TROISIÈME VACATION
Le public s’est modifié.
Cependant les fidèles de Febvre sont toujours là : son élève Bourgeois, son ex-associé Michel et son gendre l'habile marchand Warneck.
Amateurs et marchands sont confondus ensemble.
MM. Bligny, Miallet, Basilewski, Guenot, Desmottes, Pellissier, qui n’est pas l’un des descendants du général, mais un type très connu comme spectateur assidu de toutes les ventes, et le baron de Beurnonville, ce type de l’amateur passionné, obligé de vendre ses collections célèbres, de temps à autre, parce qu'il nelui reste plus un centimètre de place pour se livrer au besoin impérieux pour lui d'acheter des choses nouvelles.
Le président des débineurs est là, à son poste. Le groupe ordinaire dont il est l’oracle l’entoure.
Un grand paravent très décoratif recouvert en cuir de Cordoue masque le fond de la salle. Sur une tablette, rangées en bataille, les munitions du combat qui se prépare.
C’est la journée des émaux et des faïences italiennes.
Me Henri Lechat est au bureau de la présidence. Mannheim à sa table. À côté de lui, Pillet, qui ne peut quitter son hôtel Drouot. Ch. Georges, perdu dans la foule, son catalogue à la main, s'apprête à pointer cette fois les prix comme un simple mortel.
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%2 LBOTEL DROUOT ET LA CUSÏOSITÉ EN 1e
En ati-péant. les apecdotes surFebwre vont leur train. Elles abonéent dans La bouche de ieus cœux qui l'ont ces C'est à qui 22 racontera Comme elles ont leur ! place dans le chronique ée bibelet de cette fin de siècle, DORS e2 crus Quelques-URes que ROBS CTOVORS COR phiemert
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Aussi bien cel est éans notre tèche d'annoter la vie cure2se des I°MES QUE DONS Iraversses.
Us jour. en riche étranser, célebre surtout par ses achats considér2bles, vient chez lui.
— Comii-s ce tableau, fait-il en désignant dédaizpusment up splendde TJéniers du bout de sa canne.
— 75.000 francs, repond Febwre-
— 35,000: exclem- le grand seigneur en frappant avec colere sur une table — mar c'est ue vol de demander up prix pareil’
— Ge vol! vous @sez me parier ainsi! Qui êtes-vous, done, vous ? Vous êtes comte en Allemagne, prince
L'amaieur comprit la lecon C'était un homme d' prit : leu le bon goût de ne pas s'en Scher. A temps de LB, en eflet, il lappelait en expertise pour Van Ostade un peu suspect ei jusqu'à sa mort cessa d'avoir recours à ses lumières
Exesllent homme au fond, Febvre était sans Violent lui-même, il excusait es violences.
En 1878, L avait fait partie du frais des qui s'etait dirigé vers Florence. À la vente de S& Docaio, 1 signor ilustrissimo Febvre, comme pelaient dans leurs journaux les reporters
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muni d'un gros sac, avait acquis avec deux amis le Paul Potter et l'Isaac Ostade, 57,000 lires. Mais il s'était laissé entraîner ensuite pour soutenir l’honneur du pavillon français jusqu'à dépasser la somme de 250,000 francs qu'il avait apportée. Comme il paraissait regretter d’être allé aussi loin et d’avoir tant de tableaux et d'objets d’art, l’un de ses collaborateurs lui offrit 1,000 francs de bénéfice sur sa part. Il accepta.
Huit jours après, les deux tableaux étaient revendus 100,000 francs.
Febvre était là quand on vint annoncer à ses exassociés que l'affaire était définitivement conclue.
— Je ne suis qu’une fichue bête, dit-il, mais je suis bien enchanté, mes enfants, du bénéfice que vous faites. »
Et de leur réussite, il était plus ému encore que ses amis.
C'était un homme aux décisions promptes. En 1875, il gagna 550,000 francs dans une année. Le moment de son inventaire était venu. Ses tableaux modernes ne s'étaient pas vendus. Il prit la résolution de s’en débarrasser et, comme il ne s’attardait pas en chemin, sachant parfaitement se faire une amputation lorsqu'il le fallait, il bâcla le tout en deux jours, avec une perte de 235,000 francs. Après la conclusion de cet important marché il alla trouver tout joyeux un de ses amis.
— Quelle belle année ! dit-il, j'ai gagné 315,000 francs et j'ai tout soldé.
