’architecture hospitalière commence à se préoccuper moins de la décoration extérieure des hôpitaux que de leur bonne installation.

Voici comment s’exprimait Philibert Delorme, en s’inspirant des préceptes de Vitruve : « De sorte qu’il vaudrait trop mieux à l’architecte, selon mon advis, faillir aux ornementsdes colonnes, aux mesures et façades, qu’en ces belles règles de nature (cognoissance des vents) qui concernent la comodilé, l’usage et profit des habitants, et non la décoration, beauté et enrichissement des logis faits seulement pour le contentement des yeux, sans apporter aucun fruit à la santé et vie des hommes. »

Les administrateurs et le corps de la Ville ayant repris, en 1626, le projet consigné dans les lettres patentes de 1515, Gamard construisit le pont au Double (1), sur lequel fut élevé le bâtiment du Rosaire, avec son beau portail sur la rue de la Bucherie.

Plus lard (16û6) le même architecte relia par le pont Saint-Charles les constructions de la rive gauche au corps principal de l’Hôtel-Dieu, dont la population s’élevait alors à 2,800 malades.

Sous le règne de Louis XIV, le nombre des malades-va tellement en augmentant, que l’on est obligé de mettre six malades dans un même lit, et même souvent huit, mais les faveurs du grand roi se portaient de préférence sur l’Hôpital général, son œuvre de prédilection.

En 1716 le régent, Philippe d’Orléans, prenant en considération la grande misère où l’hôpital était tombé, établit en sa faveur la perception d’un neuvième sur les billets de la Comédie et de l’Opéra.

Ce secours permit d’achever le bâtiment de la salle Antoine.

Enfin, pendant l’année 1738,1e prévôt des marchands et les échevins, en vue d’un nouvel agrandissement, accordèrent aux administrateurs la concession «d’un terrain vague situé depuis

(1) Un passage ayant etc ménagé au public, Louis XIII lixa le péage du pont à raison d'un double tournoi pour les piétons, d’où son nom de pont au Double.

ont au Double jusqu’à l’abreuvoir, étant à l'extrémité de la rue de la Bùcherie et de la

^ 1 .ce Maubert, sur le bord de l’eau, vis-à-vis le jardin de l’Archevêché. »

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^U^BLLes donations faites à l’Hôtel-Dieu remontent aux premiers jours de sa création.

- .Ilia plus ancienne daterait, pour les Bollandistes, de l’an 650, et aurait pour auteur saint idri : « Censi qub potuit dotavit. »

,, IfCelle d’Inchadus est ainsi mentionnée dans la Charte de 829 : « Ego décima, quoquc

rumdem villarum id est de indominicato tantum detur ad integrum ad illud hospitate upei um.. »

(C’était l’abandon exclusif des dîmes sur des terres situées à Andresy, Chàlenay, Chevilly, gneux, l’Hay, Sléville, etc.

..JlLouis VII a été le premier de nos rois bienfaiteurs de l’Hôtel-Dieu; il montra sa munifice et son intérêt en assignant à la maison-Dieu, en 1157, un revenu de 3 sous 8 deniers (1) ! cens sur un terrain situé près la porte Baudoyer.

i « Sciant omnes qui viderunt præsentcs litteras, nos in puram et perpetuam elemosinam mcessisse et contulisse pauperibus Domus üei parisiensis très solidos et oclo dcnaros de nnsUj etc. »

l Les successeurs de Louis VII consolidèrent et agrandirent celte pieuse institution par des riviléges de toute nature.

Leur exemple fut suivi avec une véritable émulation par les seigneurs de la cour et les sns de la bourgeoisie.

Les archives de l’administration de l’Assistance publique contiennent une quantité considéle de documents, tels que legs universels, testaments, chartes privées, qui attestent l’emressemenl que la charité mettait à accroître le patrimoine des pauvres et des malades.

J’ai dit plus haut que l’acte capitulaire par lequel les chanoines de l’église de Notre-Dame 'engageaient à laisser leur lit à l’IIôtel -Dieu, est de 1168.

« Ejus culcitram cum pulvinari et linteaminibus ad opus paupcrum. »

Pour juger de l’importance de cette donation, il suffît de se représenter le nombre consiilérable de chanoines qui se sont succédé au chapitre de Paris.

Vers l’année 1178, Hugues de Chàteaufort avait donné deux maisons et une place situées Mevant Sainte-Gèneviève la Petite.

