NUMÉROS
CATALOGUE
388. Tasseet suucoupe en porcelaine coquille d’œuf. Décor famille rose. 300 fr. (Lange.)
390. Tasse et soucoupe ornées d’un paysage peint à l’encre de Chine et rehaussé de quelques touches émaillées. 0 fr. (Grandidier.)
Trois ventes des Charavay. — Les autographes de femmes. — Opinion d'Armand Barbès sur les Anglais.— Le Jockey-Club expliqué par Cavour. — On demande un éditeur. — Alexandre Dumas sauvant la France aux journées de Juillet. — Une canne de vingtcinq mille francs. — Monsieur Nabucho de Nozor. — Le Bellérophon et la chimère. — Le cordonnier Antoine Simon. — Portrait de Jean-Jacques Rousseau par La Tour. — Piron et la rocaillomanie. — La cote des présidents des États-Unis. — Le marquis de Sade, patron des pornographes. — Les feuilles d'automne de la calomnie. — Le comte de Tressan et Mme de Boufflers.
Paris, 10 juin.
Trois ventes d’autographes en trois jours ! deux, le 25 et le 30 mai, par Etienne Charavay, ce bénédictin laïque ; la dernière, par Eugène Charavay, ce digne fils de son père, le lendemain 31 mai.
Elles valent bien certainement la peine de s’y arrêter, ces ventes d’autographes. La curiosité y trouve toujours son compte. C’est souvent l'histoire vue de son côté le plus amusant et le plus-vrai.
Quelle aubaine pour ceux qui savent avec intelligence enrichir d’autoygraphes les ouvrages de leur bibliothèque ! Rien n’est charmant en ouvrant un volume comme d’y trouver un mot de l’auteur sur son livre.
La première vente, faite par M° Maurice Delestre a dispersé de tous côtés, /ormée jar un granà seigneur
russe (?), une collection qui s'étendait du xv° siècle jusqu’à nos jours. Il y avait de tout. Les lettres de femmes y abondaient. Ce sont des autographes aujour-
d’hui fort à la mode : lettres de Me de Montespan à
Lauzun, de la comtese de La Fayette, de la marquise de Pompadour, de M®° de Graffigny, de la baronne de Krudener, de la comtesse de Rémusat, de la duchesse d’Abrantès, de la baronne de Staël, de la Malibran, de Harriet Smithson, la femme de Berlioz, et de bien d’autres encore, qui dorment aujourd’hui dans la tombe, livides, en proie aux vers, et que l’imagination nous fait revoir telles qu’elles étaient alors, fêtées, admirées, charmantes et spirituelles.
Parcourons rapidement ces précieux dossiers :
Un billet de Balzac, au baron André, nous rappelle le surnom dont les petits journaux d'alors affublaient l’auteur de la Comédie kumaine. Vendu, 20 francs.
« Votre maigre est accepté avec reconnaissance par l’homme gras, puisque tel est le sobriquet que me vaut dans les journaux ma prestance. »
Comme elle est loin déjà, cette amusante fantaisie de Gautier : de l'obésité en littérature! où il passait en revue tous les artistes de genre de l’époque. Ils avaient tous autant de graisse que de talent :
« Voyez M. de Balzac, disait-il, le plus fécond de nos romanciers. C'est un muid plutôt qu'un homme. Trois personnes, en se donnant la main, ne peuvent parvenir à l’embrasser et il faut une he re pour en faire le tour. Il est obligé de se faire cercler comme une tonne, de peur d’éclater dans sa peau. »
Nous avons l'opinion d'Armand Barbès, ce Caton
LL / ARE Ce
révolutionnaire, sur les Anglais, qui lui étaient aussi antipathiques en 1858, qu'ils le sont aux Egyptiens en
Ces frères insulaires ont toujours été ainsi : fort insolents avec les faibles et passablement lâches avec les insolents.
36 francs.
