‹ L'Hôtel Drouot en (volume 3)Chapitre 30 sur 85 · PU PONT PU NT AT · texte numérisé non relu

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rieur, que l’on confondait avec le goût des pompons, des diamants et du cavagnole.

On sait que Mme du Châtelet, trouvant son amant trop platonique, se laissa prendre d'assaut par le dragon Saint-Lambert, préférant :

A l’amour qu'on écrit celui qu'on n'écrit pas.

Voltaire, on le voit, ne tint pas rigueur à son ingrate maitresse; il fi même l’épitaphe suivante, du dernier galant, retrouvée dans ses poésies mêlées :

L'Univers a perdu la sublime Émilie!

Elle aima les plaisirs, les arts, la vérité.

Les dieux en lui donnant leur âme et leur génie N'avaient garcé pour eux que l’immortalité !

A ce dossier très rare était joint l’interrogatoire subi lors de son arrestation en 1717, au sujet des vers qu’on lui attribuait contre le Régent et la duchesse de Berry. Il déclare qu'on ne trouvera aucune pièce contre lui en ce qui concerne ses ouvrages, car il ne s'est fié qu’à ses véritables amis. Le rapport du juge, qui l’appelle Aroîs, s'achève ainsi :

Je luy demandays s'il n'avait rien dans ses papiers quy pu le convaincre; il me répondit que non; que heureusement pour luy l'exempt ne s’étoit point saisy de la culotte où il y avoit des vers

et des chansons; qu'il étoit monté au lieu (sic) ou il avait jetté les dit vers et chanssons.

Pas maladroit, M. Arrouet !

Et, pour finir: cette nomenclature, je livre aux biographes futurs la lettre suivante de la marquise de Pompadour, scellée d’un cachet à ses armes. Elle a encore trait à Voltaire,

Cette lettre, bien que très incorrecte de style, manque un peu trop de fautes d'orthographe. Puis Antoinette

Poisson n’a pas signé. Aussi je doutais de son authenticité, mais Eugène Charavay m'’ayant affirmé qu'elle était tout entière de la main de la marquise, recopiée peut-être seulement par elle, je m'incline et je la cite tout entière.

A Monsieur, Monsieur de Voltaire, historiografe de France, rue Traversière à Paris.

Vous me connaissez assès monsieur pour devoir estre persuadé du plaisir que j'auray à vous en faire. j'approuve fort le dessein que vous avez de détruire par une histoire vraye les infâmes mensonges du journal dent vous me parlez. S'il vous est possible de me l’envoyer, je vous en seray fort obligé. Vous ferez apparamment demander votre permission par M. de Maurepas. Je crois qu'elle ne souffrira pas de difficulté. Sy cela était avertissés moy je vous prie.

Adieu, monsieur, soyez bien convaincu que personne ne fait plus de cas du mérite et n’estime plus les grands hommes que moy, par conséquent Voltaire.

Fontainebleau, ce dimanche au soir.

Cette correspondance, qui contenait cent cinquante lettres, s’est vendue 2,875 francs.

Il ne passe pas souvent dans les ventes des documents aussi intéressants. Il s’écoulera sans doute du temps avant que pareille bonne fortune se présente pour les érudits et pour les biographes de Voltaire.

Bientôt aura lieu la vente Pochet-Deroche. Le libraire Antonin Chossonnery a vendu déjà, le 20 mars et jours suivants, les brochures de l’époque révolutionnaire.

Cette collection contient un recueil très important : les papiers de #rançois-Noël Babeuf, dit Gracchus, comprenant plus de six cents lettres ou minutes du farouche républicain, des manuscrits inédits et des lettres à sa femme, Victoire Lenglet.

L'HOTEL DROUOT ET LA CURIOSITE EN 1882 ES Trente-quatre lettres de Rowget de Lisle : Conseils

à Bonaparte. Explication de son vote con- | t à vie. Vingt-huit pièces de vers et mats précieux. L’Aurore d’un beau jour, — Othello,

tr d'Anjou, — Fierval, — Les Mœurs du xur siècle, — L'isle inhabitée.

. Nous ne connaissons guère de Rouget de Lisle que sa Marseillaise. — Avis aux biographes. Ils pourraient profiter de ces documents, au moment où on va lui dresser une statue.

Citons encore un exemplaire des Recherches physiques sur l'électricité, rempli de notes et changements de la main de l’auteur : /ean-Paul Marat!

Une vente sans expert! Cela est rare et mérite d'être raconté. M. X.. (lisez M. Brolles, ancien avoué, 23, rue du Cherche-Midi) avait une collection de tableaux. — « Vous possédez des merveilles, » lui disaiton. Vous réaliserez une fortune lorsque vous consentirez à vous en séparer. »

Cette tentation le prit un beau jour. Il courut chez un commissaire-priseur très en vogue, le priant de venir examiner ses toiles de grands maitres.

Exact au rendez-vous, le commissaire,

.- par l'odeur alléché,

après un rapide coup d'œil, lui déclara qu'il ne croyait pas pouvoir se charger de cette vente sans le concours d’un expert sérieux.

Un autre lui répondit qu'il n'y avait pas de salle de libre avant la fin de la saison. Près d’un troisième, il ne fut pas plus heureux.

Mais M. X... est tenace. Il prit le Bottin, parcourut toute la liste des commissaires-priseurs, et, en dernier lieu, il arriva chez M. Berthelin, qui connaissant l'af-

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186 L'HOTEL DROUOT ET LA CURIOSITÉ ENISS faire, comme ses confrères, refusa poliment, tement.

M. X.. ne se tint pas pour battu. Il s'a au parquet et demanda que l’on désignât d° vant la loi, quelqu'un pour sa vente, et que ce füt M. Berthelin.

Le procureur de la République rendit une ordonnance conforme aux désirs du demandeur, avec cette prescription toutefois qu'il serait fait aux Affiches et au Catalogue la mention suivante :

ra

Sans aucune garantie de la part du commissaire-priseur, quant à l'origine des œuvres mises en vente et à la vérité des attributions portées dans le catalogue, lesquelles ne peuvent engager que ls seule responsabilité du vendeur. Cette mention devra être reproduite sous forme d'avis à la mise en vente de chaque artiste.

Vous croyez peut-être que cela a dû faire réfléchir M. X.. Pas du tout. Le catalogue a été imprimé avec les réserves voulues, chez Claye, distribué à nombre d'exemplaires, et la vente annoncée pour le jeudi 6 avril, à la salle n° 3.

Par le ministère de Me E. Berthelin, commissaire-priseur, commis d'office à cet effet.

M. X... était triomphant. Il avait vaincu toutes les résistances. — 500 affiches placardées de tous côtés sollicitèrent immédiatement les grands amateurs :

18 TABLEAUX ANCIENS DEUX BUSTES EN MARBRE ET UNE STATUE EN BRONZE Visibles avant leur exposition à l'Hôtel des Ventes, Rue du Cherche-Midi, n° 23.

Rien que des chefs-d’œuvre, — d’après le vendeur. Trente tableaux décorés de noms splendides. Le petit catalogue fut distribué à tous les raffinés qui purent lire :

Dans l’école espagnole : un Murico, Saint François d'Assise.

