XLII
Les tapisseries du couvent des dominicains de Tolède. — Le cours des sculptures italiennes. — Meubles anciens de M. Pecquereau.
— L’hôtel Arthur Meyer, rue de Milan. — Bibelots de fantaisie.
— Sept panneaux de Georges Clairin. — Le nettoyage des ateliers de Plassan et de Philippe Rousseau. — Les modèles de Chardin.
Paris, 19 décembre.
Continuons à pointer exactement, jour pour jour, en historien fidèle, les éphémérides de la curiosité :
2 décembre. — Quatre tapisseries du xv° siècle, racontant des scènes allégoriques de la vie du Christ, ont été offertes au public. Pendant des siècles, elles avaient, paraît-il, recouvert les murs nus, tristes et froids du grand couvent des Dominicos Reales de Tolède, et depuis quelque temps elles étaient arrivées à Paris pour être vendues par un habile spéculateur.
A l’Exposition, chacun leur reconnaissait quelque valeur artistique, mais s’écriait :
— Ah! si elles étaient moins grandes.
Songez donc! la tapisserie du Calvaire n’avait pas moins de neuf mètres de long sur quatre de haut, et celle de la Cène huit mètres sur près de cinq.
Où trouver une surface semblable? Un musée seul pouvait utiliser de telles dimensions et se charger de cet achat.
Aujourd’hui, à cinq heures, devant les sommités delà curiosité, l’adjudication annoncée commença.
Il avait été stipulé que les quatre tapisseries seraient passées en vente par lots de deux, sur la mise à prix de 23,000 francs.
Lorsque l’aimable expert, M. Arthur Bloche, après avoir vendu une jolie série de montres, de bracelets, de calices ciselés et de drageoirs en or, annonça qu’il allait procéder à la vente des tapisseries, une vive émotion se produisit dans l’assistance.
Conticueve omnes intentique ora tenebant.
Allait-on retirer les tapisseries faute de surenchère? La mise à prix, au contraire, serait-elle 'largement dépassée ?
— A vingt-cinq mille francs !
Pendant quelques minutes, le crieur et M° Berthelin interrogèrent le public inutilement. Personne ne bronchait.
Tout à coup, du fond du magasin où s’entassaient les retardataires, une voix bien connue répondit enfin :
— 25,100 francs !
C’était M. Brame, l’expert en tableaux, un marchand très oseur, qui achetait les deux premières tapisseries.
Quant aux deux autres, la mise à prix n’ayant pas été couverte, le combat finit faute de combattants.
8 décembre. — Il paraît qu’il y a des amateurs pour les œuvres des statuaires italiens, puisqu’ils reviennent à la charge demander de l’argent aux habitués de Phôtel Drouot. Nouvelle vente par Me Quevremont et M. Gandouin. Bornons-nous à enregistrer, sans commentaire, le cours de ces marbres et le nom des mai-
très, pour le cas où ils deviendraient célèbres dans l’avenir.
Antoine Argenti. — Trois statues, grandeur nature : Flore , 1,850 francs. — Baigneuse , 1,000 francs. — Cher Souvenir , 1,000 francs.
Ambroise Borghi. — Au bal masqué , statue, 1,450 fr. — Me connais-tu, maintenant ? 1,450 francs.
Louis Dubini. — Aguylan , le nègre de G-aribaldi, buste marbre et bronze, 750 francs.
Pierre Guarnerio. — Prière forcée, statue, 1,000 fr. Constantin Pandiani. — Sollicitude maternelle, groupe de hauteur naturelle, 4,355 francs.
Alexandre Ruga. — Mariucella, buste, costume de la campagne romaine, 520 francs.
Quirin Tempra. — Première ambassade, statue, 920 francs. — Joie maternelle, petit groupe, 900 fr.
En tout, 63 numéros : 47,000 francs.
11 décembre. — Ils se sont vendus bien cher les meubles en bois sculpté de M. Pecquereau. Il s’agissait des modèles que cet ébéniste estimé, après en avoir tiré de nombreux exemplaires dans ses ateliers du Chemin-Vert, avait exposés dernièrement dans une salle à part aux Arts décoratifs.
Vous pouvez aisément vous en convaincre par le relevé suivant des prix, accompagné de la description puisée, sans y rien changer, dans le catalogue dressé par Charles Mannheim.