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L UNE EARESS à
rue Oberkampf, pour se livrer à la réparation de tous lies vieux instruments. Il a déjà fait ses preuves : M. Chouquet, le savant directeur du musée du Conservatoire, a pu, grâce à lui, rétablir, en leur état primitif, quelques-uns des chefs-d'œuvre de sa galerie musicale.
L'élan est peut-être donné. Qui sait ? tout se modifie ici-bas ; la mode des épinettes va peut-être refleurir. Pourquoi pas, après tout? Les musiciens disent le plus grand bien du clavecin. Les amateurs aimeront à compléter la couleur locale de leur ameublement ancien par un instrument qui ne sera pas aussi disparate que le piano à queue d'Érard à côté des fauteuils Louis XIV, des tentures en vieille soierie, des bergeradés de Boucher et des bahuts de Riesener ou d'André Boule. On dit que déjà les dilettanti cherchent des clavecins de tous les côtés. M. Taskin, de l’Opéra-Comique, en a retrouvé un signé de son ancêtre, le célèbre Pascal Taskin, fournisseur ordinaire de Marie-Antoinette. Il s’est adressé à Tomasini, le priant de rétablir toutes les cordes métalliques qui manquaient ainsi que beaucoup d'accessoires, et le clavecin, rendu à la vie et à la voix, a repris son antique splendeur. Vous pouvez en juger: Il est exposé au rez-de-chaussée du Palais de l'Industrie et il est l’un des étonnements des visiteurs de l’'Exposition de l’Union Centrale. Lorsqu'on entend à certaines heures les gavottes de Couperain, les menuets de Lulli ou les airs de Rameau, joués par un habile virtuose, la foule arrive de tous côtés pour écouter ces accords nouveaux, fins et mélodieux.
Tomasini n’est pas le premier facteur venu. Il a étudié très longtemps, à Milan, la construction délicate des anciens instruments à cordes : les épinettes et les virginales. On lui doit beaucoup, car il a sauvé de la destruction plus d’une de ces charmantes choses. C’est
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un vrai luthier du xvu siècle, et, s’il y avait encore une corporation des ménestriers de Paris, c’est lui qui serait, à coup sûr, leur fournisseur attitré.
Lundi, 7 novembre. — Grande fête scientifique à l'hôtel. Me Emile Maciet, commissaire-priseur, assisté de M. Henri Deyrolle, naturaliste, procède à la vente des insectes coléoptères exotiques et européens, composant les collections de M. Desbrochers des Loges.
La salle n° 7 est presque pleine; le tout Paris entomologiste est là. Je ne l'aurais pas cru si nombreux.
Des membres de l'Institut, enfermés gravement dans leur redingote, ruban rouge à la boutonnière ; des correspondants de sociétés savantes, les poches bourrées de livres et de revues ; des amateurs, enfoncés dans leur cravate blanche, le nez orné des lunettes d’or traditionnelles ; des professeurs, pantalon trop court et cheveux trop longs, se pressent, curieux et attentifs, autour de la table des enchères.
Là sont exposées à tous les regards savants les multiples variétés du genre coléoptère :les Clavicornes, aux antennes en forme de massue; les Hydrophilus, dont les pattes postérieures semblent des rames minuscules ; les Trigonotomides, au menton légèrement échancré ; les Diphucéphalides, dont la languette est cornée, et mille autres aussi harmonieusement dénommées.
Tous ces insectes, huchés sur des longues épingles, sont classés, rangés, étiquetés, dans de jolis cartons bruns à filets verts.
Pauvres victimes des manies humaines, inoffensives bêtes à bon Dieu, charançons parasites, hannetons turbulents, cantharides aphrodisiaques, qu'avez-vous fait à l’homme pour qu'il vous torture ainsi ?
Jadis, c'était l'emvoereur Domitien qui, pour se dis-
traire, vous empalait tout vifs avec un poinçon ; à présent, ce sont les collectionneurs, ces autres tyrans, qui vous piquent amoureusement sur les murs de leur cabinet.