Boieldieu raconte ses démêlés avec la danseuse, Mie Clotilde, sa femme. Coquette et légère, elle était plutôt faite pour jouer au théâtre les rôles de Vénus et de Psyché, que pour être la compagne d’un grand homme. C’est elle qui disait : « Je n’irai pas m’abimer la figure à sourire. » Séduit par ses charmes, Boïeldieu l'avait cependant épousée, bien inutilement, puisqu'ils n’en étaient plus à se rien refuser l’un à l’autre. L'idylle avait duré six mois. Seul, le pauvre compositeur avait pris au sérieux sa houlette de berger. Il était allé en Russie cacher ses chagrins. Il y resta longtemps ; mais il lui fallut revenir pour s'occuper de son divorce, ce qui le força à donner sa démission de maitre de chapelle de l’empereur Alexandre de Russie. Dans cette lettre qui renferme bien des tristesses, Boieldieu ajoute, pour se consoler, qu’il va donner au théâtre Jean de Paris :
« C’est un ouvrage très gai, très brillant, sur lequel on compte
beaucoup à Feydeau. J’en ai beaucoup soigné la musique ; en la composant, je me suis cru souvent à Saint-Pétersbourg. »
Jean de Paris fut représenté avec un grand succès le 4 avril 1812.
76 francs.
Curieuse épître de Cavour. Le futur promoteur de l'unité italienne se trouve à Paris. Il explique ce
qu'est le Jockey-Club et comment ce cercle fonetionne.
« Les Français sont en majorité au Club. On en trouve de tous les partis et presque de toutes les classes de la société. La politique est bannie. Celui qui voudrait élever une discussion de ce genre serait rappelé à l’ordre par le comité et, s’il récidivait, on l’exclurait du Club. Vous pouvez vous en convaincre en apprenant que dans le comité se trouvait le prince de la Moscowa et le marquis de La Rifaudière, qui s’est battu pour l'honneur de la duchesse de Berry, quand les cariistes voulaient encore en faire une chose problématique. Le Club contient des Italiens parmi lesquels le prince Belgiojoso, si célèbre par sa belle voix dans les salons de Paris et dans les mauvais lieux ; des Anglais, entre autres lord Seymour et lord Yarmouth. Les principaux membres se divisent en quatre catégories : joueurs, promoteurs des courses, amateurs des parties fines et farceurs.
100 francs.
IL n’est pas toujours facile de trouver un éditeur, même avec du talent. Cela arrive aux meilleurs auteurs, témoin Marceline Desbordes Valmore, qui écrivit de charmantes poésies et de délicicuses romances réveillant les plus frais parfums de la jeunesse et dont Paër et Garat firent souvent la musique. Elle s'adresse à Mélanie Waldor, son amie, qui signait Un bas bleu dans {a Patrie, et lui parle, sans doute, de son livre Jeunes Téles et Jeunes Cœurs.
Paris, 2 août 1851.
« Ma chère amie, dans ce grand ouragan qui pousse nos pelites barques, je ne sais plus guère où je vas. M. Dumont n'imprime plus. Charpentier frissonne à la vue d’un manuscrit, et ces deuxlà composaient pour moi la compagnie des éditeurs. En avez-vous un qui serait abordable. »
25 francs.
Ailleurs, le grand et bon Dwmas 1°, emporté comme
toujours au delà de la vérité par son imagination féconde, raconte à son amie, Mélanie Waldor, qu'il a fait, à lui tout seul, la révolution de Juillet et qu'il est appelé désormais aux plus hautes destinées.
2 août 1830.
« Je me suis battu comme tu sais que je peux me battre. Le général de Lafayette m'a embrassé à l'Hôtel-de-Ville et m'a chargé d’une mission extrèmement importante. J'ai été obligé de partir à l'instant. Je n'ai reçu qu'une égratignure à la main. Ma position est maintenant belle et bonne. »
Ton ALEXx.
