‹ L'Hôtel Drouot en (volume 3)Chapitre 21 sur 85 · PAR · texte numérisé non relu

PAR

M. BAUDRY Médaille d'honneur du Salon de 1881.

Prix : À franc.

On peut payer deux fois, à l’entrée et à la sortie, si l’on est satisfait.

La peinture éravaillera ainsi devant le public des | deux hémisphères.

Puis, lorsque après de longues tournées, l’œuvre sera

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quelque peu endommagée par les intempéries du plein

air, l'impresario rentrera à Paris pour la dernière j représentation. Il exposera et vendra le tableau dans la

salle numéro 8 de l'hôtel Drouot, devant le Tout Paris

des Beaux-Arts, afin d’en tirer une dernière recette.

Deux beaux tableaux ont figuré dans la vente de William Thibaud, en son temps, secrétaire du roi Joseph, chargé par lui de la liquidation de la galerie du cardinal Fesch. Déjà une vente Thibaud avait eu lieu de son vivant, en 1868. Sa fille, M=e Hughes de Saint-Albin, a fait passer à l'hôtel, le 22 mars, ce qui restait de ses collections.

Un Murillo : Saint Diego d’Alcala, reconnu authentique par M. Madresso, directeur du musée de Madrid.

Une agréable composition du Primatice : Z'Abondance, sous les traits d'une belle et blonde jeune fille entre les quatre Eléments figurés par des Amours, enguirlandés de fruits, de fleurs, de poissons, d'oiseaux et de coquillages. Détail curieux, sur le devant du tableau : un jeune enfant tient un caméléon sur son doigt, symbole de l’inconstance des éléments.

M. Gustave Collin est un peintre qui expose chaque année. On trouve son nom au livret du Salon, mais il n’a pas encore obtenu de récompense. De temps à autre, il aborde hardiment l'Hôtel des ventes. Ils sont comme cela quelques-uns vendant pour leur compte, préférant, à l'intermédiaire coûteux des marchands en renom, le public difficile des amateurs.

Cette fois, il a pris M° Tual comme commissaire-priseur et M. Detrimont comme expert, et il a exhibé trente-cinq tableaux. Il affectionne les petites toiles de 33 sur 40, qu'il couvre, avec des effets puissants et de robustes empâtements, de scènes moitié françaises et

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L'HOTEL DROUOT ET LA CURIOSITÉ EN 1882. alt

moitié basques, toujours prises dans les Pyrénées ou le Guipuzcoa : le port de Passages, Fontarabie, la route de Gavarnie, Saint-Jean-de-Luz fournissent les sujets de ses tableaux. ”

Cette vente a eu au moins un succès d'estime. Elle a produit 18,000 francs. Les Vieux chênes de Belchneiïa, à Urrugne, premiers jours d'automne, ont valu 1,200 fr. L'Auberge de Chapelles, 1,050 francs. Une ve du quartier Saint-Jean, à Pasages, 1,700 francs. Le Départ pour la pêche, T10 francs.

La mort a frappé à coups redoublés, l’année dernière, La musique a perdu l’un de ses meilleurs appuis, Léon Escudier, son serviteur fidèle. Il a fallu liquider les planches, les exemplaires et la propriété des nombreux ouvrages qu'il avait édités.

Ce n’est pas un commissaire-priseur qui a opéré. La vente s'est faite, cette fois, par-devant Me Cherrier, notaire, en son étude, rue Jean-Jacques-Rousseau. On a procédé par l'extinction des feux sur des estimations fixées par le tribunal. Presque tous les éditeurs s’y étaient rendus ou s'étaient fait représenter. Quelques artistes et plusieurs compositeurs figuraient parmi les assistants.

La justice se trompe quelquefois ; car elle avait décidé que le tout devait se vendre 530,000francs ; aussi, beaucoup de partitions ayant laissé brûler les trois bougies sans atteindre la mise à prix, ont dû être remises aux enchères à la suite d’un nouvel arrêté.

Voyons les deux vacations.

A la première, quelques-unes des œuvres de l’immortel Verdi ont obtenu des prix très élevés. Consignonsles, c’est de l’histoire.

M. Léon Grus a acheté la partition de Rigoletto. Estimée 54,000 fr., elle est montée à 62, 000 fr., frais compris.

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La Traviata, — que de gloire dans ce simple mot! — aété acquise pour 72,000 francs par M. Benoît.

MM. Heugel père et fils, ces Parisiens sortis de Nantes, ont acheté pour Ze Ménestrel le Büullo in Maschera et Le roi l'a dit, le charmant ouvrage de Léo Delibes, représenté en 1874 à l’'Opéra-Comique. |

M. Henry Lemoine a fait l'acquisition de Maître Pathelin, de François Bazin.

Bonsoir, Monsieur Pantalon, est échu à M. Gregh, ainsi que la partition de Turlupin.

Bataclan, de Jacques Offenbach, est devenu la propriété de M. Bathlot.

MM. Choudens et fils ont payé environ 40,000 franes un lot de partitions de Verdi comprenant A//ila, Giovanna d'Arco, Aroldo, I due Foscari, Luisa Miller, Macbeth, J. Masnadieri, Alzira, la Battaglia de Legnano, El Finto Stanislas, Stifelio.

L'œuvre si charmante des frères Ricci, Crispèno e la Comare, appartient maintenant à un grand amateur de musique et compositeur lui-même, M. Marcellus Muller.

Le Trovatore, qui avait le plus contribué à la fortune d'Escudier, n’a pas figuré dans cette adjudication, la propriété de cette œuvre ayant été cédée, il y a quelques années, pour cent mille francs, à l'éditeur Benoit.

