XX VII
Vente annuelle de bienfaisance des artistes peintres et sculpteurs. — Un acte de vandalisme. — Baudry demandant à la céramique la conservation de ses peintures. — Dupin rassis et Dupin mollet.
Paris, 24 mai.
L'Association des artistes peintres et sculpteurs aura bientôt près de quarante années d'existence. Elle a su rallier à elle les représentants les plus illustres de l’art français, la presque totalité des artistes qui exposent et un très grand nombre d'amateurs éclairés qui lui ont apporté leur sympathie et leur concours désintéressé.
Son but est de prêter un appui fraternel et honorable à ceux d’entre eux qu’atteignent le ge les infirmités et la vieillesse.
Le 7 décembre 1844, date de sa fondation, elle se composait de dix-huit membres, dont quelques-uns font encore partie du comité dirigeant, et possédait avec les 500 francs de première mise déposés sur le bureau par le baron Taylor, un actif de 710 francs, — pas plus.
Nous sommes loin de cette époque.
Grèce aux dons, aux legs, aux fêtes, aux cotisations, aux loteries, aux expositions et aux ventes publiques, l'Association possède maintenant un million et demi.
Les dix-huit fondateurs sont devenus une légion. [ls ont produit plus de six mille sociétaires.
En 1881, 944,660 francs de secours pris sur ses revenus seulement ont été distribués. Et cependant le sacrifice à faire n’est pas élevé. Six francs par an pour les simples sociétaires et douze francs pour les membres du Comité.
Forte de son succès passé, au commencement de l’année dernière, sur l'initiative de M. du Sommerard, l'Association a été reconnue par un décret du 8 août 1881 comme établissement d'utilité publique, ce qui assure sa stabilité définitive.
Chaque année, une vente de bienfaisance est organisée; M. Boussaton, ancien commissaire-priseur, est délégué à cet effet : il s’en occupe avec ardeur. Il fait appel au bon vouloir de tous. Il voit ceux-ci, il stimule ceux-là. Les dons arrivent en abondance et la moisson faite, la vente est annoncée. Cette année, la date choisie est le jeudi 25. L’expesition particulière a eu lieu hier. L'exposition publique aura lieu aujourd’hui (1).
Je ne puis en offrir qu’un compte rendu à la vapeur, le temps, du reste, m’ayant manqué pour regarder longtemps avant d'écrire. Ce sera néanmoins un petit Salon, et je suis ainsi consolé de n'avoir pu faire le mien, cette année.
Entrons dans la salle n° 8 pour en faire rapidement
le tour.
Arrêtons-nous d’abord devant cette Bretonne (2), une paysanne de Douarnenez, de JuLes BRETON, tableau honnête et d’une poésie calme ; et devant cette Pécheuse, d'EUGÈNE FEYEN, une Cancalaise au teint bruni, se ren-
(1) La vente, faite en deux vacations, a produit 40,682 francs. (2) Vendue, 6,000 fr.
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dant à la mer et montrant, sous son jupon court, ses jambes nerveuses et hâlées.
Goûtons un instant le Paysage des Alpes (1) de Gus-. TAVE DORÉ, cet énergique artiste, apte à tout, qui combat sans cesse et qui n’a qu'un défaut, celui d’avoir trop d'idées.
Ces rochers alpestres ont bien une couleur un peu fantastique; mais ces glaciers roses, dorés par un ciel radieux, ont un charme pénétrant.
Approchons-nous de ce tableau; il est de GÉROME. Sur un fond gris se détache en pleine lumière une Femme fellah (2) tout enveloppée de voiles bleus qui donnent une note harmonieuse à cette étude. Bien modelée, la figure d’ébène de cette fille du peuple, une descendante des Sésotris peut-être.
Regardons ce Français, un Ruisseau dans les Vosges, paysage d’une large facture, dans lequel chante une cascade argentée.
