‹ L'Hôtel Drouot en (volume 3)Chapitre 83 sur 85 · ÉPOQUE LOUIS XVI · texte numérisé non relu

ÉPOQUE LOUIS XVI

91. Un fauteuil d'enfant en bois sculpté. 600 francs. En tout, 197 numéros, — ci : 69,015 francs.

Samedi, 17 décembre. — Paris mondain, Paris curieux, Paris artiste, délaissant la rue Drouot, ont pour cette semaine éiu domicile rue de Milan. L'hôtel Meyer fait concurrence à l'hôtel Bullion.

Songez donc ! la demeure, j'allais dire le buen-retiro d’un Parisien, d’un boulevardier, d’un journaliste! Qui

ne voudrait profiter de l’occasion d'y pénétrer, les portes

étant, pour une fois, à tous largement ouvertes.

Toujours à la remorque de l'actualité, allant où va la foule, muni du catalogue si plein de séductions dressé par les soins de M. Arthur Bloche, expert et collaborateur du Gaulois, où il signe chaque matin un spirituel Carnet de l'amateur, je me suis dirigé vers cet hôtel, que M. Arthur Meyer doit prochainement quitter pour venir s'installer boulevard des Italiens, au bureau même de son journal.

Après avoir traversé une cour, qui ne rappelle en rien celledu Carrousel, et gravi quelques marches de pierre formant le perron, je passe dans le vestibule.

Je ne vois rien du tout d’abord : il semble que je sois à tâtons ; il fait aussi noir que dans les Catacombes.

Maison mystérieuse et propre aux tragédies,

comme dit don César de Bazan.

Pas de fenêtres, ou du moins des tentures les masquent. D’épais tapis amortissent le bruit des pas, de lourdes portières étouffent le son des voix. On ne parle pas, du reste: on chuchote. Par-ci, par-là, des lampes, des lanternes, des bougies, fichées à l'extrémité de grands bras de fer, sont allumées et projettent sur les murs des lueurs blafardes et sépulcrales. Chaque pièce semble être transformée en chapelle ardente. Visiteurs et visiteuses, pareils à des ombres, défilent silencieux et mornes. Cela tient du fantastique.

Mais l’ordonnateur, l'huissier, veux-je dire, fait avancer la foule à pas lents. Je me joins au cortège.

Il me semble tout d'abord découvrir dans l’antichambre quelques meubles gothiques, des armoires, des coffres, des stalles, une portière en tapisserie de Flandre représentant Alexandre et Cléopâtre sous une tente, et plusieurs lanternes dont une en fer poli, surmontée d’une couronne style Louis XIE.

Suivons les curieux.— Me voici maintenant dans une autre pièce qui m'a l'air d'un second vestibule, moins grand que le précédent, mais tout aussi privé de lumière. — Au plafond sont accrochées des faiences de toutes les époques. On dirait des planètes suspendues à la voûte céleste. Que ne sont-elles aussi lumineuses?

Je traverse successivement le fumoir, entièrement tendu de cette étoffe rouge appelée Andrinople, si fort à la mode depuis quelques années, puis la salle à manger, décorée de sept panneaux de Clairin, datés de 1877; ensuite le billard, dont le plafond a la forme d’un dôme ; “et enfin le petit salon, qui, par ses entassements d’étoffes, de coussins orientaux, ses fouillis de bibelots persans, ses tapis de Caramanie, ses portières bariolées du Daghestan, me fait l'effet d’un de ces bazars tures de la rue de Rivoli. Il n'y manque que le parfum et la

fumée des pastilles du sérail et des odaliques sans corset !

Ma promenade se continue par le grand salon, tout encombré de meubles anciens et nouveaux, exotiques et indigènes, et j'arrive enfin à la chambre à coucher. Là, on se croirait à Pékin ou à Yeddo. — Le lit, très bas, en bois de fer orné d'incrustations de burgau, les tentures, les paravents, les sièges, les glaces, les bronzes, les flambeaux, les chenets, les lanternes, tout est chinois ou japonais. — Un habitant du Céleste- Empire à la longue queue promène ses deux grandes nattes et sa robe bleu de ciel et regarde avec étonnement. Cet arrangement parisien FoMF te venus de son pays le déconcerte.

