‹ L'Hôtel Drouot en (volume 2)Chapitre 8 sur 56 · Grand meuble à deux corps, en noyer sculpté, du · texte numérisé non relu

Grand meuble à deux corps, en noyer sculpté, du

temps de Louis XIII, 7,120 fr.

483. Petit chiffonnier Louis XIV, en marqueterie de bois de placage à filet, 1 ,200 fr.

535. Meubles Louis XV, en bois sculpté recouvert de tapisserie de Beauvais, Fables de La Fontaine : un canapé et dix fauteuils, 13,100 fr.

547. Tapisserie de la suite de l’histoire de Don Quichotte, 10,000 fr.

548 à 550. Cinq portières en tapisseries de Beauvais, époque Louis XVI, décorées de lauriers, de corbeilles, de roses et de vases de fleurs, 9,900 fr.

552. Tapis indien, brodé d’or et de soies de couleur, 4,200 fr.

Le culte des livres. - Les grands disparus et les contemporains. - La douane anglaise respecte les livres. - Le duc d’Aumale, le baron Ptchon, M. Dutuit, le Rouennais, M. Ruggieri, l'artificier feu L. Pottier, les experts : Labitte, Parquet , et Durel. - Les livres et la mode. — La recherche des romantiques — Les majores et les minores. - Ventes Peigné-Delacour, Sin'ety Van den Broeck, Guay Pellion, Lucien, Clément et Lesorre.

Paris , S mars.

« Le krach n’a pas touché les bibliophiles, me disait autre jour l’un des grands libraires de Paris; les beaux livres sont plus que jamais recherchés et les recettes se tont aussi bien que précédemment. »

Les bibliophiles, en effet, flânent du côté du quai Voltaire ou dans les rues adjacentes. Ils vont aussi dans le passage des Panoramas, et, s’ils s’aventurent rue Vi vienne, c’est pour aller à la Bibliothèque et non pour s’arrêter place de la Bourse. Ils trouvent, dans leur douce et chère passion, toutes les émotions du jeu sans en craindre les terribles effets. Us ont, à tout âge, les satisfactions de l’amour sans en ressentir toutes les amertumes. Us éprouvent les âpres plaisirs de la chasse sans avoir à en subir les fatigues et les dangers. Leurs amis ne changent jamais. Ce sont des gens sages. Je les aime, et comme je suis un peu des leurs, je vais leur consacrer ce chapitre.

Colbert, le comte d’Hoym, le duc de La Vallière, de

Gaignat, nous ont légué d’impérissables catalogues qui provoquent notre envie et forcent notre estime. Ils ne sont plus aussi, ces Brunet, ces Gabriel Peignot, ces Yemenitz, ces Pixérécourt, ces de La Bedoyère, ces Armand Bertin qui, par leurs ventes récentes, nous ont fait juger les objets de leur culte et de leurs études. Mais, dans ce livre, je ne parlerai que de ceux qui vivent encore, et qui tiennent le premier rang parmi les érudits et les délicats.

A tout seigneur, tout honneur. Le duc d’Aumale possède bien certainement le plus beau musée bibliographique du monde entier. Il a des trésors que la Bibliothèque nationale lui envie, malgré ses richesses. Pendez-vous, amateurs du charmant xvme siècle ! C’est à Chantilly que se trouvent les Chansons de L&borde , premier valet de chambre du roi, gouverneur du Louvre — exemplaire unique! tiré sur peau de vélin, relié, avec les dessins de Moreau, de Lebouteux et de Le Barbier, acheté en 1865, 7,050 francs , à la vente Radziwill. C’est aussi le duc d’Aumale qui est devenu propriétaire de cette admirable bibliothèque d’Armand Cigongne , achetée sous l’empire, pendant son exil à Twickenham. Jules Janin a raconté qu’à leur arrivée en Angleterre, les caisses ne furent point souillées par les mains profanes des gabelous. — « Entrez librement, dit le directeur de la douane de Londres, c’est l’usage en Angleterre de saluer les belles choses au passage. »