Cette première séance s’est élevée à 216,000 francs. Après la vente, M. 0’ Kelly a racheté, au prix de 60,000 francs, un lot comprenant plusieurs morceaux d'Émile Prudent, toutes les compositions de Gottschalk, ainsi que toutes les chansonnettes du répertoire du spirituel artiste et collectionneur, mon ami Berthelier.

L'autre mardi, on a repris el terminé la vente des ouvrages qui n'avaient pas été adjugés. Les prix avaient été beaucoup baissés. Quelques-uns des lots, disputés avec une sorte d’acharnement, ont monté assez haut,

Il est bon de garder la trace des principales adjudications. Le journal /& Musique Populaire nous aidera dans cette tàche.

La partition d'Aîda, de Verdi, qui avait échoué la première fois à 90,000 franes, réduite à 54,000 franes, après une lutte très vive, est devenue, pour 100,000 fr.., la propriété d’Alphonse Leduc.

MM. Heugel et fils ont acquis, pour 40,000 francs, les quatre partitions d'Ambroise Thomas : le Caÿd, la Tonelli, le Songe d'une nuit d’élé, Raymond ou le Secret de la reine. — A la première vacation, il ne s'était présenté personne à 37,000 francs.

M. Henri Lemoine a acheté Zrnani, de Verdi, 14,500 francs. La messe du Requiem, du même maitre, retirée à 5,500 franes le premier jour, est arrivée jusqu'à 6,000 franes, et la méthode de contrebasse de Bottesini à 4,200 francs.

Don Carlos et Simon Boccanegra, de Verdi, ont été poussés par un avoué de Paris, M. Dubost, qui surenchérissait, disait-on, pour le compte de la maison Ricordi de Milan. Ces deux lots lui sont restés, le premier pour 9,800 francs, et le second pour 3,100 francs.

M. Vianesi, qui, assure-t-on, a le désir d'ouvrir un théâtre italien à Paris l'hiver prochain, a fait l’acquisition de la partition Z Zombardi (Jérusalem), au prix de 7,000 francs.

La partition des Vépres siciliennes est allée entre les mains de l'éditeur Kybourtz, au prix de 6,100 francs.

M. Bathlot s'est fait adjuger Ze Premier jour de bonheur, d’Auber, écrit pour Capoul, à 6,700 francs, et Une folie à Rome, des frères Ricei, pour 3,200 francs.

M. Lumière, autrefois avoué à Caen, agissant au nom d'une Société qui se propose de prendre une grande maison de commerce de musique, a payé 3,400 francs le Dom Sébastien de Portugal, de Donizetti.

Au nombre des partitions les moins favorisées, il faut citer : Gustave IIT, d'Auber, payé 950 francs seulement, par MM. Heugel et fils. — AÆéves d'amour, le dernier ouvrage d’Auber, et Pierre de Médicis, adjugés à M. Bathlot, n’ont valu que 700 et 650 francs.

Par un singulier retour des choses d’ici-bas, Gi%6y, la cornemuse, de Clapisson, et Castibelza, le premier opéra d’Aimé Maillard, deux ouvrages qui ont fait courir tout Paris dans le temps, ontété obtenus par M. O’Kelly pour la modique somme de 390 francs.

Le total de cette seconde vente a dépassé 210,000 fr. Un jour venant, on vendra aussi les partitions de MM. Massenet et Saint-Saëns qui nous charment tant. Quel sort l'avenir leur réserve-t-il? Nul ne le sait.

Le monde de la galanterie. — La petite Caro. — La vieille garde. — Le trône de l’amour. — Diamants et perles fines. — Jean- François Gigoux. — Erwein de Steinbach contemplant son œuvre dans la cathédrale de Strasbourg. — Portraits d'Erasme et de Hieronymus. — Étudiez les dessins des maîtres.

Paris, 24 mars.

Une vente de demi-mondaine! Cela manquait jusqu'ici cette année ! En voici deux d'un coup : Mie M... artiste dramatique, et Mie Caroline Letessier.

Il ne faut pas soulever le loup de velours qui masque le charmant visage de la première. Il aurait été cependant bien facile sans doute de rendre indiscret Me Paul Gérard, le commissaire-priseur, ou M. Henri Devynck, l'expert; mais le contenu du catalogue à couverture rose n'étant pas de nature à provoquer la curiosité, nous avons respecté l’incognito demandé.

Caroline Letessier doit avoir maintenant bien près du demi-siècle, Elle a eu son heure de célébrité, : comme tant d’autres, mortes ou oubliées : Esther Guimont et Anna Deslions, que son aréopage avait surnommée Phryné, Cora Pearl, qui s’est rangée, Gabrielle Elluini, qui portait si bien le maillot et qui fait de la finance, Alice Regnault qui convole, Judith Baron qui se consacre à des œuvres pies, Duverger qui joue à la Bourse, Aimée qui cherche à oublier le volage Capoul en faisant de la peinture avec M'e Abbema, Caroline

14 L'EOTEL DEOUOT ET LA CURIOSIIÉ EN LE Bader qui iemait paguére un bureau de tabac prés de lai des ventes, La comtesse de Lazenay qui ne cweille yhus le persil que dans un potager d'Asnières, — toutes se sont éclipsées de la scène du monde où Ales laisaieni tant de i2page, disparaissant habilement à l'heure où les empétements du blase gras ne dissimulent plus les rides, où les méêches grises woltigent sous Les frisures de La perruque rousse, où il faut songer, peut-{ire, à ouvrir les loges après se les être fait si longtemps ouvrir.

Vers 1565, la petite Caro, comme on l'appelait familiérement dans le monde où l'on s'amuse, quitta Paris, ep emportant avec elle un dictionnaire de la langue verte. Elle arriva à Saint-Pétersbourg où le nouvel argoi parisien eut un succés fou dans la société russe, si raide et si compassée.

