II. ETIENNE CHARAVAY, EXPERT
20, 21 et 22 décembre 1886.
1" juillet 1887. .
Nous «TODs déjà, i diverses reprises, eu roccssion de psrier do la collection d'sutogrsplios que le savant chimiste Dubruafaut avait formée, et que depuis sa mort, survenue il y a plusieurs années déjà, une série régulière de ventes n'a pu parvenir à épuisor encore. La collection Dubrunfaut était probablement la plus nom . breuse qui Jamais ait été réunie. Pour la qualité, on peut aussi , la rapprocher de la Tameuse collection Alfred Bovet^ qui a été aussi, avec elle, une des plus nombreuses connues.
La dixième série, vendue au mois de décembre dernier était spécialement consacrée aux écrivains, et, à cet égard, devait être certainement une des plus goûtées du public.
Au mois de Juillet 1887 et à la date du !•', Charavay a, dans noo autre vente ne portant pas de numéros d'ordre, dispersé aux enchères publiques une nouvelle série d'autographes et do documents divers provenant tous aussi de la collection de feu M. Dubruniaut.
Au nombre de ces documents figurait notamment une collection patiemment amassée et contenant 13,000 cachets de cire. On verra plus loin quel t été le sort singulier do cette réunion peut-être nnique.
Beaumarchais (Pierre-AugusUn Gabon de). — L. a. s. à Préyille, Paris, 30 avril 1783. 1 p. 3/4, in-4^
Belle lettre sur le « Mariage de Figaro ■• Les obstacles à la représentation de sa pièce sont de pure intrigue. Difficulté qu'il éprouve
pour U distribution des rôles. « 11 est sinreuz pour moi que tous no donniez pas en public U bonne tradition de ce rôle du mariage, et peut 6tro y mettries-vous plus de courage si vous receviei de mol la certitude de la jouer au théâtre... i> III fr.
Béranger (Pierre-Jean de). — Chansons, manuscrit autogr. avec ratures et corrections, 32 p. in-i'.
Manuscrit commencé en mars 1827 et comprenant quatorze chan« sons, dont une seule n*ost pas autographe. Parmi ces pièces on remarque les Deux grenadiers, le Chasseur et la laHière^ lo Petit homme rouge, la Comète de 1833, VAnge gardien : 105 fr.
Il est peut-être regrettable que ce manuscrit, intéressant notamment par ses ratures et ses variantes, n'ait pas été acquis au nom de la Bibliothèque nationale.
BossuET (Jacques-Bénigne), évoque de Meaux, né en 1027, mort en 1704.
L. a. s. h Charles Perrault, Germigny, 35 septembre 1685. 1 p. in-V :
Il le remercie de renvoi de son poème do saint Paulin qu'il lui t dédié. « La lettre dédicatoiro que vous rendes utile en la faisant senrir de préface à tout Touvrago est ploinc de bon sens et do mo- .desUe. Le poème est plein do grandes beautos et sera fort estimé des esprits bien faits, t 180 fr.
GiiÉNiER (André de), le grand poète décapité le 25 juillet 1794. — Fragment autographe 1/4 de p. in-8*.
Précieux autographe contenant diz Ters, que Yoici :
« Mais quels éclats, amis? G*est la toIz do Julie. « Entrons. O quelle nuiti Joie, iTresse, foltel « Que de seius envahis et mollement pressés I « Malgré de vains effort^, que d*appas caressés ! 41 Que de charmes divins forcés dans leur retraite. « 11 faut que de la Seine, au cri de noU*e fête,
3^)6 L'nOTEL DROUOT ET LA CURIOSITÉ EN 1886-1887.
« Lo flot résonne aa loin, de nos Jeux égalé,
« Et qu'en sou lit voisin, le marchand éveillé,
<i Ecoutant nos plaisirs d'une oreille Jalouse,
« Redouble ses baisers à sa trop Jeune épouse. » 310 fr. •
...Di^STOUcnES. (Philippe-Néricaull). — L. a. s. b J.-B. EU>us8eau. Paris 19 avril 17^7, p. in-4.
