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A tout seigneur tout honneur.
D'abord le portrait de M. Suisse, ancien modèle qui fonda de ses deniers une académie où étudièrent bien des peintres de ce temps. Ce tableau a figuré à l'Exposition particulière des œuvres de Courbet en 1867 et à celle rétrospective de l’École des beaux-arts sous le n° 43. Il est signé à gauche. M. Suisse est vu de trois quarts. De grosses lunettes paraissent devant ses yeux. ses cheveux sont grisonnants et son cou s’enferme dans une cravate noire. La figure pleine de caractère, bien modelée, est peinte en pleine pâte avec une science admirable du métier. Vendu 1,080 francs.
La Ferme des Poncets près du fort de Joux (Pontarlier). Signée à gauche, G. Courbet, et datée 1864. On dirait l’effet d'une fenêtre ouverte sur la campagne. Des prés, une vallée, un ciel gris frappent les regards. Vivacité des lumières, transparence des ombres, profondeur des lointains, rien n'y manque. Nous reprocherons seulement à ce tableau, exposé sous le n° 85 à l'École des beaux-arts, d’avoir une tonalité un peu uniforme où domine trop la note verte. Achetée 1,220 fr. par M. Barbedienne.
Les bords de la Charente au fort Bertaud, avec le sous-titre Baigneuses. Ce tableau devrait plutôt s’intituler : Étude d'un gros chêne au bord de l’eau. Les baigneuses ne sont qu’un accessoire insignifiant. Toile ayant fait partie de l'Exposition particulière de 1867. n° 87 de l'Exposition des beaux-arts. Achetée 1,000 fr. par Ernest Courbet.
Le grand Mont, sur le lac de Genève. Paysage suave et très poétique, d’une gamme harmonieuse, signé à droite et daté. Provenant de la collection de M! Courbet. Vendu 1,060 francs à Ernest Courbet.
De C. Pata, le principal auxiliaire de Courbet, dont
nous avons parlé plus haut, venaient ensuite de nombreux paysages : vues prises à Corbeil, à Étretat, à Arbois, à Ornans, à Vevey, au plateau de Châtillon, au Vai de Travers, au château de Mont-sous-Vaudrey et dans tout le Valais suisse. A signaler surtout un tableau historique, la maison habitée par G. Courbet pendant son exil à la Tour de Peilz où il est mort le 31 décembre 1877. Au premier plan, Courbet, entouré de quelques amis, travaille à son chevalet.
Encore de Pata, l'ami dévoué, une repodieibf de La Femme au perroquet autour de laquelle se fit tant detapage. (Hauteur 1 mèt., largeur 1 mèêt. 45). Exécutée par Courbet pour le compte de M. de Nieuwerkerke, qui la refusa au moment de la livraison, la trouvant trop naturaliste, cette toile fut sur le point de remporter la grande médaille d'honneur au salon de 1866.
Toujours du même fidèle Pata, la Mort de Virginie d’après James Bertrand, achetée 340 francs par M. Haro.
À la même vente, M. Lemerre, l'éditeur du passage Choiseul, a acheté 120 francs /es Chënes de Kertregonnec d'Alexandre Segé — M. Debray, 200 francs, Ze Pécheur napolitain de Robert Fleury (1875) — et le peintre Japy, 465 francs, Poissons et crevettes de son confrère, Antoine Vollon.
Me Paul Chevallier a tiré 10,245 francs de ces N dut ques toiles.
22 Décembre. — Salle 8. Exposition de six tapisseries de haute lice, signées du monogramme E. L., qui est, dit le livret, celui de Everard Leyniers, directeur à Bruxelles, en 1625, d'un atelier de tisserands flamands.
Ce sont les différentes péripéties d’une chastè à
courre : /e Départ, le Lancer, la Poursuite, le Cerf à l'eau, la Mort du Cerf et le Retour.
Cescompositions, animées de nombreux personnages : valets, piqueurs, veneurs, gentilhommes et grandes dames, ont grand air dans leurs bordures à fleurs élégamment enguirlandées.
