L. VOLOERS FECIT
C’était une œuvre rarissime de ce maître.
Depuis, l’un des rédacteurs les plus savants du Courrier de V Art a retrouvé ce tableau dans un eu-
rieux Catalogue d une vente de tableaux authentiq ues de maîtres anciens faite à V hôtel de Bullion les 28 , 29 et 30 mars 18 44, à six heures de relevée , dirigée 'par M. Delaroche, sur lequel se trouve la mention suivante : M. Lebrun , le fameux 'peintre expert et collectionneur , mari de Mm° Vigée-Lebrun , a vérifié le manuscrit , la presque totalité des tableaux sous les yeux.
Et plus loin ces curieuses indications :
« Après beaucoup de recherches , nous n’avons pu » rien découvrir sur Yolders, quiparaît avoir réuni à la » force et au plus haut degré les talents des Téniers, » des Gonzalès Coques et des Van Dyck. Nous avons » seulement trouvé qu’il a dû naître à Bruxelles et que » sa famille compte encore quelques descendants dans » cette ville. Le peintre s’est représenté dans le fond du » tableau, venant prendre part à ce concert. On recon- » naît sa noble origine à la manière dont il est vêtu » [sic). Il est probable que son pays appartenait alors » aux Espagnols ; il se sera retiré en Espagne, où il » aura fait peu de tableaux. De là provient sans doute » l’ignorance où l’on est sur son compte dans son pays.
» Nos plus habiles artistes et les plus grands connais- » seurs se sont tous accordés pour dire qu’ils n’avaient » jamais vu de tableau aussi capital dans ce genre et » aussi satisfaisant. En effet, il est impossible de porter » plus loin l’illusion en petit. La couleur, l’exécution,
» la vérité y sont au-dessus de tout éloge. »
Une mention du catalogue indique, en outre, le prix de 3,000 francs obtenu pour ce tableau.
Revenons à la vente.
Cette belle toile faisait envie à la fois au musée de Francfort et à celui de Bruxelles. Leurs représentants le poussent vigoureusement jusqu’à 6,500 francs, mais s’arrêtent là, et le tableau est adjugé à un amateur an-
glais qui met tout d’un coup avec flegme, à la fin, une enchère de 5 francs. O bizarrerie des enchères !
6,505 francs! La Belgique a manqué là une belle occasion de faire rentrer chez elle une œuvre unique et splendide de l’un de ses enfants les plus distingués.
Perte de 2,100 francs, sur le Départ pour la chasse , de Philippe Wouwermans, vendu seulement 5,900 francs.
Signé J. W., provenant de la collection Lévy et intitulé les Terrains éboulés, un agréable petit tableau fait en collaboration par Jan Wynants, de Harlem, et Adrien van de Velde, d’Amsterdam. Un troupeau de vaches et de moutons défilant dans un chemin creusé d’ornières. Febvre aimait beaucoup cette œuvre, qu’il avait payée 6,000 francs et qui a cessé de plaire au public au prix de 4,500 francs.
Toute une série de Guillemin à des prix variant depuis 300 jusqu’à 1,100 francs.
Une assez bonne marine d’Isabey : la Rentrée des pêcheurs , 2,055 francs.
Le Poulailler , de Charles Jacque, 600 francs.
Deux peintures décoratives d’un grand caractère, par Gustave Ricard : Amphitrite, 850 francs ; Triton, 900 francs.
Un tableautin de Théodore Rousseau, les Chaumières , un trésor! 2,100 francs.
Deux Alfred Stevens : la Lecture, une jeune femme en peignoir de soie blanche : 7,000 francs ; le Départ, dans une salle d’attente une femme enveloppée d’un cachemire, 5,900 francs, au lieu de 9,000, prix coûtant. En baisse décidément les Stevens.
De la collection Arosa, le Petit malade, d’Octave Tassaert. Toujours recherchée, cetteécole mélancolique. Elle monte beaucoup. Au lieu de 2 000 francs la succession Febvre en retire 2,550.
Une belle Vache blanche tachée de roux, admiraDlement modelée par Troyon, 3,000 francs, prix indiqué; 1,800 francs, prix vendu.
Deux bons Willems : un surtout provenant de la collection Wilson (n° 195 du catalogue), Bonne aventure. Dans un intérieur Louis XIII, une bohémienne tire son horoscope à une belle fille blonde en robe de satin blanc, 8,700 francs; puis la Coquetterie-, une Marguerite, comme il y en a toujours eu avant Faust, essayant dans un miroir l’effet d’un ruban dans sa coiffure, 2,550 francs.
La vacation produit 260,000 francs environ.
Les petits tyranneaux de la curiosité entre eux, tandis qu’ils descendent le grand escalier :
— Si Febvre revenait, quelle leçon pour lui ! Il perd au moins 100,000 francs sur ses tableaux?..
— Parbleu ! il n’y entendait rien.