‹ L'Hôtel Drouot en (volume 3)Chapitre 77 sur 85 · VENTES PAR AUTORITÉ DE JUSTICE · texte numérisé non relu

VENTES PAR AUTORITÉ DE JUSTICE

un cadre grillé — vide! Tant mieux. Je préfère y trouver des constellations de pains à cacheter que ces affiches blafardes, tristes exemples des malheurs d'icibas. A côté, une lettre de faire part pour'assister à un convoi funèbre — singulier procédé de distribution

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Publicité de la mort faite à peu de frais ! Plus loin, dans une grande bordure en bois, des ventes de chevaux de selle, de chasse ou de voiture, rue de Ponthieu, à l’établissement Chéri, créé en 1849, ou au Tattersall français, rue Beaujon, aux Champs-Elysées. L'hippodrome du pont de l’Alma, dont la saison est close, liquide également sa cavalerie. C’est le moment ou jamais, pour ceux qui veulent faire admirer dans l'allée de Longchamps leur élégance et leur habileté équestre, de se payer, pour rien, un cheval patiemment dressé en haute école.

Rue Rossini, dans le pan coupé, un avertissement qu'il faut lire, parce qu'il témoigne une fois de plus que nous n'avons rien à envier à nos voisins sous le rapport des pick-pockets; le nom est anglais, mais l'individu est trop souvent parisien, comme vous allez une fois de plus vous en convaincre aisément.

Avis de se lenir en garde contre certains individus n'étant pourvus d'aucune autorisation et ne portant pas la médaille de commissionnaire, stationnant aux abords de l'hôtel des ventes et s'y introduisant même pour offrir leurs services aux personnes ayant des objets à emporter. Ces individus qui, pour inspirer confiance, se disent attachés à cet établissement, font journellement des dupes, soit en abandonnant les objets dans la rue, lorsque la commission leur a été payée d'avance, soit en ne portant pas les objets à destination lorsqu'on néglige de les accompagner.

Les commissionnaires attachés à l'hôtel des ventes mobilières sont revêtus de l'uniforme à collet rouge, avec casquette portant les initiales C. P. Ils sont, en outre, désignés par un numéro d'ordre placé au collet de la veste et du gilet d'une facon apparente.

Hâtons notre marche. Voici d'abord rue Rossini, les ‘27

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petites affiches à la main pour les fonds de commerce, les petits mobiliers, les magasins de quincaillerie, de brosserie, de faiencerie et de chapellerie en liquidation, toutes choses dont la terminaison est gaie, mais sur lesquelles je demande, en ma qualité de curieux d’art, à n'avoir pas à m’appesantir.

Ensuite, deux grands placards : l’un bleu, annonçant la vente des défroques d’un théâtre qui serviront à monter la garde-robe des comédiens attendus avec impatience à Fontenay-le-Comte ou à Brive-la-Gaillarde pour l’ouverture de la saison; l’autre, jaune, mentionnant un stock de 1,200 paires de chaussures en cuir, de quoi garnir les pieds de tout un bataillon de lignards.

Peu de mouvement devant la grande porte. À peine quelques tapissières, là où, aux beaux jours de l'hiver, les livraisons et les réceptions se succèdent avec rapidité et font ressembler ce petit coin au carrefour célèbre des écrasés, situé, non loin de là, au commencement de la rue du Faubourg-Montmartre.

Continuons à dresser notre inventaire. La charité et l'étude ont bien droit à une petite place sur ces vastes murailles. Ici, un appel à la bienfaisance par le maire du neuvième arrondissement; là, l'avis d'ouverture des cours publics de la Société philotechnique, et, comme une dernière épave de l’épouvantable crise financière de janvier, l'annonce de la vente du mobilier de l’Anglo-universal Bank. L’infortunée ! Plus que des actionnaires récalcitrants ! Elle ouvre la marche de ces sociétés de crédit dont la prospérité n’était qu'éphémère, et qui pourraient bien, dans l'avenir, tomber, les unes aprèsles autres, comme des capucins de carte.

Pour l’amateur en quête de découvertes, l'intérêt ne s'accroît guère. Tout ce bariolage multicolore, sur lequel se détachent des ventes de vins rouges et blancs, mélées à celles de livres anciens et modernes; des ventes

d’étoffes, de broderies, confondues avec celles de che-

minées en marbre; des ventes de tapisseries, d’estampes

et d'objets d'art se serrant contre celles d'articles de ménage et de coupons de soieries, tout cela trahit la gène de quelques marchands désireux de réaliser pour faire face aux échéances pressées.