Jusque-là nous sommes d’accord avec le catalogue; mais, où nous cessons de l'être, c’est lorqu'il nous parie comme fond de paysage du pare, des bois, de la chapelle et surtout en perspective du manoir royal de Laeken. Ce château ne fut construit qu’à la fin du xvure siècle par les architectes Montoyer et Payen, d’aprèsles dessins de l’archiduc Albert de Saxe-Teschen.
Notre désaccord continue au sujet du titre de ces différents tableaux cynégétiques : Zes Chasses de Maximilien le Tacilturne. Ce taciturne-là est bien peu connu ! Mettons Guillaume le Taciturne ou mieux, si on tient à un Maximilien, admettons que ce soit l’empereur d’AIlemagne Maximilien (1), gran d chasseur et grand capitaine, qui eut avec tous les rois de France toutes sortes de déceptions matrimoniales. Il dut convoler avec Anne de Bretagne, ensuite marier son fils avec Claude de France, fille de Louis XII et enfin faire épouser sa fille Marguerite par Charles VIIT, alors dauphin. Aucune de ces combinaisons ne réussit.
Tissées en soie et laine ronde d’Espagne, bien conservées pour leur âge, ces tapisseries séduiront peu d’amateurs par leur ton feuille morte. Est-ce le temps qui a produit cet effet ? Est-ce la palette du tisserand qui n’était pas assez variée ? Nous ne saurions le dire, pas plus que vérifier, comme l’assure le livret, si elles sont bien d’une finesse égale à trente-deux portées, soit 384 fils pour 12 lices. Cela est trop fort pour nous. Il fau-
(1) Diderot a dit de lui: Son règne est fameux par la découverte du nouveau monde, découverte si fatale à ses habitants.
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drait avoir tenu toute sa vie une navette au lieu d’une plume.
Vous le voyez, l'hôtel Drouot n’a pas chômé pendant le dernier trimestre, en attendant les ventes décidées pendant l’été, préparées pendant l’automne, et qui doivent avoir lieu dans le commencement de 1883.
Novembre et décembre, à part ce que nous avons dé- crit, ont servi à vendre des fourrures pour se réchauffer des frimas et des bijoux pour les cadeaux du premier de | l'an, à liquider les cessations de commerce, et les col- | lections des petits amateurs désireux de marcher désor- | mais plus en grand.
Ces deux mois d'ouverture ont surtout resplendi des opérations commerciales montées par les trafiquants hollandais : les Salomon, les Hamburger frères, les Kalf et Souget, les Bremer et Reus, et le doyendetous, Boas Berg d'Amsterdam. Nous nous sommes abstenu d'en parler; car ilestassez difficile de rendre éompte de ces ventes qui n’ont ni expert ni catalogue. Il faudrait | pour cela rester de longues heures à voir le défilé insi- | |
pide des bijoux, des montres, des éventails, des dentelles, des glaces étriquées, des cornets de vieille porcelaine de Chine, des grands lustres en cuivre massifs et lourds, et des horloges hollandaises dans leur gaine de marqueterie à fleurs.
Mais si, dansles derniers mois de l’année 1882 qui s'achève, nous n’avons pas vu de grandes enchères, il n’en sera pas de même dans celle qui va s'ouvrir. Nous y trouverons de larges compensations. Du manche de leur marteau d'ivoire, Me Paul Chevallier et quelques-uns de ses confrères ont bien voulu soulever un petit coin du voile de l'avenir.
En janvier, on vendra des tableaux, études, dessins et aquarelles de feu Biard, un peintre bien démodé
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aujourd'hui, qui eut son heure de célébrité avec son Désert des Tuileries et son Duquesne délivrant les prisonniers de l'Elysée.
L'administration des hôpitaux a le projet de faire passer sous le marteau les esquisses de ce pauvre fou, qui a nom André Gill.
Il est aussi question de la vente des dessins anciens et modernes de Marmontel, le maître illustre entre tous qui sait charmer et instruire à la fois. Il n’est pas seulement l’un des professeurs hors ligne du Conservatoire, resté toujours jeune et actif, ardent et convaincu malgré les ans, l'écrivain fécond et attrayant des Virtuoses contemporaines, mais encore l’un de nos amateurs les plus fervents, au goût fin et délicat.
