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L'Hôtel Drouot en

Laissez-moi , mon cher maître et ami , inscrire votre nom sur la 'première 'page de ce volume.

C'est en admirant un jour les belles choses dont vous avez su vous entourer , grâce à des recherches incessamment poursuivies , que j'ai senti naître en moi le goût de la curiosité.

Depuis , chaque fois que je me suis trouvé en votre compagnie , vous n'avez cessé , avec une inépuisable obligeance , de me procurer des matériaux pour mes écrits et de me guider dans mes études sur ce dixhuitième siècle que vous possédez si bien. — Je ne vous ai jamais quitté sans savoir quelque chose déplus.

Vos amis et les miens, connaissant ma haute et profonde estime pour vous, m'appellent souvent votre élève. C'est un titre que je suis fier de revendiquer. Bien qu'il ne me donne ni votre esprit éclairé ni votre goût délicat , je pense qu'il peut m'autoriser à voies dédier ce livre imparfait ; aussi je vous prie de vouloir bien en accepter l'hommage, en continuant à me garder une amitié qui m' est précieuse

‘PoAUL EU ‘DEL.

PRÉFACE

C’est dans les chroniques que s’écrit la véritable histoire d’un temps, et c’est à elles qu’il faut recourir encore pour nous défendre des mensonges ingénieux de la légende. Pour les chroniques, d’ailleurs, comme pour les valets de chambre, il n’est guère de grands hommes; mais la vie n’est pas un Panthéon, et mieux vaut voir nos grands-pères comme sont nos contemporains que de nous croire issus de demi-dieux. Ces retours à la réalité ne sont pas pour flatter notre imagination, mais ils sont une œuvre de justice. Tout chroniqueur sincère et consciencieux fait donc une œuvre utile et mérite la reconnaissance des gens de bien.

Je dis cela pour l’auteur de ce livre, lequel n’est que le second volume d’une collection qui sera, un jour, précieuse entre toutes. Car, dans cette série, l’amateur de curiosités puisera des documents qu’il ne saurait trouver nulle part ailleurs, et les trouvera dans une forme contrastant singulièrement avec la sécheresse des catalogues. La première condition pour intéresser

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à ce point, sur de tels sujets, c’est incontestablement une compétence inattaquable. Les rares élus à qui M. Paul Eudel a fait les honneurs de sa collection personnelle savent quelle est la sûreté de son goût et le sérieux de ses connaissances. Celui-là n’est pas un amateur vulgaire qui a su réunir plusieurs tableaux de grand prix parmi lesquels un des plus admirables portraits de Rigaud, celui du chirurgien La Peyronnie, et des objets rares, comme son clavecin merveilleusement décoré par Claude Gillot, un pur chef-d’œuvre. Des plats d’Avisseau, des morceaux d’orfèvrerie uniques, des faïences d’une authenticité absolue ( ram avis aujourd’hui); on trouve de tout dans le catalogue de ce véritable connaisseur, tout, plus une collection d’argenterie qui n’eut de rivale autrefois que celle du baron Pichon. Un tel amour de la curiosité, une piété si fervente du bibelot, sont les meilleures garanties que puisse donner un auteur entreprenant une suite de volumes, une façon de calendriers artistiques comme celle dont je suis chargé de présenter au public la portion relative à l’année 1882. L’écrivain plein d’humour et de fantaisie auquel on la doit n’est pas seulement un chercheur, mais aussi un philosophe; un bibelotmane, mais un penseur : il ne regarde pas seulement, il juge. Or, les choses, comme les hommes, ont leur histoire, en ce siècle surtout, où tout est à tous, par l’instabilité croissante des fortunes.