Mais il lui fallait les succès de la scène. Ses débuts au théâtre Michel ne furent pas heureux. Elle échoua complétement. Comme elle plaisait beaucoup à la jeunesse la plus aristocratique du pays, elle resta dans le pays pendant cinq ou six ans avec son amie, Blanche d'Antigny. On écrira peut£tre un jour les mémoires de la cour de Russie à cette époque, et ses amours avec un très haut personnage qui fit quelques folies pour elle et même plus.

Je m'arrête là ; car je n'ai pas l'intention d'écrire la biographie de M#< Caroline Letessier, ce qui ne manquerait pas d'être d’une exécution délicate et difficile en plus d’un endroit,

M. Arthur Bloche est si aimable, qu’il a su conquérir peu à peu toute la clientèle des belles petites, après fortune faite. C'est lui qui a dirigé cette vente, boulevard Malesherbes, 116, dans ce ravissant hôtel, bien connu de la haute gomme, où, pour la première fois peut-être, on pouvait entrer sans payer.

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Risquons avec les belles mondaines un regard indiscret dans ce paradis défendu.

Parlons d’abord de la chambre à coucher, ce champ de bataille ou plutôt de défaites où succombent toujours si facilement ces belles impures. Il y a toujours là un beau lit — le trône de l’amour ! Celui de Caroline Letessier, placé au milieu de la pièce, était ravissant. Recouvert de soie noire, surmonté d’un baldaquin orné de fleurs et d'oiseaux en haut relief étalant une couverture en satin rouge aux arabesques brodées d'or, d’argent et de soie multicolore ; — il invitait certainement au péché.

A côté d’un divan de peluche rouge brodé au point de Hongrie, quatre chaises ottomanes en velours vert — pour le seigneur du jour ; sur la cheminée, une glace encadrée de satin crème, et, pour dissimuler l'entrée de cette charmante retraite ou pour étouffer les roucoulades amoureuses, une épaisse portière en satin vert brodé d’or.

Rien ne manquait dans cette chambre : on y trouvait encore pour les àmes dévotes, toujours prêtes au repentir, un prie-Dieu et un tableau de sainteté : la copie de la Sainte famille de Raphaël du palais Pitti.

Plus grand peut-être encore était le mystérieux cabinet de toilette avec une chaise longue rappelant le divan du Carquois épuisé. Devant la grande psyché ornée de mousseline, on pouvait revoir, par la pensée, la maitresse du lieu en peignoir de dentelle, réparant avec soin le désordre de sa toilette. Sur une encoignure, des boîtes à poudre, une cuvette en argent massif, ciselée par Touron. — Rien de trop beau pour l'usage !

La salle de bain renfermait une baignoire en bois sculpté et tout ce qu’il faut pour écrire : un bourdaloue en vieux sèvres, décoré de fleurs. Sur la cheminée,

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une statuelte en argent, /e Premier mystère, d'Épinay: au-dessus, une glace encadrée de bois de rose, inelinée vers la baignoire et pouvant révéler tous les mystères de la chaste Suzanne.

Naturellement, le jour de la vente, la haute gomme ‘est là accompagnée de tout le persil des demi-mondaines haut payées.

M° Escribe préside.

On vend d’abord les tableaux :

Le Verre de limonade, de Gérard Terbourg, 6,106 francs. Ze Pacage, de Charles Jacque, 3,600 francs. Toujours en faveur, ce peintre. — Un Chat, de Van Ostade, 3,370 francs.

Vient ensuite le tour des bijoux :

Que de cadeaux! Dix bracelets! vingt bagues ! trente broches, et le reste à l’avenant.

Une paire de boucles d'oreilles avec trois brillants anciens, jetant des feux merveilleux, 31,000 francs.

Une rivière de brillants, 13,700 francs.

Un bracelet de perles, 7,000 francs.

Un peigne en écaille blonde constellé de diamants, 6,000 francs.

Un collier de perles orné d’un saphir cabochon pour fermoir, 6,000 francs.

Un autre avec pendentifs de diamants, 14,000 francs.

Une broche en forme de cosse de pois vert, parée de brillants, et, pour figurer les graines, de jolies perles grises, 7,000 francs.

Puis arrivent les meubles #eublants, comme disent les clercs de notaire dans leurs inventaires.

La baignoire en bois sculpté, 1,200 francs.

Le service de toilette, le lavabo, tout neuf, en argent guilloché, encore tout parfumé des ablutions à l’eau de Lubin, 6,000 francs.

Une crédence du xvi° siècle, aux panneaux reprodui-

sant les principaux épisodes de la guerre des dieux (pas celle de Parny), 3,400 francs.

Deux vases en serpentine côtelée du temps de Louis XVI, 4,500 francs. |

Une vitrine à deux battants avec des sculptures, attributs de musique, coquilles et feuillages faits à l'époque de Louis XVI, 6,000 francs.

Les garnitures du lit, la courtepointe et les rideaux, 5,700 francs.

Les portières en satin vert brodées d’entrelais et de rameaux, 1,100 francs.

Et on a aussi vendu tout l'arsenal nécessaire aux

* séductions, depuis les déshabillés galants jusqu'aux

robes de bal et de ville, aux costumes de voyages, aux

chapeaux fringants et aux fourrures destinées à cou-

vrir les épaules frissonnantes à la sortie de l'Opéra ; — tout! mylord et coupés de Binder, pour les rendez-vous et pour les promenades au bois, dorsay à huit ressorts, garni de satin noir afin de mieux faire ressortir de loin l'éclat des toilettes claires.

Et maintenant, de tout cela il ne reste plus qu’un procès-verbal sur papier timbré et un total; ci: 300,000 francs.

Sic transit gloria mundi.

JEAN-FRANçoIS GiGoux, né à Besançon en 1806. — Méd. de 3e classe en 1833; 1re classe en 1835; décoré en 1842; méd. de 1re classe en 1848. H. C.