Il faut placer ensuite le maître des maîtres, le baron Jérôme Pichon, l’auteur du Ménagier de Paris, le président de la Société des bibliophiles français, qui vient de publier un travail très remarquable sur le comte d’Hoym. Malgré une vente importante, la bibliothèque du quai d’Anjou renferme encore des richesses sans pareilles et les documents les plus précieux sur le siècle passé. Le baron Pichon possède dans la chambre où

couchait Lauzun, une certaine armoire en ébène qui contient de véritables trésors. Elle est là, près de son lit. Bien souvent il m’a dit : — « Je veux mourir en jetant un dernier regard vers mes livres bien-aimés. »

M. Dutuit, le Rouennais, à qui est arrivée cette étrange aventure : Il avait porté et laissé au Cabinet des estampes des eaux-fortes de Rembrandt dont il doutait. On devait les comparer avec les originaux. Par la force de l’habitude, un employé, dans un excès de zèle, sans se douter de rien, apposa dessus le timbre administratif. Savez-vous ce qu’il advint ? Lorsque M. Dutuit réclama son bien, il fut impossible de reconnaître les pièces fausses des épreuves vraies !

M. Bocher, le sénateur, a les exemplaires les plus beaux des livres du xvme siècle. Tous reliés en maroquin! Il n’en veut pas d’autres. Tâchez, vous qui me lisez, de vous procurer un exemplaire de son livre sur les dentelles, reproduction étourdissante qui va paraître et dont quelques volumes, tirés sur du papier arraché aux gardes des anciens ouvrages, tromperaient les Vénitiens du temps, s’ils revenaient ici-bas.

M. Ruggieri, l’artificier, a réuni des planches, des albums, des dessins, des in-folio sur les fêtes populaires, nautiques ou autres des temps passés, — puis, M. La Roche-Lacarelle et M. le comte de Lignerolles, les plus rares éditions de nos classiques. M. Guyot de Villeneuve et M. Quentin Bauchardont toutes les impossibilités possibles à trouver ; M. le comte de Mosbourg, les plus belles choses du siècle présent ; sans compter les millionnaires qui étaient en train de tout accaparer : Louis Rœderer, de Reims, et le baron James de Rothschild, disparus prématurément et dont la famille conserve les bibliothèques comme des mausolées élevés à leur mémoire.

Disons maintenant quelques mots de ces libraires qui

ont vécu ou vivent encore côte à côte de tous ces érudits, sans oublier M. L. Pottier, mort le 9 février de l’année dernière et qui, au physique, ressemblait à Sainte- Beuve, l’un de ses meilleurs clients. Au moral, « c’était le type du grand bibliophile, de l’éminent bibliographe et de l’honnête libraire. » Élève de J. Techener et de Crozet, successeur de Nozeran, au bout de cinquante ans d’un travail opiniâtre, il était arrivé à la fortune par la grande route de la probité et du savoir. C’était, un chercheur persévérant qui savait, avec précision, dresser la notice raisonnée d’une bibliothèque.

Ses catalogues passent pour des modèles. Ils sont encore aujourd’hui le catéchisme des bibliophiles. Aussi eut-il l’insigne honneur d’être choisi comme expert pour faire les ventes de Louis-Philippe, les 8 mars et 6 décembre 1852; de Sauvageot, le 3 décembre 1860 ; du comte de La Bedoyère, le 3 février 1862 ; du prince Radziwill, le 22 janvier et le 19 février 1866 ; du baron Pichon, le 19 avril 1869; de Huillard, le 14 février 1870; de Sainte-Beuve, le 21 mars 1870. Brunet le chargea, par un testament, de présider à sa vente.

Frappé dans ses plus chères espérances par la perte de son fils, il se retira des affaires en 1872 ; mais il dut, pour satisfaire à des engagements pris, rédiger les notices de la bibliothèque de J. Taschereau, administrateur général de la Bibliothèque nationale, composée d’ouvrages tourangeaux qui se vendirent 120,000 francs, — de celle de Lebœuf de Montgermont, 27 mars 1876, 575,000 fr. et de celle de Rob. E. Turner, 12 mars 1878, qui comprenait un grand nombre de maroquins et qui atteignit 320,000 francs.

Son ami, M. Labitte, dut faire ses dernières ventes sur les catalogues qu’il avait préparés. Celui-là est aujourd’hui le Ch. Mannheim des curiosités bibliographiques. Depuis 1863, succédant à son père, Henri

Labitte, il fait des ventes. Il est habile et obligeant. Il a une grande activité. Je le vois sans cesse à l’hôtel Drouot, sur la petite table réservée pour l’expert, au bas de la tribune du commissaire-priseur, coter le prix des livres qu’adjuge Me Maurice Delestre, son fidèle acolyte, depuis la retraite de M. Delbergue-Cormont.

