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voiler à nos lecteurs, qu'il s'agissait d'une partie de la galerie de l’auteur du Demi-Monde, qui, fatigué sans doute de se voir en vedette sur les affiches de théâtre, n’a pas recherché par ce moyen la réclame de son nom pour mieux réaliser. M. Alexandre Dumas s'est borné à rentrer dans les rangs des amateurs qui vendent avec la plus grande réserve.
Et cependant, par suite d'une coïncidence qui certes n'avait pas été cherchée, à l'heure où M. Lipmann, le fils du banquier et le mari de M® Colette Dumas, brisait avec colère, au lieu de l'acheter, dans le petit salon de la rue de Sëze, l'aquarelle de M. Jacquet qui représentait son beau-père en marchand juif vêtu d'un caftan vert, M. Paul Chevallier adjugeait les tableaux de M. Alexandre Dumas aux plus offrants et derniers enchérisseurs.
Il n'entre pas dans mes attributions de donner mon opinion sur ce regrettable conflit et de m'étendre sur un incident fâcheux qui a pris une trop large place dans la presse quotidienne ; des deux côtés, parait-il, on s'est découvert beaucoup plus d'amis qu'on n'en croyait avoir ; mais, à coup sûr, la vente, qui a très mal réussi, s'est faite dans un mauvais moment, à un double point de vue.
Les tableaux offerts aux amateurs provenaient presque tous de notreécolecontemporaine. Quelques-uns avaient figuré aux derniers salons, d’autres aux expositions des Mirlitons. Ce n’était pas, en somme, un choix extraordinaire; mais il n’en restait pas moins un grand nombre de trés bonnes choses dont nous allons parler trés brièvement, car il est impossible de passer tout en revue et de meitre devant chaque toile un point d’admiration ou d'interrogation. — Quod placet :telleestnotre « devise.
Les paysagistes assez nombreux se recrutaient parmi
ceux qui, adoptant la note nouvelle, savent observer avec art toute la série des effets lumineux et ceux qui ont, les premiers, protesté contre le genre ennuyeux que préféraient les bourgeois de 1830.
Deux tableaux d’abord de cet enamouré de la nature, . de ce Corot qui avait fait un tableau dès qu’il touchait à une toile. Les Æwines, œuvre brillante, argentée, avec l'effet papillotant de sa dernière manière et ces petites taches blanchâtres semblables à de petits papiers tombés à point nommé sur la toile, vendu 1,050 franes. Les Chèvres, d'une poésie douce et pénétrante, 1,100 francs, et un dessin au crayon noir, 160 francs seulement.
La Clairière d'Harpignies, où les ombres se découpaient un peu trop : 1,000 francs. Le Bord d: l’eau, paysage aimable et attrayant, pour rien : 210 francs !
Trois Daubigny, ie Chdteau Garïllard : 500 franes. Un paysæge avec un joli ciel : 1,280 francs, et le Clair de lune, exprimant avec une poésie sincère la paix silencieuse de la nuit. La lune, large et pâle, éclaire d’une mélancolie profonde la nature endormie. Pendez-vous, amateurs absents, ce beau, ce splendide tableau, un merveilleux Daubigny, a été littéralement donné à 10,000 francs.
Le Paul Potter des moutons, Charles Jacques, a certainement obtenu plus de succès. Ses moutons restent très demandés : Zx forêt, on les paye 3,400 francs ; En plaine, 3,100 francs. Le premier tableau portait derrière sa toile : peint pour M. Alex. Dumas fils : Ch. Jacque. On nous disait à la vente que le maïtre qui produit avec une facilité extraordinaire et qui va former un groupe spécial de peintres animaliers, possède si bien son mouton qu'il ne le peint plus sur nature. Il se borne à des modèles en bois renfermés dans une boite de bergeries d'enfant, qui lui servent, pour ses tableaux, * à distribuer les vlaces de chacune de ses brebis.
Jongkind, deviné l’un des premiers par Alex. Dumas fils, qui l’a prôné à l’époque où il était un épouvantail. — Un Rayon de soleil trouant les nuages après la pluie : vendu 1,730 francs.