L'Hiver, personnifié, par ALEXIS MAZEROLLES, dans un . amour transi, perdu dans les bois, les ailes repliées et soufflant dans ses doigts.
Cette tête de vieux marquis, Personnage Louis X VI, dit le livret, est de M. GEORGES BRILLOUI, l’un des membres les plus actifs du comité. Ces Asperges sont sorties, non d'Argenteuil, mais de la palette d'EUGÈNE CLauDE, ce Chevet du pinceau. Cette Étude d'Évéque (3) très vigoureusement brossée, fait partie des Récits mérovingiens de JEAN-PauL Laurens. Ce Paysage, où la nature est si bien sentie et si bien rendue, est signé BEAUVERIE.
Allons plus loin.
(1) Vendu, 410 fr.
(2) Vendue, 1,720 fr.
(3) Vendue, 520 fr.
M. BouGuEREAU a envoyé une étude un peu léchée : Une tête d'enfant (1) levant les yeux vers le ciel.
M. LanDELLE, la Récolle des Roses (2). Bien belle, la jeune fille qui les serre contre son sein, mais trop de roses.
M. Pasini, un très bon tableau, un paysage avec un joli effet de ciel bleu.
M. GkoRGES CLAIRIN, une étude de Rockers au Maroc, d’un ton gris un peu rosé, avec un groupe d’Arabes blottis dans une anfractuosité. C'est terne et froid. Je l'avoue, j'aime mieux le peintre lorsqu'il idéalise Froufrou. |
G. DE BELLÉE, /e Givre. Un tableau très fin. ALExAN- DRE DEFAUX, /'Zle de la Grande-Jatte, près d’Asnières, bien brossée.
M. mie Lévy, Vénus à la ceinture, une jolie étude de nu, comme il sait en faire.
Je préfère cependant la Romaine (3) de M. ÉmiLe Apan. qui me paraît un tableau tout à fait gracieux. Sur un fond crème, une femme blonde, vêtue d’üne robe blanche, chante en s’accompagnant d'une guitare. Cela se passe du temps de l’Empire. Le peintre aurait dû indiquer l’air roucoulé par la belle.
Souvent un peu trop vert, malgré son grand talent, M. Camizce BERNIER l’est une fois de plus dans son Aüreuvoir (4) des bards de l’Aven.
Toujours amusant, par exemple, l’auteur de Awtowr de la Lampe, E. Duez, avec ses Parisiennes croquées sur le vif. La P/age de Trouville, dessin à la plume, rehaussé de couleur, met en relief, sur la grande plage
(1) Vendu, 1,720 fr.
(2) Vendu, 720 fr.
(3) Vendue, 410 fr.
(4) Vendu, 500 fr.
déserte des Roches-Noires, deux gentilles baigneuses qui paraissent bien occupées à se raconter tous les cancans du jour.
Goûtons sérieusement l'Zntérieur à Écouen (1) de M. En. FRÈRE. Une pauvre jeune femme travaille à la couture dans une mansarde, tandis qu’elle surveille près d'elle son enfant endormi dans un berceau. C’est bon, honnête et respectueux. Cela console de toutes les drôlesses et de toutes les courtisanes sortant de leur bain parfumé du Salon de cette année.
Il y a des gens qui regardent dédaigneusement les
œuvres sur fond d’or de M. LopricHox. Ils les classent dans la catégorie des boîtes de bonbons. Je ne suis pas de ceux-là. Ce peintre a un grand talent. Il me rappelle Claude Gillot, le maître de Watteau. Cette fois, il a peint un jeune enfant rieur, tenant un hanneton sur son poing! Cela s'appelle Ze Printemps (2) de la vie, sans doute. Cela aussi pourrait s'appeler Fantaisie décorative, comme son tableau du Salon. Il aurait dû y joindre aussi la même légende :
Sans souci de demain, sans regret de la veille, L'enfant joue et s'endort; pour jouer, se réveille.