Je n’additionnerai pas le nombre incalculable d’exemplaires, in-folio gigantesques ou in-32 minuscules, qu’il a vendus. Ce serait une tâche ingrate et difficile ; mais je crois bien ne rien exagérer en disant qu’il lui est bien passé dans les mains pour une dizaine de millions de francs de bouquins, à l’hôtel Drouot ou à la rue des Bons-Enfants. Ce sont de belles campagnes ! La vente de l’académicien de Sacy, bibliothèque austère comme l’homme, des bibles, des ouvrages de philosophie ou de théologie; — De Marescot, amateur très passionné des classiques bien habillés, 85,000 francs; — Scheffer, où se trouvaient un Télémaque , dans une reliure à l’oiseau de Derome, qui valut 15,000 francs, et un Métastase in-4°, avec les 35 figures des vignettistes les plus célèbres, qui fut payé 12,000 fr. Cette bibliothèque fit 150,000 francs. — Martineau des Chesnets, 60,000 fr. Elle contenait le Télémaque , avec les eaux fortes, payé 3,000, et un exemplaire des Métamorphoses d'Ovide , traduction de l'abbé de Banier, avec les gravures avant la lettre, adjugé aussi 3,000 fr. — Renard, 180,000 fr.

— De Ganay qui, avec 255 numéros, arrive à 355,000 fr.

— Jules Janin, 80,000 francs. Bibliophile enragé, qui courait les fabriques, lui-même, afin de choisir les papiers sur lesquels il faisait tirer un exemplaire unique des livres modernes en souscription.

Depuis le commencement de l’année, M. Labitte, et un nouveau venu, M. Durel, se sont partagé la besogne, en attendant que M. Porquet arrive sur le lieu ordinaire

du combat avec la bibliothèque de M. Gosseford, de Londres, qu’il vendra pour le compte du libraire Toovey ; ce qui pourrait bien être, avec les Maioli, les Geôliers qu’elle renferme, le grand événement de la saison, comme le furent, en 1880, les deux ventes de M. de Bebague, qui produisirent la modeste somme de 675,000 fr. M. Porquet, expert, ne se dérange pas pour peu. Ego nominor Porquet. Il n’aime à frapper que les grands coups.

Suivons maintenant l’ordre chronologique des ventes dirigées par M. Labiüe :

D’abord, du 12 au 14 janvier, petite vente anonyme dans laquelle les Chansons populaires de France reliées en maroquin citron, avec leurs couvertures, valent 505 francs.

Le 30 janvier, vente Peigné-Delacour, essentiellement archéologique. Trop de science ! Passons et allons droit au résultat : 23,000 francs.

Du 6 au 24 février, deuxième vente Sinety, 20,000 fr. Livres lus et fatigués. Ouvrages sur la Provence. N’en disons pas davantage et faisons comme le rédacteur de la préface du catalogue, qui trouve le moyen d’alléger considérablement sa tâche, en laissant au lecteur le soin de découvrir dans le catalogue les raretés qu'il pourrait par hasard renfermer.

Dans le cabinet D. (Van den Broeck), se trouvait le célèbre Voltaire de Beuchot, en grand papier vélin, enrichi de plus de onze mille huit cents pièces. 72 volumes en 89 ! Véritable monument élevé à la mémoire de Voltaire, comme les Pyramides aux Ptolémées d’Égypte. — M. Victor de Saint-Maurice s’était imposé cette tâche. Il avait fallu toute une existence de bibliophile pour faire ce travail colossal : œuvre de patience et de persévérance, s’il en fut jamais. Rien n’y manquait : plans,

vues, sites, paysages, gravures. Les portraits seuls étaient au nombre de cinq cent trente et formaient un seul volume. Des titres anciens avaient été imprimés exprès. — Acheté 5,900 francs par M. Roblin, le marchand d’estampes du quai Voltaire, sans doute pour casser les reins à tous ces gros billots et les détailler ensuite pièce par pièce dans sa clientèle.