Une aquarelle de Brissot de Warwville, Z& Rentrée des moutons, vendue 370 francs. Depuis longtemps je suis ce peintre dans les expositions. C’est un artiste travailleur et consciencieux. Il ne manque pas un salon. Il fait bien, mais il n’est jamais récompensé. — Cet oubli du jury devra bientôt cesser. Il tient à des causes que je ne m'explique pas.
Sous le nom de M. Chintreuil, il était impossible de trouver autre chose qu’une idylle d'une poésie gracieuse : Un effet de soleil couchant. Bien rendue, cette lutie du jour et de la nuit, cette indécision du crépuscule. Adjugé, ce tableau, 540 francs seulement. Il valait certainement mieux que cela.
Des vaches de Troyon — A repos, 530 francs, — Au pâturage, 400 francs. — Dans la prairie, 410
francs. Allez en chercher d'autres à ce prix-là maintenant.
De César de Cock, un Dessous de bois, 400 franes, et Une Forél, des arbres gris sur un fond vert, 390
De Lansyer, ce Vendéen de Paris : une mare, des terrains et un ciel très pur, 150 francs. De Lapostollet, une Vue de Dicppe, 310 francs. De Pelouse, un paysage, 410 francs. De Tael, les Bowleauz, 180 francs et l'Étang, d'une grande mélancolie, 200 francs. Ce n’est pas le quart de la valeur de ces paysages.
Dans la section des natures mortes, un tableau de « Philippe Rousseau, /a Bouillabaisse, 1,650 franes.Vollon « avait des Pamplemousses appétissantes dans un grand «
plat du Japon digne des plus belles collections, 3,000
francs. Un Zntlérieur de boucherie peint avec talent, $
mais nature vraiment morte, d'un réalisme trop sanglant. — Peu d'amateurs pour cette toile difficile à caser, même dans une salle à manger. — Aussi 1,050 francs, pas plus.
La Mana de Gervex, nue, à sa toilette, devant sa psyché, « dans son adorable jeunesse de blonde grasse avec ses souplesses de couleuvre, » comme l’a décrite Zola, admirant la blancheur rose et nacrée de sa peau, tandis que, sur un tapis rouge qui sert de repoussoir, roulent à ses pieds les flots blancs de ses jupons de mousseline. Seulement 590 francs!
Sous ce titre : Étoiles flantes,3.-F. Millet avait peint sur un horizon gris une vision de fantômes; jeunes filles moissonnées avant l’âge, enveloppées d’un suaire et couchées dans un cercueil, une étoile scintillante au front. Des spectres, les entraïnant
à la danse fatale, Au chœur aérien dans l'ombre voltigeant.
Aussi laissent-elles après elles une trace lumineuse de leur passage. Tableau saisissant d'effet. — Pas d’acheteur au-dessus de 450 francs !
M. Humbert était représenté par une Mauresque nonchalante, enveloppée de voiles légers et diaphanes, couchée sur des carreaux entassés et attendant, pour lui plaire, son seigneur et maitre. Remarquons en passant que le modèle qui pose pour cet artiste n’a guère le type oriental — 330 francs.
Touchés aussi par la baisse, ies Corot qui montaient jusqu'ici toujours. Ces trois allégories, qui, dans les autres ventes, auraient provoqué un combat acharné, ont été adjugées à bas prix. La Musique, à coup sûr celle de Wagner, car le type n'était pas poétique, 530 francs. La Zecture, figure largement traitée, impression juste,
1,250 francs, et enfin la Xéverie, la meilleure des trois, 2,450 francs.
A coup sûr, Fortuny avait aussi sa place dans cette galerie. Un Guitariste en habit de marquis, tournant le dos au public et grattant de cet instrument de sérénade exilé aujourd'hui en Espagne, aquarelle étincelante de couleur, 160 francs! La J/édilation, ane belle qui rève à l’amour qui vient et à l'amour qui s’en va, 300 francs. — Une Porte de Mosquée, avec un gigantesque escalier, étude paraissant faite pour chercher des tons, 310 francs. — Puis, en dernier lieu, de l'aimable artiste, une Sentinelle arabe, de cette tonalité fine et gaie qui fait reconnaître les Fortuny dans toutes les expositions d’un bout de la salle à l’autre, 3,900 franes.