Naître, vivre et mourir dans la même maison!

dit un vers exquis de Sainte-Beuve. Ce rêve est d’un

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autre âge. Où sont-elles les maisons qu’une même famille emplit depuis longtemps de ses douleurs et de ses joies, où la même lignée bégaye dans les mêmes berceaux pour aller ensuite recevoir l’eau bénite des passants sous la même porte? Où sont-elles les reliques qu’on se transmettait pieusement par héritage? Où ces meubles qu’habitait la religion du souvenir? Nous avons changé tout cela. Je ne sais pas si nous avons mis le cœur à droite et crois plutôt que nous ne l’avons plus mis nulle part dans la poitrine humaine. Le fait est que cette billevesée charmante du respect s’attachant aux débris du foyer n’est plus de notre temps. Tout objet ayant une valeur artistique doit donc passer à l’Hôtel des ventes, non pas une fois, mais bien des fois. C’est comme une Bourse à laquelle il va se faire coter. Rien de plus curieux que les variations de son cours. Je pourrais citer l’histoire d’un Saint Michel terrassant le Démon , attribué à Raphaël, qui passa par les prix les plus monstrueusement divers.

Il résulte, de là, qu’à un point de vue plus élevé c’est l’histoire du goût public qui s’écrit à l’hôtel Drouot. Prenez, à vingt ans de distance, — à dix même, — car ce goût est instable entre tous ; prenez, dis-je, les tableaux du même artiste, et vous vous ferez une idée, à ses enchères, de l’instabilité des renommées. Comparez un peu ce qu’ont valu les Tassaërt à ce qu’ils valent aujourd’hui. Par contre, allez vous offrir pour rien un Lapito qui s’est jadis vendu très cher. Il y a bien là affaire de mode dans une certaine mesure, mais il y a aussi œuvre de justice. La mort a du bon, surtout pour

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les immortels. Je sais quelques membres de l’Institut qui auraient bien à souffrir s’ils vivaient assez pourvoir vendre leurs toiles dans quelques années seulement. Le jour où le nommé Paillet transforma en boutique de brocanteur l’admirable hôtel que le sieur Claude de Bullion avait édifié dans la rue Plâtrière et fait décorer par Simon Vouet, Blanchard et Sarrasin, il porta un rude coup à l’amour-propre posthume des artistes; car ce fut là que l’Hôtel des ventes eut son berceau.

On sait quelle place cette institution a prise dans la vie parisienne. Je dois avouer cependant que je l’ignorai longtemps, ayant la flânerie plus portée aux choses de nature qu’à celles de l’ingéniosité humaine. Comme bien d’autres, ce fut l’amour qui me la révéla. Par une belle après-midi de printemps (ce n’est pas hier, hélas 1 puisqu’il y avait encore des printemps en ce temps-là), j’avais suivi, depuis la rue Pigale, une admirable créature dont la démarche était positivement d’une déesse, grande , avec un juvénile bondissement de formes , coiffée d’une épaisse chevelure noire, et dont les yeux baissés avaient je ne sais quoi de délicieusement virginal. J’aurais été ainsi jusqu’au bout du monde, ce rendez-vous que Des Grieux donna à tous les amoureux fervents. Mais cette remarquable personne s’engouffra entre les battants de velours de l’Hôtel Drouot, et, comme je m’y étais précipité sur sa trace, je la vis monter au premier, aller droit à une salle et s’y comporter absolument comme chez elle, un des hommes de service lui ayant apporté une chaise au premier rang des acheteurs groupés autour d’une table crasseuse, quelque

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chose comme une avant-scène de première à cet étrange spectacle. Elle tira de dessous sa pelisse un sac de cuir et, entourée d’odieux brocanteurs aux faces patibulaires qui lui parlaient avec une familiarité dont j’étais révolté, elle commença à suivre, avec une flamme étrange dans les yeux, une vente de bibelots, tendant ses belles mains nues vers chaque objet mis aux enchères, le retournant dans tous les sens, faisant des moues dédaigneuses, se faisant mettre à part, avec beaucoup d’autorité, ce qu’elle avait choisi.

J’avoue que Rébecca inclinant sur son épaulé la cruche qui désaltéra Éliézer était plus poétiquement occupée que cette belle fille d’Israël marchandant des tessons et des argenteries démodées. Je n’en demeurai pas moins fidèle à ma première impression ; je revins le lendemain et les jours suivants. J’osai même un jour lui demander la permission de porter un immense pot à tabac en Delft dont elle était embarrassée jusqu’à sa voiture.

