A NANTES
Mon cher ami,
C'est vous qui m'avez mis le petit doigt dans l’engrenage de la curiosité en me présentant jadis à la Société archéologique de Nantes.
Une fois reçu dans cette savante compagnie, je vous ai appartenu. Vous m'avez alors entrainé sans repos ni trêve aux réunions de ces amateurs distingués. A trente ans de distance, je les vois encore délibérer fièrement au milieu des ruines gallo-romaines sauvées par leurs soins et recueillies dans la chapelle abandonnée de l'Oratoire.
Je les écoutais sans défiance. J'étais heureux et fier d’être des leurs, mais c'était au fond une satisfaction très dangereuse, vu ma jeunesse et mon inexpérience.
Je pourrais certainement vous maudire, ce serait mon droit, car vous me poussiez ainsi vers une passion dont je ne me suis pas défendu tout d’abord, mais qui s’est infiltrée en moi à mon insu et qui a fini par me prendre tout entier.
Cependant cette passion de l’art ancien, qu'il n'est plus possible d’éteindre, puisqu'elle me suit dans l'âge mûr, m'a donné quelquefois des joies si douces que, loin de vous en vouloir, je tiens au contraire à vous dédier ce livre comme un affectueux souvenir de mes débuts faits sous vos auspices dans notre chère association bretonne.
Pauz EUDEL.
Janvier 1887.