61 francs.
Très galant, le grave Gokier, membre du Directoire, l'ancien collègue de Barras et de Sieyès, dans son épiître à Mélanie Waldor, écrite à l’époque où, retiré du monde, vivant en sage, il cultivait à la fois son jardin et les muses. Elle se termine par ces vers :
J'aime à vous lire et j'aime à vous entendre ! Waldor, plaignez un vieillard malheureux, Quand il n'a qu'un seul cœur, de l'avoir aussi tendre.
20 francs ce poulet parfumé du vieux conventionnel sur le retour.
Tous, nous sommes sensibles à la critique ; les compositeurs de musique comme les autres. Æérold n'y échappait pas. Il le prouve dans sa lettre à M. Bohain, directeur de l’ancien Æigaro en 1829. Elle est dirigée contre un Monsieur de l'orchestre de l'époque :
« Je n’ai pu procurer à l’un des rédacteurs de votre journal l’autorisation d'assister à la répétition générale de mon opéra, {a Belle au bois dormant. Il a publié sur moi des articles malveillants. Je me trouve en conséquence forcé de suspendre mon abonnement
au Figaro, ne voulant pas procurer moi-même à mes amis, quand ils me visitent, la lecture des choses fâcheuses qu’on imprime à mon adresse. »
60 francs.
Un billet de Jules Janin, remerciant un ami de Renvoi d'une canne, nous ramène à Balzac.
« J'ai bien peur qu’en me voyant avec votre canne on ne me prenne pour M. de Balzac, dont le jonc vaut, à ce qu'il dit, vingtcinq mille francs. »
25 francs.
Alfred de Vigny raille ainsi, avec un esprit charmant, les travers de l'insecte humain.
En ce siècle qu’on dit siècle d’égaMté,
Et que j'appelle, moi, siècle de vanité, Chacun, pour y pouvoir trouver la particule, Travaille sur son nom et le désarticule ;
Et le vainqueur de Tyr, s’il existait encor, Signerait, j'en suis sûr, Nabucho de Nozor.
Pour 6 francs, ces six jolis vers.
A citer, une très importante lettre de Joseph de Maiïstre, l'auteur des Soirées de Saint-Pétersbourg, adressée, en 1815, au prince Dolgorouki, au moment où Napoléon venait de partir pour son exil sur le rocher de Sainte-Hélène. Pas bien tendre pour le colosse, l’illustre écrivain. C’est le coup de pied du philosophe; mais il pèsera peu sur la croupe du vieux lion mort.
Paris, 12-24 octobre 1815.
« Je pense que l’on peut parler maintenant de Buonaparte, comme s’il était mort. Ses vices nous ont sauvé de ses talents. Malheureusement en montant sur le Bellérophon qui, pour la première fois, a vaincu la Chimère, il n’est pas mort tout entier ; son esprit nous
reste. Cet esprit est un mixte composé de son propre venin et de celui de ses prédécesseurs, et ce venin subtil se glisse de tout coté. Heureusement que la Providence protège la France. Le vieux livre Gesta Dei per Francos peut être augmenté de siècle en siècle. Rien de grand ne se fait dans notre Europe sans les Français. Ils ont été à cette époque ridicules, fous, atroces, tant qu'il vous plaira, mais ils n’en ont pas moins été choisis pour être les instruments de l’une des plus grandes révolutions qui se soient faites dans le monde ct je ne puis douter qu’un jour (qui n’est pas loin pent-être), ils indemniseront le monde de tout le mal qu'ils lui ont fait.
Adjugée 1,000 francs.
Femme trop sensible, mais pleine de cœur, Marie Garcia, la Malibran, devenue plus tard Me de Bériot. Elle se met à la disposition d’une artiste pour une représentation à son bénéfice. On n’est pas plus aimable. C'est le dévouement qui parle :
« Ne craignez pas de me fatiguer ni d’abuser de mes forces. Ordonnez, je suis à vos ordres. J'apprendrai dix rôles à la fois, si vous voulez, en anglais, français, chinois, italien, allemand, enfin pourvu qu’en le faisant, j’aye l'assurance de vous être utile et agréable. »
105 francs.