Sur la cimaise, un bon élève de Luminais qui a beaucoup de succès cette année avec le Sommeil de Fra Angelico (3), M. ALBERT MAIGNAN, nous montre Primavera avec une tête très fine, des cheveux clairs, une bouche petite, déiicieusement tracée au carmin. Ce profil de femme d’un dessin irréprochable s’enlève sur un fond jaune. C’est fin, charmant, exquis.
Le Bal public (4) de Jean Béraup est figuré dans
(1) Vendu, 1,550 fr. (2) Vendu, 1,120 fr.
(3) Vendu,. 1,200.fr.
(4) Vendu, 1,199 fr
une toile très vraie, très nature, très étudiée. Est-ce Asnières ou feu Mabille? Les jolies filles d’Éve que nous connaissons ont l’air de bien s'amuser. Nous voudrions bien savoir ce que leur disent les jeunes gommeux qui dansent ou causent si gaiement avec elles. Il y a dans cette œuvre bien vraie, bien réaliste, quelque chose qui prouve que l’auteur est quelqu'un.
M. Jus LEFÈVRE a fait cadeau à l'Association d’une Diane (1) avec un petit croissant sur la tête. Ses chaïrs sont peintes dans la manière d’Holbein. M. Japy, lui, a mis des souvenirs de Corot dans ce sous-bois intitulé Z'Awtomne. M. Japy est cependant d'ordinaire très personnel dans sa facture. Je suis l’un des admirateurs de M. L. SarGEenr. Son tableau de cette année, Z7 Jaleo! a la vigueur d’un Goya. Son Marin du siège, fièrement campé en sentinelle avancée, sur un repli de terrain, près d'un bastion, prouve toute l'énergie ordinaire de ce très remarquable artiste. C’est un consciencieux dans ce temps où chacun court après un succès rapide,
M. Luminais a quitté un instant ses Gaulois. Son C4valier passant un bras de mer (2), tenant un cheval en laisse, est un truand du xv° siècle. C’est comme toujours une bonne toile.
Voici maintenant : Un adorable éventail de MAURICE LecorR, Marquis courtisant une bergère (3), aquarelle spirituelle qui attire et captive. Un bouquet de roses de MADELEINE LeMaIRE. Un dessin à la plume de Worms : Chasseur andalou chargeant son fusil. Un autre, aussi à la plume de Louis LeLorr : une Towrelle de château et une lettre ornée. Un crayon rouge de JAMES BERTRAND ; Diogène, avec sa lanterne, cherchant un homme. Un
(1) Vendue, 1,600 fr (2) Vendu, 1,060 fr.
(3) Vendu, 1,050 fr.
fusain d'ALLONGÉ. Deux eaux-fortes de CHARLES JACQUE, épreuves avant toutes lettres : le Porcher et son troupeau et la Gardeuse de vaches. Une aquarelle de la princesse MATHILDE, pas un chef-d'œuvre cette £ée d'Italienne. Un dessin au crayon noir, rehaussé de blanc, d'Ev. Deraizee, clairon prêt à entrer en campagne: Müililaire(1), dit bourgeoisement le livret. Une étude, de Pau Baupry, avec cette mention « pour la vente de la Société : » Za Cour de cassation, crayon noir, souvenir d'une grande toile. Si j'avais à choisir, je préférerais de beaucoup ce croquis-là à la Vérité du Salon de cette année.
Citons encore Deux Tirailleurs, de BERNE-BELLECOUR, couchés, à l'affût, épiant l’ennemi, prêts à tirer ; le portrait en bronze de M. Schnetz, par CHaru, le sculpteur.