Dans l’école flamande :

Un Van Dvyox, Antiope et Jupiter, avec cette légende sublime : Unique! La gravure seule existe à la Bibliothèque Nationale.

Trois RuBens, dont l’un, Une Sainte Famille, est sans contredit le tableau où le maître s'est le plus caractérisé. Il y a du Raphaël dans cette œuvre, ce qui fait supposer que Rubens l'a faite à son retour d'Italie.

Van Mieris. — Joseph et la femme de Putiphar.

Un Pauz Porrer. — Jeune taureau. Le catalogue annonçait timidement : On lit le nom de Potter, sans qu'il soi possible de reconnaître avant celui de Paulus.

Dans l’école italienne :

Quatre CorRÈGe : Zéda et le cygne. — Une Sainte en prière, avec cette précieuse remarque : Ze seul peintre qui ait su donner aux yeux baissés une expression aussi pénétrante que S'ils élaient levés vers le ciel. — Un Christ signé Lieto, nom dont se servait quelquefois Antonio Allegri. — Jo el Jupiter : sujet qui lui plaisait tout particulièrement.

Un Micuez-ANGE — Saint Jérôme (Inclinons-nous!). Il est des plus authentiques, car \ porte le monogramme de Michel-Ange : M-A-C-T entrelacés, que l'artiste a placé sur un tronc d'arbre qui n'est là que dans l'unique intention (sic) d'y apposer son chifre.

Un SÉBASTIEN DEL PiomBo. — Saint Pierre, portrait tout à fait remarquable.

Un RAPHAEL. — (Prosternons-nous !) Za Suinte Vierge et l'Enfant Jésus, signé R. S. V. Æ. XXX, ce qui

révèle que Raphaël avait trente ans et qu'il était dans toute la force de son talent. à

N'oublions pas LE PÉRUGIN et ANDREA VERROCHIO, et non plus une statue antique en bronze, Méléagre, pour laquelle l’auteur du livret — il en convient humblement — a dù s’arrêter devant les difficultés de l'attribution. Il s’est contenté de cette modeste désignation : Inconnu qui allait si bien avec tout le reste.

Vous devez bien aisément vous figurer l’épilogue de cette histoire.

Le grand jour arrive, le 6 avril. La scène se passe dans la salle n° 3, avec les Raphaël, les Murillo, les Paul Potter comme décor.

M° Berthelin, sa commission d'office entre les mains, est à son bureau.

M. X..., calme et impassible, occupe la place de l’expert. Les experts sont trop forts; impossible de rien acheter ni de rien vendre quand ils sont là. Aussi il opère lui-même sans expert, — tous les experts ayant refusé. La bourse des amateurs sera-t-elle assez garnie pour payer les chefs-d'œuvre qu'il va vendre ? Cela seul le préoccupe.

Autour de lui, une foule compacte, un peu railleuse, attirée par la nouveauté du fait.

Quelle fête pour les habitués!

Les grands maitres, apportés par les commissionnaires, défilent sur la mise à prix de vingt mille franes. La première enchère est à dix franes, et s'arrête là. Impossible de trouver dans la salle un amateur de cent écus. Les tableaux rentrent piteusement un à un dans le magasin.

A chaque fois, Me Berthelin rappelle au public que :

« L'exposition mettant les acquéreurs à même de se » rendre compte de l’état et de la nature des tableaux,

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» il ne sera admis aucune réclamation une fois l’adju- » dication prononcée. »

M. X. tient bon. Il reste imperturbable.

Mais, au huitième tableau, des protestations éclatent de tous les côtés à la fois. On fait un tapage infernal, Il faut en finir, à cause des apostrophes de la foule. Le Paris sceptique refusant décidément de se laisser convaincre, M° Berthelin prend le parti de lever la séance,

Moralité : quatre mille francs de frais.

On en parlera longtemps, et ce catalogue prendra place parmi les plus curieux de l’époque. Gardez-le, si vous l’avez, c’est uue rareté qui en vaut bien une autre.

Vous le voyez, l'hôtel Drouot est une galerie d’originaux où il y a quelquefois de bons portraits à décrocher. Mais il n’est pas impossible qu'on entende reparler de ces tableaux avant peu. Cet échec, nous en sommes convaincu, n’a troublé en aucune sorte la foi robuste du propriétaire.

Cela nous rappelle la mystification des cinq faux Raphaël, vendus, en 1863, cent francs en moyenne, par l'abbé Nicolle et par mademoiselle Elisa, sa sœur, vente qui a été si spirituellement racontée dans Ze Cabinet de l’'Amateur.

Vu,au milieu de nombreuses étoffes, une tapisserie fort belle, — un vrai tableau que Van Eyck aurait pu signer : Ze Bapléme du Christ par saint Jean (À).

Les belles tapisseries de cette époque sont rares. Celle-là, bien conservée de couleurs, était hors ligne, avec ses rehauts tissés d’or et d'argent. La navette avait égalé le pinceau. Dans un paysage traversé d’un cours d'eau, le Christ nu, dans l’eau jusqu’à mi-jambes, reçoit le baptème de saint Jean. A côté de lui, un ange;

(1) Vendu par Charles Mannheim, 13,000 francs.

autour, des personnages graves, aux gestes sobres, revêtus de riches costumes de la fin du xv° siècle; au sommet, dans les nuages, la vision du Père Éternel entouré d'une auréole lumineuse et rayonnante; au-dessous, le Saint-Esprit, symbolisé par la colombe; ajoutez une singulière harmonie dans les teintes, et, ce qui ne gâte rien, un délicieux encadrement de fleurs et d'oiseaux se mélangeant ensemble dans un motif harmonieux.

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Le bibliophile Saint-Victor, tour à tour gourmand et gourmet de livres. — Vadé et Rétif : honny soit qui bien en pense. — Paul Lacroix malmené par Saint-Victor. — La clémence de la reine Christine. — Éditions originales, — Les envois des auteurs contemporains. — Son ex libris.

Paris, 40 avril.

E' 40 nominor Porquel! Une vente du libraire Por-

quet, ce n’est pas rien! surtout lorsqu'il s’agit des livres

du regretlé Paul de Saint-Victor.

Cette bibliothèque comptait plus de douze mille volumes, livres d'étude pour la plupart, ne méritant pas un catalogue descriptif où chaque article doit avoir une valeur capable de supporter les frais très élevés d’une vente publique.

Aussi, avec un tact parfait, on a fait deux parts de ces livres. La plus grosse a été vendue par lots à la rue des Bons-Enfants, il y a quelques mois. La seconde le sera en détail du 11 au 15 avril par le ministère, — pacifique et immuable celui-là, — de Paul Chevallier.

Dévoré par un vif désir de s'instruire, Saint-Victor acheta d’abord les livres en gourmand; mais il reconnut bien vite qu'en toutes choses l'excès est un vice. Bourré d’érudition, son goût s’épura. La qualité vint remplacer la quantité, et il passa dans la catégorie des gourmets, Sans cependant admettre l’exclusivisme de certains délicats qui, poussant les choses à l'extrême,

ne veulent que des exemplaires haut cotés à la Bourse littéraire.

Cependant, le vulgaire lui faisait horreur. D'après Paul Lacroix, le langage des halles répugnait à ce lettré auquel Vadé était odieux. Il ne voulait pas de ce « Catéchisme poissard » arrangé pour distraire dans les heures de désœuvrement les belles ennuyées de Versailles. Soutenir le contraire était une hérésie formidable; cela le faisait bondir.

