‹ L'Hôtel Drouot en (volume 3)Chapitre 80 sur 85 · CES · texte numérisé non relu

CES

A : je dd k :

voyant plus belles et mieux parées, ils pe donr rc et payeront, ce qui est l’essentiel. LRO

Que vous nous connaissez bien, à séduisantes d'Ével -

Tr ki,

e si me

n gp âes

ES

Un chapitre sur la pluie et le beau temps. — L'année de la pluie. — Une pluie de ventes. — Petites pluies gâtent les grands chemins. — Le vieux pont de Cassel produisant des vieux meubles. — Horsin-Déon, peintre, restaurateur et expert. — Plan-catalogue du musée du Louvre.

Paris, 1er décembre.

Pluie sans cesse ! pluie toujours ! Nous avons eu un printemps mouillé, un été aquatique, un automne diluvien et l'hiver s'annonce par des cataractes. L'année 1882 pourra s'appeler l'année de la pluie,

Il a tant plu Qu'on: ne sait plus Dans quel mois il a le plus Plu.

Je lui en veux, à cette année qui s'achève et pendant laquelle tous les éléments conjurés, au physique comme au moral, ont été déchainés. Elle a commencé par la tempête du krach, qui a bouleversé tant de fortunes et d’espérances ; elle a continué par la bourrasque égyptienne ; elle a piétiné tout le temps dans la boue, en plein gàchis politique. Pour rafraîchir et calmer la fièvre qui nous a dévorés, l’hydraulicien céleste n’a cessé de tenir ses robinets ouverts. Nous avons vécu sous une douche perpétuelle pour la grande joie des marchands de paragons.

Au moment où je trace ces lignes, la pluie tombe à verse ; le sol se convertit en marécage ; il fait un temps à ne pas mettre un chroniqueur dehors, et cependant, je devais, en sortant, aller puiser rue Drouot les éléments nécessaires pour écrire ce chapitre.

Depuis quelques jours, en effet, il tombe, drue et serrée, une pluie de ventes sur l'hôtel; les salles ne désemplissent pas : les Hollandais règnent sans relâche en souverains maîtres ; des collections nouvelles arrivent chaque jour d'Espagne, d'Italie et d'Allemagne, et plus que jamais les experts et les vendeurs font à leur gré la pluie et le beau temps dans le temple de la curiosité.

Quant aux amateurs, candides et sans défiance, oisifs et fortunés, ils ne savent plus s'abstenir : ils se laissent faire et suivent le torrent, achetant tout ce qu'on leur présente, égrenant le contenu de leur bourse enachats sans valeur, oubliant qu'ils ne formeront jamais ainsi « une belle collection. Ils devraient bien savoir cependant que, suivant le proverbe, « ce sont les petites pluies qui gâtent les grands chemins. » j

Cette pluie qui fouette les vitres de mon cabinet de travail est profondément détestable. Elle ne nous quitte pas et nous condamne à un refrain monotone. Si, en sortant de chez moi, je rencontre un ami, la première parole qu’il m'adresse, c’est: « Ah! l’affreux temps! » J'entre chez mon coiffeur; à peine assis, l'artiste capillaire se penche et murmure à mon oreille: « Il ne fait pas bien beau aujourd’hui. » Le cocher qui meconduit ne me parle que des pourboires insuffisants qu'il récolte, vu les intempéries de la saison. Le garçon, en me servant mon café, se désole parce queles clients n’ont plus soif par une humidité pareille. Le débitant de tabac déclare qu'il ne vend plus de cigares, et que chacun reste à fumér la pipe dans son intérieur. Mes fournisseurs ordinaires trouvent que la température ne fait pas

RER ET, Cole f y

marcher les affaires qui vont à vau l’eau. Au théâtre, on se plaint; les recettes baissent, aucune pièce ne peut lutter contre le mauvais temps. Ma marchande de journaux elle-même me salue du même refrain : plus que jamais les journaux Gowillonnent comme les torrents qui s’engouffrent sous les trottoirs du boulevard

Pluie sans cesse ! pluie toujours!

Pluie d'août accompagnée d’un gros vent de sud! Semblable à la douche du hammam, l’ondée tombe comme un Ï formant un angle droit avec la terre.