Les livres ont leurs fluctuations comme la mode. Ils en subissent tous les caprices. Habent sua fata libelli. Rien n’est changeant comme leur destinée. Au commencement du siècle, vers 1810, apparaissent avec l’école de David, les amis de Didot qui recueillent tous les classiques. En 1830 éclate la hausse des incunables; on sauva de la destruction tout ce qui pouvait rester des romans de chevalerie. En 1840, époque de la splendeur de Victor Hugo et de Lamartine, le vent souffle du côté de la poésie. On s’arrache Clément Marot et Ronsard, Mellin de Saint-Gelais et Ronaventure Desperriers. De 1850 à 1860 paraît une génération nouvelle qui se tourne avec passion vers ces petits in-douze sortis des presses elzéviriennes, charmants petits volumes, spécimens parfaits de l’art typographique, vendus dans le temps un florin, souvent même beaucoup moins, on les recherche dans tous les coins, môme dans les boîtes des quais où ils dormaient oubliés. Voici 1860, et une autre épidémie se propage. C’est l’époque du xviii0 siècle. L’impératrice donne la note, et le concert commence. Tout est à la Marie-Antoinette. Plus de ces grandes bibliothèques, remplies d’in-folio. Elles tiennent trop de place I Le Trianon n’était pas jadis si encombré. Il ne faut plus sur les tablettes qu’une cinquantaine de volumes charmants, reliés avec un goût exquis, racontant les galanteries de ce siècle de l’amour.

Le vrai bibliophile montre avec orgueil cinquante

volumes, pas plus, tous ses livres ; — mais ils valent cinquante mille francs.

Où irons-nous? Depuis quelques années, sans attendre que le siècle soit révolu, les éditions originales des romantiques de 1830 et des publications illustrées de Béranger, de Grandville et de Daumier font fureur lorsqu elles sont brochées, intactes, avec leur couverture souvent illustrée. Si le livre n’a jamais été lu, s’il n’a pas été coupé, s’il a conservé sa virginité contre les brutalités du couteau à papier, alors il est sans prix. Dernièrement, une édition princeps des Orientales a valu jusqu’à deux mille francs en vente publique!

La Société des Amis des livres a largement accentué ce mouvement. Les Minores , comme on les appelle, par opposition à leurs aînés les Majores , de la Société des Bibliophiles français , ont pour président M. Eugène Paillet, conseiller à la cour, fils du célèbre avocat. Us comptent parmi leurs membres : M. Tuai, le commissaire-piiseur; M. Brivois, dont la bibliographie de l’œuvre de Béranger n’a pas peu contribué à l’élan actuel, et Mme Adam, Juliette Lamber, l’auteur de Grecaue et la fondatrice de la Nouvelle Revue. *

Ils sont une cinquantaine. Leur intention est d’éditer, à nombre restreint, dans l’époque romantique, tout ce qui leur paraîtra intéressant. Us ont commencé leur tâche. M. Eugène Paillet a été chargé de diriger l’impression de la Chro?iique de Charles IJ, par Prosper Mérimée, avec 31 dessins pleins d’esprit et de mouvement, d’Edouard Morin, imprimée en 1876, chez Chamerot. Ce charmant bouquin a valu déjà 650 francs, dans une vente. Le second ouvrage, surveillé par M. Cherrier . Scènes de la vie de Bohème , de Murger, avec douze eaux-fortes très gracieuses et très fines d’Adolphe Richard, imprimé à 118 exemplaires, par Jouaust, a obtenu 250 francs, et le troisième, Fortunio, de Théophile Gau-

tier, composé par les soins de M. Billard, chezMotteroz, avec des eaux-fortes de Milius, vient de se vendre, à l’hôtel Drouot, 285 francs.

M. Lucien Clément, l’un des fondateurs bien connu de cette société, a voulu, l’un des premiers, interroger le public sur le goût des livres du xviii0 siècle. Il a fait vendre, par Adolphe Labitte, une collection à peu près complète des romantiques, qui a produit 27,000 francs. C’est une passion nouvelle. Il n’y a plus à le nier.

Victor Hugo. Notre-Dame de Paris , la première édition, avec les bois de Tony Johannot : 311 fr., acheté par le libraire Rouquette.

Cet ouvrage humoristique : Scènes de la vie privée des animaux , paru en 1842, chez Hetzel, sous la direction de cet homme d’esprit, Stahl. Premier tirage, avec le prospectus de la publication et une notice sur J. -J. Grandville, par Ch. Blanc : 710 francs.

