SUR LA CURIOSITE
Vous avez raison, mon cher Eudel, dans la lédicace de votre Huitième année à votre ami Paul Brenot : «J'ai la conviction d'avoir fait une œuvre plus utile que st j'avais écrit des ‘omans el l'espérance qu’elle servira à étudier, lans l'avenir, le mouvement de l’art et de la ‘uriostité à la fin du xIx° siècle. » 3
De vous aussi, «les pieux amateurs de “eliques, les amoureuæ fervents des arts tré- Jassés, les chercheurs de tout ce qui a été,» diront longtemps, comme vous l'avez écrit de votre regretté Champfleury, que vous fütes «des leurs, que pour vous les choses mortes waient une âme dont vous aimiez respirer le arfum et recueillir l'essence».
Vous êtes le Tite-Live de l’ Hôtel des Ventes, 4 vous transmettrez, avec votre spirituelle inesse de regard, dans ce précieux Cabinet en uit tomes qui s'intitule l'Hôtel Drouot et la >uriosité, un trésor de documents humains qui ke nous font pas plus mauvais que nous Sommes,
LA
: à COUP D'OEIL
mais où se révèlent bien nos mœurs et le r'ayonnement de notre civilisation à son heure. — Ce n’est pas un pamphlet, c’est de l’histotre.
A mon tour, maintenant, de faire mon Plutarque moderne et de raconter quelques anecdotes, qui ne déparent pas vos annales.
L'historien du Consulat et de l'Empire n'allait pas souvent à l'Hôtel, mais il y montait dans les grandes occasions. Il opérait lui-même dans ces cas-là. Je l'y ai vu en 1861 (alors que je rendais compte des ventes dans l’Artiste), un jour qu'on recevait le père Lacordaire à l’Académie. C'était le 24 janvier. On vendait une riche collection de .bronzes catalogquée sous les initiales de M. B. de M. C’est ce qui attrait M. Thiers. Il avait la réputation de dépenser 40,000 francs par an sur l’autel du bric-à-brac. Son offrande en deux journées dépassa la moitié de la somme. La salle n° 4 ne désemplissait pas depuis l’exposition, tous les amateurs même ne trouvèrent pas de place à la vente, tant cette collection de bronses atltirait un public spécial! «C’est le fruit de quarante ans de recherches que je vous
offre,» disait la préface du catalogue, — un catalogue sérieux, bien ordonné, offrant l'histotre, l'époque de chaque pièce, — indiquant
même les doutes, lorsqu'il y avait doute. Rien de médiocre. Pas d'appät pour amorcer un