Pluie de septembre ! vent de nord-ouest. On commence déjà à frissonner; l'élément humide vous arrive en diagonale. On lutte contre lui, le parapluie incliné ; on patauge, on s'embourbe, on cherche en vain un automédon complaisant qui veuille bien vous recueillir. Des groupes nombreux se précipitent sur les omnibus ; la foule s'engouffre dans des passages trop étroits ou se réfugie sous les porches.

Pluie de novembre, poussée par le vent d'ouest; c’est l'époque de l’équinoxe. Le New York Herald a cäblogrammé une tempête. Elle arrive; la voici! La pluie, poussée violemment, ne peut même plus tomber; elle finit parallèlement à la terre. On reste calfeutré chez soi à regarder avec pitié les malheureux que la lutte {or the life oblige à passer sous nos fenêtres.

Pluie sans cesse ! pluie toujours !

Aller à l'hôtel, j'y renonce; du reste, il est trop tard. Mes lecteurs indulgents se contenteront cette fois d’une poignée de nouvelles glanées de droite et de gauche, et j'éviterai ainsi la fluxion de poitrine qui vous guette, avec l’averse, au détour du chemin.

« Je m'en vais vous entretenir aujourd'hui de ce qui » s'appelle la pluie et le beau temps, c’est-à-dire de » choses indifférentes, » écrit quelque part Mme de Sévigné. “+

COURRIER : TR CC 1. e 3

Je procéderai, moi aussi, cette fois, comme la grande épistolière. Je ferai de mon mieux, non pas pour avoir autant d'esprit qu'elle, ce qui serait difficile, mais pour varier mes alinéas de façon à ne pas être monotone et ennuyeux comme la pluie.

Voilà qui va faire tressaillir les fibres des adorateurs du vieux bois. Le pont reliant Mayence à Cassel, construit avant l’ère chrétienne, déclaré hors d'usage, vient d'être démoli.

Un adjudicataire s’est rendu propriétaire de ces précieux débris. Il fait annoncer dans tous les journaux qu'il revend les poutrelles au détail. Des trous de vers authentiques, cela vaut cher pour la contrefaçon. À combien de buffets, de dressoirs, de coffres, de bahuts et de tables qui se dédoublent, va donner le jour cette vieille démolition ! Prenez garde désormais, amateurs, mes amis, aux crédences Henri II, aux meubles Jean Goujon, aux caquetoires et aux chayères des barons farouches du moyen âge. Regardez tout avec soin, en vous souvenant du vieux pont de Cassel.

Horsin-Déon, un honnête homme, un artiste, maître en son genre, connaisseur parmi les connaisseurs, vient de s’éteindre.

Il fut successivement peintre, restaurateur de tableaux, expert et écrivain. Il était né à Sens, en 1812, dans cette Bourgogne qu'il aimait, et où il est retourné mourir.

C'était un prédestiné. Quand il était tout enfant, son père, amateur distingué, toujours à la recherche de quelque objet curieux, de quelque pièce rare, mettait le cheval à la carriole et l'emmenait chaque dimanche à la découverte dans les châteaux et les fermes des environs.

Dans une de ces pérégrinations artistiques, ils trouvèrent une splendide garniture de cheminée en porcelaine de Sèvres offerte par Louis XV à un personnage célèbre. Cette garniture, qu'ils payèrent 200 francs, fut revendue depuis, en Angleterre, la somme considérable de 60,000 francs.

Le goût de la curiosité mène à l’amour de l’art, — Le jeune Horsin-Déon, poussé par la vocation, en raison du milieu dans lequel il avait été élevé, se fit peintre. Langlois, un vieil artiste qui avait connu Fragonard et Chardin, lui donna ses premières leçons. Il passa ensuite à l'atelier Rioult, où 1l se lia avec Théophile Gautier et Charles Blanc. Cette période de sa vie ne parait pas en avoir été la plus brillante. Il exposa cependant; mais trop artiste pour s'illusionner sur sa propre valeur, il renonça vite à créer lui-même, et se consacra exclusivement à la restauration.