— Je netiens pas à vous vendre, répondit-il un jour à l’un des principaux financiers de l’époque, qui lui marchandait un tableau. Je n’ai que faire de votre argent. Je suis aussi à l’aise que vous, puisque j'ai plus qu’ilne
me faut pour vivre. Mes dépenses n'atteignent pas mes bénéfices. Sachez-le : on est riche de tout ce dont on n'a pas besoin et pauvre de tout ce que l’on désire. »
Lorsqu'il parlait de son pare à huîtres de Grancamp, où il avait englouti 500,000 francs, il disait, et sa face joviale s'éclairait d’un sourire : — « Vous ne payerez jamais la douzaine d'huitres aussi cher qu'elle m'a coûté. »
Cependant Me Henri Lechat a frappé les trois coups.
Mannheim attaque d'abord les gros morceaux et commence par les émaux byzantins.
Une châsse en cuivre champlevé, brillant émail en couleurs des bords du Rhin, précieux travail du x siècle, est mis sur table à 6,000 franes.
L'objet oblong, avec une petite toiture, est charmant d'exécution avec ses arcatures plein cintre. Il circule de mains en mains. On procède par 1,000 francs.
M. Lechat adjuge le coffret à 8,100 franes à M. Bourgeois.
Une autre châsse, aussi en forme d'église, avec de belles rosaces en couleur, émaillée à fond bleu : l'entrée à Jérusalem d'un côte, le Christ bénissant les apôtres de l’autre. Travail français du xnr siècle. Adjugée 1,400 francs.
Une troisième, avec une crête en cuivre découpée à jour. Anges dorés en réserve sur les faces. Fond bleu rehaussé de rinceaux dorés, 1,500 francs.
Une belle crosse, faite à Limoges, au xmr siècle, en cuivre émaillé à écailles bleues. L’Aznonciationà l'intérieur de la volute et la douille garnie de lézards rapportés en relief. Achetée pour Londres : 2,500 franes.
Quelle belle série d'émaux de Limoges, admirablement montés par ce véritable artiste en son genre
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qu'on appelle André, qui sait tout et le reste, et que je préseterai quelque jour à mes lecteurs.
De Mardon Penicaud, une plaque fort belle, avec rehauts d'or et émaux en saillie, imitant les pierres
précieuses. Sujet composé avec charme : /’Annonciation. La maîtresse pièce de la vente! Mannheim demande 8,000 fr.; M. Bourgeois, bien avisé, l’achète sans hésiter 11,000 francs.
Attribué à Vardon Penicaud, un triptyque dont les ors trop éclatants ont été rechargés avec excès. Dans des arceaux surbaissés de style ogival, au centre : /’Annonciation, et sur chacun des volets un saint avec une banderole portant des inscriptions. A. M. Bligny, 7,100 francs.
Encore attribué à Vardon Penicaud, un autre triptyque : /& Mort de la Vierge, peinture en émaux de couleur. Demande, 4,500 francs. Adjudication, 3,900.
De Colin Nouailher et non de Jean Ier, comme le dit le catalogue : une scène de l’Znéide en émaux de couleur, 2,500 francs.
Par Martin Didier, dit Pape, en deux morceaux, /& Mise au tombeau, signée du monogramme de l'artiste. Belles plaques en grisaille avec les chairs teintées. L’estimation de Mannheim à 3,000 francs est largement dépassée. C'est rare cependant, il frappe presque toujours juste. Deux compétiteurs se disputent cette bonne pièce jusqu’à 6,000 francs, prix auquel elle est définitivement adjugée. — Du même auteur, une grisaille de 15 centimètres de haut : 7/4 Nativité, 800 francs.
Attribuées à Pierre Penicaud, six plaques en grisaille sur fond noir : Zes Commandements de Dieu, 3,000 fr.
Attribuée au grand Zimousin qui signait : « esmailleur, painctre ct varlet de chambre de François [*, » une plaque en losange. Émaux de couleur sur fond
LCR ANTES ED
bleu. Portrait de femme avec l'inscription autour de sa tête: ; \
JE SUIS TIBÉE
Et une banderole, dans un angle avec la devise :
MARESCIT. OCIS. VIRTUS
Vendue 700 francs. Cela valait bien mieux. Mannheim l'avait estimée 3,000 francs. Il était dans le vrai.
Attribuéà Pierre Raymond, un coffret oblong, de 1547, garni de cinq plaques en grisaille. Sur le couvercle, des cavaliers chassant le lion, et en caractères dorés cette inscription :