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2 Molouk. dns la haute Égypte. L'exposition paraît laisser le public assez froid, malgré les séductions du catalogue.
: Je doute du succès, si le Louvre n'intervient pas, et : il pourrait choisir mieux.
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Estampes et dessins. — Le procédé. — L'abbé de Marolles. — Les
pièces de cent florins payées vingt-sept mille francs. — Opinion -d’un octogénaire : les gravures consolent la vieillesse. — Les marchands d’estampes en gros. — La maison Jean. — Les
experts Vignères et Clément. — Les portefeuilles d'Émile Galichon. Ventes faites et ventes à faire. — Les caricaturistes : Daumier, Granville et Henri Monnier.
Paris, 10 février.
Pourquoi ne consacrerais-je pas entièrement un chapitre de ce livre à parler des dessins et des estampes de jadis et aussi des catalogues de quelques-unes des dernières et prochaines ventes ?
Sans vouloir en aucune facon amoindrir le mérite des collaborateurs de la Vie moderne, Jeanniot, H. Scott, Brun, Mars, Adolphe Giraldon, Adrien Marie, Desmoulin et toute cette pléiade d’artistes de talent groupés autour de leur aimable directeur Georges Charpentier, ni discuter les avantages réels du procédé à l’aide duquel on reproduit leurs œuvres, ils ne m'en voudront pas, j'en suis sûr, d’avoir, en ma qualité reconnue de curieux, une prédilection particulière pour la gravure sur bois, au burin ou à l’eau-forte, et la plus vive admiration pour les maîtres du temps passé, Rembrandt Van Ryn, le Shakspeare de la Hollande, Marc- Antoine Raimondi, le plus grand historien de Raphaël,
et ce merveilleux ouvrier qui maniait le burin comme le pinceau et qui s'appelait Albert Dürer.
Je tiens néanmoins, du reste, personnellement en sincère estime les nouveaux moyens de vulgarisation heureusement trouvés depuis quelques années. Le procédé Gillot rend, avec une rapidité étonnante et une exactitude mathémathique, le travail lui-même de l'artiste sans avoir rien à interpréter. Il permet surtout ces publications hebdomadaires qui retracent instantanément les principaux événements du jour. Nous devons tous nous féliciter des progrès accomplis de ce côté et souhaiter qu'ils se perfectionnent encore : je désire le déclarer hautement tout d'abord. Ce point acquis et ces réserves faites, j'entre immédiatement en matière.
La Bruyère a été quelque peu dur pour les amateurs d'estampes dans le passage où il parle du chagrin qu'éprouve Damocède, en étalant ses trésors, d’avoir tout Callot, hormis une seule gravure qui n'est pas de ses bons ouvrages, au contraire un des moindres, mais dont l'absence le plonge dans une telle affliction qu'il va prendre la résolution de renoncer aux estampes pour le reste de ses jours.
C'était M. de Marolles que raillait ainsi l’auteur des Caractères, ce bon abbé de Villeloin, qui passa quarante années de sa vie à rechercher, à classer, à nettoyer, à coller et à réunir les plus belles gravures des meilleurs maîtres anciens et modernes, dans les 264 volumes -aux tranches dorées, qui forment aujourd'hui, au palais Mazarin, dans la galerie construite par Mansart, le fonds le plus précieux de notre département des estam- pes à la Bibliothèque nationale.
Cet excellent abbé avait mis lui-même en ordre ses cent vingt-cinq mille gravures et il avait fait précéder
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son catalogue d’une préface, publiée en 1666, où il raconte naïvement ses recherches et la folie qu'il fit un jour de s’en donner pour mille louis d’or! Car c'était le beau temps alors; on pouvait réunir les cent quatre pièces en taille-douce d'Albert Dürer pour cent pistoles. À la vente Crozat, les dessins de Raphaël se donnaient pour huit livres et douze dessins de Jules Romain étaient grassement payés la forte de somme de dix livres tournois.
Aujourd’hui, ces feuilles de papier noircies par l'encre et jaunies par le temps valent souvent plus, pour une même surface, que nos billets de banque les plus élevés. N’avons-nous pas vu le célèbre amateur, M. Dutuit de Rouen, payer 27,000 francs la pièce de cent florins de Rambrandt, Jésus quérissant les malades, qui ne se vendait dans le temps que le prix indiqué par son nom. Je sais bien qu'elle avait été achetée précédemment, par M. Palmer, 1,180 livres sterling, à cause de sa rareté excessive et qu'on pouvait suivre son itinéraire à travers les siècles, depuis le moment où elle avait été cédée, par le maître, à Zoomer, jusqu'à nos jours. J'ajouterai même qu'on ne connait que huit exemplaires de cette épreuve, à grandes marges, tirée sur du papier du Japon avec les contre-tailles sur le cou de l’âne et que cet état n’a pas été décrit par Bartsch ; mais, vous en conviendrez, le prix s'éloigne un peu des 4,964 florins que produisit, en totalité, à la mort de Rembrandt, sa collection considérable d’estampes et de tableaux, et des 2,449 livres que deux cent cinquante eaux-fortes atteignirent seulement, à la vente de M. de Jullienne, au siècle dernier.
Ces grands artistes hollandais n'étaient pas gàtés par le succès comme cette légion de remarquables aquaforlistes formés par ce pauvre Alfred Cadart, les Charles
Jacque, les Gaucherel, les Bracquemond, les Flameng, et les de Rochebrune. À la vente du bourgmestre Van Hubs, de La Haye, en 1735, on vendait deux cent vingtcinq pièces de Lucas de Leyden trois louis; deux cent douze de Berghem, 41 florins ; quatre cent trente-huit d’Adrien Van de Velde, 40 florins, et trois cent quatrevingts pièces de Rembrandt au prix, alors excessif peut-être, d’un florin la pièce, ce qui aujourd'hui produirait aisément plus d’un million.