Au lieu de contempler, sur la façade de la rue Drouot, les quelques restes d'affiches tenaces soulevés par les grands vents, etle drapeau tricolore, noirci par le temps, qui flotte tristement au-dessus de la porte, portons nos regards sur le sommet du monument, à l'endroit de la frise. Là, dans de grands médaillons que j'avoue avoir contemplés hier pour la première fois, se détachent en relief des livres, des coffrets, des lyres, des bahuts et des vases étrusques qui forment comme les attributs et les métopes du monument.

Cela est laid, j'en conviens; mais c’est ce qu’il y a, de ce côté, de plus intéressant pour le moment.

Les ventes importantes vont cependant bientôt commencer. Déjà quelques égarés, parmi les amateurs, se glissent, en se dissimulant, dans la galerie du bas, appelée « Mazas. » Ce sont les plus fins limiers de la curiosité, cherchant d'heureuses rencontres dans les champs exploités par les brocanteurs de bas étage. Qui sait? cela arrive quelquefois : le bibliophile Jacob a découvert une fortune dans le double fond d’une armoire, en rédigeant le catalogue de la bibliothèque de M. de Soleinne. On raconte aussi qu’un vieux maniaque avait laissé soixante pantalons qui, suivant son testament, devaient être vendus aux enchères publiques les uns après les autres, avec le profit de tout ce que l’on y pourrait découvrir ; or chacun des acquéreurs trouva dans la ceinture une somme de mille francs en or.

Cela est encore du domaine de la réalité; mais je

plans les fureteurs, dont je parle plus haut, qui s’aventurent dans les catacombes de Mazas avec l'espérance d'y récolter un objet d'art. Je n’y crois pas plus qu'aux « trésors mystérieux des contes de fées.

Quoi qu’il en soit, une activité fiévreuse règne déjà dans les couloirs du premier étage, comme au palais Bourbon dans la salle des pas perdus avant l’ouverture de la séance. On se dispute les salles et les jours de vente; les catalogues se rédigent dans l'ombre et le silence. Toute la fine fleur de la curiosité, revenue de Trouville, de Vichy ou des voyages de vacances dans les Alpes et les Pyrénées, s'apprête à assister aux premières qui se préparent. Saison bénie des experts et des commissaires-priseurs, ta clientèle ordinaire te salue !

Comme nous le disions en commençant, l'hôtel est la M seconde patrie des collectionneurs ; ils en avaient la « nostalgie, ils sont revenus. Je les vois tous déjà à leur poste : critiques d'art, peintres en renom, artistes célèbres, financiers respectés par le krach, grands connaisseurs, marchands débineurs, acheteurs timides qui font pousser par le commissionnaire, et compères habiles qui cherchent à entrainer la foule des badauds.

Au marteau! messieurs les commissaires-priseurs. Amateurs, à vos postes ! et garde à vous ! L'Hôtel Drouot va mettre sous vos yeux les produits les plus rares du « génie et les productions les plus vulgaires de l’indus- « trie. Il faudra savoir trier; car acheter est un art dif. ficile : il exige un mélange de prudence et de hardiesse. Enseigner et définir une telle science, rédiger un code à ce sujet, établir des règles là où règne en souveraine la fantaisie, où triomphe bien souvent l’imprévu, me parait une entreprise impossible. Nous aurons la sagesse. de nous abstenir, et nous nous bornerons à vous sou-

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haiter, à tous, des choix intelligents dans cette lutte aveë le hasard.

On a déjà vendu les meubles et les livres de ce malheureux savant, Henri Giffard qui, poursuivi toute sa vie du désir de résoudre le problème de la navigation aérienne à vapeur, n’arriva qu’à construire les ballons captifs des expositions universelles de 1867 et 1878. Les publications scientifiques ont été disputées avec acharnement. La collection du Cosmos, journal scientifique hebdomadaire rédigé par l’abbé Moigno, a valu un prix considérable, et Ze Pilori, l'une des dernières feuilles satiriques de l’Empire, illustré par Pilotell, s’est vendu 700 francs.

4 novembre. — M. Georges, expert, Me Maciet, commissaire-priseur. Deux belles gouaches de Charlier, représentant de gracieuses compositions mythologiques. Adjugées ensemble, 4,060 francs.