Mais vous vous vengerez, n'est-ce pas ? Vous, charançons, vous Ccontinuerez à dévaster nos greniers ; vous, cantharides, à aiguillonner nos désirs et vous, hannetons, à voltiger dans la tête de ceux qui chercheraient à vous persécuter,
Attention ! la parole est à M. Henri Devyrolle, l'expert.
— Nous allons vendre, dit-il, un lot composé de Colydiides, de Curculionides, de Lamellicornes, de Staphiliniens, de Nitidulaires, d’Hydrocanthares et de
Chrysomélides.
J'en passe, et des meilleurs. 0 la science! l’art d’être inintelligible! — Avec elle, les hannetons deviennent
des mélolonthes ; les charançons, des calandres, et les bêtes à bon Dieu, des coccinelles !
Les cartons passent de main en main et s’adjugent; les enchères ne sont pas très animées cependant. Rien à signaler, si ce n’est une lutte assez chaude entre deux amateurs, l’un chauve, l’autre myope, qui se disputent avec acharnement un lot de Trichoptérigiens.
Homère ! que n’ai-je ta lvre? La victoire reste enfin au monsieur chauve qui sort aussitôt, l’air vainqueur, fier comme Artaban, et portant entre ses bras sa conquête comme un trophée.
Et c’est tout.
Ah çà! messieurs les entomologistes, disciples d’Aristote, continuateurs de Cuvier, émules de Réaumur, commenceriez-vous à manquer d'enthousiasme? Votre. foi se refroidirait-elle, par hasard?
Non, j'y suis, vous vous réservez pour la vente qui aura lieu les 21 et 22décembre : une collection superbe, « formée uniquement, dit le catalogue que l’on distribue
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dès aujourd’hui, par M. Javet, membre de la Société entomologique de France et d’autres sociétés savantes, qui y consacra quarante ans et qui renferme 70,000 coléoptères européens et 20,000 exotiques. »
Quelle aubaine! Ces jours-là, j'en suis sûr, nous verrons de belles batailles.
Pour aujourd'hui, on arrive tant bien que mal à 728 francs. 4
— Misère! dit l'expert navré.
Moi, simple profane, je trouve ça déjà très suffisant. Et vous ?
10 novembre. — Les Hollandais finiraient-ils par nous apporter quelques bonnes choses du Zuyderzée ? — Je suis resté longtemps sans y croire. Me serais-je trompé ?
À la vente Salomon se trouvait un brûle-parfums Louis XVI, de la forme d’un trépied antique en bronze doré, surmonté d’une coupe en métal bleui, dans une riche monture ciselée. Il a été adjugé 13,000 franes, quoiqu'il fût très contesté comme authenticité par les gens qui font autorité en pareil cas.
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L'Art de la mode. — Dessins originaux vendus à vil prix. — Dessinateurs et vignettistes du xix° siècle, — Les Racleuses de foin de Réné Vauquelin. — Le lard dans une souricière. — Le collier de perles de la vente Oppenheim. — L’écrin de Mme Du Barry. — Les créanciers du duc de Tarente., — Les portraits de la famille Macdonald.
Paris, 20 novembre.
La revue mensuelle de l'élégance, 7/’Aré de la mode, qui avait pour rédacteur en chef la spirituelle Étincelle du Figaro, a cessé de vivre avant d’avoir seulement deux années d'existence (1).
J'ai sous les yeux cette publication, imprimée d’abord chez Claye, ensuite chez Tolmer. Je tourne en ce moment les feuillets et je regarde les belles gravures noires et en couleur qui illustrent ce recueil autour duquel s’était groupée toute une pléiade d'auteurs en renom et d'artistes de talent. Et cependant, née au mois d’août 1880, /a Mode a tiré son dernier numéro au mois de janvier 1882, après avoir lutté, sans succès, mais courageusement, dix-huit mois contre l’indifférence absolue du public.