Pétif de La Bretonne, souvent plus naturaliste que Lola, passait à ses yeux pour un pornographe sans valeur, écrivant le français comme un rumipant des Castilles. Il n’accordait le bénéfice des circonstances alténuantes au Paysan perverti qu'à cause des gracieuses illustrations de Binet.

Son ami, le bibliophile Jacob, cet esprit si distingué qui a écrit la préface de son catalogue, nous révèle qu'il était traité par lui « comme un fantaisiste capricieux, sans passion en fait d'art et de littérature, » parce qu’il prétendait aimer sans parti pris tout ce qui était curieux.

« ]l en est des livres comme des hommes, lui disait- » il. Beaucoup me sont indifférents et j'en sais bon » nombre tout à fait haïssables. »

« Pourquoi, lui confiait-il aussi, un jour, ne voit-on » plus de classiques grecs et latins dans les biblio- » thèques? On peut donc avoir fait ses études et se » passer ensuite d’un Homère et d’un Virgile? On ne » sait pas écrire en français, si on a oublié la langue » d'Horace et de Cicéron. »

Aussi avait-il toutes les éditions Variorum des grands écrivains de l'antiquité, et, comme il était très instruit, il lisait sans cesse dans leur langue, apprise par lui au début de sa vie, au collège de Rome, les grands poètesitaliens : le Dante, Pétrarque, l'Arioste.

Cependant, il y a dans cette bibliothèque peu delivres annotés. Gela surprend, et, comme don César s'adressant à don Salluste, on peut dire :

Pour un homme d'esprit, vraiment vous m'étonnez.

Le véritable bibliophile aime, sur ses auteurs favoris, à transcrire ses impressions immédiates. Racine couvrait de notes latines les marges des principaux poètes de l’antiquité. Christine de Suède avait aussi cette habi-

tude. On possède à Rome un Quinte-Curce sur lequelelle

juge la conduite d'Alexandre. Ici : — « Il a mal raisonné dans cette circonstance. Là : — J'aurais fait, moi, tout le contraire. Plus loin : — J'aurais usé de clémence. » (Comme pour Monaldeschi peut-être, qu’elle fit périr impitoyablement à Fontainebleau.)

Charles Nodier, qui annotait sans cesse, voulut même en faire une spéculation. Il imagina d'acheter des livres et d'y mettre à la hâte des notes pour les besoins de la cause. La vente fut loin d’avoir les résultats qu'il s'était promis.

Revenons au comte Paul de Saint-Victor — car il était comte. Comme Jules Janin, il aimait passionnément les impressions de luxe, les éditions originales, les tirages sur papier de Chine, du Japon, de Hollande ou de Wathman bleuté, les jolis volumes à eaux-fortes, les épreuves d'artiste non mis dans le commerce ; mais il avait peu de raretés des siècles passés, presque pas de ces livres splendidement habillés avec ces peaux de maroquin venues, sous Louis XIV, comme tribut de guerre, des Etats barbaresques.

Cette bibliothèque contient surtout les beaux livres tirés à petit nombre et parus depuis 1850. On y rencontre toutes les charmantes réimpressions de Jouaust, d'Hetzel et de Quantin. Avec quelle satisfaction, sans doute, en rédigeant ce catalogue, le libraire Porquet

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a-t-il écrit, maintes et maintes fois, au bas de chaque description, cette mention honorable pour le numéro :

« Un des vingt-cinq exemplaires tirés sur chine. »

Du reste, de tous côtés, on le pourvoyait largement. Éditeurs et auteurs lui envoyaient à l’envi le dessus du panier. Chacun adressait au feuilletoniste son livre, avec prière d'en parler. Aussi, il n’y a pas à en douter, toutes les apostilles sont vraies et beaucoup sont curieuses. Elles ne sont pas comme celles illustrant les livres de certains amateurs inutiles à nommer et qui, oubliés par les auteurs dans leurs envois, ont composé eux-mêmes les dédicaces d'ouvrages achetés par eux chez les libraires.

Paul Mantz lui a envoyé : Æans Holbein, publié par A. Quantin, 1879; François Boucher, Lemoine et Natoire, 1880, avec des épreuves en double état : avant la lettre sur japon et avec la lettre sur papier blanc.

Philippe Burty : Zes lettres d'Eugène Delacroix, sur hollande. Quantin, 1878.

Alfred Sensier : Ætudes sur Georges Michel, avec seize eaux-fortes. (Lemerre, 1873.) — L'œuvrede J.-F. Millet, sur hollande. (A. Quantin, 1881.)

Charles Baudelaire : Les fleurs du mal, en grand papier (Poulet-Malassis, 1857), et leur réimpression en 1861. — Zes Paradis artificiels, 1860.

Sully-Prudhomme : Poésies, 1872-1879.

Arsène Houssaye : Zes cent el un sonnets. (Jules Maury et Cie.)

Paul Arène : Zes Contes de Noël. (Charpentier, 1880.)

Léon Cladel : Zes Va-nu-pieds. (Lesclide, 1874.)

Alphonse Daudet: Zettres de mon moulin. (Lemerre, 1879.)

Ch. Cousin : Voyage dans un grenier. (Morgand et Fatou, 1878.)

3. Barbey d’Aurevilly : 24 dandysme et de G. Brummel, avec cette mention : À mon spiriluel et éblouissant ami, Paul de Saint- Victor.

Edouard Fournier, ses curieux livres : Ze Théâtre avant la Renaissance (1450-1550). — Ze Théâtre francais au xN1° el XVIN° siecle.

Jules Claretie : Aolière, sa vie et ses œuvres ; paru chez Lemerre en 1873.

Sainte-Beuve : Port-Royal. (Hachette, 1860.)

Lamartine : Zes Confidences. (Perrotin, 1849.)

J.-M. de Hérédia: sa traduction de Za Véridique, histoire de la conquête de la nouvelle Espagne. (Lemerre, 1877.)

Maxime Lalanne : Zraité de gravure à l’eau-forte. Cadart, 1866.)

Charles Ephrussi : Zes Bains-de-femmes d'Albert Durer. (Jouaust, 1881.)

Prosper Mérimée rétablit pour lui, au crayon, les noms supprimés dans H. B. (Henri Beyle) sans lieu, ni date.

Edmond et Jules de Goncourt, ses amis fidèles, n'ont jamais oublié de mettre un mot à son adresse sur leurs meilleurs ouvrages : L'Art au dix-huilième siècle. — Une voiture de masques. (Dentu, 1856.) — Sœur Philomène. (Bourdillat, 1861.) — Renée Mauperin. (Charpentier, 1864.) — Germinie Lacerteux. (Lemerre, 1876.) — (favarni. (Plon, 1873.) — Zes Maîtresses de Louis XIV. (Didot, 1860.) Souvent même ils lui dédient leurs livres comme : Za Femme au xvim° siècle.

Gustave Flaubert, tous ses livres : Wadame Bovary ; 1857. — Salammb ; 1863. — Histoire d'un jeune homme. (Lévy, 1870.) — Za tentation de saint Antoine. (Charpentier, 1874.)