6 novembre. — Vente C. G. Deux portraits, deux contrastes : |

Par Drolling, la Dugazon en satin blanc dans le costume de {4 Meunière.

Par le baron Gérard, Mme de Staël en buste, de trois quarts.

L'actrice : 1,500 francs;

La grande dame : 100 francs.

La visite à l'exposition de l'Union centrale des arts décoratifs, au palais des Champs-Élysées, est absolument navrante.

Souillés, tués, massacrés, remis à neuf, restaurés avec le plus mauvais goût, quelques-uns des beaux meubles : commodes, gaines, consoles, pendules, vases

de Sèvres montés provenant des châteaux de Fontainebleau, de Versailles et de l’ancien Saint-Cloud !

Perdu, déshonoré sous la dorure infime,

le mobilier prêté par les ministères. Encore nous ne savons pas tout. Dans quel état est le reste ? Le ministère de la guerre et celui des affaires étrangères ont refusé de laisser rien sortir de chez eux.

Il faut aviser au plus vite. Propriété de l'État, ce mobilier appartient à tous, et nous avons le droit d’exiger qu'il soit respecté par quelques-uns et confié à des mains intelligentes. Il s'agit, du reste, de la gloire et de l'honneur de notre industrie nationale.

A ce sujet, un journal, /e Courrier de l'art, a déjà tinté un glas funèbre dans ses colonnes. Nous nous accrochons, nous, à la cloche d'alarme. On nous entendra mieux ainsi.

Le Théâtre Déjazet. Encore un petit théâtre qui disparaît (1)! Il avait jadis remplacé les Folies nouvelles illustrées par les pantomimes du pierrot inimitable Paul Legrand. Sous l’Empire, il était devenu l’Eldorado de la jeunesse dorée en verve et en belle humeur. Comme à l’époque des Porcherons, elle eût rossé le guet, s’il était survenu, certains soirs de première un peu trop turbulente. C’est là que la première pièce de Victorien Sardou fut jouée par Virginie Déjazet et qu’elle eut ses derniers succès, la charmante Frétillon, la soubrette délurée, la muse badine des fins soupers et des galantes rencontres. Pauvre chère grande artiste, toute sa vie, elle se laissa prendre son cœur, son talent, sa fortune ; mais ce furent ses dernières folies de vouloir

(1) Ce théâtre a été rouvert par un nouveau directeur depuis que ces lignes ont été écrites.

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acheter, en 1869, ces anciennes oies nouvelles, afin de les transformer pour son fils Eugène Déjazet. Son rêve avait toujours été de l'installer dans le fauteuil d’un directeur de théâtre. Ainsi a fait récemment Sarah Bernhardt pour son fils Maurice, en prenant l'Ambigu des mains de Chabrillat.

Comme c’est déjà loin, tout cela ! Ils ont depuis longtemps des fils argentés dans les cheveux, ceux qui firent les beaux jours du théâtre du boulevard du Temple. |

« Il n'existe plus, dit le vieux Parisien du Figaro. » On va le démolir, comme on démolit tant de choses ; » de la poussière, des gravais, des plâtras..… et plus » rien. Tout est fini. On a vendu le mobilier aux en- » chères, les vieux fauteuils boiteux, les stalles brisées, » les rebords de velours fané où s'étaient appuyés tant » de bras blancs et de coudes roses, les canapés des » vieilles pièces, montrant leur crin poudreux — ces » entrailles des meubles, — les lustres aux cristaux » cassés, fêlés ; les candélabres oxydés, les décors, ces » pauvres vieux décors, gris de poussière, avec leurs » vieilles affiches pendantes comme des haillons, tout, » on à tout vendu, les appareils à gaz et jusqu'aux » bustes des poètes classiques que l’immortel M. Bal- » lande avait fait placer là contre les murailles des cou- » loirs, à l'endroit où l’on ne voyait autrefois que les » photographies court vêtues des petites actrices de la » maison! Adjugés, les bustes! Adjugés, les acces- » soires! Adjugés, les strapontins, les tabourets, les » chaises, les pupitres des musiciens, la chaise du » pompier, le bureau du directeur ! Et c'en est fait: » les fossoyeurs peuvent venir. »

Encore la fermière des jeux de Monaco! — La rivière de diamants et le collier de perles de Mme Marie Blanc. — Vertus des pierres précieuses. — La manie de l’achat, — Le facteur de clavecins Tomasini. — Le Paris entomologiste, — Une vente de coléoptères. — La logomachie scientifique.

