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cdiicaiion et qui ne verrait plu$ des portraits de Louis XV attribués à Velasquez ou des bustes de Molière supposés modelés sur nature par Clodion. Je ne suis pas assez grand clerc en matière de droit d'association ni en jurisprudence commerciale pour entrevoir les bases possibles de cette Société d' Experts-jurés, mais l'idée mérite d'être prise en considération et étudiée par tm homme remuant et tenace comme vous Fétes^ et^ avec le concours des gros bonnets de FHâtel^ j'ai Fassurance que vous réussiriez à la mettre en pratique avec succès, en dépit de F individualisme qui est la marque distinct tive de ce temps d'égoisme à outrance.
Puisque nous naviguons en plein océan incertain du conditionnel, tâchant de peupler nos horizons de rêves, laissez-moi vous avouer quelle fut ma première pensée le jour où vous vîntes me prier de faire parader une cattserie aux abords de votre ouvrage sur les ventes et la enriosilé. — Après les préfaces prestes et spirituelles de mes prédécesseurs, Claretie, Monselet^ Silvestre^ Bt^^'tg, Champfleurg et Bergeratj je songeai aussitôt que le vrai préambule à mettre en tête de votre publication annuelle serait une revue complète des adjudications parisiennes , selon les idées et le milieu des temps passés^ avec r expression vivante de tous les commentateurs contemporains.
Quels tableaux étranges, pleins de couleur^ ,^musants, pittoresques et variés à la fois! Quels précieu:ip documents pour l'étude philosophique de
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la mode, de Fart, des mœurs et du goiUI Quelles surprises singulières enfin^ offrirait une histoire minutieuse et anrcdotique des ventes en France^ et en particulier à Paris, depuis le moyen dge jusqu'à nos jours!
On peut s'étonner que cette œuvre comidérabte, assurée de succès^ n'ait pas encore été écrite^ ni mime ébauchée jusqu'ici, — Avec ses aspects mxdtipies, ses rétrospectives et ses vues d'ensemble sur le public et les marchés d'autan, cette recomtitution du monde de la brocante etU été assurément la vaste pierre d'assise de votre Annuaire de Fhôtel Drouot qui vient de gagner allègrement son septiènie chevron d'existence.
Je me suis plu, je puis le dire^ dans un de ces rêves d'ouvrages qu'on ronronne au coin du feu^ à tisser en imagination la vaste toile arachnéenne où bercer ce projet, et j'ai été effrayé par les formidables proportions de cette histoire des ventes mobilières. — Voyez-vous ce travail effréné qui consis-^ terait à relire toutes les anciennes chroniques^ à parcourir tous les uwenlBxres publiés ou non, à disserter sur l'institution des anciens jurés-crieUrs, à restituer les encans du xv* siècle^ à déterminer les emplacements successifs de ces criées tour à tour sur lepotit Notre-Dame, sur le quai de la Mégisserie ^ dit aussi de la Ferraille qui s'étendait jusqu'à r ancienne» vallée de Misère, près le Chàtelet; à la salle des Grands Au gustins, aux Grands-Cor délier s y à la rue du Battoir, puis en riiôtel d'Espagne^ rue Dauphine? — Quelle persévérance pour arriver à apporter une faible lumière dam cette nuit d'inconnu!
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les principales sources de renseignements sur les collections d'autre/ois et stir les catalogues imprimés, faisant défaut jusqu'aux premières années du xviu* siècle! — Ce iw serait point tout, tl faudrait encore s'enquérir du rôle exact et des rétributions des huissier S'priseur s et des principaux experts d'autrefoù, montrer l'amateur grand seigneur et abbé de Cour et descendre jusqu'à peindre la multitude se pressant à la vente soit en plein air^ soit dans le clair obscur des salles poussiéreuses.
Au siècle dernier ^ la moisson de doctmients serait énorme^ et nous pourrions frapper à toutes portes^ à une des salles des RR, PP, Augustins du grand. Couvent ou bien à la salle de vente de Fe^' pert Pierre Rémy, rue Poupée^ près la rue Hautefeuille, Nous aurions encore accès chez le fameux Paillet, marchand de tableaux expert, à l'hdtel d'Aligre et chez Lebrun^ son concur refit, à F hôtel Lubertf rue de Clénj^ en attendant que nous localisions nos excursions vers 1780 dans le célèbre établisseinent de l'hôtel Bullion^ rue Platrière, qui engendra, en quelque manière, l'hôtel des ventes sis place de la Bourse, puis rue Drouot depuis i85S.