= Quand nous aurons ajouté que la direction des beaux-
arts, voulant participer à cette bonne œuvre, a fait remettre au comité trois bustes en biscuit de Sèvres : Lavoisier, Viaa et la Vierge, il ne nous restera plus, pour clore cet article, qu’à souhaiter à la deuxième vente de bienfaisance un grand suecès qui fera tomber dans la caisse de l'Association des artistes une très grosse somme,
Il s’agit, une fois de plus, de venir en aide à de nombreuses infortunes. Un achat doublé d’une bonne action, c'est bien tentant, messieurs les amateurs de tableaux. Vous y serez tous, n'est-ce pas ?
Ils l’ont échappé belle les deux François [er du Louvre : le Bonnington et le Clouet.
Trois mauvais drôles, au moment de la fermeture des galeries, se sont avisés de saisir des pinceaux, de les
(1) Vendu, 1,310 fr.
tremper dans un vase contenant de la couleur bleue, et de badigeonner, à grands coups, les deux tableaux.
Heureusement un gardien les avait aperçus d’une salle voisine. Se diriger vers eux, les arrêter, les mettre provisoirement en lieu sûr, appeler ses camarades et faire conduire au poste les coupables, fut pour lui l'affaire d’un instant.
Ce n’est pas de la gaminerie, c’est du vandalisme.
Le gardien Jacquet a bien mérité des arts en sauvant d’une destruction inévitable ces chefs-d’œuvre que l’on pourra réparer encore. Pour l’avenir, nous clouons les noms des coupables au pilori sur les pages de ce livre. Ils s'appellent :
GEORGES MaALBEc.
Louis DURAND, HENRI FREDET.
C'est ne pas quitter le Louvre que de parler de Baudry.
Les admirables peintures du foyer de l'Opéra disparaissent peu à peu sous la fumée du gaz.
Paul Baudry, pour défendre son œuvre, s’est adressé à M. Legrain, l'un des plus habiles collaborateurs du céramiste Deck. Il l’a chargé de reproduire sur la faïence, sous sa direction et d’après ses esquisses, un premier . panneau de trois mètres sur deux.
Le travail est terminé. On peut en juger chez Deck, où il est exposé.
La commission de l'Opéra va décider s’il n’y a pas lieu de demander au ministère des beaux-arts un crédit pour transformer ainsi ce merveilleux plafond qui s’en va. ,
L'idée est bonne.
L'un de nos grands libraires a retrouvé récemment,
chez un petit employé du palais qui les tenait de son père, des notes d’audience prises par Dupin aîné pour sa plaidoierie dans le procès intenté au Journal des Débats en 1829. L'article incriminé se terminait par ces mots célèbres: WMalheureuse France! malheureux roi!
En face de chaque argument du procureur du roi se trouve écrite à la hâte une courte réponse rude et incisive. Ces notes, très curieuses pour l'histoire de l’époque, sont allées tout de suite à un grand prix dans la collection d’un amateur de livres qui aime à les orner de choses inédites. Il compte les placer dans son exemplaire des Orateurs, à côté de ce portrait mordant et plein de verve que Timon-Cormenin a tracé de l’ancien président de la Chambre des députés servant tous les gouvernements qui ont bien voulu se servir de lui et professant hautement la doctrine de l’éndépendance du cœur : « Le caméléon qui change de couleur, à mesure » qu'on le regarde, l'oiseau qui fait mille crochets et » qui s'échappe dans l'air, le disque de la lune qui se » dérobe sous l'œil au bout du télescope, la nacelle qui, » sur une mer agitée, monte, descend, et reparaîit au » sommet des vagues ; une ombre qui passe, une mouche » qui vole, une roue qui tourne, un éclair qui brille, un » son qui fuit, toutes ces comparaisons ne donnent » qu'une imparfaite idée de la rapidité des sensations » et de la mobilité d'esprit de M. Dupin. »
Nous engageons, en outre, cet amateur, pour compléter son volume, à placer en regard du portrait les distiques suivants que l’on fit jadis sur ce diseur de bons mots, et que nous empruntons à la petite presse de l’époque:
DuPIN PEINT EN VERS.