Deux belles demi-mondaines passent. — Noté au passage, comme Grévin, leurs réflexions, pratiques, mais pas artistiques :

— Ma chère, où donc se trouve le cabinet de toilette. [n'y en a pas?

— C'est sans doute pour cela qu’on /ave tout, ici.

En somme, cette exposition, qui ne comporte pas moins de sept cents objets, ne paraît à personne ex-

ceptionnellement intéressante. — Beaucoup de brimborions, de futilités ; l’article de Pékin, qui ressemble tant à l’article de Paris, domine. — On sent que les

caprices de la fantaisie, plutôt que les recherches artistiques, ont présidé aux soins de l’ameublement dans cette demeure, où devaient entrer plus d'amis que de rayons de soleil.

Il nous faut cependant signaler quelques choses intéressantes qui tranchent vigoureusement sur cet ensemble un peu banal.

D'abord les tableaux.

Les panneaux de Clairin sont fort beaux. Quatre sont consacrés aux Saisons; deux représentent des oiseaux

dans des feuillages et le dernier, le plus grand de tous, est une composition appelée : {4 Dernière Kermesse, où, comme dit le catalogue, une foule de personnages contemporains et connus, affublés de travestissements élégants, se coudoient, s’intriguent'et donnent libre cours à leurs rires et à leurs plaisanteries.

Deux jolis dessins au crayon, de Detaille, une aquarelle de Madeleine Lemaire: Éégante dans son boudoir; le Sommeil, d'Émile Lévy; /4 Mare sous bois, avec figures, autre aquarelle, de Théodore Rousseau, un peu noire, mais pleine d’un charme pénétrant; une belle T'éfe de chef arabe, de Fortuny, comptent également parmi les rares attraits de cette exhibition.

A noter encore quelques-unes des miniatures qui encadrent la glace du petit salon, une collection assez complète de montres, une statuette en bronze de Bourgeois : /e Charmeur de serpents, une grande statue chinoise en Satzuma représentant un chef assis sur un rocher et tenant à la main un livre ouvert. Cette statue, qui date des époques primitives, est très curieuse et fort bien conservée; un grand tam-tam, forme baril, sur trépied et surmonté d’un coq en émail cloisonné du Japon, qui, du Champ-de-Mars où il était exposé en 1878, était passé au château de Beauregard, chez Mr Honoré de Balzac, et que M. Arthur Meyer avait racheté l'année dernière à la vente qui a suivi le décès de la veuve de l'illustre romancier.

Et c'est à peu près tout. Ne pouvant consigner ici toutes les enchères de cette vente quin'a pas duré moins de trois jours et qui a eu lieu dans une grande salle en bois édifiée et décorée pour la circonstance par Belloir, nous vous donnerons pour finir les prix atteints par quelques-uns des tableaux, les seuls objets vraiment remarquables.

Les panneaux de Clairin ont été adjugés 6,300 fr. —

L'HOTEL DROUOT ET LA CURIOSITÉ EN 1882. d21

La Têle de chef arabe, de Fortuny, 2,550 fr. — Za Cachette improvisée, d'Heullant, 2,000 fr. —- Z7re Halle à l'auberge, de Henry Leys, 3,000 fr. — Un port en Égypte, de Pasini, 2,600 fr. — Une Téle de jeune femme, de Gervex, 1,200 fr. — Za Mure, de Thtodore Rousseau, 2,500 fr. — Za Rixe après la Sérénade, de Worms, 3,700 fr.

Maintenant retournons à l’hôtel Drouot!