Ne pas réussir avec ces lettrés fins et délicats qui s'appellent Henri Meilhac, Théodore de Banville, Fran-
(1) L'Art de la mode vient de reparaître en décembre 1882.
çcois Coppée, Victorien Sardou, Aurélien Scholl, Ludovic Halévy, Gustave Gœtschy et Fourcaud; échouer avec des dessinateurs comme Grévin, Stévens, Henri Pille, Toulmouche, Rochegross, de Nittis, Leloir et Sarah Bernhardt, c'est-à-dire avec le dessus du panier de l'esprit et du crayon, c'est profondément triste.
Est-ce que l’on n’aimerait plus les arts dans notre belleFrance, si brillante, si grande, surtout de ce côté? C'est réellement à en douter.
Il a fallu liquider. Les dernières épaves de la revue sont venues, comme tant d’autres, s’échouer à l’hôtel Drouot. Le 10 novembre, à la salle 4, devant une cinquantaine de personnes seulement, c’est-à-dire devant l'oubli le plus complet, Me Berthelin, assisté de M. Gandouin, fait passer, de mains en mains, unegrande partie des dessins originaux, qui ont servi à illustrer les numéros.
Triste vente: Prix pitoyables pour l’art et les artistes!
N'est-ce pas le cas de dire, puisque l’occasion s'en présente pour la première fois, quelques mots de cette phalange de dessinateurs modernes qui se forme à la fin du xix° siècle et que la gloire de leurs devanciers du xvure stimule et pousse chaque jour vers de nouveaux progres ?
Aussi bien, ne sera-ce pas les venger de l'oubli dans lequel on vient de les laisser à l'hôtel ? D’un autre côté, il sera peut-être curieux de retrouver ici, à l'autre siècle, ce que nous pouvions penser de nos contemporains, alors que plusieurs peut-être, devenus à cette époque des illustrateurs remarquables, auront reçu, avec le temps, la consécration de leur véritable mérite.
Je regrette de ne pas pouvoir profiter de l’occasion pour m'occuper d’autres dessinateurs de grand talent qui ne collaboraient pas à l'Art de la mode, mais leur tour viendra prochainement. Mon ami Georges Char-
Canal 8
pentier prépare de tous les dessins importants de la Vie moderne une vente qui fera sensation dans le monde artistique. Je pourrai alors eompléter cette étude en parlant des Jeanniot, Desmoulin, Giraldon, Adrien Marie, Mars, Dien, Luigi Loir, Georges Lorin, Paul Robert, du Paty, Gerbault et bien d'autres encore qui tous jeunes, ont l'avenir pour eux.
Je parcours maintenant très rapidement le catalogue de la vente et je cite quelques-uns des prix les plus ridiculement bas obtenus par l'expert. C'est une page d'histoire artistique qui aura, je le crois, quelque attrait plus tard.
Aus. BertranD. — Élève de Pils. Peintre et sculpteur. Grand amateur d'escrime. A fait de fort beaux dessins d'académie. Aime beaucoup les études de bals, de caboulots, de musettes de Paris.
La Féle de l'inauguration de l'hôtel de ville de
Paris, 61 francs. — Vue du chäleau de Chenonceaux, 28 francs. — Za maison Chevreux-Aubertot, 20 francs.
Maurice BLum. — Talent calme, égal, un peu monotone. Rien de transcendant. Dessine bien cependant. Adopte surtout les sujets du xvirr° siècle.
Jockey avant la course, 10 francs.
Brun. — Comme peintre, voit juste. A fait de très jolies marines de Marseille. Coloré et puissant. Comme dessinateur, habile et très consciencieux. Nature très artistique, hésitante cependant dans les choses un peu grandes.
Visite à bord, 28 francs.