C'est ainsi que le livret du salon donne le signalement artistique de ce peintre, le maitre de Français et de Baron et l’un des favoris, dans son temps, du cénacle romantique, l’auteur célèbre de la CZéopâtre essayant des poisons et le spirituel dessinateur des illustrations du G il Blas.

Encore vert malgré ses quinze lustres bien sonnés, il ne cesse de travailler avec énergie. Il tient à exposer chaque année. Sa vie a, du reste, été une lutte perpétuelle avec des hauts et des bas.

En 1835, il obtenait une récompense avec son tableau aujourd'hui au musée de sa ville natale : /& Mort de Léonard de Vinci, bien connu par la lithographie de Mouilleron.

Deux ans plus tard, la toile d'Angoine et Cléopâtre essayant des poisons était refusée. Elle ne fut admise qu’au salon de 1838.

Bien que chevalier de la Légion d'honneur en 1842, il eut encore un tableau repoussé par le jury de 1847. — [L'année suivante, il obtenait une médaille de première classe pour son beau dessin de CAarlotte Corday.

Le vieux peintre, ami de Delacroix, de Pradier et de David d'Angers, était un collectionneur passionné et sévère dans ses choix. Il a voulu, avant de mourir, faire sanctionner par la voix des enchères ses qualités de connaisseur approfondi.

Il a fait vendre par Féral et par Maurice Delestre, du lundi 20 au jeudi 23 mars, un millier de beaux dessins anciens et modernes qu'il a passé un demi-siècle à recueillir et dans lesquels il a eu le bon goût de ne pas mettre les siens, qui n’y eussent cependant pas été déplacés, car ils sont peut-être plus estimés encore que ses tableaux. C’est bien, pour un artiste, de remplir ainsi son Catalogue, non de ses œuvres, mais de celles des autres.

Il y a dix ans déjà, Jean Gigoux avait tenté les enchères. Quelques-uns de ses dessins étaient passés en vente et, sur le nombre, deux Moreau et un Frendenberg achetés par M. Maherault pour 600 à 700 francs, furent revendus 30,000 francs à la vente de ce dernier.

Collection toujours faite par un esprit délicat, celle

des dessins, et comme le dit en forts bons termes, M. Henri Jouin, dans la préface du catalogue :

« L'œuvre peinte est de main d'homme. Le dessin demeure jeune. Point de craquelure, point de tons poussés. Avec lui, vous pouvez connaître le fond de la pensée du maître jusqu'aux pulsations de son génie. L'artiste se livre sans détour. »

Puis il ajoute très spirituellement :

« Les visiteurs de la cathédrale de Strasbourg se sou-

» viennent peut-être d’avoir vu, à une tribune à droite » de la nef, près du chœur, une figure d'homme accoudé

sur une balustrade, contemplant les voûtes du Munster. C'est la statue d'Erwin de Steinbach, l’architecte de la cathédrale. C’est l'artiste qui s’est recueilli

» devant son œuvre. Sa présence est une louange. Vir-

gile avait exigé d’Auguste que ses chants inachevés fussent détruits. Erwin de Steinbach a voulu se survivre dans l’ouvrage de ses mains et le ciseau de sa fille, qui était sculpteur, l’a représenté silencieux et pensif.

» Il écoute chanter la pierre.

» La collection qui va passer en vente est une œuvre de longue haleine, et l'architecte de cette œuvre est le témoin joyeux de son éclat. »

Le catalogue, très bien fait du reste, sera conservé

dans toutes les bibliothèques. Il comprend trente planches tirées en couleur, sorties de l'atelier de M. Ad. Braun et, sur la couverture, Jean Gigoux a placé une charmante vignette de sa main qui reproduit, en trophée, les accessoires de son art. Il aurait pu mettre en exergue: « Tout ce que les grands hommes mettent au jour doit être conservé par ceux qui leur succèdent. »

Voyons maintenant les adjudications :

Cinq beaux dessins d'Albert Dürer, comme peu ‘e collections en possèdent.

Un apôtre admirablement drapé, signé du monogramme [D] et daté de 1508, si beau que M. Charles Ephrussi, dans son intéressant ouvrage : Albert Dürer el ses dessins, s'est empressé de le reproduire; vendu 7,100 francs.

Le Portrait de maître Hiéronymus, d'une gravité ascétique : les cheveux en désordre, les yeux hagards, le corps d'une maigreur d’anachorète. Beau dessin où on peut voir la route peu à peu suivie par Albert Dürer pour arriver à représenter son modèle.

Cette première pensée du personnage pour la #é£e du Rosaire, datée de 1506, a valu 7,600 francs.

Le Portrait d'Érasme coiffé d'un bonnet carré. Le penseur a la figure calme et la bouche animée d’un sourire un peu sceptique. Crayon noir d'un grand attrait. Daté de 1520, 12,000 francs.

Une gouache d'un maître inconnu. Le premier plan est resté inachevé. On y voit une ville aux tourelles en poivrière, juchée sur le sommet de rochers escarpés. C'est là le fond qu'aimaient beaucoup pour leurs tableaux les artistes de l’époque, 5,600 francs.

La Vierge, un voile sur la tête, un manteau sur les épaules. Provenant de la vente Andrewsi, 3,600 francs.

Splendide, ce dessin à la plume et à l'encre de Chine de Canaletti. Un petit coin de Venise avec un pont sans eau, ce qui est rare dans cette ville. Exécutée avec la précision architecturale que le maître met à ses tableaux, cette œuvre portait l'inscription suivante :

Jo Zuane da Canal la falo di mia Invencione l'anno 1766 in ella de anni 68 Senzza ochiali in Venezia (1).

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(1) Moi, Jean du Canal, j'ai fait ce dessin de mon invention l’an 1766, à l'âge de 68 ans, sans lunettes, à Venise.

Vendu 2,000 francs.