Bernardin de Saint-Pierre essayait quelquefois du système de Molière. Le 14 juin 1789, il complimente en ces termes une dame sur sa romance de Paul et Virginie :
« Mon premier soin a été de la lire à ma domestique, bonne femme de campagne, toute simple, qui a fondu en larmes. Je vous prie de me permettre de faire imprimer cette romance, dont tout le monde me demande des copies. J'en emploierai le bénéfice à faire habiller, à l'entrée de l’hyver, de pauvres enfants, en mémoire de Paul et Virginie et de la vôtre.
65 francs.’
Le cordonnier Simon, décapité avec Robespierre, en 1794, signe le bulletin de la santé du petit prisonnier du Temple, sur une pièce imprimée avec l'en-tête de la Commune de Paris, et contresignée des commissaires Riollot, Massé, Dericquehem et Lasnier.
Paris, 19 novembre 1792.
« Louis a passé la nuit assez tranquillement, ayant moins toussé que la précédente, de l'avis du citoyen Monier, médecin. Il a pris ce matin du petit-lait et le continuera quelques jours. Ensuite il
prendra quelques légers purgatifs, ce qui n’annonce qu'une légère ndisposition. »
740 francs pour ce très rare document historique.
Et pour finir, de précieux documents pouvant servir aux lettrés à faire d'importantes publications.
Du comte Jean de Schouvalow, Y'un des nombreux amants de l’impératrice Elisabeth de Russie, treize lettres en français à son ami Voltaire, auquel il adresse des matériaux pour une ÆZistoire de Pierre le Grand. — Correspondance vendue 4,000 francs.
Trois lettres du #aréchal Ducroc à Bourienne, sur les préliminaires de la bataille d’Austerlitz. —
Un manuscrit inédit de Mérimée, la Bataille, nouvelle faite par l’auteur à l’âge de vingt et un ans. — 4,000 francs.
Le Meunier d'Angibault, roman en cinq journées, publié en 1845, manuscrit de George Sand, avec ses ratures et ses corrections : 2,000 francs, et celui du troisième volume d'Zsidora, paru en 1847 : 200 francs.
Vingt lettres du comte de Pontécoulant, sur la
défense de la Belgique par les Français en 1814. — 1,900 francs.
Une symphonie autographe et inédite de 32 pages de Rossini, avec la copie des parties d'orchestre, prête par conséquent à être exécutée. — 500 francs.
l'inventaire de la succession de la duchesse d'Orléans, Élisabeth-Charlotte de Bavière, mère du Régent et belle-sœur les Louis XIV.Tout ce que renfermaient ses appartements au Palais-Royal, à Versailles et à Saint- Cloud, figure dans cet inventaire. La garde-robe, l’argenterie, les bijoux, les voitures, les chevaux, les médailles, les meubles, sont tour à tour prisés. Le libraire Lebreton inventorie, pour sa part, la bibliothèque en un catalogue de 59 pages. Il l'estime à 7,833 livres, 5 sous.
Conclusion : en additionnant les colonnes du prix dans chaque page, on arrive au total de 39,813 francs pour la vente du 25 mai.
Cinq jours après, le 30 mai, M° Maurice Delestre, armé de son marteau d'ivoire, monte à sa tribune, et Étienne Charavay s’assoit de nouveau à sa petite table avec ses dossiers gris, que tous les amateurs connaissent. Dans l’intérieur de ces chemises se trouve l’autographe, et sur chacun, portant le numéro du catalogue, le sommaire coupé dans ie catalogue et collé avec soin. |
Cette fois il s’agit des cabinets des défunts B. Fillon ct L. Pottier, le libraire.
