‹ L'Hôtel Drouot en (volume 3)Chapitre 67 sur 85 · LE · texte numérisé non relu

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Racine créant Phèdre; Dante, Béatrix; Shakspeare, Desdemone; Victor Hugo, Doïa Sol et Marion Delorme. — Raphaël a peint la Fornarina; Léonard de Vinci, sa Joconde ; Reynolds, Nelly 0’Brien ; Rubens a jeté des lis et des roses sur le corps charmant de Marguerite Brandt; Mignard a immortalisé le charme provocant des déesses à talons rouges de l'époque. Son portrait de Me de Maintenon est un pur chef-d'œuvre. Les portraits de Drouais et de Mme Lebrun sont des modèles de grâce aimable et séduisante.

Le grand Rigaud, la gloire de l’école française, lui, qui savait si bien conformer la composition de ses figures au caractère de ses personnages, était rebelle à ce genre de travail. Il disait :

— Je n'aime pas à peindre les femmes. Si je les représente telles qu'elles sont, elles ne se trouvent pas assez belles. Si je les flatte trop, elles ne seront pas ressemblantes.

Une belle marquise lui arriva un jour le visage fardé à l'excès. Comme Rigaud lui peignait les joues, dans un robuste empâtement, tout en projetant des ombres.

— Il me semble, lui dit-elle, que vous n'employez pas d'assez belles couleurs, quand vous en êtes à la figure. Où achetez-vous donc votre rouge?

. — Je crois, madame, répondit l'artiste, que nous nous fournissons au même endroit.

Horace Walpole avait réuni à Strawberry-Hill des merveilles dans toutes les branches de l’art. Le catalogue de vente de cet amateur anglais renferme la description d’une ravissante miniature de Me de Sévigné, placée sur le couvercle d’une fort belle tabatière blanche et ronde aux fines ciselures. Cette boîte lui avait été donnée par sa fidèle amie, Mme du Deffant,

en 1776; elle contenait dans l’intérieur, soigneusement pliée, une épitre charmante ainsi conçue :

DES CHAMPS-ÉLYSÉES Point de succession de temps.

Point de date.

Je connais votre folle passion pour moi, votre enthousiasme pour mes lettres, votre admiration pour les lieux que j'ai habités. J'ai appris le culte que vous m'avez rendu. J’en suis si pénétrée que j'ai sollicité et obtenu la permission de mes souverains de venir vous trouver pour ne vous quitter jamais. J’abandonne sans regret ces lieux fortunés. Je vous préfère à tous ses habitants: jouissez du plaisir de me voir. Ne vous plaignez point que ce ne soit qu’une peinture ; c'est la seule existence que puissent avoir les ombres. J'ai été maîtresse de choisir l’âge où je voulais reparaître. J'ai pris celui de vingt-cinq ans, pour m'assurer d'être toujours pour vous un objet agréable. Ne craignez aucun changement: c'est un singulier avantage des ombres ; quoique légères, elles sont immuables, J'ai pris la plus petite figure qu’il m'a été possible pour n'être jamais séparée de vous. Je veux vous accompagner partout, sur terre, sur mer, à la ville, aux champs. Mais ce que j'exige de vous, c'est de me mener incessamment en France, de me faire revoir ma patrie, la ville de Paris et de choisir pour votre habitation le faubourg Saint-Germain : c'était là qu'habitaient mes meilleures amies ; c’est le séjour des vôtres. Vous me ferez faire counaissance avec elles ; je serai bien aise de juger si elles sont dignes de vous et d’être les rivales de

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