Paris, 12 novembre.

Savez-vous quel a été le total des interminables adjudications de M° Marie Blanc de Monaco, qui ont occupé tout l'hiver une ou plusieurs salles de l'hôtel Drouot? — Trois millions huit cent mille francs! Le chiffre est colossal. Jamais coups de marteau aussi réitérés et aussi élevés ne s'étaient donnés sur un seul nom. Charles Georges et l'actif et intelligent Arthur Bloche, les deux experts, chargés de ce treizième travail d'Hercule, conduit avec un rare bonheur, se sont partagé la jolie petite somme de 114,000 franes comme honoraires.

Et cependant la vente s’est faite au milieu des plus grandes inquiétudes. Les diamants furent adjugés le jour même où le krach éclatait sur Paris. Ce qui n’empêcha pas la rivière de diamants d’être achetée 285,000 francs par un syndicat de joailliers formé entre M. Achard et MM. Clément et Oulman. Elle avait été vendue par ce dernier 400,000 franes, avec quatre ans de crédit, à la veuve du fermier de Monaco, qui achetait chaque année beaucoup plus qu’elle n’avait de revenu. Cette archi-millionnaire, qui a laissé quatre-vingt mil-

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lions, était toujours gênée. Engagée dans de grandes spéculations pour fonder des villes d'eaux, il lui fallait de larges termes pour se décider. Malgré cela, les solliciteurs ne manquaient pas.

Le célèbre collier à sept rangs de perles fines, plus | beau certainement que celui de Lollia Paulina, la femme de Caligula, dont parle Pline, était un joyau royal com-

posé par trois maisons. Le premier rang était d’abord venu d'Allemagne. Puis MM. Clément et Oulman, et enfin M. Boucheron, fournirent successivement les autres rangs, triés également avec soin sans Zowton, lonneau, ni peau piquée, comme on dit dans le commerce des pierres précieuses. Le tout avait coûté 440,000 francs.

Cette vente restera célèbre dans les fastes de l’histoire des joaiiliers.

Les sept rangs se vendirenten deux lots: l’un de cinq, 240,000 francs, et l’autre de deux, 180,000 francs, et formèrent d’abord un total de 420,000 francs.

Ensuite, suivant l’usage, l'expert M. Arthur Bloche remit, sur la base obtenue, le tout en vente à la disposition de tous.

M. Golschmidt ouvrit le feu. La belle Mme Bernard- Daki, la femme d’un ancien chambellan de Russie, se mit à faire la contre-partie des enchères. Mais, sur les confins de 435,000 francs, l’une et l’autre, trouvant le prix sérieux, désertèrent le champ de bataille. M. Arthur Bloche et M. Sarlin, un riche capitaliste de Marseille, entrèrent en lice, luttèrent quelque temps. Le marteau tomba pour le second sur le prix de 551,000 francs. Un beau coup de marteau ! Mais il n’atteint pas encore celui de 586,000 francs pour le tableau de {a Conception de Murillo ! Le gouvernement eut alors à payer, pour sa part de frais, 30,000 francs, et le vendeur près de

99,000 francs !

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Par bonté, par faiblesse, et aussi un peu par manie, Mme Blanc ne savait pas résister à ceux qui venaient la tenter. Ses nuits passaient à examiner tout ce qu'on lui apportait. On faisait queue chez elle comme le font, avec leurs cartons, à la porte des commissionnaires de la rue des Petites-Ecuries, les petits fabricants des industries parisiennes. Petits et grands marchands attendaient leur tour avec patience. Venus les mains pleines, ils s’en allaient presque toujours les mains vides.

Les pierres précieuses séduisaient surtout Me Blanc. Comme le comte Branicki et comme le duc de Brunswick, elle ne savait pas résister aux éclats chatoyants d’un brillant ou aux reflets séducteurs d’une émeraude. Elle connaissait très bien les diamants et savait en discuter comme un lapidaire la rareté, la beauté, la couleur et les prix avec une rare habileté. Peut-être croyait-elle aux vertus mystérieuses et infaillibles des gemmes, comme dans le bon vieux temps des naives croyances, où l'agate fortifiait la vue, l’onyx donnait la santé, l’'émeraude augmentait les richesses, l'œil-de-chat protégeait contre les envieux, le saphir empêchait de tomber dans la misère, l’escarboucle détournait les regards des méchants, la topaze faisait aimer et la turquoise chassait les épouvantements du cerveau. On serait tenté de le croire, en songeant à tout ce que Me Blanc conservait chez elle de pierres fines sans les porter jamais.