Elle profita de l’occasion pour me vendre quelques drogues que je payai ce qu’elle voulut. Si l’amour est aveugle à l’ordinaire, c’est bien pis quand il veut faire le connaisseur de curiosités. Quand nous nous fâchâmes, je fus bien deux ans sans vouloir revoir le seuil maudit où mon cœur s’en était allé, pêle-mêle avec les faïences ébréchées. Puis les expositions de tableaux m’y ramenèrent, et maintenant c’est avec une indifférence magnifique que je le franchis.

Donc, dans ce nouveau volume de M. Paul Eudel, vous trouverez tout ce qui s’est fait d’intéressant, à 1 Hôtel,

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par cette année de krach qui dispersa tant de rapides fortunes. Voici d’abord la vente Paul de Saint- Victor laquelle ne se rattache d’ailleurs nullement à ce grand événement financier. L’auteur fait, à ce sujet, cette réflexion philosophique « qu’ils vivent surtout par le cerveau, ces écrivains brillants, bien plus que par les yeux, et ne cherchent pas à s’entourer de choses inutiles pour provoquer l’enthousiasme de leur imagination souvent surexcitée. » Il s’en fallait cependant de beaucoup que le remarquable auteur d 'Hommes et dieux professât le mépris de ces terrestres biens au même point que le grand poète des Émaux et camées. Ce fut ma plus grande surprise, quand j’entrai, pour la première fois, chez Théophile Gautier, de voir combien son salon modeste était pauvre de trésors artistiques : quelques tableaux seulement et bien peu ayant une sérieuse valeur.

Des esquisses et des dessins de camarades, voilà tout. Il y avait plus de vingt ans cependant que Gautier exerçait le métier de critique d’art avec un éclat incontesté et que sa légendaire indulgence distribuait à tous des encouragements dont sa haute valeur littéraire faisait le prix. Mais il paraît que la reconnaissance des artistes a besoin d’être sollicitée, ou, du moins, nos mœurs ont bien changé; car je sais de superbes collections ayant payé une prose notablement inférieure à celle de Gautier. C’est que, chez ce grand homme qu’ont connu vraiment ceux-là seuls qui l’ont approché, le désintéressement égalait le génie. Rien de plus curieux d’ailleurs que ses goûts intimes en peinture; car il n’était pas aussi tolérant qu’on se l’imagine et, dans sa bienveil-

PREFACE

lance universelle, entrait une certaine dose de dédain pour tout ce qu’il n’aimait pas. Ce fougueux coloriste de la plume adorait la ligne, bien plus que la couleur, et si son admirable aptitude à saisir les beautés de toutes choses lui a permis de parler avec justice de Delacroix, Ingres n’en eut pas moins, au fond, toutes ses secrètes sympathies. Au reste, ceux qui ont pu voir de la peinture de Théophile Gautier savent qu’Amaury Duval était un foudre de couleur, un impressionniste et un audacieux auprès de lui.

Je demande pardon pour le souvenir donné au maître que j'ai adore, à celui que Baudelaire avait si excellem ment nommé « le poète impeccable, » et je reviens au volume pour lequel on m’a fait l’honneur de me demander quelques lignes d’introduction dont il avait si peu besoin. Parmi ces tableaux, dont je parlais plus haut et qui auront, un jour, une histoire, dont M. PaulEudel signale le jpssage à l’Hôtel cette année, je vais citer l Été et V Hiver de Millet. L’auteur me semble un peu sévère pour le second de ces tableaux dont le charme est bien pénétrant cependant. Il rappelle, à ce propos, le nom d’Hamon avec une pointe d’ironie. Certes, la distance est grande entre Millet et llamon ; mais si un seul des deux fut un grand peintre, tous deux furent des poètes et méritent un brin du vert laurier. Deux autres toiles encore dont le passage doit être mentionné, comme celui de ces étoiles dont le périodique retour est toujours un événement : c’est le Matin et le Soir de Corot.