Delacroix lui-même, ce Victor Hugo de la peinture, . a subi les effets de la froideur du public. L’esquisse de son tableau du Musée de Rouen : le 7riomphe de Trajan, 1,620 francs. Courbet n’a pas été plus heureux : Une baigneuse dans un paysage, excellente étude de nu, de la première manière, signée à droite : À mon ami Murger, n'a obtenu que 900 francs.
Les caricaturistes si recherchés d'ordinaire ne se sont pas non plus vendus à leur valeur. — Un excellent Daumier : le Malade entre les deux médecins, inspiré par la fable de La Fontaine, dessiné à la plume, 115 francs. Les Æuissiers de Durandeau, choisis parmi les meilleurs types de la corporation, ont dû être retirés faute d'enchères. Les Sallimbanques, composition pleine de mouvement, reproduisant une parade avec des types incroyables de hussards, de Robert Macaire et de | femmes colosses criant à s’époumoner : « Entrez, entrez, messieurs, on ne paye qu'en sortant! » 650 francs.
Pas chers, les tableaux du xvir siècle : Le Repos d’un faune, entouré de nymphes et de danseuses, de Le-
moyne, 860 francs. — La Belle cachelte de Schall : Effrayée, une jeune fille surprise toute nue — pourquoi ? — se cache derrière nn rideau. — Eisen, l'Amour médecin un clystère à la main, très faible, 270 francs.
Enfin un Fragonard un peu vicieux ; Scène galante, disait le catalogue, provenant de la vente Henri Didier. Une belle, presque déshabillée, très vivement attaquée par un galant pressé qui lui enlève ses derniers voiles et paraît bien près d'arriver à ce moment de l’ZZiade où Jupiter va si loin que le bon Homère appelle à son secours un nuage, — Ces tableaux ont leur public. Ils réussissent toujours. Vendu 1,400 francs.
En somme très mauvais résultat! 60,450 francs. Cette vente n’a pas joui d’une très grande faveur auprès du public.
Croyez-nous. Ne vendez pas de tableaux en ce moment. Craignez de saturer le publie et de diminuer son enthousiasme. Byron disait dans l’une de ses lettres à M. Murray :
« Je déteste la peinture. De tous les arts, c’est le
» plus artificiel et le moins naturel, celui qui en impose » le plus à la bétise humaine. Je n’ai jamais vu de tableau qui approchât d’une lieue ma conception ou mon attente; mais j'ai vu plusieurs montagnes, j'ai vu des mers, des fleuves, des sites et deux ou trois femmes qui ont été au delà. »
Nous n’en sommes pas encore là; mais on produit trop. Une réaction dans le goût du public est à redouter. Nous le disions, en commençant : — 7%0p de tabeaux!
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Louis Fould le collectionneur et Édouard Fould le sportsman. — Le mobilier du château de Béguin. — Les tableaux, les faïences et les tapisseries. — Décrochez-moi ça,
Paris, 2 mars.
La salle n° 1 retentit en ce moment des enchères de la vente Edouard Fould. Ce grand partisan du sport et des chevaux n’était pas un collectionneur. S'il avait quelques objets rares et de haut goût, ils venaient presque tous de son père Louis Fould, un amateur zélé, de mémoire célèbre et dont il faut tout d’abord dire quelques mots.
Pendant l'été de 1860, MM. Pillet et Roussel commencèrent cette vente de Louis Fould qui dura près de quinze jours. Bibliophiles et curieux en parlent encore et recherchent le catalogue, un volume in-folio, édité avec un grand luxe typographique et considéré à juste titre comme le testament de cet antiquaire d'élite. Il y avait là trois mille numéros. Parmi les objets antiques, une réunion nombreuse et intéressante de verres coloriés, de statuettes égyptiennes et de vases en onyx. Parmi ceux de la Renaissance, toute une série des œuvres les plus précieuses de cet art national, l'émaillerie de Limoges. On parle encore d’une belle pendule de Boule provenant du château de Condé et qui avait son histoire. Vendue en 1858 quelques milliers de
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francs, à l'amiable, à des marchands, adjugée entre eux, à la revision, au prix de 9,000 francs, elle avait été revendue à M. Louis Fould 10,000 francs, ce qui était une somme considérable pour l’époque. Elle fut rachetée ensuite 10,000 francs à sa vente par M. Seillières.