Une collection d’estampes et de dessins fait certainement moins parler d'elle qu’une collection de tableaux. On ne peut pas l’étaler pompeusement chez soi comme une réclame.
IL faut la classer dans des portefeuilles; aussi ne séduira-t-elle jamais ces amateurs de fraîche date auxquels il ne manque que la patente et qui n'ont d'autre idée, en collectionnant, que de battre monnaie, au moment opportun, avec leurs acquisitions.
Rien n’est aussi propre cependant à nous éclairer sur les productions de l’art. C’est une jouissance réservée spécialement aux érudits, à ceux qui ont le véritable goût de l’art délicat; elle ne s'adresse pas à la foule qui traverse, inconsciente, avec rapidité, cette enfilade de salles cloisonnées du Louvre où se trouvent les dessins des maîtres. — Dans les tableaux, la couleur guide et séduit.On apprend vite à s’y connaitre; avec un peu d’argot artistique, on s’en tire. Pour les gravures, il est nécessaire de savoir à peu près tous les états; pour les dessins, il faut les examiner avec soin, et le plus souvent deviner le nom de l’auteur, car rarement il a signé un travail intime qui n’était toujours qu'une première pensée.
Mais aussi, ces esquisses, elles sont de tout âge, de tout état et de toute faculté. Comme elles permettent
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d'étudier les maîtres dans leurs tätonnements, dans leurs recherches de la composition ! Ces gravures reproduisant tous les ouvrages de nos plus grands peintres et sculpteurs, n'est-ce pas le vrai et le seul moyen qui permette de juger de toute une école, comme un panorama embrasse d'un <eul coup d'œil une scène d'une très grande étendue ? Ces estampes, elles représentent les choses absentes comme si elles étaient devant nos veux ; elles nous rapprochent les pays les plus éloignés et nous les rendent aussi familiers que le nôtre ; elles sont, du reste, l'histoire de l'humanité tout entière. Comme disait l'abbé de Marolles, elles touchent à tout, aux mathématiques et à la musique, nous initient à la sculpture et à l'orfévrerie, enseignent l'astronomie, l’astrologie et la broderie, gardent le souvenir des pièces de théâtre, des ballets et des tapisseries, nous rappellent les usages, les modes et les costumes; burinent à jamais dans l’histoire les sacres, les guerres, les triomphes et les cavalcades: reproduisent les portraits des grands personnages et les charmants visages des beautés de l'époque. — Ne serait-ce même que cela, ce serait déja suffisant, et je ne serai pas le seul de mon avis.
Et quel plaisir de roi, lorsqu'on peut mettredars ses portefeuilles, même quand ils sont déjà gonflés de pièces précieuses, un nouvel état inconnu, une épreuve d'essai ou de remarque, une planche où il manque quelques tailles et contre-tailles. Ah! celui-là ne saura jamais comprendre les amateurs, qui n’a jamais ressenti le suprême bonheur que donne la trouvaille d’une chose inédite et la douce saveur que l’on éprouve, surtout à la montrer à ceux qui vivent en concurrence, mais aussi en communauté d'idées avec nous.
« Feu M. de Blois, dit Gersaint dans une de ses préfaces, mort à 80 ans, ancien et grand curieux, ne se
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lassait pas de parler des fruits que l’on recueillait dans un àge avancé et des agréments de la qualité d'amateur d'estampes.
» Il se louait tous les jours des peines et des soins qu'il avait pris pour former un cabinet qui lui était d'un si grand secours : « la vieillesse, disait-il, a » souvent de certains défauts, compagnons incommodes » à soiet aux autres; elle est ordinairement mêlée.d’'in- » firmités qui font que nous sommes alors abandonnés » d'un chacun ; notre indolenceet notreindifférencenous » empêchent d'aller chercher ailleurs à nous délasser.
» Alors, plus de société; tout fuit, et nous restons » seuls et vis-à-vis de nous-mêmes. Quels avantages, » s’écriait-il, ne tirai-je pas des ressources que me » fournit mon cabinet? L'ancienne possession de mes » euriosités artistiques m'a acquis le titre de connais- » seur : un curieux novice vient me consulter et pren- » dre de moides leçons et des connaissances ; un autre, » inquiet d'un nouvel achat qu'il vient de faire, veut » jouter contre moi sur la beauté d'une épreuve; celui- » ci vient pour s’éclaircir de la certitude d’un morceau » dont il doute; celui-là veut m'annoncer une pièce » qu'il croit me manquer; les marchands me font jour- » nellement leur cour et m'apportent des nouveautés » qui m'amusent. Je me trouve toujours ainsi occupé. » Si par hasard je suis seul et mélancolique, j'appelle à » mon secours un portefeuille dont la variété des sujets » et la beauté du travail dissipent totalement mon en- » nui. »
Ce qui était vrai en 1744 ne l’est-il pas encore aujourd’hui”? Je fais appel à tous les amateurs
A côté des grandes collections que possèdent en Angleterre M. Malcolm, et en France le baron E. de Rothschild et M. Dutuit de Rouen qui, en 1869, à l’Union Cen-
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trale, exposa ses richesses, il existe une foule se | collections moins importantes, m is non moins intéres-
santes, et dont il est impossible de arler. — Elles s’approvisionnent partout où se tient le commerce des estampes, qui, lui aussi, suivant le mouvement de la population, est descendu de la rue Saint-Jacques au quai Voltaire, et vient maintenant peu à peu du quai Voltaire du côté des boulevards. Au xvn®° siècle, les marchands célèbres étaient nombreux. On pouvait voir Florent Le Comte, proche La fontaine Saint-Benoit, Au Chiffre Royal; Audran, Aux Deux Piliers d'Or; Mariette, rue Saint-Jacques, Auz Coloines « Œ Hercule, avec cette devise : Ex recto decus. François Basau demeurait rue et hôtel Serpente. Il y a quarante
ans, la maison Jean, aussi vieille que celle de l'£Zxcre-
de la Petite Vertu, qui date de 1606, voyait venir chez elle, rue Saint-Jean-de-Beauvais, 10, tous les amateurs « pour fouiller dans son vieux fonds d'imagerie, remon- « tant à Louis XII. |
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Chaque année ont lieu, à l'hôtel Drouot, de nombreuses ventes dirigées presque exclusivement par M. Vignères et par M. Clément. Ce dernier n'a jamais voulu prendre le titre d'expert et tient à conserver seulement sa qua- « lité de marchand d'estampesde la Bibliothèque nationale, sans doute parce qu'elle ne donne pas de brevet: Il est « l'un des doyens de la curiosité. On pourrait l'appeler le maréchal de Saxe de la gravure, comme le duc de Choiseul disait de Basan, le graveur-expert, rédacteur de £ nombreux catalogues, en le présentant à ses amis. Il exerce le commerce depuis 1843, et, depuis 1859, succédant à M. Defer, il n'a cessé de faire des ventes etde “ donner des estimations. S'il voulait raconter ses mé- moires, il pourrait certainement indiquer des choses“ précieuses à la génération actuelle: mais, à l'encontre «
des vieillards ordinairement bavards, il est assez difficile de le faire sortir de la discrétion professionnelle dont il s’entoure, à tort ou à raison, et de profiter de son expérience acquise.