; La plus belle lettre connue de Destouclies. Il répond aux reproches de malhonnêteté et d*ignorance que lui a Taits injustemeot Rousseau. Il repousse avec indignation le premier de ces deux niproches. :<! Je conviens donc avec vous que Je suis un petit esprit, un ignorant, mauvais poète, que Je n'ai Jamais lu la poétique d'Horace ni celle d'Aristote, que Plante et Térence sont des auteur» dont Je ne connois tout au plus que le nom, qu'enfin vous estes un géant et que Je ne suis qu'un pygmée et j'avoue que Je ne tiendrois pas contre un adversaire tel que vous, si J'avois l'audace de l'attaquer. Aussi ne vous ay-Je point attaqué. C'est vous qui estes tombé sur moi lorsque Je ne ponsois à vous quo pour me plaindre de ce que vos malheurs privoient notre patrie d'un homme qui eo faisoit rornemont. Mais, avec votre permission, Je ne conviendrai point des autres dérauts que vous lui imputes et Je prendrai mémo la liberté do vous dire que tous les gens qui me connoissent mieux, que vous ne faites, pensent tout différemment sur mon sujet. » .
« Il pe sied point à un homme de se vanter d'avoir des principetd^honneur et de probité, mais il lui est permis de se défendrequand on l'accuse de n'en point avoir. » 24G Tr.
• Florian (Jean-Pierre-Glaris de), romancier et fabuliste, membre de l'Académie française, né en 1755^ et mort en 1794.
'45 lettres, dont signées à M*** de Yimeux, 1782- 1793, 45 p. in-8*.
Correspondance amicale et littérahre d'un tour charmant : S30 fr.
Gilbert (Nicolas-Joseph-Laurent), poêle satiriquer né à Fontenay-le-Gh&leau (Vosges), 1751, et mort en 1780.
Il envoie à M. de Xiyri ané élégie Tort triste sous le titre d'ode. •• Faible éclio de U voix publique, Je ii*Ai pas craint d*y placer TOtre nom, et cotto témérité fera aana doute le anccèi de mon ouvrage. On est sûr de plaire aux hommes lorsqu'on leur parle de leurs bienraiteurs. »
. Suit l'ode ainsi désignée :
V Orphelin^ ode à monsieur de Xivri, préHdeni à la cour souveraine de Lorraine et secrétaire perpétuel de T Académie de Nancy, pièce do vers aut. signée do son initiale. Op. in-4.
Void la dernière strophe : .';
« Fier tyran I tels sont les revers
« Que Dieu rassemble sur ta tète. Si
« Mais c'est peu : touché de mes vers, .
« Vengeur moins lent, Xiyri s'apprête « A délivrer mes Jours de ton Joug onéreux t ' ^
« Une pitié stérile' est d'une âme commune ;
« Le grand cœur plaint le malheureux
H Et le venge de la fortune. »
800 fr.
La Fontaine (Jean de), né h Château-Thierry, mprt en 1695.
Pour M^^ de Coulangez, à A/"» de La Fayette^ en luy envoyant un petit billard.
Pièce de vers autographe. Une page et demie in-4^ provenant de Qaude Brossette, auquel il avait été donné par Mathieu Marais, le 24 octobre 1728. Voici 1o commencement de la pièce r
« Ce billard est petit, ne l'en prises pas moins» « Je prouverai par bons témoins « Qu'autrefois Vénus on flt faire « Un tout semblable pour son fils. >» 245 fr.
llAGiNE(Jean),néàlaFerlé-MilonenlG39,morteni699.
L. a; 8. (au père Rapin), Paris, 10 juin, 2 p. in-8^ (collection Gilbert).
" Il tnandô qu'il a lu l'ouvrage du Père ftapin à Monseigneur le Prince. « Il m'a commandé de vous dire qu'il le trouvoit très beau
et qa'il TOUS ettoit fort obllgâ du lèle que vous témoignles pour la mémoire de fou rnootUur ton père. » 160 fr.