Une belle étude de Léonard de Vinci, à la sanguine : Téle d'Ange, aux cheveux bouclés, étude pour l’une des figures de la Vierge aux rochers, du musée du Louvre. On y sent le feu de la composition, 1,650 francs.

De Rembrandt, qui avait peut-être plus de plaisir à dessiner qu’à peindre :

Un Portrait d'homme provenant de la collection Arosarena. Acheté 4,000 francs. Vendu seulement 2,120 francs.

Une Femme endormie venant du baron Denon, dessin au bistre, 3,700 francs.

Etude à la sépia, de personnages pour le tableau des Syndics de la halle aux draps, 500 francs.

Mais, si nous voulions tout citer, nous irions trop loin. Nous ne pouvons cependant passer sous silence :

Rubens : 7é/e de jeune femme, les cheveux frisés ornés de pierreries. Très beau dessin à la pierre noire, 1,950 francs. Une 7éfe de Christ mourant, d'une grande puissance de sentiment, 1,700 francs.

L'école française était représentée largement dans ce musée Gigoux.

Trois Clouet dont l’un, très fin, au crayon noir, coloré dans les chairs, Portrait de l'archidiacre de Josas, chanoine de Notre-Dame de Paris, s’est vendu 1,000 francs, et l’autre, Portrait d'enfant, venant de la collection Desperret, le même prix.

Un paysage au bistre, fait en collaboration par ces deux maitres si gracieux, Fragonard et Greuze, provenant de la collection Walferdin : {Allée ombreuse; de vieux arbres dont les branches touffues se réunissent en berceau, grand pare avec des statues, des femmes et des enfants au premier plan, 2,030 francs.

Une aquarelle pleine d'énergie de Th. Géricault, /a Charge ; un lieutenant de cuirassiers, à cheval, l'épée

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à la main, se retourne vers son escadron et commande la charge, 1,380 francs.

Sépia de Ingres, signée et datée 1844, L'Ange Raphaël, debout, les ailes déployées, les bras élevés, les mains jointes, implore le ciel. Au bas, cette mention écrite de la main du maître :

L'archange porte vers Dieu les prières des hommes.

Vendu, 1,750 francs.

Gravé dans le Livre de Vérité, un dessin à la plume et au bistre de Claude Lorrain : Paysage avec des animaux sous la garde d’un berger debout auprès d’une femme assise : 1,060 francs.

Une charmante Zé£e d'enfant aux cheveux blonds et frisés. Sanguine de Greuze, 270 francs.

Le portrait présumé d’un duc de Lorraine par Dumoustier, 850 francs.

Et maintenant faisons l’addition : 113,500 francs.

Ce résultat doit satisfaire M. Jean Gigoux. Tous les peintres devraient, comme lui, aimer les dessins, en posséder et les étudier souvent. Rubens en agissait ainsi et son exemple est bon à suivre.

Benjamin Fillon. — Sa demeure à Fontenay-le-Comte. — Sa découverte des faïences d'Oiron. — Les bijoux mérovingiens. — La bague de la reine Berthilde. — Autographes, portraits et cachets. — Une vierge en ivoire, du xie siècle. — Estampes révolutionnaires. — Jean-Jacques Rousseau se prémunissant contre la coMection.

Paris, 25 mars.

C'est une grave erreur de croire que la province ne sait pas et ne peut pas savoir. « Le milieu lui manque, » disait un jour Eugène Piot qui soutenait cette thèse devant moi. — Benjamin Fillon, cet exilé volontaire de Paris, nous a prouvé tout le contraire. Il a eu soin de se tenir toujours en dehors du mouvement fiévreux qui nous enveloppe. Il a su, en s'isolant ainsi, conserver toute sa vie le calme qui pousse à l'étude et le temps qui permet de travailler. De loin en loin, il lui suffisait de se retremper quelques semaines parmi nous ; mais il ne venait pas à Paris, comme le provincial vulgaire, promener ses étonnements et vider son porte-monnaie. Son but était d'apporter à la Société ses travaux longuement mûris. De tous côtés, chez ses amis, dans les musées et dans les bibliothèques, il faisait une ample provision de documents et de renseignements. Rentré chez lui, dans cette Vendée qu'il affectionnait et dont chaque sentier et chaque pli de terrain évoquaient dans son esprit un souvenir, Fillon groupait, dans le silence

de la retraite, les matériaux qu'il avait rapidement amassés et il édifiait alors, à l’aide de sa profonde érudition, ces ouvrages, désormais impérissables monuments pour l’histoire artistique de notre pays.

Qui donc oserait le nier ? Sa vie était bien comprise. C'était un homme très fort que ce Vendéen. Rien n’était fait par lui à la légère. Il connaissait si bien les artistes du xvi® siècle, époque vers laquelle se tournaient toutes ses préférences, qu'il semblait avoir vécu parmi eux. Ce robuste travailleur, sans cesse en quête de recherches, aimait aussi à promener sa lanterne de savant du côté des ténèbres du passé, pour découvrir la provenance des sphinx de la curiosité. Chez lui, une découverte en amenait une autre. « C’est ainsi, dit Champfleury que, grâce à des documents accumulés en étudiant les poteries poitevines, il réussit à faire changer la désignation des /aïences Henri II, pour la remplacer par celles des /aïences d'Oiron, nom jusque-là bien inconnu d’une modeste bourgade de 800 habitants. »

Il savait aussi faire des fouilles. Pétsoune même ne s’entendait mieux que lui pour pratiquer d'une manière sûre, dans des endroits étudiés de longue main, et il répétait souvent que la terre est une bibliothèque inexplorée qu'il faut consulter sans cesse, parce qu’elle recéle encore les documents les plus utiles pour reconstituer peu à peu l’histoire de notre pauvre planète. Le récit de tout ce qu'il a retiré de précieux du lit de la Vendée, au gué de Velluire, sa découverte du tombeau et des instruments de travail d’une femme artiste galloromaine ont fait l'objet de publications qui sont entre les mains de tous les archéologues.