NORBERT GOEUNEUTTE. — Un peintre qui ne manque pas d'avenir, mais dont le dessin est pourtant quelquefois un peu lâché. On dit qu'il se révélera complètement
cette année dans son tableau du ÆZavre.— En tous cas, note personnelle très agréable.
La Promenade au bois, 100 francs. — Pas encore coifée, 5 francs. L'expert avait demandé 60 francs!
BiGoT. — À quelques progrès à faire pour arriver à -
bien dessiner. Se sauve par l'audace et par un certain chic. Possède un je ne sais quoi qui étonne et séduit.
Plage de Trouville et ballon du Louvre, 18 francs. — Le marché aux fleurs, 10 francs. — Aux Luxemnbourg. Expert : 20 francs ; public, 4 francs !
JUNDT. — Alsacien alsaciennisant. Peinture vague et un peu de convention, mais d'un joli sentiment. Ses dessins sont dans le même esprit. C’est un talent, mais peu varié.
L'Ange de Noël, légende, 35 francs. — Za partie de canot, 20 francs. — Z’Apparition, 29 francs.
Louise MENIL. — Une grande habileté de main. Une connaissance parfaite des plissés, retroussés, chiffonnés, froncés, creusés, bouillonnés et autres accessoires de la toilette des femmes. Seulement, ce n’est plus de l’art, c’est de la gravure de modes.
Portrait de M" Massin, 9 francs. Toilette de ville. Prix demandé : 15 francs; vendue : 3 francs. Dans les mêmes prix, des croquis, des fantaisies diverses, des costumes de dames et des compositions pour culs-delampe.
GuiLLEMaRD. — Fait de l’eau-forte un peu làchée. Environs de Dieppe (inédit), 7 francs.
MESPLÈS. — Sait dessiner; mais son crayon manque un peu d'esprit. À de l'imagination. Le libraire Bellin iui a demandé d'illustrer, cette année, la Pipe cassée de Vadé, poème héroïco -tragi- poissardo - comique.
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Feyghine. L'expert avait fixé 25 francs. Vendu 3 fr. Même résultat à peu près pour les portraits de Jwdic, Granier, Lody, Réjane et la princesse AZ/exandrewnu. — Les Ombrelles, 2 francs! Les Éventails, 3 francs!
… PrerRE MOREL. — Ancien pensionnaire du théâtre de la Porte-Saint-Martin. Le plus brillant élève de Henry Somm, ce graveur si apprécié dans ses pointes sèches. Le Calendrier théâtral de Morel est un succès. Le Pitre, Au café, Ombres chinoises : 5 francs. — Le Garde-chasse, 2 francs.
EpMonp Mori. — Chroniqueur du Paris de notre époque. Mort à 58 ans, au mois d'août de cette année. Travaiilant sans relâche, d'une fécondité extraordinaire, il connaissait admirablement son monde. Rien n'était fait de chic, tout était posé. Il avait une verve endiablée. Personne mieux que lui n’a reproduit avec esprit les élégances de la vie mondaine : les duchesses et les cocottes, les joueurs et les casinos, les cancans des théâtres et les sermons de la Madeleine. Bien qu’il demeurât tout en haut du boulevard Saint-Michel, en face du Luxembourg, et qu'il sortit peu, il savait reproduire admirablement les scènes des grands boulevards, comme s'il les étudiait en flâneur toute la journée. Marcellin, de {a Vié parisienne, avait fait un coup de maître en se l’attachant pendant de longues années comme son principal collaborateur. Morin a contribué beaucoup à la fortune de ce journal.
La Vie moderne, le Monde illustré, l'Illustration, le Magasin pittoresque, l'Univers illustré, le Tour du monde, le Musée universel, la Gazette des beaux-arts se disputaient ses dessins, souvent faits avec une incroyable facilité, mais toujours charmants. Les livres que Morin a illustrés sont nombreux, et tous les bibliophiles connaissent son chef-d'œuvre : Monsieur,
Madame et Bébé, de Gustave Droz. Il n’est pas possible d’être plus spirituel et plus parisien. |
Et cependant, /a Grande loge du Gymnase n'a obtenu à cette vente que 41 francs, et divers croquis, sous la désignation de la Maissance des perles, n'ont valu que 40, 41 et 35 francs.