Ce qu'il y aurait de principalement amusant à faire ressortir de cette étude du passée ce seraient les passions éternelles des acteurs en scène, aboutissant au mécontentement général; on montrerait la rivalité des amateurs entre eux^ des marchands contre les amateurs et les guerres intestines des trafieants, déjà ligués cependant pour faire obstacle au collectionneur, — Regardons par exemple au passage ce piquant tableau de Sébastien Mercier ^ accroché dans
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son Paris sotês la désignation (/'Huissier-Priseur. Uien n'y manque comme touche et observation.
« La charge dhuissier-priseur^ car tout est charge : qxC est-ce que les rois n'ont pas vendu? devient de jour en jour plus lucrative. Plus il y a de luxe ^ plus il y a do nécrssiteuxy le combat sourd de Vaisaïue et de la pauvreté occasionne une multitude de ventes et d'achats. Los pertes, les banqueroutes^ les décès^ tout est favorable aux huissier s-priseur s ^ en ce que les revers, les variations de la fortune, les changements de lieu et d'état, se terminent par des ventes forcées ou volontaires. Il y a ensuite les petites ruses du métier. Tel huissier-priseur est souvent nwrchand tacite ou bien associé avec des marchands; pt dans les adjudications^ il sait conséquemment couper la broche à tout propos, c'est-à-dire adjuger suivant qu'il lui platt^ d'après ses vues secrètes ou celles de ses commettants cachés.
« L'adjudication est un prononcé irrévocable; mais que de clameurs avant le mot définitif! L'huis-^ sier-priseur est obligé d'avoir un crieur à ses gages, un Slcnlor. On n'entend que cette répétition éter-^ nelle des acheteurs : Un soi! un soll tandis que Fhuissier de son côté crie : Une fois, deux fois, trois fois I — On dirait que F objet crié va être adjugé sur-le-champ, car F huissier dit toujours : Pour la dernière fois, en voulez-vous? n'en voulez-vous peu — Un soll un soll répète rassemblée, et voilà l'objet qui de sol en sol remonte subitement à mille livres au-dessus du premier prix. Un sol a fait
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pencher la balance, un sol fa fixée invanableîneni.
n L'huissier en habit noir, avec sa voix fltUée et le crieur déguenillé, mais gorgé d'eau-de-vie, dont le timbre fait trembler les vitres, usent leurs poumons à parler au public, comme dit le poète liousseau dans sa plaisante épigramme. L'oreille est fatiguée par cette répétition continuelle, assommante^ Les Paix làl du Stentor enroué swTnontent èi peine le bruit confus de la multitude qui se passe de main en main les objets, les regardant, les dédaignant seloni Fenvie ou le besoin.
« Quand vous avez assisté à l'une de ces ventes tumultueuses, vous en avez les cris monotones et le bourdonnement dans f oreille pendant quinze jours, on adjuge de cette manière depuis tm tableau de Rubens jusqu'à un vieux justaucorps percé par les coudes.
u Dans les vérités après décès, les chaxulronniers à cheveux plats ouvrent toujours la séance ^ car on commence toujours par la batterie de cuisine, le mort n'en ayant plus besoin; ils se trouvent dans la salle du défunt avec tous ceux qui vie^ment pour acheter ses diamants, ses meubles de boule et ses dentelles, »
A part quelques expressions désusitées, on sent que le tableau est presque moderne iF allure et de vérité ; mais Mercier, dans une autre partie de son Tableau de Paris^ à propos des ventes par Arrêt de Cour, a tenu à nous présenter tm échantillon dé la bande noire au xviii* siècle et ici encore on
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ne peut ^'empêcher de rechercher la différence d'avant, et d'après la révo/ution, — elle est nulle :
fxllya dans ces ventes, dit-il, une comidération secrète dont on doit perpétuellement se dé/ter; elle s'appelle la grafflnade. C'est une compagnie de marchamls qui n'efichérment point les uns sur les autres dans les ventes, parce que tous ceux qui sont présents à F achat y ont part; mais quand ils voient un particulier qui a envie d'un objet, ils en haussetit le prix, et supportent la perte, qui, considérable pour une seule personne^ devient légère dès qu'elle se répartit sur tous les membres de la ligue. »
« Ces marchands aigrefins se rendent donc maîtres des prix, parce qu'ils font en sorte qu'aucun autre acheteur n'aille au-dessus de celui qu'un membre de la graffinade aura offert. Quand un objet a été poussé assez haut pour écarter du bénéfice tous ceux qui ne sont pas de la clique^ alors dans une assemblée particulière, ils adjugent l'objet entre eux; voilà pourquoi tri homme expérimenté s'étonne de trouver tel objet si cher dans les ventes: /ff grafflnnrtc trw/ qu'il n'y remette plus les pieds, afin que les marchandises tombent au bas prix auquel ils préteiulent les acquérir.