18 décembre. — Philippe Rousseau et Plassan, ces deux vieux amis, veulent changer d'accessoires, l’un pour ses natures mortes, l'autre pour ses tableaux de genre. Ils se sont réunis pour envoyer à l'Hôtel le matériel des décors ordinaires de leurs tableaux et ils ont prié M. Jules Chaine, leur expert, de faire passer le tout en vente publique.

Il est facile de retrouver, dans cette exposition, bien des objets fixés.sur la toile par Ph. Rousseau pour la composition de ces natures mortes, qui faisaient si fort enrager Burger.

— Il n'y a point de natures mortes, prétendait-il, puisqu'on y met des fleurs qui vivent et qui respirent. Les Anglais ne sont pas tombés dans ce vocable inexact. Ils disent avec juste raison ve tranquille. Nature morte! ces deux mots liés ne peuvent que hurler : Omnia mutantur, nil interilt.

Mortes, vivantes ou tranquilles, ce ne sont pas moins des choses intéressantes qui se trouvent dans la salle 5. Ces objets si bien rendus ont assuré la gloire de Philippe Rousseau. Voyez, il me semble que la nappe de guipure, les plats de porcelaine, les verres de Venise, la boîte à épices et le casque en vieux plaqué, qui gisent pêle-mêle sur cette table, ont figuré dans le tableau du Rat des villes et du Rat des champs, exposé en 1845 — l’un des premiers succès du maitre.

Le seau à rafraîchir, l’écuelle en étain, les potiches

italiennes, la lévrière en faïence, la grande soupière de

Pont-aux-Choux, transformés par le pinceau étincelant du maître, n’ont-ils pas été reproduits dans Ze Déjeuner, qui fit sensation au Salon de 1857 ?

Ces cuivres rouges qui étincellent, ce bougeoir, cette vasque, cette bouilloire à réchaud, cette buire avec sujets de chasse et ces autres accessoires, marmite, lanterne estampée, broc en étain, moulin à café en bois, table en noyer massif, n’étaient-ils pas dans /& Cuisine de 1861 ?

Et tous ces numéros indiqués sur le catalogue luimême : moulin à café dit de Chardin, fontaine dite de Chardin, cafetière dite de Chardin, ne les avez-vous pas déjà rencontrés groupés dans ce beau désordre, effet puissant de l’art, qui a produit le chef-d'œuvre de Philippe Rousseau : Chardin el ses modèles, V'un des étonnements de l'Exposition de 1867 ?

Pour faire O ma tendre Musette (1877), Ph. Rous-

seau n’avait qu’à puiser dans cet arsenal de pochettes, vielles, musettes, violes d'amour, tambourins et tambours de basque qu'il vend aujourd’hui.

Ne pourrait-on en dire autant en regardant ce mannequin pudiquement recouvert d’une belle robe de de soie à ramages ? Dans son immobilité absolue, cette femme parait examiner curieusement le public; ses articulations dociles gardent la pose raide qu’on lui a donnée. N'est-ce pas là le véritable modèle de Z’Atelier Plassan : la femme à demi-vêtue qui, dans ce tableau, retenant ses vêtements roulant par terre, regarde de près une peinture ?

Ces vieilles étoffes ont servi à donner un ton ou à trouver une draperie. Ces gants longs en dentelle, ces corsages de brocart, ces robes de satin à reflets mordorés, ces cols de guipure habillaient les femmes de

Plassan, qui posaient dans son atelier les marquises ou les Merveilleuses. Ces bottes à entonnoir, ces habits, ces gilets, ces culottes de velours au ton changeant transfiguraient tour à tour, en roué de la Régence ou en postillon de Longjumeau, les modèles hommes venus en blouse et la pipe à la bouche, travailler chez le maître.

Ce ne sont là, évidemment, que le résidu, le nettoyage de deux ateliers. Aussi personne, dans la presse, n’a parlé de cette exposition, et très peu, parmi les amateurs, l'ont remarquée. Eh bien! croyez-moi, tout cela était bon, vrai, artistique, pur de style, distingué de forme, juste de ton, et valait mieux que la plupart des objets brillants et trompeurs qui encombrent tous les jours les salles de l’hôtel et dont se gavent les amateurs inexpérimentés et les marchands qui, sans rien savoir, débutent dans la carrière avec une bonne faillite ‘en perspective.