Rempli d'excellentes intentions, mais sans études préalables pour déterminer un bon choix, son fils, Édouard Fould, aimait cependant à s’entourer de belles choses. Il recherchait les meubles et les tapisseries, mais seulement au point de vue de leur effet décoratif. Son château de Béguin était situé sur les limites du département de la Nièvre, au milieu de cet Allier, la patrie du peintre Harpignies qui, en 1872, par de nombreuses aquarelles avait représenté son pare et la vue pittoresque des environs. Il avait groupé là des faïences, des bronzes de Barye, du beau Chine de service et quelques bons tableaux — des chats d'Eugène Lambert; une /oueuse de vielle, d'Hcilbuth; Jonas sortant du ventre de la baleine, de Decamps'; le Portrait d'Ingres enfant, par David ; un Duel sous la Régence, de John Lewis. Il possédait aussi une brillante composition de Philippe Rousseau, Cardin el ses modèles, où le portrait du maître, en lunettes, la tête serrée par un foulard, se trouve entouré de ses accessoires de prédilection, jetés pèle-mêle sur une table et dans un beau désordre, effet de son art : un gobelet, une musette, des faiences, des fruits, une flûte, un bassin de cuivre jaune et une fontaine de cuivre rouge. Rousseau, qui affectionne tout particulièrement le singe auquel il trouve plus d'esprit qu'à l’homme, n'a pas oublié d'en mettre un fin, spirituel et agile, qui grimpe le long d’une colonne en regardant le public d'un air narquois.
Naturellement, chez un sportman tel que M. Édouard Fould, on devait trouver des prix de courses de chevaux. Citons un grand vase en argent aux anses formées par des cariatides de femme, couvert de mascarons, d'amours et de couronnes de lauriers. Recipon scw/psit. Odiot fecit. Souvenir des succès de Gladiateur en 1877 (Le catalogue indiquait Mondaine).
Voici quatre beaux flambeaux de Louis Lehendrick, élève de Thomas Germain, avec de délicieuses guirlandes de roses très finement ciselées, au sommet du panache. Ils portent de la maison commune, l'A de 1764 ou le B de 1765 et la branche de chêne, la contremarque des fermiers de l'époque. Ces charmants spécimens de l’orfévrerie rocaille avaient été malheureusement un peu gâtés par la gravure d’un hibou dans un cartouche, rappelant l’une des pièces qui se trouvent dans les armoiries du propriétaire.
Çà et là quelques souvenirs de famille pour conserver la tradition de M. Louis Fould; des intailles antiques sur sardoine ou sur cornaline, des scarabées d’or, des amulettes égyptiennes, quelques miniatures, de petits dessins de Boissieu ou de Panini, des vases grecs en terre de Nola ou de la Basilicate, objets d'étude multipliés pour les savants en us dont l'espèce devient rare et qui, peu fortunés, ne se risquent pas dans des acquisitions coûteuses.
A quelle cheminée devaient donc servir ces deux grands landiers du xvi° siècle, à la belle patine florentine, formés chacun par un Terme barbu dont le corps se transformait en gaine reposant sur une base à volutes? Garniture complète, du reste : un trident, une pelle, un tisonnier et des pincettes dont les dimensions imprévues semblent rappeler l’histoire des temps mythologiques.
Ils ornaient sans doute les hautes murailles et les
grands dressoirs du château de Béguin, ces plats de en, aux bords festonnés, les uns bleus au décor rayonnant, les autres polychromes à la corne, d’autres
à l'œillet ou au cornet tronqué, ces bannettes allongées
revêtues d'ornements bleus et rouille, ces belles faiences
de Nevers aux capricieuses fantaisies peintes avec du . manganèse, couvertes de sujets champêtres ou d'attributs de style chinois, ces élégants moustiers en camaïeu vert, ornés de grotesques empruntés aux planches de
Gillot ou d’arabesques découpées en appareils gym-
pastiques par Bérain.