Tout pouvoir à son tour peut dire : « 11 est des nôtres. » Aux prosèrits Dupin dur, Dupin mollet aux autres. Pour reprendre son siège, il n’est point indécis,
A soixante-quinze ans, c’est bien Dupin rassis.
Dupin, voulant rester au palais de justice, Se vendra désormais comme Dupin d'épice.
Jamais ses auditeurs, plus ou moins ébahis, Depuis son dernier speech ne crieront : Dupin, bis ! D'un citoyen, d’un homme, il n’est qu’un faux semblant Il fut gris, il fut rouge, il serait Dupin blanc! D'accord avec le diable, il a tant travaillé Qu'il pourrait bien un jour être Dupin grillé, Il me semble qu'on l’a par trop cher acheté, Car, voyez, c'est Dupin dernière qualité!
Oui, l'Empereur, l’autre matin S'est fort trompé, sans aucun doute, Croyant avoir l’ami Dupin Il n'avait qu'une vieille croëte,
Un commissaire-priseur aimant les tableaux : M. Delbergue-Cor-
mont. — Sa vente. — Les dessins de Debucourt. — Portrait présumé de Louis XVII. — Adalbert de Beaumont. — Le soleil de minuit au cap Nord. — Faïences persanes. — Deck et Avis-
seau de Tours. — Le Système et le Krach. — Les tapisseries de M. Bontoux.
Paris, 4 juin.
Quel est ce livret cartonné de gris, encadré d’or? Sur sa couverture se lit en grosses lettres :
COLLECTION:DE Mo De 31 mai 1882
Cela est rare de soigner ainsi ces brochures éphémères. L'idée nouvelle est excellente. Relié d'avance, ce catalogue, — et il en vaut la peine, — restera ainsi sûrement sur les rayons de toutes les bibliothèques ; c’est.celui de M. Delbergue-Cormont, un vaillant commissaire-priseur, qui fut longtemps sur la brèche. Il a chargéses amis Delestre, Georges et Clément, de réaliser les œuvres des vieux maîtres : Lancret, Mallet, Saint- Aubin, Oudry, Cochin, Freudenberg, Boilly et Antoine Borel, recueillies par lui avec constance pendant de longues années d'exercice. Aimant la peinture, retenu à l'hôtel par ses devoirs professionnels, il était, du reste,
à la première place pour acheter les toiles et les dessins qui défilaient devant lui. Il pouvait les trier sur son bureau comme sur un volet; et, sans cesse à l’affüt des belles occasions, choisir pendant les ventes le bon moment des hésitations ou des heures de fatigue des amateurs.
Après avoir joui longtemps de ses tableaux, comme ils avaientleur destinée, ainsi que les livres d'Horace, il les vend! Autrefois, on ne se séparait de ses collections qu'avec la vie. Aujourd'hui, on en voit très peu mourir ainsi de leur belle mort. Il en est d'elles maintenant comme des fragments de verre colorés qui servent à animer les kaléidoscopes ; chaque secousse les détruit, chaque mouvement les fait renaître.
La collection de M. Delbergue se composait de 32 dessins et aquarelles et de 28 tableaux, pour la plupart de dimensions modestes, comme il convient à un amateur qui n’a que l’espace restreint d’un cabinetet ne dispose pas d’un palais. Peu et bien: telle était la devise de cet amateur. Aussi avait-il su réunir certaines œuvres d'élite qui permettent de classer très haut cette galerie dans l’estime des délicats. Nous parlerons seulement de celles-là.
Parmi elles se voyait, aux trois crayons, le portrait d'une jeune fille éveillée et mutine exécuté par ce maitre de la grâce féminine, François Boucher. En haut, il avait tracé de sa main, cette note que nous transcrivons sans y rien modifier.
Madame de Pris, fille de M. de Pleneufe estent jeune lorce que j ay peint tout la famille de M. Depleneufe.