Adam, chanoine de Noyon et clerc du roi Philippe II, lègue, en 1199, deux maisons qui lui appartenaient, à la condition que leur revenu serait employé à fournir aux malades (ægrotantibus), le jour de son anniversaire, toutes les espèces d’aliments dont ils auraient envie, et qu’il serait possible de se procurer.

Pblippe- Auguste assigna à l’Ilôlel-Dieu des rentes sur la Prévôté de Paris; ses successeurs ayant imité son exemple, ces renies s’élevèrent, en 1309, à 639 liv. 60 s. parisis (2) , ce qui

(1) Le sou était une monnaie de cuivre représentant la vingtième partie de l’ancienne livre. Le sou tournois contenait 12 deniers, et le sou parisis 15 deniers.

(2) Tableau de l’accroissement progressif du revenu de l’Hôlel-Dicu : En 11IG, de 6,347 livres parisis- — en 1516, de 17,302 liv. par.; — en 1616, de 316,439 liv. par.

représenterait aujourd’hui, d’après Guérard, 64,000 fr. de notre monnaie. — Voici, du reste, les dates précises de ces diverses donations :

1223. Lettres patentes de Louis VIII.

« Concedimus et clonamus in perpétuant elemosinam trecentes et sexaginla sex librasannui (redilus percipiendas annis singulis in propositura nosira parisiense, etc. »

1260. Louis IX, le premier, constitua à l’Hôtel-Dieu des rentes sur le Trésor royal; il assigne d’abord un revenu de 200 livres, puis un moins important de 20 livres parisis.

1286. Philippe le Bel confirme le legs fait par Philippe Ht, dans son testament, de 200 livres tournois de rente. 1

1291. Jeanne, comtesse d’Alençon et de Blois, donna 20 livres tournois.

1322. Blanche, fille de saint Louis, légua 20 livres tournois.

1340. Jeanne, reine de France, fit don d’une rente de 20 livres tournois.

En 1208, Philippe-Auguste avait donné à l’Ilôtel-Dieu, pour servir au coucher des pauvres, & les jonchées qui tenaient lieu de lapis dans son palais, et saint Louis avait confirmé ce privilège rii en 1248. « Omnc stramcn de caméra et domo nosira parisiensi. »

Après avoir construit le bâtiment du légat, le cardinal Duprat l’avait doté de cent lits.

« Cent couches assavoir chacune de six pieds de long sur quatre de large, soubs chacune desquelles couches y aura une petite forme (banc) de la longueur des dites couches qui se ostera pour reposer les dits pauvres. »

Cette description nous indique comment les choses se passaient alors : les malades, ne pouvant pas tenir dans le môme lit, devaient nécessairement se relayer, et cette petite forme était destinée à servir de siège à ceux qui attendaient le moment de pouvoir se coucher à leur tour.

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D'après un inventaire de 1537. voilà quel était le mobilier de la salle Saint-Denys :

Mesnalge d’estain : Demye douzaine escuelles à bort ; 6 douzaines 1/2 escuelles à oreilles;

Mesnaige d’érain : Deux jastes à potage et leurs couvercles ; un grant bassin à laver les piets; deux chaufferettes; ung bassin à barbier; deux bassinoueres ;

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Mesnaige de bois : Deux chaises persées à dossier.

Vivement encouragée par les papes et les évêques, la charité prit donc, à partir du xih* siècle, un remarquable essor. Dans le xm* siècle, on trouve parmi les donateurs Gaulcher de Châtillon, le compagnoon d’armes de Philippe-Auguste (1204) ; Mathieu de Montmorency (1217) ; Alphonse, comte de Poitiers et de Toulouse, frère de saint Louis (1237). Et comment pouvait-il en être autrement, alors que des indulgences spéciales étaient accordées, par délégation papale, aux bienfaiteurs de PHÔlel-Dieu; alors qu’un bref revêtu du sceau de l’établissement portait en même temps que le témoignage de l’offrande, le gage pieux de la reconnaissance des administrateurs!

Les papes et les évêques ne se bornaient pas à stimuler le zèle charitable des fidèles en faveur de l’Hôtel-Dieu, ils frappaient d’excommunication tous ceux qui portaient atteinte à ses privilèges ou à ses propriétés.

Il existe à ce sujet, dans les archives de l’Assistance publique, des bulles très-explicites des papes Clément VI, Clément VII, Benoist XIII, Léon X et Jules IL

l L’exposé des droits, privilèges et exemptions, qui, dès les premiers temps de l’Hôtel-Dieu, lui s iht assuré des revenus fixes, peut former un chapitre très-intéressant de son histoire.

(Ces différentes prérogatives accordées par nos rois formèrent ainsi trois classes de privilèges :

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