« Cette conspiration contre la bourse des gens a chassé de la salle des ventes un nombre infini d'acheteurs qui aiment mieux être rançonnés par un membre de la graffinade que par la grafflnade entière, qui, selon F exprpssiofi populaire, a les reins forts et joute de ^manière c) écarter If s plus intrépides.
I^s crieurs de vieux chapeaux, les revendeurs
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imitent parfaitement sur ce point les lapidaires, les orfèvres et les marchands de tableaux. »
Les époques se suivent et se ressemblent toujours plus qu'on ne croit, car les ficelles de l'humanité sont inusables et servent à faire mouvoir les mêmes passions nobles et ba^es de fespèce, Les trucs, que nous pensons être un produit de civilisatioti corrompue^ ont été misen pratique, aussibienhier qu'avanthier, et ce ne serait pas fun des moindres attraits de Fhistoire des ventes dont je me suis ingénié à tisser le canevas, que cette démonstration de la filouterie marchande à travers les siècles^ toujours en éveil et toujours bwiée sur les mêmes chaussetrappes et la même Révision.
Un des documents les plus complets^ qui ferait appoint à cette étude de physiologie philosophique, pourrait être extrait d'un pamphlet rarvisime intitulé la Confession publique du brocanteur^ publié à Amsterdam en 1776 et réimprimé par Eugène Piot, dans son excellent Cabinel de Tamaleur en 1861,
Le singulier héros de ce libelle est un nommé Ferre-la-Mule, marchand de tableaux, bon Parisien de la place de Grève, et qui eût été digne d'y terminer ses jours, écartelé par cent vigoureux collectionneurs.
Ce Ferre-la-Mule, au retour d'un voyage d'Amérique à Saifit'Malo, à la date de 1769, se setitpris d'un si violent mal que, sur le point de périr, il
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fait mander un confesseur, lui criant avec déses^ poir : « Père aumônier, ayez pitié de mon âme, ' confessez-moi I — Soie, mon cher frère, dit le prêtre. Quelle profession est la vôtre? — Brocanteur de tableaux, » reprend Ferre-la-Mule. Puis aussitôt de s'écrier de nouveau ; « — Ahl mon Père, que j'ai à me reprocher de friponneries l que de forfaits! que de vols! — Allons, courage, mon cher frère, confessez-vous! — Mon père, je m'étais associé avec trois autres marchands, et tous quatre nous avons fait plus que les plus grands voleurs, excepté que nous n* avons tué personne. — Mais encore, interroge t aumônier, qu'avez-vous fait?
— Nous simulions les ventes publiques, mon père, nous y mettions de mauvais tableaux, que nous poussions et enchérissions les uns sur les autres à des sommes exorbitantes, pour faire courir le bruit qu'il y avait eu à telle vente plusieurs tableaux de conséquence, puisqu'ils avaient monté jusqu'à six, huit, dix ou quinze mille francs, plus ou moins chacun; tandis qu'ils ne valaient pas cinquante sols. Les amateurs donnaient si aveuglément dans le piège qu'ils prenaient envie de les avoir, ils donnaient encore un bénéfice en sus pour acquérir la possession; de plus nous leur tirions leurs bons tableaux par dessus le marché en leur disant qu'ils n'étaient pas de mode, qu'ils n'étaient pas agréables, etc.. »
Ferre-la-Mule pressé par le prêtre, fait défiler wi à tm tous ses tripatouillages, et le bon père le stimulant : (c — Courage, courage, cher frère, remettez'^ vous^ continuez / » — le brocanteur efi arrive à