Très rares les autographes de Boucher; mais il était décidément plus habile à tenir un pinceau qu’une plume. Acheté 895 francs.
Ils ne sont pas communs non plus les dessins de
Debucourt avant le Directoire et l’Empire, ont dit les deux frères de Goncourt, surtout lorsqu'ils som bien purs et assez signés pour ne pas être confondus avec des Greuze et des Fragonard.
Rien d’extraordinaire, alors, que l’on ait payé 3,050 fr. une aquarelle gouachée avec verve, et malheureusement inachevée, représentant les Travaux pour la Fédération au Champ-de-Mars, montrant les Parisiens allant en compagnie joyeuse dresser les buttes pour la fête. On sait qu'ils finirent par appeler ces promenades où ils s’amusaient beaucoup les /owrnées des Brouettes. Chaque section était tenue d'envoyer des travailleurs. Précédés d’un tambour, commandés par un officier, les citoyens, sous la conduite de deux grenadiers de la garde civique, marchaient à peu près en ordre, avec leurs outils sur l’épaule; mais, arrivés au Champ-de-Mars, la troupe se débandait, et chacun de courir, de s’amuser, de se faire brouetter ou de se laisser traîner dans un tombereau. Ce sont ces scènes très gaies que Debucourt a représentées.
Comment, petit-maitre à l'esprit si délié, artiste au burin fin et si délicat, Debucourt a-t-il été oublié et dédaigné pendant la première moitié de ce sièele? La biographie de Didot n’inscrit pas son nom, le dictionnaire de Bouillet ne le nomme pas ; Larousse, en son supplément, lui consacre à peine quelques lignes. Il n’est question de lui que depuis quelque temps. Jal, dans son Dictionnaire critique de biographie el d'hisloire, a fait un peu connaître sa vie, et MM. Roger de Portalis et Henri Beraldi, dans leur ouvrage sur les graveurs du xvirr° siècle, lui ont enfin rendu, avec MM. de Goncourt dans l’Aré au xvim° siècle, la justice qui lui était due.
Philippe Debucourt naquit dans le quartier de la place Maubert, et fut baptisé à Saint-Nicolas du Char-
donnet le 13 février 1755. Son père, simple huissier à cheval au Châtelet, avait détaché la première des deux dernières syllabes de son nom. Il signait de Bucourt.
Son fils l’imita quelquefois ; mais il n’était pas noble.
Fort jeune, ilentra à l'atelier de Vien où travaillait Louis David. Il eut quelques succès, exposa des tableaux de genre aux salons de 1781, 1783 et 1785, et, dès le 28 juillet 1781, fut reçu à l’Académie royale de peinture et de sculpture, ce qui démontre qu'il n’était pas considéré à cette époque déjà comme le premier venu.
Ce fut en 1789, sur los essais arrivant d'Angleterre, qu'il prit goût à la gravure, à celle qui imite le lavis en couleur, et qui s'exécute au moyen de plusieurs planches. « Ces gravures sont tirées, a dit M. Duplessis, avec » une habileté dont le secret semble se perdre aujour- » d’hui; le graveur obtient des demi-teintes qui amènent » naturellement les transitions entre les différents
» (ons. »
= En 1782, Debucourt s'était marié, en premières noces, avec Marie-Elisabeth-Sophie Mouchy, âgée de dix-neuf ans, fille de Philippe Mouchy, sculpteur du roi, et d'Elisabeth-Rosalie Pigalle, la fille du grand statuaire.
Comme on le voit, l'habile graveur comptait, pour alliés dans sa famille, de grands artistes du xvurr° siècle.
Vers 1803, Debucourt devint veuf et perdit presque en même temps son fils unique. Il se remaria et vint habiter Passy, puis, peu de temps après. La Chapelle- Saint-Denis. Il exposa au salon de 1804, et pour la dernière fois en 1824.