Je l'ai particulièrement connu. Il habitait alors Fontenay-le-Comte, dans cette maison qui lui venait, par sa femme, des Poey-d’Avant. Ces numismates, auteurs de

chants écrits dans le patois vendéen, avaient inspiré à

Fillon, dès l'enfance, un sentiment très grand des belles choses. Je la vois d'ici, cette demeure, dans une des rues tortueuses de cette petite. ville intelligente. Elle ne ressemblait guère à un palais, mais à la maison d’un bon bourgeois du xv° siècle, avec sa porte basse et cintrée, ses fenêtres étroitement percées, et sa facade crépie à la chaux. Seulement, à peine entré, quel ehangement ! Les murs étaient tapissés de tous côtés de dessins précieux ; les grands bahuts du salon recélaient des richesses inestimables en émaux, en faiences italiennes et en porcelaines de Chine, et le cabinet de travail, où l’on arrivait par un grand escalier de bois, renfermait les manuscrits, les estampes et les livres les plus curieux.

Il travaillait, à ce moment, en collaboration avec son vieil et fidèle ami, Dugast-Matiffeux, de Montaigu, et l’'aqua-fortiste Octave de Rochebrune, à cette publication restée malheureusement inachevée: Poitou et Vendée. À l’une de mes visites, il me fit voir sur sa table les épreuves de cette remarquable étude sur la faïence et

‘la porcelaine : l'Art de terre chez les Poitevins, pour

laquelle il venait de choisir cette épigraphe empruntée

de Bernard Palissy. — #2 7e voulois metlre par escrit toutes les utilitéz de l'art de terre, je n'aurois jamais fait.

Fillon avait à cette époque la passion des autographes et celle des bijoux anciens. Sa série des anneaux mérovingiens était déjà admirable, C'était un écrin royal. Je m'en souviens comme d'hier ; il me disait en me le montrant: « Voyez-vous, l’orfèvrerie est le premier des arts. Les bijoux sont vieux comme le monde. Ève, chassée du paradis terrestre encore plus belle après le péché, dut se choisir sans doute une agrafe pour draper sa tunique avec goût. Depuis, les joyaux

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ont toujours été les auxiliaires les plus puissants de la coquetterie naturelle de ses filles. On en trouve partout, dans les tombeaux de Thèbes, la ville aux cent portes, dans les dolmens des Gaulois, au Pérou dans les sarcophages des descendantes des Incas. Tenez, voici la bague de la reine Berthilde, la femme de Dagobert Er, un chaton circulaire appliqué sur un simple anneau d’or axec une légende gravée en creux : BERTEIDIS, et UN MONOgramme composé des lettres REGINA. Celle-ci est la bague d’un évêque mérovingien, une pièce très rare, formée d’un anneau d’or plat, avec une améthyste ovale. Cette autre provient du monétaire Abbon. Ce bracelet gaulois en or massif, dont les deux extrémités s’enroulent huit fois l’une sur l’autre, de facon à former deux ressorts, a dû appartenir à quelque Velléda de l’époque. »

L'examen de ses'autographes ne fut pas moins intéressant. Cette collection, commencée en 1839, avait une valeur exceptionnelle. C'était la plus importante peutêtre de l’Europe — de vraies reliques historiques et littéraires! Elle touchait à tout et à tous. Savants, peintres, musiciens, inventeurs, grands capitaines, rénovateurs de lettres et penseurs répandant des idées nouvelles. Fillon ne se bornait pas aux illustrations nationales : — « Je suis de ceux, m'écrivait-il un jour, qui regardent les grands hommes comme appartenant au genre humain tout entier. »

Il avait voulu donner à sa collection un attrait tout particulier en recherchant les pièces pourvues de leur … cachet. Ces empreintes révèlent souvent, en effet, par leurs devises ou par leurs emblèmes, les aspirations intimes de ceux qui en font usage. C’est ainsi que son cabinet renfermait les curieux cachets du Titien, de Bossuet, de Linné, de Schiller, d'Olivier Cromwell et de Me Roland. Il avait tenu également à joindre un portrait aux autographes, mais il voulait une image

vraie et le portrait commun était repoussé, mème s’il s'agissait d’une belle gravure et d'un premier état. — « Il me faut la reproduction fidèle des traits de l'homme, » disait-il.

Fillon plaçait aussi dans ses dossiers d'autographes, lorsqu'il le pouvait, un dessin original, si c'était un artiste, un document spécial, s’il s'agissait d’un écrivain. Ainsi, il avait mis à côté d’une lettre de Michel-Ange, un dessin de Saint-Pierre de Rome de 1545 ; — avec une lettre du Titien à Charles-Quint, lui annonçant que le portrait de feu Isabelle de Portugal est terminé, un dessin du temps, d’après ce portrait; — avec Claude Lorrain, son Bouvier ; — avec Jacques Callot, ses Supplices ; — avec Nicolas Poussin, le frontispice composé par lui pour une édition d'Horace ; — avec Louis David, une étude au crayon noir pour le Zrulus, accompagnant la missive où il était question de ce tableau ; — avec Prudhon, la République Française protégeant le génie des Arts, dessin de l'en-tête des Zrevels d'Invention ; — avec Ingres, la gravure de la Sératonice, sujet de la lettre.

Les autographes le passionnaient beaucoup. Il dut s'en séparer dans la crainte de leur donner peut-être trop de sa vie. Ces visites à Fillon m'ont laissé des souvenirs vers lesquels je me reporte souvent. Je sortais de chez lui sachant toujours quelque chose de plus.