L'éditeur Jouaust a recommandé également ses publications par les envois du Théâtre complet de Beaumarchais. — Zes quatre livres de François Rabelais ; Manon-Lescaut ; 1867. — Candide de Voltaire; 1867. — Les Lettres persanes ; 1879.

J. Claye en a agi demême pour Zugène Delacroix, 1865, et Ludovic Baschet a fait tirer trois exemplaires à part, avec double collection d’eaux-fortes de son Salon illustré de 1879 et il en a offert un À Monsieur le Comte Paul de Saint- Victor.

Au xx° siècle, l’ex-libris de Paul de Saint-Victor, deux masques grecs adossés l’un à l'autre, emblème de ses préférences littéraires et artistiques, fera rechercher ces volumes comme ceux qui portent sur leur couverture les armes du comte d'Hoymes, du due de La Vallière et de la comtesse de Verrue.

Soyez-en convaincus, ces livres, dont l'encre est à peine sèche pour quelques-uns, resteront (1).

(1) Cette vente a produit 38,040 francs. Voici quelques-unes des enchères les plus intéressantes :

Œuvres complètes de Dorat, contenant les Baisers avec les figures d’Eisen, 18 vol. in-80, 245 fr. — Cutalogue des objets d’art et tableaux du palais de San-Donato, 2 vol., 78 fr. — Les gemmes et joyaux de la Couronne, par H. Barbet de Jouy, 1865. 1 vol. in-fo, 315 fr. — La céramique japonaise, par Andsley et L. Bowes, 1 vol. in-fo, 210 fr. — Oraison funèbre du grand Condé, par J.-B. Bossuet, 1879, exempl. sur papier du Japon, « imprimé pour M. P. de Saint-Victor », 112 fr. — Choix de chansons, mises en musiques par M. de La Borde, orné d’estampes par J.-M. Moreau, 1773, 4 tomes en 2 vol. grand in-80, 1,060 fr. — Æ#. Petrarcha con l’esposione d'Alexandro Villutelo di novo ristampato con le figure di triomphi. 1547, in-40, figures sur bois, 212 fr. — Les Contemporaines, par Restif de La Bretonne, 1781-85, 42 vol. in-12, 205 fr. — Madame Bovary, par Gustave Flaubert, 1857, exemplaire en grand papier, 250 fr. — Salammbé, par Gustave Flaubert, 1862, édition originale sur papier de Hollande avec envoi autographe, 126 fr. — Les Contes drolatiques, par H. de Balzac, avec 425 dessins par Gustave Doré, exemplaire très rare, sur papier de Chine, du premier tirage, 1,525 fr. — Les Contes du temps passé, par Ch. Perrault, 1843, édition Curmer, 365 fr. — #ables choisies de La Fontaine, 1755-59, 4 vol. in-f°, figure d'Oudry, veau écaille, 275 fr. — Fables de La Fontaine, avec les dessins de Gustave Doré, 102 fr. — Contes et nouvelles en vers, par M. de La Fontaiñe, édition des Fermiers généraux, 705 fr. — Histoire des

peintres de toutes les écoles, par Ch. Blanc, 13 vol. in-40, demi-rel. maroq. rouge, 320 fr. — L'Art au dix-huilième siècle, par Edouard et Jules de Goncourt, 345 fr. — François Boucher, par Paul Mantz, 100 fr. — Musée du Louvre, par le comte de Clarac, 184-1853, 6 vol., 170 fr. — Les chefsd'œuvre d'art au Luxembourg, sous la direction de M. E. Montrosier, exemplaire sur papier du Japon, 120 fr. — Le livre d'heures d'Anne de Bretagne, 620 fr. — La collection de la Gazette des Beaux-Arts, 1859-1881, 600 fr. — La Caricature, 500 fr. — Les caprices. Àe Gova, 89 fr. — La Tauromachie, du même, 100 fr.

Le Marhusalem des animaliers : Eugène Verboceckoven. — Printemps en zinc. Été en fer blanc. — Le prix courant des moutons de Verboeckoven. — Un fabricant de tableaux à la douzaine. — M. Dubrunfaut, l’auteur de la Longévité humaine, payant son tribut prématurément. — Une belle vente d'autographes en perspective.

ds Paris, 20 avril.

Je viens d'ouvrir une charmante notice renfermant une gracieuse invitation pour visiter l'exposition particulière du peintre Eugène Verboeckoven, enlevé l’année dernière à ses nombreux amis. Sur la couverture rose, un dessin représente des moutons endormis, tandis que d’autres, bien sages, paissent auprès d’un buisson, à côté de poules qui picorent. Dans l’intérieur du livret se trouve une nomenclature des œuvres, au nombre de deux cent cinquante, devant passer en vente le 22 avril prochain. Contrairement à ses habitudes, Georges Petit n’a point écrit de préface pour la circonstance, et cependant il y avait beaucoup à dire du vieil animalier mort debout, dans son atelier, une palette à la main, au mois de février de l’année dernière.

Ces animaliers — puisque ce barbarisme est consacré par l’usage — forment un groupe puissant aujourd'hui. Il faut compter avec eux, depuis que, sur l'invitation pressante de Jules Claretie dans l’une de ses chroniques du Z'emps, ils ont formé une société. Comme les aquarellistes, ils -auront aussi leur Exposition annuelle dans

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le local ordinaire de leurs réunions, rue du Faubourg- Saint-Honoré. Ce sera une véritable foire agréable à contempler avec la variété des goûts de chacun. Charles Jacque, le président, aime les moutons; Vuillefroy, les vaches; Schenck, les oies; Veyrassat, les chevaux ; Jadin, les chiens; John Lewis Brown, les chevaux; Eugène Lambert, les chats spirituels; Brissot de Warville, les brebis et peut-être aussi les bergères. Ils nous feront certainement regarder les bêtes dans leurs tableaux, beaucoup plus peut-être que nous ne le faisons tous les jours dans la nature.

Verboeckoven était certainement le Mathusalem du paysage avec des animaux. Depuis des années il peignait, non des pastorales du bon vieux temps avec les bergers à houlettes de Florian, mais des paysages vrais ; on n’y voyait point Estelle et Némorin; il n'y avait rien qui rappelât Boucher. Bien que très en retard sur ses contemporains, il appartenait cependant à l’école moderne.

Le plus souvent, les arbres se découpaientavec leurs feuillages persillés sur un ciel aux taches sombres, grosses de giboulées, tandis qu'insouciante de la pluie qui se préparait, la prairie conservait son aspect vert lustré par la lumière éclatante du soleil, juin en bas, mars en haut.

Printemps en zinc! été en fer blanc! dit Victor Champier dans son Année artistique, à qui nous empruntons ces détails, avez-vous souvent refleuri, si c’est là refleurir, sous les petits crins aigus de sa brosse auprès de laquelle le chiendent eût paru tendre ! Verboeckoven recommença ainsi éternellement la même chose, ne se lassant pas plus qu'il ne lassait ses collectionneurs. C'est qu'il était une mécanique exacte, pieuse, accomplissant comme un mouvement d’horlogerie une besogne connue.