DE Nrrris. — Un desplus brillants peintres modernes. Il va peut-être trop depuis quelque temps du côté des impressionnistes. Il devrait s’en tenir à sa Vue de Trafalgar-square, qui est un pur chef-d'œuvre.
Deux aquarelles : Jeune femme dans l'avenue du bois de Boulogne, 67 francs.
PaILLeT. — Peu connu encore. Dessine bien pour le moment. À juger plus tard. Monsieur, madame et les bébés, 28 francs.
Hexr: Pire. Beaucoup de talent. Un campagnard né à Paris et qui ne l’a jamais quitté. Grande mémoire. Ne consulte jamais aucun ouvrage d'histoire et fait le plus souvent du dessin historique. Toujours prêt à prendre un croquis n'importe comment, partout où il se trouve. {Il n’a pour cela qu’à plonger la main dans ses poches bourrées de pastilles d’aquarelle. Pas besoin d’eau, la salive suffit. En résumé, l’un de nos meilleurs dessinateurs. |
Fakir en prière, 26 francs. — Ze Fakir et le Perroquet, 25 francs. — Un Tambour de la Mascotle, 80 francs. — Souvenir de l'Inde, 41 francs. — Zettre ornée de figures, 32 francs. — Ze Sous-Licutenant, souvenir de garnison, 120 francs. — Za Châtelaine, 0 francs. — Zettre ornée, 22 francs. — Frontispice de la Mode avec costumes de toutes les époques, 100 franes. — Un autre frontispice, 155 francs.
RocHEGROSS.-— Très habile, très fin, maïs raille un peu trop les lois de la perspective.
Le Baïser, 24 franes. Le Chat, 10 francs.
GAULTIER SAINT-ELME. — Encore peu connu. A une note personnelle très agréable. Dessin léger et facile. Copie beaucoup les tableaux de maître et les reproduit bien, avec leur sentiment particulier.
Le Guet-apens, 16 francs. — Ze Portrait, d'après Carolus Duran, 6 francs. — Portrail de mue de Peyronny (Étincelle), 19 francs. — Aux Champs-Élysces. d’après de Nittis, 10 francs — Za Coupe des cheveux, 29 francs. — Zntérieur de serre, 29 francs.
BLANCHE PIERSON. — La catalogue indique : PIERRON. Nous pensons néanmoins qu'il s’agit de la charmante actrice du Vaudeville, collectionneuse raffinée et peintre qu’il faut maintenant prendre au sérieux. Travaillant assidûment l'hiver dans son atelier du boulevard Haussmann et l'été dans sa petite maison de Pourville, près de Dieppe, l’élève de Chaplin, expose à tous les salons des œuvres qui sont chaque fois en progrès très réel. Ce n’est plus de la peinture d’amateur ayant droit à toutes les indulgences mondaines, mais de la peinture d'artiste sur laquelle la critique s'arrête et dont elle commence à s'occuper volontiers.
Mme *** Q Nice, aquarelle, 10 francs.
RENÉ VAUQUELIN. — Élève de Cabanel. A son retour d'Algérie, il paraissait vouloir adopter, comme spécialité, les types du pays et les vues d'Orient. Il n’en est Mots +
Avec les Racleuses de foin, dessin exposé au Salon de 1881, et vendu 250 francs, il a eu les honneurs de la séance et le plus beau coup de marteau de Me Berthelin.