SâviGNé (Marie de Rabutin-Ghantal, marquise de).
L. aut. signée à Ménage, 1 p. 3/4 in-4^. Léger raccommodage. '
Belle lettre eigaôe Af. //e Raàulin Chantât. Elle le remorele da bien qu'il a dit d'elle à M. Soryien... : 610 fr.
Labruyèrb (Jean de), l*auteur des Caracièrei^ membre de rAccidémie française, né à Paris en 1645, mort en 1696.
P. 8. sur vélin, sig. aussi par ses frères Louis et Robert-Pierre, et par sa sœur Élisabelh-Marguerite ; Paris, 26 août 1670. 1 p. in-8« oblong.
Cette pièce très rare est un reçu do 200 livres pour un quartier d*une renie constituée sur les aides, le 18 mai 1037 s 410 fr.
Boilbau-Dbspréaux (Nicolas), célèbre poète» né en 1636, mort en 1711.
L. a. s. à Jean Racine, Auteuil, 26 mai (1687). 3 p. pi. in 8. Pièce montée {collection A. Sensier).
Lettre protenant du recueil dos lettres de Boiloau à Brossetto. Elle présente quelques corrections qui font penser que, malgré la signature, ce n*08t qu'une minute. Boileau donne des nouvelles do sa santé. « Vous avés raison d*estimer, comme vous faides, M. de Vauban. C'est un dos liommes de nostre siècle, à mon avis, qui a le plus prodigieux mérite, et pour vous dire en un mot oe que Je pense de lui. Je crois qu'il y a plus d'un maréchal de Franca qui, quand il le rencontre, rougit de se voir marécbai de France • : 400 fr.
Rousseau (Jean-Jacques), le grand écrivain, né en 1712, mort en 1778.
L'HOTEL DaOUOT ET LA CURIOSITÉ EN 1886-1887. 359
8 manuscrilâ autographes des lettres de Saint-Preux h Julie, dans la Nouvelle- HéloUe^ 85 p. in-i.
Ce dossier comprend les lettres nM 3, 14, 20, 31, 33, 9 do U deuxième partie, & do la deuxième partie, et une Jottre qui porlo cette mention : Imparfaite et peut-étrt à retrancher. Ces manuscrits sont du plus haut intérêt à cause des nombreuses ratures et corrections qu'ils présentent et des variantes fort curieuses avec le texte imprimé. Ils nous initient à la manière dont Jean-Jacques Rousseau travaillait et sont une véritable révélation littéraire 3,550 Tr., à un amateur anglais.
Le total de la dixième vente d'autographes de la collection Dubrunfant a été de 27,523 francs.
Peu d'autographes importants dans la vente du 1»' juillet. En revanche, il s'y trouvait une collection d(i cachets des maisons royales et des principales famillos de la France et de l'Europe. Cette collection, absolument unique dans son genre, se subdivisait ainsi :
France : Famille royale...... 145
Dynastie napoléonienne 108
Grandes famillefe 3,90o
Anolitbriii : Rois 134
Ducs, comtes, barons , eic 1,980
Pats-Bas : Rois et princes MO
Grandes familles. 4tÔ
LosRAiNi (maison de) 34
Italie : liaisons régnantes..... 1.50
Cardinaux, ducs, barons, etc 3,350
Espagne : Rois 3i
Grandes ramilles 340
Portugal ! Rois et grandes familles 118
SoÈDB : Rois 07
Grandes famiUes 1N)0
Danbeask : Rois 50
Grandes familles. 300
Allemagne : Empereurs lOj
Prusse I •• 10.»
360 L'HOTBL DROUOT ET LA GURIOSIT& EN 1886-1887.
Divers 1,550
Hongrie 300
Rustii : Einpereurs • 30
Princes, comtes, etc. 330
PoLOAm : Rois ..../.... 30
Princes et comtes 5^
Cette collection ainsi décomposée a été mise en vente en uti seul lot, et péniblement adjugée au prix de 150 francs, pour les 13,000 cachets qui y flguraienl.