Fillon luttait depuis très longtemps contre un terrible cancer à l'estomac. Ràblé, très brun, de taille moyenne, les traits accusés, la voix bien timbrée et un peu narquoise ; bâti à « chaux et à sable, » descendant de cette forte race des Vendéens du Bocage, il paraissait devoir vivre cent ans. — Il est mort l’année dernière, le 23 mai 1881, à l’âge de soixante-deux ans, dans son hospitalière demeure de Lacourt de Saint-Cyr-en-Tal-

mondais. Il avait légué ce qui lui appartenait à sa belle-sœur, M'e Gabrielle Fillon ; mais il laissait une situation obérée. La succession ne fut acceptée que sous bénéfice d'inventaire et son fidèle compagnon d'étude et de travail, Dugast-Matiffeux, dut procéder à la vente à l’amiable.

Un groupe de grands seigneurs et de marchands auxquels on pourrait presque donner une raison sociale : la Béraudière et Ci, après avoir tourné autour de l’héritage, acheta le tout pour une somme de cent soixante mille francs.

C'était une spéculation. Déjà nous en avons dévoilé le dessous. Les associés ont-ils fait une bonne affaire ? Ils n’ont pas épargné la réclame. La collection a été soumise à Londres à l’examen des amateurs anglais. On va maintenant disperser à l'hôtel Drouot, pour le compte des acquéreurs, ce musée resplendissant de tous les trésors des siècles passés. Le catalogue a été dressé par les soins des experts les plus autorisés : MM. E, Féral, Ch. Mannheim, Rollin et Feuardent, Danlos et Delisle. M. Maurice Tourneux, un écrivain de talent, a été chargé de rédiger la préface des richesses de celui « en qui il voyait un maître et qui lui permettait de l'appeler son ami. » M° Paul Chevallier tiendra le marteau.

Les clou ont dans leur ensemble une physionomie comme l’homme. Celle de Fillon montre surtout qu'il aimait le grand art. Aussi n’avait-il que de beaux spécimens. Dans ces belles médailles italiennes du xv° et du xvi° siècle qui avaient servi de débuts à ses études, il ne possédait que des pièces hors ligne. La qualité l'emporte sur le nombre. Il avait deux types admirables de Pisanello : Léonce d'Æsle, seigneur de Ferrare (1441- 1430) et Sigismond Pandolphe Malatesta, seigneur de

\imini (1432-1468). De même pour la Renaissance frän-

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çaise, rien que de magnifiques exemplaires : Philippe le Beau et Marguerite de Valois, Louis XII et Anne de Bretagne, médaïle frappée à Lyon lors de leur passage. Le roi est représenté couvert d'un mortier, orné d’une couronne de lis ; sa femme coiffée d’un voile supportant une couronne royale.

Splendide surtout la médaille que Charles VII fit frapper après l'expulsion des Anglais du territoire, où il paraît, à cheval, armé de pied en cap, coiffé d’une armure fermée, et vêtu, lui et son coursier, du blason de France. On ne connaît que deux exemplaires en or de cette pièce: celui-là, donné par Louis XIV à la famille de Cotte, et sorti des vitrines de Thomas de Londres pour passer dans celles de Fillon, et l’autre, actuellement conservé au cabinet de France.

Parmi les objets de haute curiosité, il faut citer :

Un bronze antique, un acteur romain, type trapu, camard et narquois, qui semble révéler un ancêtre de Sancho Pança.

Une anse de vase en bronze, sans platine, inerustée d'argent, des premiers temps de l'empire, que son propriétaire a décrite ainsi dans la Guzette des beaux-arts :

« La Gaule dans l’attitude de la douleur, tandis que ses fils se préparent à défendre leurs dernières places fortes. Derrière elle, deux guerriers, le corps couvert des braies nationales, semblent déjà vaincus. Un autre, chargé d'armes et de boucliers, s'apprête à la retraite. »

Pièce rarissime, comme toutes celles où figurent les scènes de la conquête des Gaules.

Un poignard gaulois, peut-être le plus beau qui existe. La lame est damasquinée, ornée de graphites et entourée de plusieurs rainures s’amincissant 3 à le tranchant. #3 Une vierge processionnelle en ivoire, de l’abbaye d'Ourscamp, près de Noyon, sculptée sous le règne de

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12 LHUTEL BROUUT ET LA CORNE EN te

Puilpp--Auenste, provenant de ka collection de Geurges Combrouse — ka perie de Le vente!

Un plat de Bernard Palissy, bien connu sous le nom ée Génies ds La Paix. au revers jaspe de bleu, de brun ei de vert, aux figures exécutées ea rehef.

Qu<iques bonnes monnaies - on æluis d'or, un écu à k croistie de Françus FF, un Franc à pied de Charkes V. un sou d'or de Théodobert, un autre de Louis k Débonpaire, un jeton de Marie Stuart, le pied-fort du izcion de Charles IX et celui du quart d'écü de Sully, tous deux à fleur de coin.

Fillon était un austre républicain. Sa série de portrait: renferme quelques-uns de ses types préférés Le buste en isrre cuite de Maximilien-Marie-Ksidere de Robespierre, tte nue, cheveux rejetés en arrière,

jabot plissé et frac du temps. — Le buste en bronze de

Honoré-Gabri-k-Riquetti Mirabeau et celui de Voltaire, par Cyffé, en terre de Lunéville, sur un socle orné de fesitons de lauriers. — Les bustes en biscuit de Napoléon Bonaparte, général en chef de l’armée d'Italie, tête nue, cheveux plats, col de chemise rabattu, cravate haute, montre, habit 6. — De Lazare Hoche, général en chef de l’armée de Sambre-et-Meuse, en costume de général, avec le catogan et le cou enfoncé dans la cravate.