46 novembre. — Toujours en vogue, les premières éditions des romantiques. Dans une vente du libraire Detaille, Saint-Jorrès, son confrère, a acheté fortunio,
de Th. Gautier (Paris, Desessart, 1838), 1 volume in-8&, broché, couverture imprimée, édition originale, 235 fr. — Le libraire Conquet a pris Mademoiselle de Maupin, édition rarissime (1835), 2 volumes in-8°, brochés, couverture imprimée, déchirure au tome second : 830 francs. — M. de Janzé, à la même vente, s’est payé pour 760 francs la collection complète de la Gazette des Beaux-Arts (1859 à 1877); en tout, 43 volumes avec les tables.
17 novembre. — Le Paris artiste, collectionneur et mondain, envahit depuis trois jours la salle n° 4, qui a pris un petit air de fête.
Il s’agit des brillants, des pierres de couleur et des perles fines qui ont cessé de plaire à Me Oppenheim et qu'elle vend avec l’aide de deux commissairespriseurs, MM Appert et Chevallier, et de deux experts, M. Charles Mannheim et M. Lemoine.
Tous les joailliers sont accourus.
La foule est bigarrée : le comte de Bazenghen, le prince Zurbo, MM. Benedetti, Waldteuffel, Moravitz, de La Charme, Cooper, Talazac, de l’opéra-comique Baron, des Variétés, et un très grand nombre de jolies actrices et de délicieuses demi-mondaines aux yeux brillants comme des escarboucles, aux dents blanches et aux ongles roses. Elles savent trop bien, toutes, que les diamants sur une femme sont comme du lard dans une souricière.
Voici quelques-unes des enchères ; elles auraient été certainement plus élevées si une crise terrible ne sévissait pas sur le commerce de la joaillerie par suite d’un stock de pierres supérieur aux besoins.
Un superbe collier à cinq rangs de 300 perles est adjugé au prix de155,060francs. L'expertavait demandé 220,009 francs.
Trois parures en brillants, rubis, perles et turquoises, mises en trois lots aux enchères, produisent 24,850 fr., et le tout réuni en un seul est poussé jusqu’à 44,100 francs par M. Dumoret, un riche orfèvre de la rue de la Paix.
Une ceinture ornée d’un gros diamant entouré de brillants, de turquoises et de roses. 15,425 francs.
Une paire de solitaires. 10,100 francs.
Une paire de perles poire. 7,900 francs.
Cinq chatons en brillants. 6,200 francs.
Un grand soleil en émaux de couleurs ; au centre, un gros brillant ; les rayons composés de334 brillants, d'un saphir et de roses. 15,610 francs.
Mme Oppenheim, lorsqu'elle mettait toutes ces pierreries, devait étinceler comme une constellation. Cependant, comme toutes les femmes quiaiment les bijoux, elle devait éprouver autant de plaisir à les regarder, à les classer, à les montrer, qu'à les porter.
Cet écrin étaiten résumé fort beau. Il a produit 470,000 francs ; mais valait-il la grande parure dont la Du Barry se paraît les jours de réception. Elle ne comprenait pas moins de 4,480 diamants jetés partout sur sa robe, comme des gouttes de rosée écloses au matin sur les buissons. Il y en avait de tous les côtés sur la pièce de corps, sur les tailles de devant, sur les épaulettes, sur la ceinture et sur le trousse-queue ou nœud de derrière.
Louis XV avait donné un million de diamants; mais le joaillier qui eut à fournir le reste réclama trois cent mille livres.
19 novembre. — Encore une tristesse de plus à enregistrer dans les fastes de l’officine des ventes ! — Le duc de Tarente, chambellan de Napoléon II, ancien membre du Corps législatif, serviteur dévoué de l’empire, est mort l’année dernière, ruiné et criblé de dettes.
— AN Vo ROLLANT ATARI L' PROMO
Ses créanciers se sont abattus sur sa succession, mise immédiatement sous séquestre. Usant de leur droit, ils ont réclamé du tribunal les dernières épaves de cette fortune et, æ
Sans respect pour une race ancienne,
sans pitié pour des souvenirs qui datent déjà de près d'un siècle, ils ont exigé que les portraits de famille, ne jouissant d'aucun privilège, passassent sous le marteau du commissaire-priseur.