Il ne laissera certainement pas la réputation de Brat cassat pour les taureaux, de Courbet pour les cerfs, m celle de Troyon pour les vaches. Il sera encore moins à la hauteur de Paul Potter. Travaillant avec une extrême facilité, il produisait beaucoup sans peine, avec patience et avec calme, le sang toujours à la même température. Il aurait pu commencer un tableau par n'importe quel bout, comme Henri Pille, et l’achever sans se tromper. Malgré tout, ce n’était pas le premier venu parmi les artistes belges. Il y avait dans ses tableaux un charme qui ne saurait se définir, ce qu’on a appelé le 7e ne sais quoi.

C'est un tort d’avoir dit qu'il ne peignait jamais que des moutons aux laines frisottées et qu’il n'avait dans la tête qu'un idéal sentimental, une sorte de petit agneau pascal au blanc immaculé. Naïf et sincère, il avait pour le broutement de la brebis et le bêlement du mouton une affection toute particulière; mais, comme il est facile de le reconnaître en parcourant le catalogue de ses tableaux, de ses études et de ses dessins, cet ami de Stevens avait encore parmi ses ouailles bienaimées, comme dans ces petits livres de lecture destinés aux petits enfants, toutes ces bonnes bêtes utiles aux peintres, les vaches qui mugissent, les ânes qui braient, les chevaux qui hennissent, les chevreuils qui pleurent, les pores qui grognent, les dindons qui gloussent, les chats qui miaulent, les chiens qui abcient, les coqs qui chantent, les pigeons qui roucoulent, les pies qui jacassent et les veaux qui tettent.

Finissons par deux anecdotes sur lui, racontées croyons-nous, par M. Camille Lemonnier dans l’excellente Revue des Beaux-Arts de M. Champier, ex France et à l'étranger, au chapitre de la nécrologie belge :

Ce peintre médiocre était un très honnête homme en affaires : il‘avait pour chaque chose des tarifs dont il

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ne se départait jamais, et ses toiles se vendaient à tant la tête de bétail.

Un jour, un Américain pénètre dans son atelier et s’extasie sur un tableau fraichement terminé.

— Combien ?.…

— Douze cents.

— Ce tableau m’appartient, monsieur Verboeckoven, je le prends.

Le peintre lisse du bout de son pinceau sa plus belle signature ; mais, au moment d'emporter le panneau, l'amateur se ravise :

— Je pars pour Paris et vous le prendrai en repassant. Veuillez me le garder.

— À votre aise.

Ainsi dit. Ainsi fait. Au bout de quinze jours l’Américain repassa et trouva sur le chevalet un petit panneau en tous points pareil à celui qu'il avait acheté.

— Charmant! Voyons, cédez-le-moi; ce sera un pendant au mien.

— Prenez-le..… Mais je vous préviens que c’est 1,300.

— Cependant, l’autre.

— Sans doute, mais ici 27 y a un agneau de plus.

L'Américain résistait; le peintre de son côté tenait bon. A la fin il eut pourtant un beau mouvement.

— Allons... Prenez.

Ce disant, il empoigne un chiffon, le plonge dans l'essence et d'un coup efface le petit agneau qu'il y avait en plus.

L’Américain en eut pour son argent et emporta les deux tableautins.

Verboeckoven a laissé un œuvre considérable — par la quantité.

Un de ses marchands, pressé de demandes, s’en vint le trouver un vendredi.

— Il me faut trois tableaux pour lundi. Vous savez, la vache et les deux moutons... Puis-je y compter ?

— Impossible, cher ami...

— Comment, impossible ? ? Mais vous me faites perdre use belle affaire.

— Je le regrette, mais impossible !

— Voyons, voyons... Trois tableaux ne sont pas la mer à boire. pour vous surtout.

— Eh bien, tenez, je suis bon enfant... Revenez mercredi, VOUS en aurez Six.

Tout le talent de Verboeckoven était là.

Encore une belle vente d'autographes en perspective! Celle de M. Dubrunfaut, ce savant modeste, ce chimiste distingué auquel l'industrie des sucres et des alcools est redevable de précieuses découvertes.

Né à Lille, en 1797, d’une santé robuste et d'une vive intelligence, M. Dubrunfaut est mort l’année dernière, asphyxié, pendant une nuit, par les émanations délétères échappées d'un poêle de chambre. Il allait com-

mencer la publication d’un traité sur la Zongévité

humaine, dans lequel il devait expliquer les causes de sa verte vieillesse.

Sa collection, commencée seulement en 1857, se compose d'environ cinquante mille pièces. C'était la plus belle connue. Les cabinets Boilly, Rothery, Sencier et

Chambry lui avaient fourni le dessus du panier. Elle

comprend une centaine de lettres de Voltaire; une correspondance inédite de J.-B. Rousseau, achetée à la vente Solar ; une série presque complète des conventionnels ; les manuscrits de Mirabeau, provenant de la

LE

vente Lucas de Montigny ; les lettres de Boileau adres-

sées à Brossette.

Les rarefés de premier ordre abondent dans ces car- -

Le cabinet Baylé. — La Clairon sur le retour. — L'ennui couchant seul avec M=e Denis. — Chagrin d'amour de Mme de La Popelinière. — Opinion de Mirabeau sur les capucins. — Les épigrammes de Piron. — Les livres de la marquise de Simiane. — La céramique italienne. — Les majoliques du comte Maflei. — Maestro Georgio Andreoli. — Les burgraves du xvesiècle. — Le graveur Léopold Flameng voulant assister vivant à sa vente.

Paris, 235 avril.

Il y a toujours des choses intéressantes à glaner dans ces collections d’autographes. Avec les pièces curieuses qui passent en vente chaque année, on ferait un livre des plus curieux.

Le cabinet de M. Baylé, suivant le terme consacré. qui sera dispersé prochainement, a, lui aussi, quelques documents précieux.

Bien certainement il ne s'y trouve pas la table de” logarithmes, autographe de Tycho-Brahé, qui est © Prague; ni le sermon écrit de la main de Calvin, que possède Genève ; non plus le plan de l'ile d’Elbe tratt par la main de l'empereur, trouvé par M. Dubrunfaut et encore moins la requête de l'abbé Edgeworth deman: dant les différents objets du culte nécessaires pour dir la dernière messe de Louis XVI, qui était jadis encadré dans le cabinet de Gabriel Charavay ; mais, pour ne pa avoir ces raretés, la collection Baylé n’en est pas moin de premier ordre.

Voyons ce qui se trouve dans ce musée rétrospectif, en tournant rapidement les feuillets du catalogue, dressé par Etienne Charavay.

Voici tout d’abord la radieuse Frétillon, la célèbre Clairon, de son vrai nom Claire-Josèphe-Hippolyte Legris de Latude.