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Rentrée en scène d'Étienne Charavay. — Un autographe de l’empereur de Chine. — Les deux réverbères de Fanny. — Déjazet tendre pour tous, excepté pour les journalistes. — Nouvelle vente d'autographes de Benjamin Fillon. — Papes, réformateurs et réformés, — Conseils paternels de Grégoire XIII à Charles IX. — Portrait de M. Suisse par G. Courbet, —C. Pata, l’alter ego du maître d'Ornans. — Ventes en préparation. — Adieux au défunt 1882,

Paris, 31 décembre.

20 décembre. — Rentrée d'Étienne Charavay, qui a procédé à la première vente de la saison avec son acolyte ordinaire, Me Maurice Delestre.

Le goût des autographes est toujours aussi vif. Les habitués se sont retrouvés, après une longue absence, aussi fanatiques que les Chinois, la nation autographophile par excellence, dont Feuillet de Conches ne parle qu'avec vénération. Ici, c’est une passion douce ; là-bas c'est une frénésie nationale qui date des temps les plus reculés et va se développant de plus en plus.

Un voyageur peu suspect (et il y en a beaucoup qui le sont, suivant le proverbe : « À beau mentir qui vient de loin »), raconte qu'un petit billet de l’empereur Kang-hi a été payé récemment, à Pékin, l'équivalent de mille francs de notre monnaie. Mais il faut bien le constater, c'était l’un de ces précieux papiers qu’à son lever le Fils du Ciel fait passer par ses gardes aux

courtisans venus pour s'informer de ses nouvelles. Il ‘ contenait ces simples mots :

Moi, je me porte bien.

Je crois que ces cinq mots signés de Molière seraient payés un peu plus cher chez nous.

Mais voyons quelques-uns des meilleurs autographes que Charavay a tirés précieusement de son grand portefeuille ministériel :

Une lettre d’A/bert de Saxe-Cobourg, le princeépoux de la reine Victoria, datée de Florence je 27 janvier 1839 : — 400 francs.

Beaumarchais, — le portrait de Fanny? — 200 fr.

Ses grands yeux noirs sont semblables à des réverbères ardents qui, placés sur le front d’une voiture, percent au loin de leurs foyers l’obscurité de la nuit, aveuglent, éblouissent tout ce qu'ils rencontrent et vous mettent hors d'état de rien voir autre chose pendant plusieurs moments.

Alexandre Berthier, prince de Wagram, à Clarke. IL prophétise l'avenir de.Bonaparte en ces termes : Milan, 23 prairial an IV,

Le général réunit toutes les qualités d’un grand homme : excellent militaire et très bon négociateur ; je vous assure que c’est un homme qui marquera dans l’histoire.

Vendue 550 francs.

Bossuet à son neveu, alors abbé à Rome :

Puris, 3 juin 1697.

On prendra demain une décision finale sur le livre de M. de Cambrai. Il se tourmente à donner des explications plus mauvaises que le texte. Les évêques sont d’avis de condamner ce livre qui fait trop de mal pour être souffert.

Il s’agit évidemment de la fameuse dispute du qguiüé-

tisme dans laquelle Fénelon, âme rêveuse et sensible, avait pris fait et cause pour Me Guyon, une illuminée, qui, supprimant les châtiments et les récompenses, n’admettait plus que la vie contemplative.

Vendue 500 francs.

Marie-Louise de Savoie, reine d'Espagne, femme de Philippe V, à Me de Maintenon. Il s’agit d'un emprunt qui n’a pas réussi :

| Madrid, 2 février 1708.

Puisque le Roy mon grand-père n'a pas jugé à propos d’engager les pierreries du Roy et les miennes, je crois qu’il vaut mieux nous les renvoyer afin que les Espagnols voient quete n'ont point été vendues.