Cependant la vente de M. Emile Galichon, ancien directeur de la Gazette des beaux-arts, commencée le 10 mai 1875 et qui dura cinq jours, sous le ministère de M° Delbergue-Cormont, fait encore tressaillir d’aise M. Clément lorsqu'on évoque ce souvenir devant lui. Cinq cents numéros produisirent cinq cent mille francs! C'est là que se vendirent des pièces exceptionnelles à des prix invraisemblables. — Un splendide dessin de Michel-Ange, la CHute de Phaéthon, signalé par Mariette, atteignit 5,000 francs. Une esquisse du même pour le Jugement dernier, qui avait appartenu à Thomas Lawrence, le peintre anglais, 5,000 francs. — Un beau dessin à la plume et à la sépia, de Van Dyck, première pensée du Cowronnement d'épines, valut 4,400 francs. — De Léonard de Vinci, la première idée de l’Adoration des Mages, exécutée de la main gauche, comme l'indiquaient les hachures toutes de gauche à droite, se vendit 12,900 francs, et, du même, une étude à la pierre noire, à l'encre de Chine et au lavis pour le tableau de la Sainte Anne du Louvre, 13,000 francs. — De Rembrandt, le portrait du célèbre anabaptiste Corneille-Nicolas Ansloo, dessin à la plume, lavé au bistre, avec quelques retouches à la gouache et au crayon rouge, 7,300 francs. — Un dessin à la plume avec lavis d'encre de Chine, le Couronnement de la Vierge, de Raphaël, 5,000 francs.
Et, parmi les prix élevés obtenus pour les gravures à cette vente Galichon : — de Marc-Antoine Raimondi,
le Chanteur, gravé par lui, acheté 7,005 francs par M. Dutuit; la Vierge au palmier, d'après Raphaël, 3,500 francs, et le Jugement de Pris, du même, avec
les traces très apparentes de la pierre ponce sur les terrains, 6,705 francs. Deux épreuves de Rembrandt, de la pièce de cent florins, l’une avec 4 centimètres de marge, 9,600 francs; l’autre ayant appartenu à Reynolds, 4,700 francs. — Adam et Êve, d'Albert Dürer, papier à la tête de bœuf, avec une petite marge, collection Saint-Aubin, 2,990 francs. Une épreuve de la plus belle conservation de Marie-Madeleine se livrant aux plaisirs du monde, de Lucas de Leyde, 8;500 francs.
L'année dernière, à la vente Mulbacher, les deux pièces de Saint-Aubin, Ze Bal et Le Concert, furent disputées jusqu’à 12,000 francs ; l’année précédente, l’eauforte seule du Concert, à la vente Wasset, avait été adjugée à 6,000 francs.
Comment, après avoir raconté ces hauts faits, entretenir ses lecteurs des modestes ventes qui ont eu lieu la semaine dernière et de celles qui se préparent. Je ne puis cependant clore ce chapitre déjà long, sans traiter un peu l'actualité. Je tâcherai d'être bref cependant.
La collection G..., vendue du 31 janvier au 2? février, comprenait 728 numéros. Elle a produit 24,000 francs. — Je vais donner rapidement d'abord le relevé des dessins qui ont le plus attiré l'attention : Une mine de plomb, de Watteau : Jeune femme en costume Louis XV, 250 francs. Deux vues de la Bastille en 1788, provenant de la collection Walferdin, 305 francs. Taunay, Vue des Halles au dix-huitième siècle, 300 francs. Une aquarelle de Borel, le Terrorisme proclamant l'Étre suprême et l'Immortalilé de l'âme, 200 franes. Un pastel de Latour, portrait du chirurgien Desault, 285 francs. Un dessin au lavis et à l’encre de Chine, de Lejeune, Louis XVI à l'Assemblée nationale, le 14 septembre 1791, 320 francs.