C'est alors qu’il alla apprendre en Belgique les principes de cet art qu’il a qualifié dans son livre: De la conservation et de la restauration des tableaux, « le plus ingrat de tous. »

« Dans cette partie de l’art, dit-il, il faut une entente » parfaite de la couleur et de l'harmonie. Il faut renoncer » à toute individualité, s’oublier complètement pour se » rendre l’esclave du maitre que l’on doit retoucher et » s'identifier avec lui. Il faut que le peintre-restaura- » teur, quand il aura acquis la partie mécanique de l’art, » s'applique à la connaissance des différents procédés » qui distinguent les diverses écoles, ainsi que ceux qui » sont propres à chaque maître en particulier, afin que » ses retouches se marient avec celles des œuvres en » réparation. »

Il sut mettre ses principes en application. Admirateur passionné des maitres, vivant dans leur intimité, les étudiant sans cesse, il parvint à découvrir leurs se-

crets: la préparation de leur toile, leurs pâtes, leurs glacis, leurs procédés. Aussi imitait-il la touche de chacun dans la perfection !

Bien des tableaux qu’on croyait perdus sont maintenant en sûreté, grâce à lui, dans les musées ou dans des collections particulières.

En 1849, on mit au concours la place de peintre restaurateur des tableaux et musées nationaux. Ce fut lui qui l’obtint. Deux ans plus tard, en 1851, sur les instances de plusieurs de ses amis, il publia chez Hector Bossange l'ouvrage que nous avons cité plus haut, composé, parait-il, de fragments et extraits d’un travail fait pour un étranger distingué qu'il avait accompagné pendant quelques mois dans des excursions artistiques.

Ce livre tout spécial, dédié par l’auteur à M. G. Doazan, comme un hommage d'estime et d'affection, a été beaucoup traduit et souvent imité. Il renferme les éléments de l’art du restaurateur, l'historique de la partie mécanique de la peinture depuis sa renaissance jusqu’à nos jours; une classification de toutes les écoles ; des recherches et des notices sur quelques grands maîtres. C'est une œuvre consciencieuse, savante et tout à fait remarquable.

Enfin — quatrième incarnation — en 1859, Horsin- Déon devint expert. Là encore il se montra supérieur, digne émule des Paillet et des Pérignon. De 1859 à 1870, il fit peut-être cinq cents ventes, entre autres celles du duc de Mon, du maréchal Soult, de M. Boittelle, le prédécesseur de M. Piétri à la préfecture de la Seine, et du duc de Persigny.

A ce propos, il nous revient un détail intéressant. Antérieurement à cette époque, au cours d’un voyage qu’il fit en Jialie, il acheta la collection du cardinal Fesch, qu'il revendit ensuite en France.

l'elle fut la carrière, bien remplie, comme on le voit, de cet artiste laborieux et modeste qui, s’il n’a jamais brillé au premier rang, n’a pas moins conquis dans le monde des arts une honorable et bien légitime réputation.

Plan-cataloque du musée du Louvre. — Tel est le titre d’un livre nouveau qui vient de paraitre.

Ce livret, très élégant et très commode, ne ressemble en rien à ses aînés pour la plupart volumineux, embarrassants et sans aucune utilité pratique.

L'auteur, qui dissimule trop modestement sous les initiales P. R. sa personnalité d’érudit et de lettré, laissant de côté les appréciations critiques, a voulu simplement faciliter à tous les visites au musée du Louvre.

C’est le fil d'Ariane ; à l’aide de ce guide, rien n’est, en effet, plus aisé que de se diriger à travers ce labyrinthe,: on sait, dès que l’on entre dans une salle, quelles sont les œuvres importantes qui s’y trouvent et l’on peut aller tout droit, sans perdre son temps en recherches fatigantes, à la toile qui intéresse, au tableau qu'on veut voir. ;

La disposition en est très simple.

Sur chaque page est tracé le plan par terre d’une salle. Ici sont indiquées les portes ; là les fenêtres. On place devant soi le feuillet du volume correspondant à la salle où l’on est, dans le sens où l’on se trouve, et, sans qu'il soit nécessaire de s'approcher à chaque instant des murs pour lire les indications contenues dans les cartouches ou sur les bordures, on n'a, pour être renseigné, qu’à consulter son livre et à lever les yeux.

Le soin avec lequel ce petit volume a été fait, l’idée ingénieuse qui a présidé à sa confection, assurent son succès,

512 L'HOTEL DROUOT ET LA CURIOSITÉ EN 18 se.

Je le signale et je le recommande à tous les visllèurs du Louvre, à ceux qui, ne disposant que de peu de temps, veulent en une seule visite parcourir cet admirable musée, comme à ceux qui, le fréquentant assidüment, n’en connaissent pas pourtant, j'en suis convaincu, l’exacte disposition.

C'estun s/{wd-book pratique.