Enfin, après avoir tenu le crayon jusqu’à la dernière heure, il mourut à Belleville, chez son neveu, le graveur Jazet, le 22 septembre 1832, à l’âge de 77 ans.
A Bordeaux, le 28 février 1882, à ‘la vente Lelong, sa gravure principale en couleur, œuvre curieuse et
PNR PU LL TL bu + AE NT se: Se | den
spirituelle : 74 Promenade publique, d'un ton très doux, d’une bonne conservation, en belles marges et avant le titre, mise sur table à 500 francs, a été adjugée 1,850 francs à un libraire bordelais, M. Charles Lefebvre.
En 1876, à la vente Herzog, elle avait valu 1,200 fr. A celle de M. de Behague, en 1877, 900 francs, et en 1878, à celle de M. Roth, 985 francs. L'année dernière, à la vente Muhlbacher, on l’a adjugée 1,380 francs.
Il ya vingt-cinq ans, une belle épreuve ne coûtait que 300 francs. Nous avons marché depuis ! Collectionneurs pauvres qui, les premiers, en pionniers intelligents, avez su apprécier et trouver les belles choses, qu'allezvous devenir ?
M. Delbergue-Cormont possédait encore Z4 Partie de campagne de Debucourt, à la plume et lavée en couleur, provenant de la vente Van den Zande. Ce beau dessin a été payé 1,405 francs.
Un dessin à la plume, lavé à l'encre de Chine par Duplessis-Bertaux, et gravé dans les Tableaux de la Révolution française, a été adjugé 180 francs. Il vaut bien quelques lignes :
Le comité révolutionnaire siège. On amène une famille de ci-devant. Plusieurs sans-culotte accusent ces malheureux. Dans un coin, des patriotes armés boivent, fument et jouent aux cartes. Sur la porte d'entrée, on lit:
Iei on se tutoye. Fermez la porte, s'il vous plait.
Le choix des tableaux de cette collection était bon, comme nous l'avons déjà dit. M. Delbergue entourait ses trésors des plus g grands soins. Il fallait voir de quel regard d' amoureux il les contemplait lorsqw’il se promenait au milieu de sa galerie.
Deux spirituels de Marne, fort regardés par les amis qui allaient lui rendre visite, ont fait deux heureux : la Foire au village, 1,400 fr.; la #éte de campagne, 1,120 francs.
On devait trouver Honoré Fragonard dans cette réunion intelligente. Il y était, en effet, et représenté par un joli tableau intitulé l'Amour. Le petit dieu, en embuscade dans un buisson de roses, un doigt sur la bouche, recommande le silence, tandis que des colombes planent audessus de sa tête. Impossible de ne pas deviner aisément l’allusion. L'acheteur qui a obtenu cette charmante composition pour 4,350 francs n’a pas fait une mauvaise affaire. Nous lui adressons, sans le connaître, nos sincères félicitations.
Un portrait de Marie Leczinska était attribué à Nattier. Près d’une colonne cannelée, sur une draperie blanche, se détache la reine, de grandeur naturelle. Elle est assise dans un fauteuil fleurdelisé, la tête coiffée d'un bonnet recouvert par une pointe de dentelles et noué sous le menton. Majestueuse ainsi, Marie Leczinska, dans sa robe de velours rouge, agrémentée de rubans cramoisis et de manchettes de dentelles blanches à triple rang de volants.
Derrière cette toile se trouvait collée cette note manuscrite jaunie par le temps.
« Je certifie que ce tableau de la reine Marie Leczinska «a été donné par mesdames de France, Sophie, Adélaïde, Victoire, à Monsieur le comte de la Rivière, page de Louis XV, colonel des chevau-légers, écuyer de mains des princesses. Ce tableau n'est jamais sorti de la famille, resté en héritage à Mme la comtesse de la Rivière qui me l'a laissé en toute propriété. (IL est de Vanloo).