A l’époque de la fermeture de l'Exposition universelle, quelqu'un de son entourage réussit à la convaincre qu'il y avait un coup à faire en achetant une partie des chinoiseries invendues. C'était l'époque où, après

avoir réalisé de gros bénéfices, les habitants du Céleste- Empire, s’apprêtant à plier bagage, pouvaient donner, sans perte, leurs produits bariolés à cinquante pour cent de rabais.

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Mme Blanc se laissa conduire à la section chinoise, obtint des concessions énormes sur les prix marqués, et, croyant faire une excellente opération, elle acheta d'un seul coup pour trois cent mille francs de meubles, de bronzes et de porcelaines dont on demandait plus d'un million pendant la période la plus animée de TExposition.

À un moment donné, ses acquisitions sans cesse répétées avaient rempli ses appartements comme un orage fait déborder le Paillon desséché de Nice. C'était l’envahissement de l'encombrement. Il fallut aviser au plus vite pour pouvoir prendre livraison de ce qui restait encore à recevoir. Me Blanc acheta alors un ancien couvent abandonné depuis longtemps, rue de Navarre. Là, elle entassa jusqu’à sa mort tous ses achats. Le dortoir offrait l'hospitalité aux tapisseries, la chapelle était exclusivement réservée aux meubles chinois et japonais.

Tout cependant n’a pas été vendu. Le prince Radziwil, son gendre, a conservé pour un million d'objets d'art triés avec soin et destinés à orner son château d'Ermenonville, aujourd’hui entiérementterminé, Toutes les belles pièces venant de M. de Salverte et du marquis de Girardin ont été gardées par lui.

M. Edmond Blanc, très amateur des choses de l’extrème Orient, a également retenu pour 200,000 francs d'objets d'art parmi les meilleurs dans la série des soieries, des ivoires, des cristaux de roche et des japonneries.

Le prince Roland Bonaparte n’a pas hésité. Il a préféré n'avoir que des billets de banque.

Très charitable, M Blanc avait vingt-six domestiques. Jamais aucune personne à son service n’a été congédiée par elle. Si elle eût continué à vivre, elle serait

arrivée à créer chez elle les Invalides de domesticité. ñ 4

Ceux qui imploraient sa pitié ne s’adressaient jamais en vain à sa bourse toujours ouverte. On raconte qu'elle envoya 6,000 francs à un graveur illustrateur d'une nouvelle Bible qui ne trouvait pas l’emploi de son œuvre. Pour une modeste tapisserie à la main qu’une jeune fille lui adressa en lui exprimant la misère de sa famille et en faisant appel à son bon cœur, un don généreux de 1,500 francs fut expédié immédiatement par lettre chargée. D’autres exemples pourraient encore être cités, mais ils nous entraineraient trop loin. Disons seulement que les brillants magasins entourant le casino de Monte-Carlo, presque toujours tenus par des décavés de la roulette, étaient montés de ses propres deniers et le plus souvent alimentés, par elle, d'objets d'art, sans aucun retour en espèces.

Voulait-elle, par cette bienfaisance inépuisable, clarifier la source terrible de ruines et de deuils qui alimentait son coffre-fort ?

N’approfondissons pas.

Les collections d'instruments de musique se font et se défont comme les autres. En 1881, nous avons eu à l'hôtel Drouot la vente Arrigoni, de Milan ; cette année, celle de M. Savoye, qui renfermait quelques spécimens très remarquables. Mais beaucoup d'amateurs hésitaient à aborder cette branche de la curiosité, dans la crainte d'introduire chez eux un meuble artistique peut-être, mais absolument hors d'usage. Il n’en sera plus ainsi désormais. Ce sera sans doute une bonne fortune pour nos lecteurs d'apprendre qu’il y a un /acteur de clavecins tout comme nous avons des facteurs de pianos. Il s’agit d'un véritable artiste, modeste et trop peu connu peut-être, sur lequel on nous saura gré de revenir et de dire quelques mots de plus, dans l'intérêt de tous. Tomasini — c'est son nom — vient de s'installer, 149,

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