Les œuvres de Béranger, publiées par Perrotin, en 1834, avec le supplément et les figures sur chine : 635 francs. — Les figures de Lemud, sur chine, avant la lettre : 800 francs.

Les Chants et chansons populaires de la France , 1843, reliés sur brochure et non rognés, ont été vendus 640 francs. — Les Français peints par eux-mêmes , de Curmer, 1840, ont été disputés jusqu’à 480 francs.

Monsieur , Madame et Bébé, ces charmants articles de Gustave Droz, parus dans la Vie Parisienne et réunis en un volume, chez Havard, en 1876, avec des illustrations d’Ed. Morin, un des rares exemplaires sur chine, 200 francs. — Que vaudra donc un jour la collection de la Vie Moderne avec ses illustrations de premier ordre !

Les Français peints par eux-mêmes , de Curmer, 1840. Un exemplaire hors ligne, rarissime, le seul

connu en cet état. Songez donc! Les neuf premiers volumes brochés avec le Prisme , le précieux coloris des planches et les couvertures, sans taches dans leurs illustrations dorées, ont été disputés jusqu’à 480 francs.

La Peau de chagrin , de Balzac, qui se vendait ordinairement 60 à 80 francs : 180 francs.

Le Théâtre et la troupe de Molière , publié par Scheuring, de Lyon, 1864-1870, avec les charmantes vignettes de Hillemacher, exemplaire tiré sur chine, et, en outre, une petite plaquette in-8°, la Cérémonie du malade imaginaire , signée : Fred. Hillemacher editionnavit et honhommavit, Lugduni, Perrin, 1870. — 1,600 francs, à MM. Morgand et Fatou.

Fouillez tous dans les rayons de votre bibliothèque, et surtout dans les greniers de vos vieux parents de province, et retirez-en ces petits volumes publiés de 1840 à 1843, sous le titre de Physiologie, — la Lorette, rehaussée des dessins de Gavarni ; le Bourgeois, par Henri Monnier; la Parisienne , par T. Delord, le Bas-bleu , par Frédéric Soulié ; Créanciers et débiteurs , illustré par Janet Lange ; Robert Macaire , par Daumier ; X Homme marié , de Paul de Kock ; les Étudiants , avec les dessins de Trimolet ; Foyers et coulisses , par Jacques Arago, charmants livres édités par Charpentier, Aubert, de La Chapelle et beaucoup d’autres. Il y a ainsi une centaine d’opuscules charmants de verve et d’esprit. Cette histoire complète des mœurs du temps, groupée par M. Lucien Clément, a valu 345 francs.

Les 27 et 28 février, même recherche et môme entrain dans la vente de M. Lesorre, arbitre du tribunal de commerce, dirigée par M. Durel. Cette bibliothèque, faite avec les seules ressources du xix° siècle, appartenait aussi à l’un des fondateurs de la Société des Amis des livres. Succès complet.

780 francs ! les Contes Rémois , édition de 1858, parue chez Michel Lévy, la première illustrée par Meissonier, papier de Hollande et figures sur chine.

230 francs ! l’édition originale de la Dame aux Camélias , d’Alexandre Dumas fils, parue en 1848. 2 volumes in-8° brochés avec leurs couvertures.

199 francs ! la première édition de Madame Bovary , Michel Lévy, 1857, en grand papier.

Et toute la série des éditions originales de Victor Hugo, cartonnées, mais non rognées : Odes et poésies diverses , 1822, chez Pélicier, 240 francs. — Han d'Islande , 1823, chez Person, 230 francs. — Odes et Ballades, , 1826, 200 francs. — Bug J.argal , par fauteur ÜHan d'Islande , 30 francs. — Cromwell , chez Dupont, 50 francs. — Les Orientales , 1829, 210 francs.— Hernani , 1830, 64 francs. — Notre-Dame de Paris, chez Gosselin, 800 francs. Le môme, chez Renduel, 1836, ? 195 francs. — Les Feuilles d'automne , 1832, 205 fr! — Le Roi s'amuse , 1832, 125 francs. — Lucrèce Borgia , 1833, 205 francs.

Et nunc erudimini. Cherchez et vous trouverez, bibliophiles en grain et en herbe!