Février dispersera les porcelaines de l'extrême Orient appartenant à M. Marquis, le fabricant de chocolat du passage des Panoramas, un homme de goût qui ne s’est pas borné à faire d'excellents produits, mais qui a su former une collection célèbre, par ses pièces hors ligne, dans le monde entier.
La première condition pour qu’une vente réussisse, c’est que le public soit bien convaincu que tout doit être sérieusement vendu : telle sera la collection Van Heddeghem dont nous avons parlé déjà et que Charles Mannheim elasse et prépare en ce moment pour la fin du même mois.
En mars viendra devant les acquéreurs la collection Joseph dJitta, échevin d'Amsterdam, le Lesseps néerlandais, promoteur du canal d'Amsterdam à la mer. Ce sera une réunion intéressante d'objets du xvi° et du xvu® siècle, de bijoux, de grès de Flandres, de sculptures et d'ivoires.
Puis, l'atelier du professeur Henri Lehmann, de l'Institut, membre du Conseil supérieur des beaux-arts. Cette vente posthume consacrera la renommée du peintre qui
a signé à l'École de droit cette belle page : Ze Droit prime la Force, et qui fut le portraitiste de Ponsard, d’Alphonse Karr et de la princesse Beljiojoso. Le catalogue comprendra tout ce qui constituait l'ornement de son atelier : esquisses, études, dessins, tableaux, livres et objets d'art. Il sera rédigé par MM. Haro, Mannheim, Clément et Wieweg, un ami du peintre.
Aux termes de son testament bien pensé, la somme obtenue sera affectée à servir une pension à l'un des meilleurs élèves de l'Ecole des beaux-arts, pour lui permettre de compléter ses études.
Avant la vente, une exposition publique aura lieu à la salle Melpomène.
Vers le milieu de mars se fera la vente de J. Charvet, dont MM. Mannheim et Hoffman sont les experts. On y trouvera des ivoires gothiques, des émaux byzantins et de Limoges, des monnaies et des médailles, et une très curieuse série de sceaux du moyen àge.
En avril, à deux reprises, nous aurons cinq jours de vente pour les objets d'art laissés par M. Beurdeley père et amassés par lui pendant un demi-siècle.
Étienne Charavay prépare aussi de son côté les catalogues Baylé et Alfred Bovet, suivis de la série des chefs de gouvernement de M. Dubrunfaut, et de celle des hommes de guerre et de la Vendée contre-révolulutionnaire que possédait Benjamin Fillon.
À la fin de l'hiver passera sur table la galerie princière de tableaux de M. Narischkine, le richissime ama-
teur qui luttait à l’occasion si vaillamment pour les , choses qu’il désirait, contre les millions de lord Hert- .
ford, du prince Demidoff et de MM. de Rothschild. Saluons donc, pleins d'espérance, la nouvelle année
qui commence au moment où je trace ces dernières
lignes. Que dans les salles de l’hôtel retentissent les
plus brillantes enchères, que les collectionneurs fassent
à bon marché d'heureuses trouvailles et que tous, amateurs grands et petits, commissaires-priseurs en activité ou en disponibilité, experts en relief ou inconnus, marchands arrivés ou débutants, voient sans effort la réalisation de toutes leurs espérances. Quant à nous, écrivain dévoué aux fastes de la curiosité, nous voici pour la seconde fois au bout de notre carrière. Il nous faut maintenant laisser au compositeur et au metteur en pages le soin d'achever notre œuvre. Nos amis nous retrouveront, je l'espère, en 1884, racontant de notre mieux les grandes ventes de l'année 1883, ainsi que nous venons de le faire pour la défunte 1882, qui va s’engloutir avec les autres dans la fosse des siècles.
Le moment est enfin venu de prendre congé de nos aimables lecteurs. Nous nous lasserions, du reste, en continuant, eux de nous lire, et nous d'écrire. Arrêtons-nous done à cette page pour mettre, comme clôture définitive et sans remise, au bas de notre manuscrit, ces mots qu'un auteur trace toujours avec une vive et sincère satisfaction :