Réunion moins importante que la précédente. Peu de gros prix, à part quelques pièces d’un très grand
intérêt anecdotique. C'est ainsi que le commissaire- :
priseur a adjugé, 600 francs, une très belle lettre de
"y MENT 7" 0 or 9. À
Jean-Jacques Rousseau à la marquise de Créqui, où se trouvait ce curieux passage :
Montmorency, 13 octobre 1758.
« Quoi, madame, vous pouviez me soupçonner d’avoir perdu le souvenir de vos bontés! C’étoit ne rendre justice ni à vous ni à moi ; les témoignages de votre estime ne s’oublient pas, et je n'ai pas un cœur fait pour les oublier. Je comprends, par le commencement de votre lettre, que vous voilà tout à fait dans la dévotion. Je nesais pas s’il faut vous en féliciter ou vous en plaindre; la dévotion est un état très doux ; mais il faut des dispositions pour le goûter. Je ne vous crois pas l’âme assez tendre pour être dévote avec extase, et vous devez vous ennuyer pendant l'oraison. Pour moi, j'aimerois encore mieux être dévot que philosophe ; mais je m'en tiens à croire en Dieu et à trouver dans l'espoir d’une autre vie ma seule consolation dans celle-ci. IL est vrai, madame, que l’amitié me fait payer chèrement ses charmes, et je vois que vous n’en avez pas eu meilleur marché. Ne nous plaignons en cela que de nous-mêmes. Nous sommes justement punis des attachements exclusifs, qui nous rendent aveugles, injustes et bornent l'univers, pour nous, aux personnes que nous aimons. Toutes les préférences de l'amitié sont des vols faits au genre humain, à la patrie. Les hommes sont tous nos frères, ils doivent tous étre nos amis. »
C'est la thèse un peu paradoxale et tout à fait dégourageante que soutient M. Renan dans la première partie de ses Souvenirs de jeunesse, publiés récemment par ‘la Revue des Deux-Mondes.
Plus loin, Jean-Jacques remercie le peintre La Tour de l'envoi de son portrait. Il en avait reçu un déjà, remis au maréchal de Luxembourg. La lettre est fort élégamment tournée : -
« Ce mouvement de votre amitié, de votre générosité, de vos rares talents, occupe une place digne de la main dont il est sorti. J'en destine au second une plus humble, mais dont le même seulement a fait choix. Il ne me quittera point, monsieur, cet admirable portrait qui me rend en quelque façon l'original respectable. Il sera sous mes yeux chaque jour de ma vie, il parlera sans cesse à mon
cœur : 1ls sera transmis, après moi, dans ma famille,et ce qui me à flatte le plus dans cette idée est qu'on s’y souviendra toujours de : notre amitié. » |
Très belle lettre vendue 410 franes. Il serait intéressant de savoir ce qu'est devenu ce superbe portrait? Nous ouvrons une enquête à ce sujet. Avis aux lecteurs qui pourraient nous renseigner.
Le peintre Zouis David fait appel à la justice du comité de Salut public. Il proteste énergiquement contre son arrestation.
Paris, 27 messidor an III.
« Citoyens représentants, lisez ma défense ; les scellés apposés sur mes papiers viennent d'être levés ; jugez-moi.. Je ne suis coupable que d'avoir aimé cette liberté, l'objet de nos vœux et de vos efforts, avec toute la passion d'un cœur formé pour elle. Je n'ai jamais accusé, dénoncé ni fait arréter personne. Mes ennemis les plus acharnés n’ont pu citer contre moi un seul fait de cette nature, et leur ardeur de nuire s'est épuisée sur des suppositions et des conjectures auxquelles ils n'ont trouvé d'autre base que la chaleur de mon patriotisme et l'exaltation de mes opinions.