Puisse ce fait sans précédent dans les annales de l'hôtel Drouot n’avoir jamais de seconde édition ! Rien ne serait, en effet, plus navrant, pour les survivants d’une grande maison, que de voir s’étaler en des mains étrangères les portraits de leurs ancêtres. C’est quelquefois tout un passé de gloire, de vertu et d'honneur qui est écrit sur ces toiles; c’est, dans tous les cas, l’histoire, l’état civil même de la famille, et nous estimons qu’à ce titre elles doivent, comme les lettres et les parchemins, être respectées, quoi qu'il advienne et d’où qu’elles viennent.
Le duc était fils de Macdonald, un des héros du premier Empire, et de Mie Ernestine de Bourgoing, sa troisième et dernière épouse. Charles X et la dauphine, duchesse d’Angoulème, l'avaient tenu sur les fonts baptismaux. On ne pouvait commencer la vie sous de plus heureux auspices; mais hélas ! la fortune est capricieuse et les destins sont changeants !
Dans cette vente qui vient de se faire figuraient aussi des armes ayant appartenu à Macdonald, parmi lesquelles deux sabres d'honneur, dont l’un lui avait été donné par Napoléon Ier, le soir même de Wagram, en même temps que son bâton de maréchal. |
Pauvre grand soldat! héros de tant de journées fameuses, quand tu franchissais le Wahal glacé, sous le
feu des batteries anglaises, lorsque tu combattais à Jemmapes, à Leipzig, à Lutzen, à Bautzen; quand, à Wagram, tu décidais la victoire, tu n'aurais jamais pu le croire, si on t’avait prédit que les armes dont tu faisais un si noble usage s’étaleraient un jour sur les comptoirs d'une salle de vente, et, comme dernier champ de bataille, ne verraient plus que le feu des enchères.
Dire que ces souvenirs de notre gloire nationale pouvaient devenir, pour quelques pièces d'or, la propriété d’un Prussien ou figurer dans l’étalage d’un brocanteur interlope ! ourénséieent il n’en a rien été : les sabres d'honneur ont été rendus à la famille, et le reste a été pieusement racheté par elle.
Un tromblon a été adjugé 380 francs à M. de Massa, le membre bien connu du cercle des Mirlitons, auteur de maintes revues intimes et du Service en campagne, un petit rien joué dernièrement à la Comédie-Française.
M. de Couëssin a payé 600 francs un grand tableau représentant le maréchal, et un portrait du duc de Tarente tout enfant, peint par Horace Vernet, a été acheté par M. de Bourgoing, l’un des neveux du compagnon d'armes de Bonaparte.
Tout est bien qui finit bien.
La vieille argenterie française. — La chocolatière en or et la terrine de la collection du baron Jérôme Pichon. — Les maîtres orfèvres. — Les quatre poinçons du vieux Paris. — Vente Senoutzen de Lille. — Mort de Beurdeley père. — Les bijoux de Mne Guérard de Saint-Geniès.
Paris, 30 novembre.
L'argenterie française ancienne est tout ce qu'il y a de plus rare. Les édits de Louis XIV, la Révolution de 93, et surtout la panique de 1848, ont fait disparaitre les plus belles pièces d’orfèvrerie dans le creuset de la Monnaie. À Paris, ce qui reste de beau en ce genre est revenu en grande partie de l'étranger. Les trouvailles en province ne comportent plus guère que des objets très ordinaires, sauvés des secousses politiques ou conservés précieusement par la petite bourgeoisie de l'époque.