Du 6 au 12 février, vente de M. P. G.-P., le banquier Gui Pellion, associé de la maison Bouvier frères et qui n’achetait que depuis quelques années. Le catalogue renfermait toute une série de bois très curieux, reproduction exacte de la première page de tous nos classiques :

La série complète des douze pièces de Racine a été vendue 6,120 trancs, bien que les Plaideurs et plusieurs autres pièces fussent rognés. Racine changeait souvent d’éditeur. Très curieuses, ces éditions princeps ! Elles se vendaient tantôt chez Gabriel Cpainet, au Palais , dans la grande salle des Prisonniers ; tantôt

chez Théodore Girard, du côté de la cour des Aydes, à l'Ennui (singulière enseigne de librairie!); ou chez Claude Barbin, au Palais, sur le second perron de la Sainte-Chapelle.

Les pièces originales de Molière, reliées par Trautz, étaient au nombre de quinze ou vingt. Deux ont été enlevées de 1,000 à 1,200 francs, malgré leur assez mauvais état de conservation. Le Tartuffe, imprimé aux dépens de l'auteur chez Jean Ribov, au Palais, vis-à-vis de la porte de l'église de la Sainte- Chapelle, à l'image de Saint-Louis , a été payé 2,205 francs. Il valait dix sols à l’époque !

Toujours en honneur le xviii6 siècle ! 3,880 francs les chansons de Laborde reliées en maroquin, achetées par MM. Morgand et Fatou. — 3,000 francs les Fables de Dorât, en 2 volumes, en grand papier et vêtues de vieux maroquin rouge : car si l’habit ne fait pas le moine, il donne une grande valeur aux livres.

En tout, 115,000 francs.

Allons, les bibliomanes ne sont pas encore en grève I Si l’on présentait sur table des livres comme ceux de Didot, il se trouverait certainement des acquéreurs pour payer, comme en 1878, les Chroniques de Normandie, 51,000 francs et, en 1879, le Missel de Charles VI, 76,000 francs (1). — Deux beaux coups de marteau !

Ce sont, du reste, les deux plus belles adjudications connues de mémoire de commissaire-priseur. On en parle encore dans les couloirs de l’hôtel Drouot.

(1) Ce dernier manuscrit, acheté par MM. Morgand et Fatou, a, depuis, été revendu deux fois. Il appartient actuellement au comte de Zoustain.

Monsieur Béranger. —Pour les pauvres, s’il vous plaît. - Le chevalier Albert de KnifT. — Les maîtres de la peinture faisant des recettes dans les foires. — Le Primatice delà collection Thibaud. — Gustave Collin. — Le fonds de commerce de Léon Escudier.

Paris, 20 mars.

Il est d’assez mauvais goût de parler de soi, mais je ne puis résister à la tentation de présenter au public la lettre curieuse que le facteur a déposée ce malin chez mon concierge. Je n’y change pas un iota pour lui garder toute sa couleur.

A Monsieur Paul Eudel, érudit collectionneur.

15 mars 1882, Route Nationale, H 9.

Monsieur,

Faubourg de Saint-Jean-du-Var, (Toulon-sur-Mer).

Puisque Monsieur Paul Eudel est un grand amateur {flatteur!) je sais un tableau de Pastelle (sic) de 1824, peinture fine, un vrai chef-d’œuvre de musée, estimée 30,000 francs: le Rêve de Sixte- Quint. Une colonnade à droite. Temple grec. Paysage d’un finit (sic) et d’une poésie.

Je vous attends.

J’ai l’honneur, monsieur, de vous présenter mes respects.

Monsieur Béranger, menuisier, Maison Timon.

Je livre cette adresse à mes lecteurs. Avis aux chercheurs moins incrédules que moi qui voudraient prendre ma place et faire le voyage des Alpes-Maritimes, mais je leur garantis une belle mystification. Je n’en sais rien, mais j’en suis sûr. Monsieur Béranger devrait se contenter de faire chanter son rabot. Ce n’est pas son rôle de se mêler des beaux-arts; qu’il apprenne avant l’orthographe.

Us sont aujourd’hui comme cela des milliers en France qui se figurent avoir rencontré des trésors. Us lisent les ventes dans le Vêtit Journal. Les grands prix dont on parle les grisent. Us en voient partout.