Achetée 300 francs. — Toujours aux expédients la cour d'Espagne, alors comme aujourd'hui.

Napoléon, décret signé Wp, avec deux lignes autographes. Le cardinal Fesch demandait, par exception, l'admission en France de dix lustres fabriqués en Italie. Napoléon avait d’abord apposé sa signature au bas du document; puis, après réflexion, il la biffa et écrivit au-dessous ces mots :

Impossible, il faut faire travailler les ouvriers de Paris,

Adjugé 100 francs.

Un autographe du duc de Reichstadt, contenant ces quatre vers un peu mirlitonesques datés de 1819 :

On se lasse en effet de lui parler sans fruit; Le découragement refroidit la tendresse.

Il garde son défaut et voilà le produit

De sa distraction ou bien de sa paresse.

On a payé ces lignes, d’une écriture très rare, la somme énorme de 520 francs!

Les dossiers sont toujours fort recherchés.

Trente-deux lettres de Volfaire, dont vingt-huit aulographes, à Helvétius, qu'il appelle son cher confrère en Apollon et son maître en tout le reste, ont valu 1,000 francs.

Neuf lettres du prince ÆZenri de Prusse, père du grand Frédéric : — 1,000 francs.

Vingt-huit lettres du poète Ducis. Fait ignoré jusqu'ici : il était le correspondant d’un prince allemand, auquel il envoyait des nouvelles politiques et littéraires. Cette révélation, intéressante pour ceux qui voudraient un jour écrire sa biographie, a été vivement disputée jusqu’à 2,050 francs.

Trente et une lettres inédites du général 2rowot, que Napoléon avait surnommé /e Sage. C'est l’histoire d’une partie de sa vie et de toutes ses campagnes : — 1,000 fr.

Dix lettres d'amour de Déjazet à ? — un ami. Dans l'une de ces missives, Virginie Frétillon parle d'un article du CAarivari, où on l’accuse d’être la maîtresse du duc d'Orléans. Après une virulente appréciation « des odieux journalistes qui l'ont attaquée, » elle s’écrie :

Enfin, je vous le répète, tout est fini et jusqu'à présent je ne vois que moi de victime, car ce qui est écrit est écrit et de plus imprimé! Heureusement, messieurs les journalistes sont à peu près appréciés ce qu'ils valent, et vu leur esprit et la liberté de la

presse, ils sont si dégoûtants qu'en vérité le trop n'est plus croyable.

Bien mal traités, les folliculaires de l’époque, dont il serait aisé de retrouver les noms. Déjazet montre là une bien grande ingratitude. Elle fut l'enfant gâtée de la presse,

En tous cas, les autographes sont souvent deterribles indiscrets.

21 décembre 1882. — Elle est bien curieuse toute cette série de bulles de papes, d’épitres de cardinaux, de mandements d'évêques, de sermons de réformateurs et de protestations de réformés, recueillie par Benjamin Fillon et qu Étienne Charavay ,pour la vendre, a classée, cataloguée et même autographiée en partie.

On peut y suivre pas à pas la lutte ardente du protestantisme qui s’éveille contre le catholicisme qui se disloque. Ce catalogue nous fait connaître bien des choses nouvelles et, à tous les titres, les documents qu’il renferme sont des plus précieux. C’est la vie ecclésiastique, pendant plusieurs siècles, étudiée dans ses dessous, avec ses passions, ses haines, ses doctrines, ses schismes, ses dévouements et ses règlements. C’estaussi l’histoire des papes, et il n’y en a pas eu de plus agitée que celle des successeurs de saint Pierre ; les uns, honnêtes, paternels, aux mains pures, à la politique prudente et sage, soutenant les faibles et brisant la puissance des despotes; les autres, mauvais, corrompus, répandant le sang, frappant sans merci leurs adversaires, déposant les rois qui les gênaient et traçant des bornes à la science et à la pensée.