Parmi les ivoires, une figurine d'une délicatesse inouie de travail et d'une grande puissance de sentiment, Jésus s'élevant dans les cieux, provenait de la collection Louis Fould.
Très remarquable, cette grande et curieuse tapisserie de l'histoire de Don Quichotte qui ornait les murs de l'escalier de Béguin. La scène est piquante. C'est le moment où le chevalier de la Triste Figure, victime de la malicieuse maritorne, reste suspendu par un bras à la fenêtre de l'hôtellerie au moment de l’arrivée des
. quatre cavaliers.
Elles étaient l'honneur du grand salon du château, ces six belles portières en tapisserie de Beauvais, tissées sous Louis XVI, à l’époque champêtre de Trianon, où l’on ne voyait de tous côtés que rubans bleus, musettes et paniers de fleurs enguirlandés de roses et de lauriers.
Nous faisions d’amères réflexions à cette exposition du mobilier de M. Fould. Toutes ces choses à leur place étaient charmantes. Ces portières brodées au point de Hongrie, doublées de lampas, ces étoffes chinoises en soie bleu de ciel tissée de fleurs, ces tapis de table d'un joli ton crème, ces grandes tentures en toile carrée portugaise perdaient tout leur caractère, toute leur donnée large et artistique. Elles pendaient tristement
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le long des murs de la salle, attendant l'heure où le commissaire priseur dira aux commissionnaires : — « Décrochez-moi ça. » — Elles ne me disaient plus rien, ces chatoyantes étoffes. Nous les comparions tristement aux robes de bal un peu fanées, pendues comme des loques dans le cabinet de toilette d’une jolie femme.
Les ventes dont on ne parle pas. — M. du Cluzel, d'Oloron. Les dentelles de Mme Blanc. — Réseaux légers, fils de la Vierge. — La chanson des fuseaux. — Les barbes de vieux point d’Angleterre. — Les millions implorant la pitié. — Quelques prix de la vente Édouard Fould.
Paris, 5 mars.
Je reçois trois catalogues de tableaux. Je ne nommerai pas ces ventes. Elles n’émanent/pas de probités commerciales reconnues et sont, par conséquent, de lanature de celles dont je ne parle jamais. Sur le livret, on ne voit que de delles et riches collections. Rien que des mots magiques, éblouissants, délicieux! {ransparence — ton chaud — main habile — couleur dorée — jinesse exceptionnelle — remarquable qualité — gracieuse composilion — force et richesse du coloris — élonnante morbidesse des chairs.
Ces experts me font rire. Ils ont la prétention de ne vendre que des tableaux authentiques, alors que les originaux sont connus dans les musées de l’Europe. Ils comptent sur l'ignorance du public. Un peu plus, ils affirmeraient que ce sont seulement des copies plus ou moins précieuses qui se trouvent dans les galeries publiques.
Tout cela pour aboutir à retirer, à des prix misérables, devant quelques flaneurs regardant la vente comme
s'ils étaient pétrifiés, les toiles des grands maîtres pompeusement annoncées, et devant lesquelles des amateurs ont bien souvent noté +n marge, lors de l’exposition : croute infecte — muuvaise copie — détestable Conservation.
Il n’en est pas de même de la vente de M. du Cluzel qui a eu lieu les lundi 27 et mardi 28 février, par le ministère de M° Mulon. M. du Cluzel faisait partie de
ces fervents amis des arts, comme on en voyait à l’épo-
que où l’on ne cherchait pas, en achetant un objet, la valeur qu’il pourrait prendre dans l'avenir.
Éloigné du centre, il s'était d’abord contenté des épaves échouées par suite de nos luttes politiques dans les mains des habitants d'Oloron-Sainte-Marie ; puis le goût des voyages lui était venu. Il avait visité tous les musées d'Europe. À chaque fois, il rentrait chez lui avec un précieux butin, gravures de Raphaël, Morghen, de Volpato, d'Hogarth, de Wille ; dessins, de Sébastien del Piombo, aquarelles d'Hubert-Robert, tableaux de Giotto, de Bronzino, de Michel-Ange des Batailles.