Les gravures politiques ont surtout iutéressé les ache-
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teurs. Le vent souffle en ce moment du côté de la Révolution dans la curiosité. — Bovi : Une pièce en couleur: Ze chirurgien Brunier visite la jambe malade de Me Royale à la tour du Temple, le 24 juin 1793, 240fr. — Gautier Dagoty : Zouis XY. entouré de sa suite, du dauphin recevant d'Autriche le portrait de Marie-Antoinette, et de Me du Barry en grand costume de cour, 239 francs. — F. Janinet : Marie-Antoinette, en buste, 465 francs. — Dagoty : Za comtesse du Barry assise devant sa toilette et prenant une tasse de chocolat que lui présente le nègre Zamore, 300 francs. Une pièce ovale en couleur : Vue du Temple avec Louis XVI, Marie-Antoinette et Madame dessinant, 205 francs. — R. Sayer: La reine conduite au supplice, et Le roi, debout sur La guillotine, essayant de prononcer son adresse au peuple, deux pièces, 400 francs. Une épreuve à l’état d’eauforte de la Vue des travaux du Champ-de-Mars pour la fête de la Fédération, 360 francs. D’après Monnet, quatorze estampes gravées par Helman et représentant les principales journées de la Révolution, 330 francs, et enfin les cinq volumes de ce journal si rare et si spirituel, la Caricature, de Ch. Philippon, de 1830 à 1835, 625 francs.
Du lundi 20 au 25 février, vente d’une importante collection de dessins, figures et culs-de-lampe, de cette école française de vignettistes, si bien nôtre par l’esprit, la grâce et le talent, charmante époque qui commence à 1720, et où tout rit, se courtise et s'amuse. Jamais, convenons-en, les hommes n’ont été plus galants, les femmes plus belles et plus séduisantes. Tout s’y prêtait peut-être aussi, tout y contribuait : la poudre, les paniers, les ajustements, les coiffures, les meubles et les appartements. La place me manque pour parler longuement de cette collection qui comprend tous ces
grands maîtres et tous ces petits maîtres recherchés et choyés dans tous les salons: Watteau, qui reproduit les arlequins et les colombines; Van Loo, les déesses de la cour; Boucher, les pastorales à la mode; Fragonard, les chatoyantes voluptés de l’époque; Greuze, les candeurs adorables de la jeune fille.
Nul n’a jamais égalé et n’égalera peut-être la délicatesse du burin d’Eisen, la fécondité de Moreau, la variété de Freudenberg, l'élégance de Marillier, la grâce de Monnet, la finesse des culs-de-lampe de Choffart et de tous ces dessinateurs charmants éclos dans ce siècle de l'amour, gravant leurs propres compositions ou se faisant interpréter par de Launay, de Ghendt, Longueil et Massard. |
Il y a dans cette vente, du reste, une suite de quarante dessins, en tête de pages pour l'illustration des Contes de La Fontaine et des Petits Conteurs de l'édition Cazin, qui est une véritable merveille. Ces dessins, de la plus grande finesse, exécutés à la mine de plomb, sont renfermés précieusement dans un volume. Nos compliments à l'avance à l'acquéreur de cette rareté de haut goût.
Le 13 février, on vendra quelques œuvres des caricaturistes : toute une série d’aquarelles de H. Daumier, publiées par le Charivari,et faites avec cet esprit endiablé et cette verve spirituelle que vous savez.
De J.-J. Granville, à la même vente, faite par Me Maurice Delestre, une centaine de dessins à la plume, avec lavis de bistre, de stpia ou d'encre de Chine, quelquesuns reproduits par le journal la Caricature, d'autres provenant de sa vente, d’aulres enfin pourvus de légendes et ayant servi pour les Aélamorphoses du jour ou les Animaux peints par eux-mêmes. Railleries mordantes contre les joueurs, les artistes, l'exposition, les théâtres, les députés, Louis-Philippe, la politique, les journaux,
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les mœurs du temps, les modes de 1828, la meilleure des Républiques, les amateurs de tableaux et le due d'Orléans en quête d'une femme. Rien n'y manque, pas même la caricature de l’auteur, qui s'est représenté sortant d'une boite, comme ces diables qu'on donne aux enfants pour les amuser.
Enfin, cinquante-huit aquarelles de ce maître rieur, Henri Monnier, études de mœurs comme il savait les faire : castigare ridendo; la nourrice, Bobino, le cancan, la gastronomie, les tailleurs, le bal de Mabille, le pantalon trop collant, le directeur de spectacle, le Salon de 1840, sans oublier le type immortel de M. Prudhomme, qui restera bien longtemps encore la satire la plus mordante contre les parvenus et les enrichis de toutes les époques — même de la nôtre.
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Le calorifère Drouot. — Préceptes à l'usage des débutants. — Soixante-quatre paysages de César de Cock. — Les affiches roses de Mwe Marie Blanc. — Meubles anciens et bronzes nouveaux. — La vente de la veuve.
Paris, 15 février.
Le roi Soleil a fait cette fois une forte concurrence au roi Bibelot. Les indifférents qui viennent en pèlerinage, chaque dimanche, se réchauffer à l'hôtel, sans y rien comprendre, ont préféré au calorifère Drouot le classique promenoir d'asphalte des Champs-Élysées. Ils ont dirigé, cette fois, leurs pas de ce côté. Aussi peut-on voir tout à son aise ! Les salles sont presque vides ; il n'est pas nécessaire, comme d'habitude, de faire queue devant certaines pièces que leur forme ou leur importance recommandent à l'attention. Malheureusement, c'est un fait exprès, les expositions sont peu intéressantes. Elles n’exhibent rien de nature à piquer la curiosité des fidèles qui ont la ferveur de l’art.
Pour me dédommager, je me suis laissé entrainer à une longue causerie avec M. de F..., un érudit très distingué, et M. de S..., un amateur plus fort qu'un expert. Nous avons discuté une question psychologique très délicate :
Les Collectionneurs qui débutent.
Les malheureux! tous commencent de la même fa-
con. Ils achètent du médiocre à profusion. Ils veulent posséder. La quantité les séduit. Ils entassent. C’est une loi fatale.
L'encombrement arrive, la satiété ensuite, la fatigue après. Ils prennent en dégoût ce qui les avait d'abord charmés. A force de regarder leurs objets, ils en découvrent les défauts. La comparaison avec les belles choses des autres collections achève leur éducation. Leur goût s’épure peu à peu. Ils désirent alors se débarrasser à l'amiable de leurs premières folies ; mais les marchands ne reprennent pas ce qui a cessé de plaire. D'un autre côté, les amateurs qui ont vanté leurs bibelots n’en veulent à aucun prix. Il faut en prendre son parti et en finir par une grande résolution : appeler un expert, faire dresser le catalogue de ses bévues et vendre à l'hôtel, avec cinquante pour cent de perte, tous ses mauvais achats.