» Ma santés'alière, mes forces dépérissent ; je sens s'évanouir dans la douleur cette faible portion du talent que je reçus et quedjei voulus consacrer à la gloire de mon pays. Ne me condamnez pas à cette perte cruelle. Ne me forcez pas à me survivre à moimême. »
Il fut mis en liberté, le 24 octobre 1795, grâce aux : actives démarches de ses amis et à la supplique adressée . au comité de Salut public par ses élèves Gautherot, Gérard, Tannay, Genty, La Neuville, Mulard, Dubois, Godefroy, Harriet, Boduin, Lafontaine, Lemaire, Léger, Berton et Devillers, qui formaient à cette époque tout son atelier et dont il est curieux de retrouver les noms et les signatures au bas de cette requête jointe à la lettre de David.
Ces deux documents ont obtenu 185 francs.
VOOR RATS RR 7 en + — ex \ ; N
Boutade pleine de verve contre le mauvais goût du jour par le gai Piron. Il s’en prend d'abord aux orfèvres, ciseleurs, sculpteurs en bois, auxquels il reproche l’absurdité de leurs conceptions décoratives et de leur style rocaille, semblable à un serpent qui se replie sans qu’on puisse l’atteindre. Passant ensuite aux architectes, il les invite à
« vouloir bien examiner quelquefois le vieux Louvre, les Tuileries ou autres maisons royales et à ne pas donner si souvent lieu de croire qu'ils ne les ont jamais vues. Nous les prions de nous faire grâce de ces mauvaises formes à pans coupés qu'ils semblent être convenus de donner à tous les avant-corps de bâtiments. Nous
les assurons, dans l'intégrité de nos consciences, que tous les angles obtus ou aigus, lorsqu'on n’y est pas absolument forcé, sont absolument mauvais en architecture, et qu'il n’y a que l'angle droit qui puisse y faire bon effet. Ils y perdront leur salons octogones, mais le salon quarré n'est-il pas aussi beau ? »
Que dirait donc aujourd'hui du style de l’époque l’auteur de {a Métromanie ?
Toujours spirituel ce que Vol{aire écrit. Il s'entretient avec le prince Galitzin de la guerre entreprise par la grande Catherine contre les Turcs.
Ferney, 19 juin 1773.
« Je suis possesseur d’un tas de boue, grand comme la patte d’un ciron, sur ce misérable globe. Il y a des papistes, des calvinistes, des piétistes, quelques sociniens et même un jésuite; tout cela est ensemble dans la plus grande concorde, du moins jusqu’à présent. Il en est ainsi dans votre vaste empire, sous les auspices de Catherine, On goûte ce bonheur en Angleterre, en Hollande, en Brandebourg, en Prusse et dans plusieurs villes de l'Allemagne. Pourquoi donc pas dans toute la terre ?
Vendue 220 francs.
Pour la première fois, toute la série des présidents des États-Unis, depuis Washington, a été présentée au
public. L'Amérique fournissant des documents aux collectionneurs ! C’est nouveau; mais ce n’est qu’un commencement. Les présidents ne sont pas cependant encore cotés à un prix très élevé. Voici les cours actuels :
1788, Georges Washington, 45 francs.
4797, John Adams, 32 francs.
4801, Thomas Jefferson, 25 francs.
1809, James Madison, 28 francs.
1817, James Monroë, 10 francs.
1825, John-Quincy Adams, 25 francs.
4829, Andrew Jackson, 20 francs.
1837, Martin van Buren, 16 francs.
1841, William-Henri Harrison, 17 francs.
1841, John Tyler, 16 francs.
1850, Millard Fillmore, 22 francs.
1853, Franklin Pierce, 22 francs.
1857, James Buchanan, 27 francs.
1861, Abraham Lincoln, 57 francs.
1877, Ulysse Grant, 25 francs.