Un très beau triptyque d'une couleur agréable et claire de Jean Bellegambe, de Douai (1470-1532), mériterait seul de ne pas laisser passer cette collection sans en dire un mot. Sur le volet de droite, sainte Catherine, sortant d'un palais, suivie de ses femmes, reçoit avec humilité un flambeau des mains de la Foi; au
centre, se détachant sur un ciel nuageux, Jésus sur.la
croix, émerge d’une vasque ornée d’arabesques qui recueille son sang qui coule. L'Espérance et la Charité, pour prendre de nouvelles forces, se trempent dans ce bassin. Sur le volet de gauche, saint Jean l’Evangéliste appelle les fidèles à la purification en se baignant dans le sang du Christ. Ces trois pages, peintes avec le soin précieux qui distingue les maîtres de l’époque,
d'u à juif ie Ft.
a donné lieu à une intéressante brochure de M. Dutilleul, de Douai.
Les ventes de Me Blanc continuent avec des entr’actes d'une quinzaine. Les baronnes de la finance et les princesses par droit de naissance ou de conquête les suivent assidûment. — Marie-Antoinette n'avait certainement pas autant de bijoux. Mme Campan parle, comme d’une folie faite par Louis XVI, de l'achat d’une parure de rubis et de diamants et de deux bracelets payés deux cent mille francs, et d’une paire de girandoles achetée, en 1774, 360,000 francs, dont la reine se parait souvent. M" Blanc, elle, en avait pour des millions — seulement elle ne les portait jamais.
Lacinquième vente, qui a eu lieu le mardi, était consacrée aux dentelles. L’aimable M. Bloche a opéré cette fois devant un public de belles demi-mondaines dont le cœur, depuis le krack, est à prendre désormais à des prix plus doux. Il y avait bien aussi quelques précieuses. La plupart des marchandes à la toilette étaient là également. Quant aux vieux habitués de l'hôtel, ils ont suivi ce spectacle avec intérêt. Ils comptaient les points.
La dentelle est la poésie de la femme. Elle vit avec elle, accompagne les battements de son cœur ou cache tout ce que nous voudrions voir. Elle a toujours, lorsqu'on la touche, un odore della femina qui nous grise. La dentelle donne des ailes à la toilette, soit qu’elle coure autour du poignet, qu'elle bouillonne sur le corsage, qu'elle ruche autour du cou ou qu'elle voltige sur les traines majestueuses. L’avez-vous vue sortir des doigts habiles et rompus des dentellières dessinant des fougères arborescentes, les fines étoiles de la neige ou les rayonnantes aiguilles du pin, tandis que
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les fuseaux sautillent, babillent, se heurtent, se querellent.
Inspirées par quelques fées, elles étaient bien belles les dentelles de Me Blanc. Fragiles toiles d’araignée brodées d’un fil de la Vierge, elles ont survécu à toutes les belles qui les portaient : favorites triomphantes ou marquises du bel esprit, qui depuis longtemps, dorment de leur dernier sommeil.
La plupart de ces réseaux légers avaient reçu leurs lettres de noblesse à Chantilly, à-Cluny et à Alençon.
L'ancien point de Venise à l'aiguille a eu tous les succès possibles. — Un volant d'une finesse remarquable, de 23 centimètres de haut sur 4 mètres de long a été adjugé 8,050 francs. Avait-il servi à rehausser la beauté hautaine de ‘une de ces belles patriciennes des palais Foscari et Contarini? — Un autre volant, représentant des fleurs au milieu des rinceaux de feuillages, haut de 15 centimètres et long de 3",50, 2,250 francs. — Un troisième, avec des reliefs merveilleux, 3,060 fr. — Un quatrième, point à la rose de 30 centimètres de haut, 5,580 francs. — Celui-ci, à enroulement de feuillages en relief sur un fond de réseaux, 3,660 francs. — Celui-là, avec un semis de fleurs de 50 centimètres de haut sur 2",70, 2,620 francs. Enfin le dernier, à fleurs et à grandes palmes de 60 centimètres de haut sur 3 mètres seulement, 5,005 francs.