Cela s'appelle /aire son petit nettoyage. Ce jour-là, on sort de la corporation des apprentis pour entrer dans l'illustre compagnie des véritables amateurs. Mais l’éducation n’est pas complète, il faut encore se défier de bien des entrainements! Il serait presque utile de rédiger, à l'instar de l'Eglise, des commandements spéciaux. Le temps me manquant pour les mettre en vérs, j'en donnerai quelques-uns à la hâte en prose et je travaillerai la matière plus tard à tête reposée.
Ne jamais acheter dans les grands ventes publiques d'objets au-dessous de mille francs. Ils sont toujours trop chers, parce que la modicité de leur prix les met à la portée de beaucoup de bourses. Il y a trop de concurrents. Vous ne ferez jamais ainsi une bonne affaire.
Savoir attendre ! Passez une année sans rien acheter. Formez-vous une réserve. Vous emploierez bien mieux votre argent qu'en le gaspillant au jour le jour.
Au lieu de cinquante objets, avec la même somme
n’en prenez que cinq. Si vous n’en achetez qu'un, il est probable qu'il ne vous donnera pas de déception et vous serez un homme fort.
Ne cherchez pas les trouvailles ; elles ne se rencontrent plus. Payez les objets leur valeur. |
Souvenez-vous que vous trouverez toujours à céder le beau et qu’il est souvent difficile de se débarrasser du médiocre.
Ne donnez jamais de commission; défiez-vous de tous, même de vos voisins dans les ventes ; faites vos affaires vous-même.
Notez, aux expositions, sur votre catalogue, les objets qui vous plaisent. Faites un nouveau triage en rentrant chez vous. Eliminez, ne gardez qu'une seule chose, fixez-vous une valeur et n’en sortez pas à l’adjudication. Rien de dangereux comme l'entrainement des enchères par faiblesse ou par amour-propre.
Méditez profondément tout ce que je viens de vous signaler. C’est le résultat de l'expérience acquise à la suite de nombreuses écoles. Soyez convaineu que j'ai, comme bien d’autres, largement payé mon écot. Je voudrais éviter à mes lecteurs qui collectionnent les dangers des premiers pas.
Vous ne sauriez vous figurer quel mauvais effet produisent soixante-quatre paysages couvrant, serrés les uns contre les autres, les murs d’une salle d'exposition, même quand ils sont signés du peintre belge César de Cock. Cela produit un éblouissement vert, un écœurement de bois reverdis, qui tue tout enthousiasme
C'est l'effet que j'ai ressenti en entrant dans la salle n° » où l'expert, M. George, avait rangé en bataille, pour le combat du lendemain, les études que M. Tual devait adjuger. Présentée ainsi, une vente ne saurait réussir. Trop de hêtres, trop de bouleaux, trop de peupliers,
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trop de mares sous bois, de chemins creux, de sentiers ombreux, de bruyères et de prairies verdoyantes. On ne voit plus rien : Clamart, Compiègne, Sèvres, Meudon et Fontainebleau finissent par vous paraître profondément ennuyeux. Il semble qu'il n'y a plus qu’une seule et même é#pression, fastidieusement répétée soixante fois de suite.
Figurez-vous un pianiste qui jouerait un quart d'heure de suite la même note. Vous arriveriez vite à un agacement nerveux et vous vous sauveriez en protestant.
C'est ce que j'ai fait.
Et cependant César de Cock est un peintre de talent, médaillé en 1867 et en 1869. J’ajouterai même que j'aime beaucoup sa manière.
À quoi tiennent les choses (1) !
Le même effet pour les affiches roses de Mme Marie Blanc. Voyons, n'est-ce pas bientôt fini, monsieur Bloche ? Voulez-vous donc accaparer les murs de l’hôtel pendant toute la saison ? Vous avez donc obtenu sur la façade une concession à perpétuité ? Terminez, de grâce, cette interminable succession ! Mais non, nous en avons ainsi pour jusqu’à la fin de la saison. Il reste encore des roses, des rubis, des saphirs, des perles, des broches, des colliers, des bagues, des rivières, des bracelets, des aigrettes, des turquoises, des œils-de-chat, des pendants de cou, des pendants d'oreilles, des diadèmes en brillants et des diamants sur papier
... à payer un palais.
Je ne signalerai pas la vente ; mais j’ai remarqué, dans
{1) Voici les prix de quelques-uns de ses tableaux :
Dessous de bois, 220 fr. — Une Vanne à Gasny, 435 fr. — Dans le bois de Sèvres, 455 fr. — Etude à Sèvres, 260 fr. — Bord de rivière, 415 fr. — Boïs de Meudon, 320 fr. — Rue de Vannes. 340 fr. — Pont-l'Evêque,
395 fr. — Sèvres, 325 fr., etc.
une exposition, un beau cartonnier Louis XV, en bois de rose, orné de bronzes, surmonté d’une pendule dorée et imitant fort bien l’ancien, mais, en résumé, tout ce qu'il y a de plus moderne. Sur le cadran de la pendule, deux bandes de papier collées adroitement cachaient le nom de l’horloger. Pauvre vendeur naïf ! N'était-ce pas là, au contraire, appeler l'attention sur ce défaut de la cuirasse. — Un horloger du Palais-Royal, trop connu pour passer pour ancien — comme le meuble et qu'on cherche à dissimuler ainsi !
Trop d’habileté! On présente aujourd'hui continuellement des meubles anciens très authentiques, je le reconnais, mais garnis de bronzes de fabrication récente. Ils sont souvent si bien ciselés qu’on peut aisément s’y tromper.