Parlons maintenant d’un recueil de pièces manuscrites ou imprimées relatives au mariage de Louis XV avec Marie Leczinska, formé par Vicolas Menin, conseiller du Parlement et de plus collectionneur émérite du temps; rien ne manque dans cet assemblage patient et curieux : satires, relations, discours, mandements, chansons, correspondances, gravures et piècés de vers, et bien des feuilles volantes dont se trouve peut-être dans ce recueil l’unique exemplaire connu. Rareté insigne payée 1,300 francs.
Un manuscrit de Bernardin de Saint-Pierre,le plan de
su. MA sr
l'Amazone qu'il n’exécuta jamais. Cet ouvrage devait débuter par un affreux tableau des horreurs de la Révolution française. — 300 francs.
Même prix, le brouillon des Zntretiens des deux philosophes, par Camille Desmoulins. Sosthènes et Néarque discutent ensemble les graves questions de la philosophie, de la morale et des miracles.
Ordre d’arrestation du nommé d'André Chenier (sic), signé par les membres du Comité de la sûreté générale : Élie Lacoste, Jagot, Vadier, Dubarrau et Louis du Bas- Rhin avec cette mention.
« La renommée a publié depuis le commencement de la Révolution sa conduite incivique. »
210 francs.
Plus haut cotées, deux lettres des deux frères Robespierre.
La première, de Maximilien, portant aussi les signatures de Carnot, Collot d'Herbois et Billaut-Varennes. — Vendue 310 francs.
La seconde, de Robespierre jeune, adressée, de Nice, au Comité de sureté générale, le 6 germinal an II; de mémoire d'amateur, la plus belle lettre connue de ce conventionnel.
Attaqué par Bernard de Saintes, le frère de Maximilien dévoile, à son tour, la conduite de son collègue dans le cours de sa mission :
« Avilissant la représention nationale par sa tenue indécente et ses propos obcènes. Moi, j'ai fait adorer la Révolution, respecter et aimer la représentation du peuple. »
Fort discutable, cette opinion qu'avait M. Avgustin- Bon sur son compte.
La dernière vente de la saison a été faite par Eugène Charavay, assisté de M° Georges Bouland. Elle ne comprenait rien de bien saillant.
Nous y trouvons cependant Béranger, refusant, en 1848, des électeurs de la Seine, la candidature à l’Assemblée constituante. Toujours admirable de naturel et de bonhomie, le chansonnier :
Passy, 30 mars.
« Chers concitoyens, que l'ivresse du triomphe ne vous abuse pas! Vous pouvez avoir besoin encore qu’on relève votre courage, qu’on ranime vos espérances ; vous regretteriez alors d'avoir étouffé, sous les honneurs, le peu de voix qu'il me reste, Laissez-moi donc achever de mourir comme j'ai vécu, et ne transformez pas en législateur votre ami, le bon et vieux chansonnier, »
50 francs.
Rarement on aime son métier. La Malibran s’en plaint amèrement. Accablée de travail, préférant sans doute composer des chansons, des romances et des nocturnes, la cantatrice s’écrie, s'adressant à son frère :
« Plaignez-moi et priez le bon Dieu qu'il me délivre bientôt de ce chien de théâtre qui pourtant est mon pain. »
Et pourtant cette Malibran, elle était bien fêtée au Théâtre-Italien ! Avec sa fougue, sa passion, sa voix superbe, Ses gammes foudroyantes, qu'elle improvisait en. descendant de l’uf aigu au /& au-dessous de la portée, elle était l'âme de ces splendides soirées!
On se lasse de tout, paraït-il, même des plus beaux
triomphes. Les applaudissements écœurent après avoir enivré.
Même prix que la lettre de Béranger.
Un dossier pour la biographie du gentil marquis de
Sade, le patron de tous les’ pornographes passés, présents et futurs. |
Des lettres de lui, de A7ve de Montreuil, sa belle-mère, de Je de Sade, sa femme, de l'abbé et du commandeur de Sade, ses oncles, et d’A/baret, son secrétaire.