Les tapisseries du couvent des dominicains de Tolède. — Le cours des sculptures italiennes. — Meubles anciens de M. Pecquereau. — L'hôtel Arthur Meyer, rue de Milan. — Bibelots de fantaisie,

— Sept panneaux de Georges Clairin. — Le nettoyage des ateliers de Plassan et de Philippe Rousseau, — Les modèles de Chardin.

Paris, 19 décembre.

Continuons à pointer exactement, jour pour jour, en historien fidèle, les éphémérides de la curiosité :

2 décembre. — Quatre tapisseries du xv° siècle, racontant des scènes allégoriques de la vie du Christ, ont été offertes au public. Pendant des siècles, elles avaient, paraît-il, recouvert les murs nus, tristes et froids du grand couvent des Dominicos Reales de Tolède, et depuis quelque temps elles étaient arrivées à Paris pour être vendues par un habile spéculateur.

A l'Exposition, chacun leur reconnaissait quelque valeur artistique, mais s’écriait :

— Ah! si elles étaient moins grandes.

Songez donc! la tapisserie du Calvaire n'avait pas moins de neuf mètres de long sur quatre de haut, et celle de la Céne huit mètres sur près de cinq.

Où trouver une surface semblable? Un musée seul pouvait utiliser de telles dimensions et se charger decet achat.

Aujourd'hui, à cinq heures, devant les sommités dela curiosité, l’'adjudication annoncée commença.

Il avait été stipulé que les quatre tapisseries seraient passées en vente par lots de deux, sur la mise à prix de 25,000 francs.

Lorsque l’aimable expert, M. Arthur Bloche, après avoir vendu une jolie série de montres, de bracelets, de calices ciselés et de drageoirs en or, annonça qu'il allait procéder à la vente des tapisseries, une vive émotion se produisit dans l'assistance.

Conticuere omnes intentique ora tenebant.

Allait-on retirer les tapisseries faute de surenchère ? La mise à prix, au contraire, serait-elle‘largement dépassée ?

— À vingt-cinq mille francs!

Pendant quelques minutes, le crieur et Me Berthelin interrogèrent le public inutilement. Personne ne bronchait. “

Tout à coup, du fond du magasin où s’entassaient les retardataires, une voix bien connue répondit enfin :

C'était M. Brame, l’expert en tableaux, un marchand très oseur, qui achetait les deux premières tapisseries.

Quant aux deux autres, la mise à prix n’ayant pas été couverte, le combat finit faute de combattants.

8 décembre. — Il parait qu'il y a des amateurs pour les œuvres des statuaires italiens, puisqu'ils reviennent à la charge demander de l'argent aux habitués de l'hôtel Drouot. Nouvelle vente par M° Quevremont et M. Gandouin. Bornons-nous à enregistrer, sans com-

mentaire, le cours de ces marbres et le nom des mai- ” |

À à 4 L'HOTEL DROUOT ET LA CURIOSITÉ EN 1882. 515

tres, pour le cas où ils deviendraient célèbres dans l'avenir.

ANTOINE ARGENTI. — Trois statues, grandeur nature : Flore, 1,850 francs. — Baigneuse, 1,000 francs. — Cher Souvenir, 1,000 francs.

AMBROISE BoRGHI.— 1% bal masqué, statue, 1,450 fr. — Me connais-lu, maintenant? 1,450 francs.

Louis Dupini. — Aguylan, le nègre de Garibaldi, buste marbre et bronze, 750 francs.

PIERRE GUARNERIO. — Prière forcée, statue, 1,000 fr.

CONSTANTIN PANDIANI.—Sollicilude maternelle, groupe de hauteur naturelle, 4,355 francs.

ALEXANDRE RuGA. — Mariucella, buste, costume de la campagne romaine, 520 francs. | Quirin TEmpRa. — Première ambassade, statue,

920 francs. — Joie maternelle, petit groupe, 900 fr. En tout, 63 numéros : 47,000 francs.

411 décembre. — Is se sont vendus bien cher les meubles en bois sculpté de M. Pecquereau. II s'agissait des modèles que cet ébéniste estimé, après en avoir tiré de nombreux exemplaires dans ses ateliers du Chemin-Vert, avait exposés dernièrement dans une salle à part aux Arts décoratifs.

Vous pouvez aisément vous en convaincre par le relevé suivant des prix, accompagné de la description puisée, sans y rien changer, dans le catalogue dressé par Charles Mannheim.

Page 1