La charmante actrice, si petite qu’on aurait pu dire d'elle que Dieu l’avait créée ainsi pour la mieux faire, cette charmante miniature au minois chiffonné, qui fit oublier Adrienne Lecouvreur, est sur le retour. Elle a soixante-cinq ans. Elle est déjà loin de ses succès à la cour du margrave d'Anspach où elle jouait le rôle d’Aspasie. On est en pleine Terreur, elle vient de rentrer à Paris. Avec l’âge, la misère est arrivée, terrible, implacable. Personne ne se souvient plus d'elle, autrefois si adulée, si fêtée. Elle écrit à son ami, le citoyen Dupoirier, le 3 frimaire :

Vous aimés les lettres, et moi aussi ; elles ont fait ma vonsolation. Nous aiderons réciproquement nos mémoires et vous m'aiderés à débrouiller beaucoup de choses que je trouve quelquefois au dessus de ma chétive conception. Vous n’avès pas de fortune, et moi je suis bien pauvre, Ô bien pauvre! Je vois à peine, j'entends mal, je n’ai plus de dents, les rides sillonnent mon visage, une peau d'écorchée couvre à peine ma faible structure. En me venant voir vous imiterés ces anciens héros qui descendaient aux enfers pour communiquer avec les âmes ; vous ne trouverés ni de Cerbère ni d'Euménides ; la sensibilité vous recevra, elle est toujours ma fidèle compagne (1).

Me Denis exhale des plaintes peut-être intéressées. Il n’est pas, en effet, bien prouvé que Voltaire n’ait pas été plus qu'un oncle pour elle. Pas embéguinée dans sa vertu, du reste, cette nièce qui se plaignait que l'ennui

(1) Vendue 220 francs.

206 L'HOTEL DROUOT ET LA CURIOSITÉ EN 1882. à

seul couchât avec elle. C'est de Lindau, 10 mai 1738, qu'elle adresse son épitre à Tiriot.

Il est question de la liaison de Voltaire avec Me du Châtelet.

Je suis désespérée. Je le croi perdu pour tous ses amits. Il est lié de façon qu’il me parois presqu'impossible qu’il puisse briser ses chaînes. Ils sont dans une solitude efraiante pour l’umanité. Cirey est à quatre lieux de toute habitation, dans un païs où l'on ne voit que des montagnes et des terres incultes, abandonnées de tousleurs amits et n’aiant presque jamais personne de Paris. Voilà la vie que maine le plus grand génie de notre ciècle.. (1).

Bien tendre, Me de La Popelinière, avec le maréchal de Richelieu.— Cela pourrait presque se chanter comme la romance de Martini :

Plaisir d'amour ne dure qu’un moment, Chagrin d'amour dure toute la vie.

Je vous aime, mon cœur, à la folie. Il n’y a rien que je n’entreprisse pour vous le prouver et en méritter autant de vous; mais c'est une balance, à ce qu’il me semble, qui n’est jamais esgalle, et je crois que plus mon costé se charge, plus le vostre s’allège. L'inquiétude est une propriété de l’amour, mais ce que je sens pour vous ést plus que de l’amour. J'ay eschauffé ma teste à vous faire pitié... Il y a des moments où je souhaitterois et consentirois de vous voir un instant, de vous serrer dans mes bras et de mou-

rir.… (2).

Mirabeau est au donjon de Vincennes. IL a vingt-six ans. Il subit sa captivité qui dura quarante-deux mois.

C'est l'époque où, pour occuper ses loisirs, il traduit Tibulle et Boccace, écrit le Zibertin de qualité et la Bible érotique aussi envoie-t-il à Sophie de Ruffey des lettres pleines de passion, toujours à peu près les mêmes peut-être; mais l'amour a cela de particulier

(1) Vendue 126 francs.

(2) Vendue 105 francs.

qu'on peut dire longtemps la même chose sans s'épuiser et se lasser jamais, et même sans lasser les autres, quand il a l’éloquence qui lui est propre.

C’est par l'intermédiaire de Boucher, le secrétaire du lieutenant de police Lenoir, qu’il fait passer ses lettres. Souvent même, c’est à lui qu'il écrit. Le 9 juillet 1779, il lui trace les lignes suivantes :

Eh non, mon frère, je ne suis point jaloux quoiqu’après tout je pourrois vous dire la vérité sans crainte, puisque je l’ai, ma petite Sophie, et que tous les anges de l’enfer unis à tous les diables ne me l'ôteroient pas... Comment, mon cher, vous avez été amoureux et vous avez pensé être capucin! Certes, votre vie est plus romanesque que votre physionomie de Caton ne le porte, mais j'aime tout-à-fait que vous regrettiez cet état odieux et puant…. (1).

Le président de l’Académie de Caen venait d’envoyer à Piron un pâté, en guise de jeton de présence. Avec sa verve gauloise, le poète le remercie, et il ajoute, parlant d’un auteur qui l'agaçait :

Je suis ravy de m’apercevoir que mon épigramme sur lui vous ait plû. Elle est douce et mesurée. S'il n’est pas plus sage qu'il l'a été, je ne répond pas de l'être de longtemps autant que je le suis là. Les mains me démangent. Un lévrier n’est pas plus âpre sur les pinces du cerf. J’ay le nez haut; il y a fait monter la moutarde, et avant de finir, il me reste encor des milliers d’épigrammes à éternuer... (2).

Et parmi ces épigrammes, sans doute, celle qu’il décocha contre l’Académie et qui est classique :

Ci-git Piron qui ne fut rien, Pas même académicien.

Piron était prudent. Il composait par avance des épi-

(1) Vendue :52 francs.

(2) Vendue 21 francs.

grammes pour répondre même à celles qu'on pourrait faire sur lui après sa mort.

C'était lui qui disait à Jean-Baptiste Rousseau, se mettant à genoux dans la campagne, au moment où sonnait l'Angélus :

« Cela est inutile, monsieur Rousseau, Dieu seul nous voit. »

Voulez-vous savoir ce qu'était la bibliothèque d’une grande dame, au xvin° siècle? Allez à la vente Baylé. Vous y trouverez le catalogue des livres du cabinet de Me de Simiane (Pauline de Grignan), dressé le 17 novembre 1735 (1).

Il y a là un nombre plus considérable de livres légers que d'ouvrages de philosophie. Le xvin® siècle était plus sceptique que le nôtre. Ce fut l’époque du vrai naturalisme.

Les faïences italiennes, depuis quelques années, envahissent les cabinets des curieux. Tous veulent posséder quelques-uns de ces grands plats acceptant si bien un décor qui défie le temps. Aujourd’hui, chez les délicats, enthousiastes de la Renaissance, on les voit, comme jadis, servir d’ornements sur les dressoirs et briller au milieu de l’argenterie et des verres émaillés. Mais quand il s’agit de pièces de choix, classées par provenance avec le nom de leur auteur, elles reposent précieusement sur un lit de velours rouge, dans les vitrines des amateurs.

C'est qu’elle est bien belle, cette époque des débuts de la céramique italienne, surgissant utile d'abord, luxueuse ensuite, au moment du réveil artistique. Comme la peinture, elle prend place dans l’histoire, à

(1) Vendu 10 francs.

D ET ie + UT 1

cette période féconde où l'esprit, surexcité par l’état général, s'ouvrait à des aspirations nouvelles.

Alphonse d'Este, duc de Ferrare, qui occupait ses loisirs à faire lui-même des meubles en marqueterie, après avoir perdu son argenterie dans un jour de détresse, fit venir des potiers à sa cour, pour la remplacer par des vases de terre.

Les plus grands artistes ne crurent pas déroger, en couvrant l'émail des plats des plus riches couleurs de leur palette. Raphael, lui-même, ne dédaigna pas de donner des modèles de vases et de dessiner des motifs d'ornementation.