Or je tiens à m'élever de toutes mes forces contre la rédaction des catalogues qui, signalant l’époque du meuble, n’indiquent pas celle des bronzes.
Il y a là tromperie sur la qualité de la marchandise vendue. — Certainement beaucoup achèteront le meuble pour ce qu'il est réellement; mais si un marchand naïf y est pris, il faudra bien, coûte que coûte, qu’il fasse endosser sa bévue à un amateur inexpérimenté. |
Je sais qu'il est difficile de reconnaitre les bronzes aujourd'hui; mais si nous avons des experts, assistant aux ventes, il faut bien qu'ils offrent des garanties au public qui les paye; autrement, ils usurpent un titre qu'ils ne méritent pas. — Cela m’amène à dire que je reviendrai quelque jour sur ce rôle considérable des experts. Je les voudrais réunis, tous, en une corporation qui n’admettrait dans son sein, qu'après un examen sérieux, des gens donnant des preuves certaines de capacité.
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Il y a bien des tristesses dans cet hôtel Drouot. £e grand cimetière contient souvent plus de misères que de richesses.
Samedi a eu lieu un pet t drame intime et émouvant dans l’une des salles obseures de l'hôtel, celle du bas, rarement ouverte, sous la cage de l'escalier. Une veuve, jeune encore, couverte de vêtements de deuil, faisant vendre les dernières épaves du plus pauvre des mobiliers.
Les larmes aux yeux, elle suivait les enchères misérables de ces meubles, qui lui rappelaient sans doute tous les bonheurs de sa vie. Ils s’en allaient par morceaux, ces souvenirs, entre les mains rapaces de la brocante. Le commissaire-priseur avait hâte d’expédier cette triste besogne. On allait vite, — j'étais là et je regardais, le cœur serré, cette scène déchirante, — Ja commode payée par mois pour se mettre en ménage, la petite glace qui ornait la cheminée, la pendule dorée qui avait sonné les heures de bonheur. Les amoureux s'étaient sans doute longuement privés pour réunir l’argent nécessaire à tout cela. Quand vint le tour des vêtements qu'avait portés celui qu’elle avait aimé, la pauvre jeune femme fondit en larmes. C'était navrant.
Un silence se fit, l'enchère s'arrêta; mais, quelques minutes après, la vente suspendue reprenait son cours. On apporta sur la table un petit fauteuil recouvert de tapisserie faite à la main qui fut adjugé vingt-cinq francs.
J'entendis alors derrière moi une grosse voix d’Auvergnat qui disait :
« Allons, ne pleurez plus, ma petite mère. J'ai racheté ça pour vous | »
La vente au bordereau. Collection Moreau Chaslon. — Natures mortes de Vollon. — Le Soir et le Matin de Corot. — Incident Jacques Lipmann. — Alexandre Dumas vendant quelques ta-
bleaux. — J.-F. Millet, Delacroix, Gervex, Humbert, Fortuny, Jongkind. — Mauvais résultat!
Paris, 25 février.
Des tableaux, encore des tableaux, toujours des tableaux! Les ventes sévissent avec intensité : C'est une crise qui éclate, une épidémie qui se prépare. Les peintres n’ont qu’à se mettre en grève s'ils veulent maintenir leurs prix. Vente hier, vente aujourd'hui, vente demain, — et toujours des tableaux ! Les catalogues s'accumulent, les expositions se multiplient. En prêtant une oreille attentive dans les couloirs de l'hôtel Drouot, on entendrait retentir les coups de marteau des commissaires priseurs frappant en cadence sur leurs bureaux comme des forgerons sur l’enclume.
Mais tout cela est-il vendu ? Le marteau du commissaire priseur frappe-t-il officiellement comme le balancier de la monnaie? Je vous le dis en vérité, collectionneurs, mes frères, toute adjudication n’est pas parole d'Évangile. La curiosité a ses secrets profonds comme ceux de la politique. S’il y a toujours un vendeur, soyezen bien persuadés, il n’y a pas toujours un acheteur.
Le principal peut-être, pour beaucoup de gens, c'est
que le tableau soit coté à un prix élevé, constaté dans un procès-\erbal d’adjudication publique. Peu importe les frais que cela entraine. On plante ainsi des jalons pour l'avenir. Ils servent ensuite, à plus d’un vendeur, de base pour entrainer à l'achat la troupe docile des amateurs. Le bordereau est exhibé. On cède le tableau, longtemps après, au prix payé, quel sacrifice !.. — et le tour est joué.
Bien entendu, ce qui précède s'applique à toutes ces ventes sans nom d'auteur, impossibles à suivre tous les jours et dont on nous poursuit depuis deux mois, sans trêve ni merci, et n’a aucune application pour la collection dont je vais parler et qui a été vendue avec un grand succès, le lundi 6 février, par MM. Féral et Paul Chevallier.
M. Moreau-Chaslon est un homme de goût. Il sait que
L’ennui naquit un jour de l’uniformité.
Aussi aime-t-il toutes les écoles et toutes les époques sans parti pris. Il comprend Tassaert et il estime Courbet. Il apprécie les mœurs villageoises avec De Marne, il aime la campagne avec Corot. Il courtise les femmes lorsqu'elles ont les élégances de Lagrenée, les grâces exquises que leur prête Jacquet, ou les modelés séduisants de la chair, par Jules Lefèvre. Il sait le mérite d'Hubert-Robert pour reproduire sur de grands panneaux décoratifs les ruines et les temples, les fontaines et les ombrages des grands parcs. Il adore dans l’art tout ce qui est bien. Aussi rien de banal dans tout ce qui a été vendu, bien qu’il reste encore dans cette collection une série unique de tableaux d'Alfred de Dreux.