On avait souvent nié l'existence de la lettre adressée à Charles IX par Grégoire XIIT, à l’occasion des préparatifs de la Saint-Barthélemy. Elle est là, tout entière de sa main (1), impossible à contester, avec sa reproduction héliographique, à côté de la minute authentique, dans le dossier gris de Charavay.

(1) Cette pièce est une rareté autographique, en dehors de son importance historique. Les souverains pontifes ne signaient que de leurs initiales, quelquefois même ils ne signaient pas du tout. Plus tard, ils signèrent en tête selon la méthode latine, comme dans cette lettre. Elle a été vendue 2,000 francs.

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Le roi hésitait à ordonner les massacres. Verser du sang lui répugnait. Le cardinal de Lorraine, qui poursuivait les catholiques de sa haine, avertit Grégroire XIII d'avoir à frapper un grand coup sur cet esprit faible. Pour lever les derniers scrupules de Charles IX, le pape lui écrivit.

GRec: P: P. XIII.

Très cher fils en Notre-Seigneur, salut et bénédiction apostolique.

Nous nous reconnaissons tant d'obligations envers Notre-Seigneur Dieu de provoquer l'accroissement de la Sainte Ligue contre les infidèles que, pour mieux faire connaître à Votre Majesté combien la chose est importante, j'ai voulu lui envoyer mon présent légat a latere. Nous la prions, en toute affection et charité, qu'Elle veuille se souvenir de son nom de Très Chrétien et de l'exemple de ses prédécesseurs qui, par leur dévouement au service du Christ, ont acquis le susdit nom. Qu'elle veuille aussi se souvenir que cette guerre est une guerre de Dieu, qui se fait pour la gloire de son nom.

Il ne convient donc pas que Votre Majesté en reste en dehors, et, pour beaucoup de raisons. Elle doit être, au contraire, l’instigatrice de ceux qui, avec l’aide de Dieu, ont té du monde ces tristes hérésiarques, lesquels ont, depuis tant d'années, inquiété Votre Majesté et tout son royaume; ce qui lui permettra d’avoir peu de difficulté à ramener le royaume à sa première candeur et à la pureté de la sainte foi catholique, et je la prie de faire toute diligence afin que je sois averti par elle de ce qui en arrivera. Que Dieu, Notre Seigneur, conserve Votre Majesté et lui donne tout contentement.

A notre très cher fils en Dieu, Charles, roi très chrétien des Français.

On comprend qu'après cette lettre Charles IX, fanatisé, posté, l’heure venue à un balcon du Louvre, ait, comme l'affirme Brantôme « de son harquebus tiré tout plain de coups sur les huguenots qui traversaient la rivière. » Arnaud Amalric faisait mieux encore. Il disait : « Tuezles tous, Dieu reconnaitra les siens. »

Il y aurait à relever des choses bien interessantes

encore dans cette longue nomenclature de papes réunis, comme les personnages d'un musée de cire. — Bornons-nous à indiquer quelques-uns des prix, suivant l'importance du document.

Innocent III, le promoteur de la guerre d’extermination contre les Albigeois, par le fer et par le feu. 33 francs.

Sixte IV, quifit construire au Vatican la chapelle Sixtine. Deux pièces. 40 francs.

Jules II, sous lequel Bramante commença la construction de Saint-Pierre, 16 et 210 francs.

Léon X, Giovanni de Médicis, le second fils de Laurent le Magnifique. Quatre pièces, 27, 40, 240 et 300 francs.

Clément VIT; il refusa énergiquement de casser le mariage de Henri VIII avec Catherine d'Aragon. 15 et 135 francs. \

Paul ITT, qui chargea Michel-Ange de la direction des travaux de Saint-Pierre. 160 francs.

Jules IIT, qui excommunia le roi de France Henri 11. 150 francs.

Pie IV, le fondateur de l'imprimerie Vaticane, dont Paul Manuce eut la direction. 10 et 60 francs.