Il donnait de la besogne à sa famille, ce cher marquis, l’auteur candide de Justine, par suite de ses démêlés avec dame justice, depuis la célèbre orgie de Marseille, auprès de laquelle l'affaire de la rue de Suresnes ne serait qu'une virginale plaisanterie.
Vendu 710 francs.
Quelle piquante publication à faire à l’aide de ce dossier !
De George Sand une appréciation remplie d'amertume et de dédain pour les mensonges du passé et les erreurs du présent dont sa vie est entourée :
« La vérité n’en vivra pas moins au jour et à l’heure où elle doit vivre. Quant à moi, personnellement, je ne me soucie guère plus que des feuilles qui tombent des arbres de mon jardin en automne. Ces feuilles-là n'écrasent personne, et ceux qui les fouleraient avec colère, au lieu de marcher tranquillement dessus, auraient bien de la colère de reste et bien du temps à perdre. »
100 francs.
Enfin, dans un volume, relié en maroquin rouge, vingt-une lettres ducomte de Tressan,littérateur aimable du xvine siècle, en même temps que lieutenant général. L'auteur du roman de Jehan de Suintré, commandant d’une partie de la Lorraine, était en relation avec tous les beaux esprits de la cour du roi Stanislas. Sa correspondance, datée de Toul, de Bitche et de Nancy, adressée à M. de Vaux, lecteur du roi de Pologne, chez la marquise de Boufflers, s'étend de 1754 à 1760.
Il était fort épris de Me de Boufflers, une ambitieuse
beauté, qu'on appelait la Minerve savante et qui aimait fort à se produire, ce qui a fait dire d’elle par Me Lespinasse : « Elle s’est faite victime de la considération. » À force de courir après, elle en perd.»Elle était alors le principal ornement de cette cour de Pologne où elle joua un si grand rôle. Le comte de Tressan termine ainsi l’une des lettres qu'il adresse de Nancy :
at tu sui
«Je me meurs, je péris d'ennui ici ! Il m’est impossible d’y tenir quand Mme de Boufffers n’y est pas. Le roi n’y cause pas plus avec moy qu'avec le dernier imbécile de la cour. »
Dossier curieux. Vendu 1,950 francs.
Nous resterons maintenant jusqu’à la saison prochaine sans voir les Charavay. La première session est close. Les vacances autographiques commencent.
Les portraits de femme. — Le rouge de Hyacinthe Rigaud. — Une miniature de Mme de Sévigné et sa lettre d’outre-tombe. — Couleurs préférées par nos maîtres contemporains pour le fond de leurs portraits. — Galerie de La Béraudière, ingénues et courtisanes, actrices et duchesses, bas bleus et pécheresses, reines et chanteuses. — Trop ou rien: c'est le sort des peintres. — Le suicide ou l'hôpital, dernière ressource de ceux qui n’en ont plus. — Projet de fondation d'une Légion d'honneur pour les légionnaires de l’art. — La vente de la Société Arti et amicitiæ, — Une salle du Louvre en 1982.
Paris, 20 juin.
C’est toujours une chose séduisante qu’un portrait de femme qui nous regarde, nous souritet nous fait mystérieusement les doux yeux dans son cadre, aux heures de la solitude et de l'ennui. Mais il faut être un grand artiste pour faire apparaître, douce et belle, une vision féminine. Tout doit être imprégné de celle dont les traits vont être fixés sur la toile : les chiffons charmants qui l’entourent et les bijoux qui la parent. Modeler les chairs pour les rendre vivantes, rendre la grâce insouciante dans l'attitude, jeter de la lumière dans les cheveux et de l'intelligence dans le regard, c’est là une tâche délicate et difficile. Beaucoup et des plus forts, y ont échoué. Ils n’ont pu saisir ces impressions fugitives, mobiles comme l'onde. Les magieiens du pinceau et de la couleur ont seuls réussi en ce genre. Ils étaient tous des poètes ; ils shout des types préférés, comme