Regardez ces Vollon éclatants et lumineux, chatoyants, fulgurants à ne pas oser les fixer trop long-
temps. Quelle prodigieuse puissance de coloris ! Quelle facilité dans l’exécution! C’est brossé en pleine pâte : on peut compter les coups de pinceau qui sont venus sur la toile aussi rapides que la pensée. Voyez cette Aiguière en pleine lumière, d’une coloration ardente ! Comme il brille, le vermeil ; comme ils reluisent, les mascarons! Comme ils étincellent et chatoient, les basreliefs! Et ce bouquet d’œillets rouges, plus vrai que nature, et ces pamplemousses dorées par le soleil du Midi, qu’on voudrait goûter comme les raisins d’Apelle! Ce Panier de violettes, posé sur une table, représente ces fleurs modestes dans tout l'éclat de leur fraicheur. Il semble qu’elles viennent de quitter leur buisson; on s’approcherait volontiers pour en respirer le parfum. Et ee Plat d'huîtres, est-il assez appétissant? Le couvert est mis, le citron tout prêt, le vin de Graves aussi. Allongeons la main et commençons à déguster. Et ces Fruits, raisins blancs et noirs, pommes du Canada, poires avec tout leur velouté, dans un plat du Japon. Est-ce beau cela? Convenons-en, on n’est pas plus raisins, on n’est pas plus poires, on n’est pas plus pommes. VoHon est le Théophile Gautier de la peinture.
Voici maintenant Mc Lemaire, cette artiste qui fait les roses plus belles que les roses. On a dit d’elle aussi, avec juste raison, que ses aquarelles sentaient les fleurs et les faisaient sentir. N'est-ce pas vrai pour ces deux aquarelles d'une incomparable fraicheur de coloris : un Panier de pensées et un Panier de roses ?
Il a dû faire envie à bien des gens, le beau Philippe Rousseau de cette collection, signé en l’année 1853 : Une pigeonne qui donne la pâture à ses petits qui sont là, l’entourant, ouvrant leur bec rose. C’est bien vivant, et, ce qui ne gâte rien, un titre spirituel à cette œuvre : la Here de famille.
Deux beaux Corot, l’un de la première manière, fait
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pendant un voyage à Rome, en 1839 : le Coucher de soleil. C'est de lui que le maître, avec un véritable accent de franchise, disait : « Ce tableau est d’un bel aspect; je le revois avec plaisir comme un vieil ami. »
Nous cédons, pour le décrire, là parole à Théophile Gautier. Notre mauvaise prose ne vaudrait pas les beaux vers qu’il a su lui inspirer.
Mais voici que le soir du haut des monts descend; L'ombre devient plus gaie et va s’élargissant:
Le ciel vert a des tons de citron et d'orange,
Le couchant s'’amincit et va plier sa frange,
La cigale se tait et l’on n'entend de bruit
Que le soupir de l’eau qui se divise et fuit.
Sur le monde assoupi, les heures taciturnes
Tordent leurs chez bruns, mouillés de pleurs nocturnes ; A peine reste-t-il assez de jour pour voir,
Corot, ton nom modeste écrit dans un coin noir.
L'autre tableau, le Aafin, de la dernière manière du maître, n’est pas moins beau avec son ciel d’un bleu argenté, ses légers nuages que le soleil éclaire à peine, ses chaumières noyées dans la brume du matin et ses grands arbres qui se reflètent dans une mare encadrée de rochers abrupts et sauvages.
Ajoutez à cela des Æoutons, de Chaigneau, de bonnes études de Courbet, une Vue de Paris, de Jongkind, et un charmant petit tableautin de Francesco Vinea, fin comme un Meissonier, la réduction du premier tableau de J. Lefèvre, Une femsme nue et couchée sur un divan, que possédait Alex. Dumas, et vous ne vous étonnerez pas plus que nous de voir cette vente vraie avoir un grand succès et produire 181,885 francs (1).
(1) 11 nous paraît utile, pour aider plus tard les recherches, de donner les prix des principales toiles de la galerie de M. Moreau-Chaslon.
No 1. BARON. — Le Décaméron, 1,050 fr. — No 2. Le roman et le miroir, 1,200 fr.
La collection A. D..., comme le disait l'affiche signée Georges Petit et Paul Chevallier, n’a donné que de bien maigres résultats.
No 8. CHAIGNEAU. — Moutons au repos, 1,550 fr. — No 9. Rochers sous bois. Forêt de Fontainebleau, 800 fr. — N° 10. Le carrefour de l'Épine, près Barbizon, 2,000 fr.
No 12. CoroT. — Le Matin. 6,000 fr. — No 13. Coueher de soleil, sur le lac d’Albano, 10,000 fr. — N° 14. Le sentier, 5,700 fr. — No 15. Les laveuses, 1,750 fr. — NO 16. Soleil couchant, 850 fr. — N° 17. Paysage coupé par un cours d'eau, 805 fr. — N°0 18. Bücherons. — Sous bois, 250 fr.
No 19. CorRTazzo. — Concert sous Lonis XV, 800 fr.
No 20. CourBeT, — Cheval de chasse sellé et bouledogue en forêt, 4,500 fr. — No 21. Les amants dans la campagne, 2,100 fr. — No 22, Pommiers chargés de fruits, 1,400 fr. — N° 23. Une source, 1,480 fr. — NO 24. Intérieur de forêt, 2,200 fr. — No 25. Arbres et rochers avec mare au premier plan, 1,200 fr. — No 26. Rochers, étude, 500 fr.
No 29. DE Cocx (César). — Cours d’eau 508 bois, 730 fr.
No 31. DEJONGHE. — Amour maternel, 1,620 fr. — No 32. Le déjeuner de la poupée, 1,400 fr.
No 33. Diaz. — Les petits voleurs de fruits, 2,150 fr. — No 34. Vue prise dans un parc, 1,320 fr.
No 35. Dupray. — Pompier après l'incendie de l'Opéra, 510 fr.
No 36. GEGERFELDT. — Un quai à Venise, 400 fr.