Quelques Courbet aussi méritent la même mention. Elle est d’autant plus utile que les faux Courbet enva-

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hissent de plus en plus le marché. C’est au point, qu’à l’exposition même de l’œuvre du peintre d’Ornans, organisée par M. Haro au palais de l’École des beaux-arts, plusieurs tableaux ont pu être sérieusement discutés au point de vue de l’authenticité. L’état civil de ceux dont la naissance est irréprochable doit donc servir un jour à en savoir le nombre exact.

L’auteur, à ce propos, rappelle, dans une forme sans prétentions et vraiment bien spirituelle, quelques-uns des jugements de Courbet sur ses contemporains et quelques-unes des anecdotes dont il fut le héros. Il me pardonnera, j’en suis convaincu, d’en ajouter une aux siennes, une que je tiens de bonne source et qui n’est pas des moins curieuses.

C'était au lendemain du 4 septembre, et la République avait été proclamée la veille. Courbet s’en vint frapper à la porte de son ami Olivier Métra, à une heure matinale qui n’avait pas l’habitude d£ voir debout l’auteur de la valse des Roses. C’est donc avec la mauvaise humeur d’un homme qu’on réveille en sursaut que celui-ci lui dit : « Entrez ! » Courbet, singulièrement solennel, s’assit sur le pied de son lit et commença, à fort peu près, le discours suivant : « L’ancienne Marseillaise a fait son temps. C’est beau, mais rococo en diable, et puis les vers ne conviennent plus du tout aux événements contemporains. Morale : il faut une Marseillaise neuve à notre nouvelle République, et je viens sans façon te la demander.

— Pardon ! mais, répondit Métra en se frottant les yeux comme un homme qui n’est pas bien sûr de corn-

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prendre, je ne crois pas être l’homme qu’il faut pour faire un chant guerrier.

— Je te dis que tu feras ça comme un ange.

— Mais je n’ai pas de paroles pour faire une Marseillaise.

— C’est ce qui te trompe, car je t’en apporte.

— De qui?

— De moi, parbleu !

— Tu es donc poète?

— Plus poète que peintre. C’est ce qu’on n’a jamais compris.

— Voyons tes paroles, dit Métra avec résignation

— Les voici :

Eh pan ! pan ! pan ! on entend le tambour !

Eh tu! tu! tu! on entend le clairon;

Eh pan! pan! pan! les enfants de la France.

Eh tu! tu! tu! vont mourir pour la Patrie!

— Ça me paraît très beau, dit Métra, mais je voudrais connaître le second couplet.

— Le second couplet? répondit Courbet en haussant les épaules.

— Mais oui !

— Il n’y a pas de second couplet, et il ne doit pas y en avoir.

— Pourquoi pas?

— Parce que c’est une marche. Eh bien, qu’est-ce qu’une marche? C’est un chant que disent des gens qui passent en rang, tandis que ceux qui les écoutent ne bougent pas. Par conséquent, ce ne sont jamais les

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mêmes personnes qui entendent les paroles. Donc, il n y a aucun besoin de les changer, et rien n’est plus inutile que de faire plusieurs couplets.

Métra, de qui je tiens cette histoire, avoue qu’il de- . meura abasourdi par la subtilité de ce raisonnement, tandis que Courbet , renonçant à le convaincre , et plein de mépris pour son inintelligence, sortait avec dignité et l’air impatient de Diogène cherchant un homme. Il faut lui entendre aussi raconter une autre aventure de Courbet qui, souffrant d’une infirmité peu galante et extrêmement gênante pour s’asseoir, eut l’idée lumineuse de passer une journée dans la forêt de Saint-Germain à consulter les gens qu’il rencontrait sur son cas, « parce que, disait-il, les médecins n’entendent rien à ces sortes de choses , tandis que les paysans ont des simples avec lesquels ils les guérissent en un clin d’œil. » Les blanchisseurs, les maraîchers et les rôdeurs à qui il s’adressa, le reçurent tous de la belle façon, et il rentra le soir dans Paris, disant avec désespoir: « Les paysans aujourd’hui n’en savent pas plus que les médecins! »