Sans doute ces deux volants et cette garniture de corsage d'un merveilleux travail, payés 11,600 francs, avaient été portés par quelque dogaresse apparaissant dans toute sa splendeur à son balcon sur le Grand Canal, le jour de la fête du Bucentaure.
Venaient ensuite les dentelles en vieux points d’Angleterre, qui avaient peut-être couvert les épaules frissonnantes des princesses aux fêtes de la cour de la
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reine Anne, un volant en ancienne guipure de 65 centimètres de haut, payé 1,000 francs, et une robe à fond de feuilles de palmier avec quilles de roses et de feuillages, bordure et traîne à rinceaux, très disputée jusqu'à 1,460 francs.
Une garniture de robe en dentelle d'Alençon, précieux souvenir de notre fabrication française, a été poussée jusqu’à 3,500 francs.
Un joli total encore! 160,000 francs.
Mes charmantes lectrices me demanderont peut-être les noms des gcquéreuses. Point ne le sais ; mais je puis leur dire qu’au temps passé la reine Élisabeth avait bien mille robes garnies de dentelles et qu'il avait fallu plus de 600 mètres de dentelles pour garnir les fraises de nuit de Charles Eer.
Cette semaine, on va vendre les deux cent cinquante éventails de cette millionnaire fantasque, une collection à rendre jaloux les Espagnoles de toutes les Espagnes. Quelques-uns sont des merveilles, les autres des trouvailles. Viendront ensuite les ivoires, les bronzes, les dentelles d’été, Malines, Valenciennes, dentellestorchons, filets de Venise, après des crêpes de Chine, des cachemires de l'Inde, des soieries de Lyon, des meubles, du plaqué, — en un mot tout un petit coin des magasins du Louvre, dont elle avait sans doute fait l'emplette — lassée de choisir et pour aller plus vite, — en bloc, d’un geste, sans rien voir, en étendant la main : « Tout ceci est pour moi. — Envoyez-le rue de » Rivoli avec la facture acquittée. On me paye toujours » comptant. Je fais de même. »
Il faut bien s'occuper de quelque chose.
Me Marie Blanc achetait pour faire pardonner ses millions.
Très brillant résultat, la vente Édouard Fould, 315,610 francs. — Foule compacte, du reste, à toutes les vacations. Les nombreux amis du sympathique sportsman étaient tous là pendant les cinq jours; il leur semblait, en assistant à sa vente, qu'ils venaient lui donner un dernier adieu. Le baron Finot, M. Lupin, le marquis de Gontaut, MM. de Pourtalès, de Salignac- Fénelon, Pozzo di Borgo, le comte de Baillon, M. de Montgermont, Maurice Ephrussi, ont figuré parmi les acquéreurs.
M. Stettiner, le marchand de curiosités de la rue de la Chaussée-d’Antin, a eu les honneurs de la séance. C'est à lui que les chenets en bronze du xvr° siècle ont été adjugés pour la somme de 22,000 francs.
Plus loin, nous allons donner quelques prix et nous voudrions pouvoir y joindre le nom de tous les acquéreurs ; mais, comme nous le dit souvent l’un de nos aimables confrères, M. Auguste Dalligny, beaucoup d'amateurs ne surenchérissent pas par eux-mêmes; le plus souvent, ils s’en remettent de ce soin à MM. Mannheim, Petit et Féral, ou tout autre expert en qui ils ont confiance, et qui souvent aussi les ont guidés de leurs conseils avant la vente. — Publier les noms mentionnés sur les procès-verbaux, bien que nous soyons à même de les connaitre, ne dirait pas le plus souvent où vont se classer la plupart des objets d'art. — Rappelons donc, tout en le regrettant, le mystère dont quelques collectionneurs aiment à s'entourer. — Ils se trompent dans leur tactique. Tout se sait un jour ou l’autre. |
Voici le résumé des principales adjudications :
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