No 37. Gupin. — Les Échelles, 1,000 fr. — No 39. Vue du port de Nantes, 260 fr.
No 40. CH. JACQUE. — Moutons au pâturage, 4,300 tr.
N° 41. JACQUET. — Une soubrette sous Louis XV, 4,100 fr. — No 42. Jeune fille, en buste, 1,900 fr. — No 43. Tête de jeune fille, 1,500 fr.
No 44. JONGKIND. — Vue de Paris, le quai des Célestins, le pont Sainte- Marie, à gauche l’hôtel Lambert, 1,600 fr.
No 45. LOBRICHON. — Le volontaire d'un an, 1,500 fr.
No 47. LEFEBVRE I. — Jeune femme nue couchée sur un divan en velours grenat, 5,000 fr.
No 50. MURATON (Mme). — Péches et raisins, 750 fr.
No 54. PÉCRUS. — Jeune femme en toilette de bal, 350 fr.
No 63. RoussEAU (Ph.), — Chatte et petits, 3,200 fr. — N° 64. La Mère de famille, 3,600 fr. — N° 66. Un homard sur un plat, 2,500 fr.
No 67. ROYBET. — Je veux être soldat, 800 fr. — No 68, Cavalier moyen âge. Etude pour un de ses tableaux, 235 fr.
No 70. SERRES (Antony). — Le relour inattendu, 520 fr.
No 71. TASSAERT. — /ntérieur rustique, 1,400 fr.
No 74. VEYRASSAT. — Le Bac, 3,050 fr. — N075. Une auberge, près de Honfleur, 4,020 fr. — No 76. Pécheurs de crevettes aux Roches- Noires, près de Trouville, 1,020 fr. — No 77. La cour d'une ferme, 780 fr. — No 78. Zntérieur d'une ferme, 360 fr.
No 79. VINEA (Francesco). — Le cellier, 2,600 fr.
No 80. VOLLON. — Z'ruits, 7,600 fr. — 81. L'aiguière de vermeil, 8,100 fr. — No82. Le panier de violeltes, 6,120 fr. — No 83. Le plat d'huitres, 2,006 fr.
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Le catalogue, moins explicite encore, ne portait que la quatrième lettre de l'alphabet ; mais ce n’est aujourd’hui un mystère pour personne, et nous pouvons le dé-
No 84. Le pavillon de Flore et le pont Royal, 3,200 fr.
No 85. VUILLEFROY. — Animaux dans un paysage, 540 fr.
No 86. Weisz (Ad.). — Une jeune Alsacienne, armée d'un fusil, écoute à une porte ; près d’elle son chien, 1,930 fr.
No 87. Yvon (Ad.). — Tête de Zouave, 115 fr.
No 89. BoiLLy. — En voyage, 2,500 fr.
No 90. BoucKERr. — L'attente, 3,500 fr.
No 91. CARESME. -— /Vymphes et satyres dans un paysage, 480 fr.
No 92. Casanova. — Le siège d’une ville, 1,000 fr.
No 93. Dx MARNE. — Bergers et animaux dans un paysage, 2,500 fr. —
No 94. Le jour du marché, 2,620 fr. — N° 96. Le maréchal ferrant, 1,780 fr.
No 97. GREUZE. — La douleur, 1,500 fr.
No 100. LAGRENÉE. — Jeune femme étendue sur un lit de repos, 300 fr.
No 101. PrazetTA. — Le petit marchand de journaux, et 101 (bis). Enfant dansant avec un chien, 500 fr.
No 102. ROBERT (Hubert). — Monument et fontaine, 3,900 ir. — No 103. Intérieur d'un temple en ruine, à Rome, 1,950 fr. — NO 104. Le petit canal à Trianon, 7,100 fr. — N° 105-105 (bis). Parc avec rochers reliés par un pont de bois ; Parc avec monument et porte cintrée, ombragée par de grands arbres, 1,520 fr. — NO 106. Pont monumental avec grand escalier et nombreux personnages, 1,020 fr. — NO 107. Monument de Jacques Delille, 105 fr. — N° 107 (bis). Grotte aux environs de Rome, 160 fr.
No 109. JaAcQuET (Gustave). — Jeune fille couchée, 900 fr.
No 110. BeAuMONT (Ed.). — Jeune musicienne, dessiné à la plume, 330 fr.
No 111. BELLANGÉ (Hte). — Retour du marché, aquarelle, 240 fr.
No 112. BONHEUR (Rosa). — Vache et bouvier, dessin à la mine de plomb, 410 fr.
No 113. BROWN (J.-L.) — Chevaux et soldat au repos, effet de clair de lune, aquarelle gouachée, 160 fr.
No 116. LAMt (Eug.). — Cavalier, aquarelle signée et datée 1879, 140 fr.
No 117. Mme Map. LEMAIRE. — Une jeune musicienne, aquarelle signée en toutes lettres, 670 fr. — No 118. Fruits et fleurs, aquarelle, 1,300 fr. — No 119. Roses de différentes couleurs dans un panier, aquarelle signée, 900 fr. — N0 120. Un panier de pensées, aquarelle, 450 fr. — No 121. La jeune servante, gravé dans les menus, édité par la maison Goupil, dessin à la plume, signé et daté 1880, 425 fr.
a 125. MAURICE POIRSON. — Promenade en mer, aquarelle signée, 380 ir.
N° 126. PHiLiPPE ROUSSEAU. — Chien d'arrêt rapportant un lièvre, aquarelle du tableau qui a figuré au Salon 1880, signée, 280 fr. — No 129. Bull terriers couplés, aquarelle signée, 390 fr.
No 130. C. TROYON. — Vache dans un paysage, très belle étude au pastel, signé du monogramme, 1020 fr.
No 131. Ar. Weisz. — Pelite Alsacienne mangeant des cerises, aquarelle signée, 490 fr.