Le célèbre peintre et modeleur Maestro Georgio Andreoli, extraordinaire par la vigueur et la richesse de son coloris, vint de Pavie, où il était né, importer son art à la cour du duc d’Urbin. À Gubbio, il découvrit le premier les lustres métalliques italiens. Choyé, fêté par les grands d'alors qui voulurent le compter parmi leurs égaux, il fut anobli en 1498.

Laurent le Magnifique, recevant des vases de Rimini envoyés par Sigismond Malatesta, conçut immédiatement le vif désir d’avoir aussi, lui, une fabrique à sa marque, et ce protecteur éclairé des arts l’installa à sa villa de Caffagiolo.

Un moment, dans toute l'Italie, on produisait des faïences. Partout, on pétrissait la terre et on l’enlumipait : à Forli, à Pise, à Venise, à Trévise, à Faenza et à Deruta. Castel-Durante, la plus ancienne officine du duché d’'Urbin, occupait le premier rang. Gubbio et Urbino devinrent ses colonies, et les trois fabriques, arrivées vite à un développement considérable, reçurent les encouragements des princes de la maison de Feltre et de Rovere.

Voilà pourquoi, vendredi 21 et samedi 22 avril, on . s'est arraché, à coups de billets de mille francs, les

belles faïences italiennes réunies d’abord, #ous a-t-on dit, par un diplomate italien auprès du gouvernement espagnol, le comte Maffei, achetées ensuite en bloc par un intelligent spéculateur, et revendues, à l'hôtel, par les soins de Charles Mannheim.

Rien d’extraordinaire, cependant, dans ces peintures. Il n’y avait pas le Pan! pan! pan! qui vous frappe, dit Coquelin cadet dans l’un de ses monologues sur le Salon. Mais aucune d'elles n’éait (ruquée, comme cela arrive souvent, par des réparations habiles. Elles étaient dans leur fleur d’innocence, ce qui est toujours inappréciable pour les acheteurs sans cesse en défiance. On pouvait y aller de confiance.

Le nombre des amateurs de ces faiences, nous l’avons dit en commençant, a considérablement augmenté, comme les prix, qui doublent chaque année. Dissimulant leurs envies, ces burgraves du xv° siècle semblaient réunis, le jour de la vente, en un congrès, sous la présidence de M° Paul Chevallier, le plus occupé des commissaires-priseurs. Il faut saluer ces maîtres collectionneurs, car leur passion favorite a sauvé de la destruction bien des souvenirs précieux. Ils étaient presque tous là, à l'exposition ou à la vente : Paul Meurice, Cahen d'Anvers, Bligny, Stern le financier, Gustave Delafontaine, Kann, de Viefville, M® Chaumont, Ernest Valpinçon, Basilewski, le possesseur des plus rares pièces ; le baron Adolphe de Rothschild, l’ancien banquier napolitain ; Gavet, l'habile arrangeur des plus belles vitrines du Trocadéro en 1878; le baron de Beurnonville, qui, après avoir vendu ce qu'il adorait, se met à adorer ce qu'il a vendu; Millbauck, un amateur anglais; Myers de Londres — John Bull partout! toujours prêt à capturer honnêtement les belles choses, par la simple vertu des livres sterling. Si tous les musées d'Europe étaient détruits, pour reconstituer l’histoire de l’art, il n'y aurait

qu’à puiser dans les collections particulières de l’Angleterre. En vérité, je vous le dis, ils ont tout, ces Anglais!

La vente s'’ouvrait d’abord par une suite intéressante de soixante plats en faïence du xv° et du xvr° siècle, faits en Espagne, sur le littoral de la Méditerranée ou à Majorque, sous la domination des Arabes. Parmi ces hispano-arabes, les uns à reflets métalliques, les autres à émaux polychromes, brillaient :

Un grand plat rond, à reflets rouges rehaussés de bleu. Au centre, une rosace. Au marli, des lignes en ogive. Au pourtour, une zone d'inscriptions : 4,440 fr.

Deux vases ovoïdes, à reflets rouges, lierres et feuillages : 620 francs.

Un plat du xv° siècle, à compartiments émaillés de nuances variées représentant un lion sur fond blanc : 720 francs.

De la /abrique de Gubbio, qui commença à travailler dès 1480 :

Une coupe ronde, à reflets bleu nacré. Comme sujet allégorique : le Temps, représenté par deux vieillards, au milieu d’un paysage harmonieux d’une lumineuse tonalité : 2,020 francs.

De la /abrique d'Urbino, qui aimait tant les bleus et les jaunes :

Un plat rond, de 47 centimètres, par Orazio Fontana, mort en 1560, après avoir travaillé pendant vingt ans et produit des merveilles : {’Znlèvement d'Hélène, avec l'indication du sujet au revers : 4,700 francs.

Cuppa amatoria représentant Diane et ses compagnes surprises au bain par Actéon.

Une coupe ronde, par #7a Xantho, da Rovigo, encore un illustre céramiste ! Sujets : le Mariage mystique de sainte Catherine et le Martyre de saint Sébastien : 1,590 francs.

Ms La à

Un plat rond, avec une mêlée de guerriers et de cavaliers combattant les uns contre les autres, daté de 1543 et attribué à Orazio Fontana : 3,700 francs.

La /abrique de Pesaro nous offrait de beaux spécimens à devises galantes, ou sentencieuses sur les uns ; sur les autres, de beaux décors avec ces reflets métalliques, dont les premiers essais furent tentés en 1567.

Plat à reflets mordorés et bleu nacré. Au fond, Méléagre chassant, un arc à la main et un carquois sur l'épaule. Très belle pièce : 4,250 francs.

Plat à reflets bleu nacré, composé d’une rosace

formée par des rinceaux et des feuillages. Splendide!

4,760 francs.

Autre plat, aussi à reflets bleu nacré, portant un portrait d'homme avec le nom de SATURNO PoRTE. Au marli, imbrications, palmettes et ornements : 2,980 francs.

Plat à décor polychrome, avec émaux verts et violets aux reflets irisés come l'arc-en-ciel. Au centre, un serpent dévorant un personnage. Au marli, des dents et des fleurettes : 1,505 francs.

De la fabrique de Deruta, si facile à distinguer par la pureté de ses lignes et par ses reflets nacrés :

Un plat rond, à reflets métalliques et mordorés. Au centre, la lettre À entourée de feuillages. Acheté, 950 fr. par M. Malinet, un marchand d’un très bon goût qui, maître de lui, sait attendre, dans une vente, l'heure du défilé des belles pièces.

De la jabrique de Cafagiolo où un seul artiste travailla de longues années pour les Médicis et fit des œuvres excellentes et variées:

Un plat rond, à double couronne de lauriers en couleur avec le décor #ianco sopra bianco. Au centre, un emblème décoré en bleu sur blanc. Au revers, ornements bleus : 1,430 francs.

De la /abrique de Faenza, Y'une des plus aaciennes,

toujours remarquable par la fraicheur du coloris et par l'ingénuité de ses compositions :

Un grand vase ovoide décoré à sa partie inférieure de cubes émaillés en jaune, vert et violet. La partie supérieure de la panse représente des animaux fantastiques et des ornements en grisaille sur fond jaune d'or. Le bandeau porte, dans un cartouche, la date de MD VIT. Acheté 950 francs, par M. Champfleury, pour le musée céramique de Sèvres.