Les autographes ont inspiré plusieurs pages pleines d’humour à M. Paul Eudel. C’est encore un coin de l’histoire que nous effleurons là. Très intéressants, les autographes pour ceux qui croient que le caractère d’un homme se lit en même temps que son écriture, aux signes qu’a tracés sa main. Mais pour les autres aussi, c’est une inépuisable mine de curiosité. Les plus amusants que je connaisse sont ceux que Charles Maurice avait réunis dans son histoire anecdotique du théâtre.

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Parlez-moi de cet homme-là pour donner aux choses un tour plein de poésie. Dans la correspondance de MUo Mars, par exemple, avec lui, il n’est question que de la nécessité où elle était de manger des pruneaux à tous les repas. Toutes ses salutations se confondent en demandes de pruneaux.

Beaucoup plus intéressante, au fond, la magnifique phrase de George Sand citée dans le livre, à propos d’une des ventes Charavay. Charmante aussi, cette strophe de Mila par Rochefort, que je ne connaissais pas comme poète. Mais qu’ils sont impitoyables, ces collectionneurs de toutes choses! J’apprends dans le livre de M. Paul Eudel, que Vallès, l’auteur du Bachelier , le grand contempteur de l’éducation universitaire, fut tout simplement déshonoré, le long de ses études, par une infinité de prix. Prix de discours français ! Prix de discours latin! Prix de vers latins ! Prohpudor! Eh bien, je m’en serais douté. Il faut connaître à fond la langue classique pourprotester avec éclat contre elle. En revanche, j’aurais aisément deviné que M. Jules Verne n’avait pas été distingué comme styliste, par ses professeurs. Je crois que la postérité sera absolument de leur avis, si toutefois elle se donne la peine d’en avoir un sur cette même question.

Beaucoup de souvenirs de Gambetta dans ce volume, souvenirs qui empruntent un intérêt tout particulier d’actualité et d'émotion à la fin quasi-tragique, par sa rapidité, du grand tribun. Faut-il s’étonner que Gambetta n’ait eu, en rhétorique, que le troisième accessit de discours français, ce qui, au lycée de Cahors

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n’était pas vraisemblablement fort glorieux? Pas le moins du monde. L’éloquence n’est pas faite pour être couchée sur le papier, comme dit une expression vulgaire, et le style qui convient aux choses dites n’est pas celui que les choses écrites réclament.

Il y a deux bêtises qu’on nous enseigne au cours de nos humanités. La première, c’est que, pour que des vers soient bons, il faut qu’ils puissent être mis aisément en prose. C’est tout le contraire qui est vrai et on a toujours tort de dire en vers une chose qui pourrait être exprimée aussi complètement en langage ordinaire. « Le vers, » dit excellemment George Sand, est une musique qui nous élève dans une sphère supérieure et, dans cette sphère-là, les idées et les sentiments se sentent délivrés du contrôle de la froide raison et des entraves de la vraisemblance. C’est un monde entre ciel et terre où Von dit précisément ce qui ne peut pas se dire en prose. Un tel privilège est dû à la beauté d’une forme qui n’est pas accessible au vulgaire, ou du moins à l’état de vulgarité douce qui est le fonds des trois quarts de la vie pratique. » Voilà la vérité sur cette première ineptie dont on dote notre jugement.

L’autre, c’est « qu’on doit écrire comme on parle. » Eh bien ! ce serait du joli ! On nous cite Mme de Sévigné. Essayez donc de parler une de ses lettres. Vous serez amené à des fantaisies d’intonations qui donneraient une maladie de nerfs au plus paisible animal, à l’hippopotame si vous voulez. J’irai plus loin; il y a une grammaire pour ce qui est dit et une autre pour ce qui est écrit, et telle faute de français est un mot de

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