La collection contient, en outre, de nombreuses es-

tampes sur la Révolution, qui ont dû troubler plus d'une

fois le sommeil de MM. de Liesville ou de Victorien -

Sardou et qui iront, nous l’espérons, au musée Carnavalet. L'art brutal de la première Révolution avec son patriotisme féroce avait un attrait tout particulier, de rareté sans doute, pour M. Fillon. — Dans sa collec-

tion d’estampes de nombreuses pièces sont de cette.

époque

Le Portrait de Louis XVI reposant sur un socleavee

la légende : Zouis le Faux. À gauche, le Père Duchesne ; à droite, Jean Bart, avec cette inscription : Tout homme qui ne lient pas sa parole, foutre, c'est un jean-foutre. Louis XVI venait alors d’être arrêté à Varennes.

Louis XVI, coiffé du bonnet, jouant au piquet avec un homme du peuple et cette inscription : J'ai écarté les cœurs. Il a les piques et je suis capet.

Les Animaux rares où la Translation de la Ménagerie au Temple, le 20 août 1792. Marie-Antoinette est représentée sous la forme d’une louve. Louis XVI sous celle d’un dindon et la famille royale sous celle de louveteaux.

Une pièce colorée gravée à l’eau-forte : Za Grande Armée du ci-devant prince de Condé. Ce dernier, dans son boudoir au château de Worms, passe en revue l’armée formidable qui lui a été envoyée de Strasbourg par la diligence : ce sont des soldats de plomb que M'e de Condé tire d’une caisse et que le duc d'Enghien range en bataille.

N'oublions pas une série de portraits, presque tous exposés au Palais du Trocadéro, en 1878 : René de Cumont, par Dumoustier, Antoine Cornelissen, par Van Dyck; de Tulou, le célèbre flûtiste, par Isabey; de Gi/bert de Montauban, par Ingres, et celui de Zouis X7 sculpté sur pierre de touche en 1464, par Laurana, pour servir de modèle au médaillon de bronze du même prince, mais de moindre dimension, qu’on possède de sa main, et un fort beau dessin à la sanguine: {4 Mort de Sénèque, par Eustache Lesueur, qui a passé des mains du prince de Conti dans celles de Jéan-Jacques Rousseau et que le philosophe offrit au comte d’Antraigues, le mari de la Saint-Huberty, en lui disant : Ce dessin pourrait me donner envie d'en posséder d'autres, ce qui augmenterail mes besoins.

Et pour finir, à noter une chose curieuse, un dessin religieux à la plume et à la sépia, par Boucher : Dieu le Père recevant dans ses bras son fils mort. Ce n'est pas l'ordinaire du peintre des amoureuses pastorales du xvi siècle do sosse ses donzelles pour qu'elles soient d'un ragoût superfin.

lon a dit quelque part : il dé-

je ia ed les

Les chercheurs de curiosités historiques. — La dent de Newton. — Le couteau de Ravaillac, gardé par le duc de la Force. — La vente de M. Z. au Palace-Theatre, — Le couplet de la pâte tendre. — La papillonne du bric-à-brac.— Langage des mobiliers.— Tout à l'amour.

Paris, 26 mars.

La collection a ses maniaques, j'allais dire ses grotesques.

A ceux-là, un objet d'art ne dit rien par lui-même. Un beau livre les laisse froids ; ils regardent le plus beau tableau avec indifférence; mais l’objet dont se servait un grand homme les met tout de suite en émoi.

Bien qu’il soit à peu près prouvé que Diogène dut boire dans le creux de sa main, si on faisait passer en vente son écuelle, on ne sait vraiment quel prix elle pourrait atteindre.

L'acteur tragique Œsopus, un Grec venu à Rome pour exercer sa profession, se servait d'un plat en faïence qui lui avait coûté cent mille sesterces, environ 21,000 francs. Manger dans le plat d'ŒÆsopus séduirait bien des gens. Il se vendrait dix fois plus aujourd’hui.

Le fauteuil en ivoire sur lequel Gustave Wasa reposait son illustre mappemonde a été adjugé, en 1825, la faible somme de 125,000 francs, au chambellan suédois, M. Schinckel.

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La clochette d'argent de la collection Walpoole, avec laquelle le pape Clément VII avait coutume de maudire

les chenilles, ainsi que le fort les évêques du Canada excommuniant les à cause de leurs dégats dans les plantati trouvé preneur pour 6,500 fr.

E faut dire qu'elle passait pour avoir été ciselée par Benvenuto Cellini.

Une dent de Newton a été achetée, en 1816, pour la somme de 17,000 francs, par lord Schwaterbury, qui en fit le chaton de sa bague.

Les Anglais ont surtout ces fantaisies. Dans leurs venies, il y a toujours le chapitre des curiasifés Aisto- Tiques.

M. Alex. Lenoir raconte qu'un insulaire de la Grande- Bretagne offrit jusqu'à 100,000 francs d'une dent d'Héloïse, lorsqu'on transporta les restes de l'amante d'Abeilard au musée des Petits Augustins.

NL s'est trouvé, à la vente Strawberry-Hill, un amateur pour réclamer à six livres sterling le fourreau en étaille dans lequel le célèbre amiral Tromp renfermait ses pipes lorsqu'il était en mer.

A la même vente, on s’est disputé jusqu'à 75 francs une boucle de cheveux de Marie Tudor, coupée sur sa tête à l'ouverture de sa tombe, en 1784.

La bassinoire de Charles EF, qui Sp ment pour le lit de ses maitresses, avecunei « Sers Dies ef vis à jamais », a éié enlevée à la pointe des livres sterling.

Dès 1836, un inconnu, au dire de Gabriel Peignot, achetait 500 franes la canne de Voltaire qui, stérilejus

que-là, n'a cessé depuis de donner les preuves d'une

fecondité devenue proverbiale.

lan sera de mème probablement de la canne de Bslzac. que possède le bibliophile Jacob — aies Paul Lacroix. Précieux bijou incrusté d'or et de pierres

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