Depuis la vente du baron Jérôme Pichon, rien de bon, de vrai, d’extraordinaire n’a passé à l'Hôtel sous le marteau, et votre serviteur se croit quelque peu autorisé à l’affirmer, puisqu'il fait de l’argenterie sa spécialité et qu'il cherche vainement à enrichir sa collection. A cette vente, qui eutlieuen 1878 par les soins de Pillet et de Mannheim, 131 numéros, choisis avec soin par legrand maitre de l’orfèvrerie, donnèrent la somme totale de 241,234 francs. Une chocolatière en or de 1708 atteignit 18,379 francs, y compris les frais, et une terrine
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de 1729, la plus belle chose connue en argenterie, valut, dans les mêmes conditions, 42,000 francs. Ces deux objets furent acquis par son secrétaire pour le prince Demidoff. Ils partirent pour Florence, d’où ils sont revenus chez nous lors de la vente de San-Donato, en 1881.
Cette collection est délicate à faire. Le goût et la science de l'ornement ne suffisent pas. Il faut, pour arriver à s'y connaître un peu, avoir étudié patiemment les beaux modèles du genre, dessinés et publiés au siècle dernier par Forty, Masson, Germain, Eisen, Meissonnier et Roëttiers ; avoir vu les œuvres principales des orfèvres célèbres ; avoir bien dans l'œil le faire des Jacques Ballin, Nicolas Besnier, Thomas Germain, Lehendrick, François Joubert et Auguste, le dernier de la série, celui qui exécuta la couronne du sacre de Louis XVI.
Cependant, l’argenterie ancienne ne manque pas. Au contraire, elle fourmille. Il y en. a chez tous les marchands autant qu'on en désire. Mais il s’agit de pièces ad usum ignorantis, plus ou moins bien arrangées avec patience par les contrefacteurs. Ils savent habilement tirer parti des plats et des timbales anciennes, ou fabriquer, à l’aide du surmoulage, des objets usés ensuite dans leurs parties les plus saillantes, afin qu’ils ne trahissent pas leur jeune âge. N’insistons pas. Nous pourrions troubler certaines consciences en allant plus loin dans la divulgation de procédés que nous connaissons de longue date.
Heureusement les faussaires, peu érudits d'ordinaire, ou trop paresseux pour étudier dans les livres, ne connaissent pas la clef guidant d’une façon presque infaillible les amateurs d’argenterie : ceux-ci, négligeant les pièces de province, presque toujours gauches et mal faites, s’en tiennent toujours à la fabrication dont Paris
était le centre le plus estimé en Europe au xvue et au xviu® siècle. Pour eux, le vieux Paris est facile à reconnaitre, ainsi que sa date et son auteur. Chaque morceau d'argenterie doit toujours porter des poinçons sur lesquels nous nous étendrons peu, puisquenotre excellent ami et maitre, le baron Jérôme Pichon, doit prochainement faire paraître sur ce sujet un ouvrage précieux dont les fonds ont été votés par la Société des bibliophiles français dans l’une de ses dernières séances. Nous nous bornerons à indiquer très sommairement des règles générales. Ces poinçons indispensables à connaître sont au nombre de quatre :
1° Poinçon du Régisseur du droit de marque, établi en 1672. C’est toujours un À avec une couronne royale fermée. La forme de cette lettre varie suivant chaque fermier en exercice.
20 Poinçon de la Maison commune, servant à établir le titre de l'argent, et frappé par l’un des gardes de la corporation des orfèvres. Surmonté d’une couronne ouverte, il se compose d’une lettre majuscule romaine représentant, exceptéle Jetle V, une lettre de l'alphabet changeant chaque année et revenant, par conséquent, tous les vingt-trois ans. La première lettre, A, fut insculpée à la Cour des monnaies le 5 février 1506.
3° Poinçon du Maitre orfèvre ayant fait la pièce et accompagné de ses initiales. Il est toujours accompagné d'une fleur de lis, de deux points et de certaines autres dispositions spéciales.
4° Poinçon de Décharge, équivalant à la quittance définitive de tous les droits; toujours minuscule, il se compose d’attributs divers. Il était mis par le fermier en exercice, lorsque la pièce achevée allait être offerte aux acheteurs,
Notez, en outre, que l'endroit précis où devaient être,
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