Pie V, le grand inquisiteur dont la flotte remporta la victoire de Lépante. 500 francs.

Grégoire XIII, dont nous avons déjà parlé, fondateur du calendrier grégorien. 31 francs.

Sixte V, l'ancien gardeur de pourceaux. 30 et 1,000 francs.

Grégoire XIV, qui frappa d’excommunication Henri IV et donna le bonnet rouge aux cardinaux.

L'HOTEL DROUOT ET LA CURIOSITÉ EN 1882. dal

Clément VIII, l'admirateur du Tasse. Il voulut le faire couronner triomphalement. 75 et 500 francs.

Paul V. C'est par lui que fut sanctifié Charles Borromée. 160 francs.

Grégoire XIV. I canonisa sainte Thérèse, Ignace de Loyola et François Xavier. 400 francs.

Urbain VIII, dont la sagesse décréta la suppression, en 1630, l’ordre des jésuitesses. 13 francs.

Alexandre VIII, qui fit rendre l’Avignonnais par Louis XIV. 100 francs.

Clément XI, l'auteur de la bulle Unigenitus en 1713. 5 francs.

Clément XII, le canonisateur de Vincent de Paul. 20 francs. |

Benoît XIV, à qui Voltaire dédia sa tragédie de Mañomet. 45 et 80 francs.

Clément XIV, qui abolit l’ordre des jésuites. 15 et 1,000 francs.

Pie VI, le prisonnnier de Bonaparte en 1799. 20 fr.

Pie VIT, le signataire du concordat. Il vint sacrer

Napoléon [Ier à Paris et fut, en 1809, son interné à Fontainebleau. 10, 50 et 500 francs.

Grégoire XVI, le défenseur énergique des droits du saint-siège contre les libéraux italiens. 5 et 60 francs.

Pie TX, qui publia le Syllabus et proclama le dogme de Pinfaillibilité. 11 et 21 francs.

Comme on ne refera plus cette galerie aujourd'hui dispersée, il est bon d'en laisser trace ici.

Quelle publication importante on eût pu faire avec cet ensemble de renseignements uniques !

Sous ce titre de Grandeur et décadence de la Pa-

pauté. Je vois d'ici le titre de quelques-uns des chapitres : Attributions spirituelles et temporelles. — Aspects | différents de la question. — Les papes subissant l’influence des milieux. — La papauté se transformant sans cesse sous l’action du temps. — Concessions tardives, etc., etc.

Mais ce livre ne sera pas écrit. Fillon seul aurait pu s'en charger à l’aide de ses autographes, avec preuves à l'appui. — Ce devait être son projet en réunissant cette collection.

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21 décembre. — Collection de M. F. C. : initiales faciles à compléter en regardant le catalogue, indiquant, à côté de peintures intéressantes de Vollon, Robert Fleury, Hannoteau et Feyen-Perrin, quelques bons tableaux du maître peintre d’Ornans, plusieurs copies de ses élèves, et quelques-unes de leurs œuvres originales.

Chacun sait que, sur la fin desa vie, Courbet, pour suffire aux commandes qui arrivaient de tous côtés, dut produire beaucoup et vite. Il avait autour de lui des élèves auxquels il avait divulgué le secret de la finesse de ses tons, tout en leur ‘apprenant la manière de se servir comme lui du couteau à palette.

L'un de ces collaborateurs dévoués fut C. Pata. Il arriva à si bien comprendre son maître, à épouser si parfaitement son faire, sa couleur grasse, sa franchise éclatante et brutale, ses empâtements dominants, que Courbet fif de lui son aide de prédilection. L'élève ne voulut pas quitter le maître lorsqu'il partit pour l'exil. Ce fut son meilleur compagnon à la Tour de Peilz. Aussi, à tous les points de vue, Pata aura une place dans l’histoire de Courbet à côté du maitre.

Quatre Courbet figuraient dans cette vente d’un membre de sa famille, dirigée par M. Haro comme expert.

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