Pour les pauvres, s'il vous plaît. C’est ainsi que la vente de la comtesse de Ribains a été annoncée, au profit des déshérités de la fortune, à Tours et à Paris. Elle a eu lieu le lundi 20 février.

C’était surtout une réunion de bijoux. Toute une ribambelle de tabatières, de boîtes surmontées des L entrelacés du Roi (430 francs), de bonbonnières avec le portrait du dauphin Louis XVII (450 francs) et des drageoirs de formes contournées qui servaient aux belles ennuyées du temps (400 francs).

La série des montres aurait pu rendre jaloux M. Ollivier qui en avait une si belle collection exposée au Trocadéro en 1878. C’était un défilé charmant de toutes les époques, délicieux souvenirs qui avaient indiqué les heures des siècles passés depuis le grand Roi jusqu’à l’infortuné Louis XVI. Je vois encore passer de mains en mains une adorable petite montre formant le chaton d une bague, une autre en cailloux d Egypte, une autre à répétition et revêtue d’émail gris, une autre encore ayant la forme d’une cassolette. Celle-ci était dans un panier décoré de fleurs et enrichi de marcassite duquel s’échappait un bouquet de fleurs en pierres précieuses.

Celle-là portait sur sa cuvette un charmant portrait de femme, souvenir d’un amoureux sans doute. Cette grosse montre de voyage, à sonnerie, en argent ciselé et découpé à jour, était sans doute placée dans la poche profonde des lourds carrosses de la Régence, pour tromper, la nuit, les heures d’ennui avant l’arrivée au dernier relai de poste. Cette dernière enfin, en or émaillé, bleu clair, avec un aigle finement ciselé sur le couvercle, vendue 600 francs, datait probablement de la déclaration de l’Indépendance de l’Amérique. Toutes, produits exquis des fabriques de Paris et de Genève.

Voilà un testament bien pensé. C’est bien de collectionner ainsi. Quelle douce jouissance de redire en rangeant chaque acquisition dans ses vitrines : « Tout cela sera pour les malheureux qui manquent de pain. » Ils ont été bien traités, du reste, car la vente a produit 36,484 francs. Peut-être les marchands qui étaient là ont-ils voulu aider à la réussite de cette généreuse idée. Décidément, ils ne sont pas aussi juifs que cela. Mettons en tous cas, dans l’incertitude, cette bonne action à leur actif.

Vingt-neuf tableaux du chevalier Albert de Kniff ont été présentés au public par l’expert Georges Petit. Ce peintre belge, ami de M. Stevens, a du talent. Il veut se soustraire à la tyrannie des marchands. C’est un bon paysagiste et un excellent animalier pour ceux qui le connaissent. Voici son état civil au livret du Salon : Médaille de troisième classe en 1857. Rappel en 1859 et 1861. Décoré en 1861.

Cette vente a réussi. Quelques toiles ont obtenu un bon prix. — Les Prairies de Lagrange : 1,500 francs J — Le Village de Charlepont : 1,450 francs. — h' Embouchure de la Meuse , 1,460 francs. — Le Troupeau de Morte fontaine, 510 francs. — Bœuf, \ étude, 920 fr.

— Le tableau payé le plus cher a été un joli paysage : La Bruyère en fleurs , 2,400 francs.

Les vingt-neuf toiles : 21,655 francs.

Les Barnums, voyant que Tom-Pouce, Milie-Christine, le géant Andréa avaient fini par lasser la curiosité du public, ont changé leur manière. Ils exhibent maintenant les tableaux des grands maîtres. C’est ainsi que, l’année dernière, deux tableaux du peintre viennois, le grand Makart, l’auteur de l 'Entrée de Charles-Quint à Anvers , payés 100,000 francs, ont fait leur tour du monde en 60 jours. Les camelots fréquentent maintenant les couloirs de l’hôtel Drouot, cherchant des toiles à sensation. Nous les voyons assister aux grandes ventes. Bientôt, dans toutes les kermesses de l’Europe, entre la femme torpille et le phoque qui dit papa, on exhibera une œuvre du peintre le plus en vogue, avec une belle réclame peinturlurée par un rapin de cinquième ordre.

Voyez d’ici, à la fête de Saint-Cloud, ce grand écriteau qui attire tous les regards :

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