De nombreux cornets, des vases, des pots de pharmacie dela jabrique de Castel-Durante, la plus ancienne du duché d'Urbin ; des plats, des brocs, des tasses trembleuses, des plaques ovales ou rectangulaires, de la fabrique de Castelli, ont passé sur table, pour clore cette vente où, pour la première fois depuis que Charles Mannheim expertise, un plat d’un très grand prix a été brisé par l’un des plus vieux employés de l'Hôtel. Les faiences défient le temps mieux que les peintures, mais elles craignent plus qu’elles les mains maladroites.

Léopold Flameng, cédant sans doute à la tentation générale et voulant, comme Charles-Quint, assister . vivant à ses funérailles, a fait, le 14 avril, lui vivant, la vente de sa galerie de tableaux.

Avant d'en parler ne serait-ce pas le cas de dire tout d’abord quelques mots de cet artiste consciencieux. aujourd’hui l’un des premiers parmi les graveurs?

Léopold Flameng a été, avec Charles Blane, à l’atelier de Calamatta, l’un de ses meilleurs élèves. C’est un buriniste très fort. Il manque un peu de couleur, comme tous les graveurs de l’école moderne, mais il possède une grande habileté et une rare souplesse de main. Il a beaucoup produit déjà, bien qu’il n'ait pas encore le demi-siècle. Ses interprétations ont une variété extraordinaire et il a pu aborder tous les genres avectalent: dé-

licat avec Ingres dans /4 Source, moitié burin et moitié eau-forte ; impersonnel avec Rembrandt dans sa Pièce aux cent florins ; primitif avec Manet; vigoureux avec Delacroix, impressionniste avec Masaccio, charmeur avec Memling, personne ne sait comme lui adapter, avec souplesse, son talent à tous les genres.

Ce qui ne gâte rien, il est aussi un collectionneur d'élite, sachant choisir de bonnes choses, comme il est facile d’en juger.

Allons tout de suite aux œuvres importantes :

La Vieille gouvernante de Bonnington, par luimême, gravée dans la Gazette des Beaux-Arts et bien rendue avec son grand livre ouvert, ses bésicles à la main, sa cornette blanche et sa robe ouverte sur un fichu de toile. Œuvre souple, facile, d’une merveilleuse intensité de couleur; irouîe d'inouisme, a-t-on écrit quelque part. Vendue, 4,950 fr.

Tête d'Ange du Corrège, très curieuse peinture à l'essence sur canevas. Étude pour les fresques de Parme.

Superbe, le portrait de Barnave, fait par Jacques- Louis David, en 1793, très peu de temps avant la mort du modèle. Le conventionnel est en buste, cheveux poudrés, habit gris, les bras croisés sur la poitrine, dans l'attitude résolue de l’orateur, sûr de lui, qu'on attaque et qui va se défendre : 2,100 fr.

Renaud dans les jardins d'Armide, de Fragonard. Armide apparait aux regards charmés du héros, guidé par les Grâces dans les charmilles des jardins enchantés. Tableau avec toutes les séduisantes qualités de l’inimitable Frago, la verve impétueuse de la brosse, le charme exquis de l'effet, la grâce et la souplesse de la forme. Acheté, du reste, 9,100 fr., par un véritable connaisseur, le baron de Beurnonville.

La Réunion galante, de Nicolas Lancret, de la collec-

ds ; 2 ‘hot dl er

tion de lady Stuart. Une jeune femme vêtue de satin

blanc, nonchalamment couchée sur un tertre, écoute les

doux propos d’un amoureux dissimulé derrière elle dans la verdure, tandis que d’autres couples devisent joyeusement sur l'herbe ct qu'un joueur de musette

égaye la pastorale de ses accords harmonieux. A

M. Bourgeois de Francfort, pour 6,000 fr.

Très léger, le tableau du Zoman dangereux, de Lawrence, bien connu par la gravure. Dans un coquet boudoir, étendue sur un canapé, la liseuse, quelque peu pâmée, a laissé choir un volume qui parait avoir troublé ses sens. Le catalogue décrit ainsi la situation : une enivrante rêverie. Nous le voulons bien, mais ce n'est pas tout à fait cela. Egalement à M. Bourgeois, pour 3,000 fr.

Signé en toutes lettres, un tableau de Æleuwrs, par Abraham Mignon, splendide bouquet de roses, tulipes, anémones, dahlias, volubilis, fuchsias, tournesols. A M. Dumas, 4,900 fr.

La Chasse au sanglier d'Oudry; un vieux solitaire,

. au débouché d'un bois, assailli par une meute : 720 fr.

Venant de la collection Cottreau, un Zntérieur Lollandais, d’Adrien Van Ostade. Bon tableau de ce maître réaliste : une jeune mère, faisant marcher son marmot, et comme toujours, un buveur, une vieiile femme et un fumeur philosophe assis sur un banc : 4,800 fr., au baron de Beurnonville.

Les Moissonneurs, de Teniers le jeune, arrêtés sur une route, au retour des champs. Dans le lointain, les maisonnettes d’un village et la flèche élancée du clocher de l’église : 4,500 fraucs.

Un Portrait, d'Antoine Vestier, représentant une jeune femme en déshabillé, les cheveux défaits tombant sur ses épaules, couverte d’un mantelet à manches

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larges bordées de guipures, vêtue d’un corsage à nœuds rayés de rose et d’une jupe de satin bleu. Charmante ainsi; elle est assise dans un fauteuil, accoudée du bras gauche sur une table de toilette, ornée de dentelles et garnie de fleurs, de flacons et de boîtes en laque : 1,020 fr.

Sa Majesté le public a fait, en somme, un fort bon accueil à cette collection, qui a réalisé un total de 70,073 fr,

Voilà qui doit attiédir les regrets du vendeur!

Les victimes du krack : la cantatrice Marie Heilbronn, le vicomte

de La Panouse. — Les dessous de la vie élégante. — Somptueux mobilier à vendre! — Les visiteurs et les petits boudinés. — La galerie des Fêtes. — Le diamant séducteur transformé en sauveur. — Tente arabe. — L'antichambre du mari. — Vrai chic et

faux chic. — N'engraissons pas ! — Trop de draperies!

Paris, 24 avril.

Devant la grille d'une maison Renaissance à deux étages, rue de Monceau, 32, dans ce quartier tranquille qui entoure le parc, stationnent de chaque côté de la rue deux files de splendides équipages.

À voir ce mouvement, les larbins insolents et les cochers orgueilleux causant sans doute entre eux de leurs maîtres qu’ils éreintent, tandis que leurs chevaux piaffent d'impatience, on dirait le jour de réception d'une grande dame.

Mais, triste retour des choses d’ici-bas! ce n’est pas une fête qui se prépare, c’est une ruine qui s’achève. I s'agit d’un désastre définitif provoqué par le krack. La Bourse, ce Minotaure hideux, a dévoré une nouvelle victime. Marie Heilbronn est ruinée! on va vendre, avec tout ce qu'il renferme, le nid capitonné de satin où la charmante cantatrice ne chantait plus que pour quelques intimes.

Sur la façade de la maison, à côté des M et des H entrelacés dans un cartouche portant la date heureuse

de 1869, on a collé de grands placards jaunes sur lesquels la foule accourue peut lire en gros caractères :

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