‹ L'Hôtel Drouot [et la curiosité] en 1881 [jusqu'en 1888]Chapitre 1 sur 21 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Voici UD livre d'un caractère fort original, d*un charme tout particulier, et qui intéressera profondément les curieux, les amateurs d*art, les collectionneurs, sans compter les observateurs et les moralistes, c'est-à-dire et pour dire vrai tout le monde.

Un esprit très distingué, un Parisien très averti, un érudit en matière de ventes, M. Paul Eudel, qui a tour à tour signé ses chroniques de ces divers pseudonymes : Le cousin Pons^ Un habitué de V hôtel Drouoty et en dernier lieu , au journal la Vie Moderne , « Paul du Crotoy, » réunit aujourd'hui sous son nom ses causeries .artistiques qui seront peut-être un jour, pour les ventes contemporaines, ce que le Trésor de la curiosité de Charles Blanc est pour le passé. On ne se doute point de la quantité de renseignements et de documents que peut contenir l'histoire au jour le jour de VJIôtel Drouot durant une année. Je viens de lire le volume nouveau. C'est comme un amas de petits drames, de

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traits de mœurs, de romans, de menus faits comme les aimait Stendhal.

Il n'est pas d'endroit où la Fie à Paris se trouve mieux résumée que dans cet hôtel des ventes, et je ne crois pas qu'on en puisse mieux écrire la chronique avec plus de science et de goût que vient de le faire M. P^ul Eudel.

L'hôtel Drouot, c'est la Bourse de l'art et du bric-àbrac. Je ne sais pas de coin parisien où le pouls de notre vie moderne batte plus vite. Ce grand monument sans angles, avec ses lettres d'or : Hôtel des Ventes Mobilières, au-dessous desquelles pend, comme crêpé de deuil, un drapeau presque noir et jadis tricolore, ressemble à un immense mausolée où, pêle-mêle, comme dans un ossuaire, se heurtent tous les détritus de Paris, haute et basse vie. Le monde entier a passé par cette porte dont les lourds battants de velours s'ouvrent et se referment sur un flot de gens.

Vous n'avez jamais remarqué, sans doute, l'espèce de frise, ou plutôt de décoration, qui court sur la façade de ce petit monument, Hôtel Drouot, successeur de l'Hôtel Bullion ? Là, des sculptures sans arêtes représentent le pêle-mêle de ce que la demeure même recèle pour quelques jours dans un flux et un reflux de toutes les marées du luxe et de la misère. L'architecte a représenté, dans un aflVeux style grec, des armes et des livres, des coffrets de bijoux et des casques de guerriers, des pinceaux et des amphores, toute la débâcle des métiers et des arts. C'est l'enseigne de la maison.

Les noms les plus disparates se heurtent dans les

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affiches jaunes, vertes, rouges, bleiies, sur les murailles de Thôtel. On vend de tout là-dedaas : des tableaux de Corot et des autograph^s de Fouquier-Tiaville, un dossier sur la caaoaisatioD de saint Vincent de Paul et une cafetière de la Du Barry, — celle de La France peut-être ;

— les bijoux de M'°" vQuve Marie Blanc et les tableaux de Paul de Saint-Victor. J'ai passé, pour suivre ces ventes, de longues heures dans ces salles où traîne Todéur de renfermé^ où la congestion et la migraine flottent au-dessus des crânes, dans l'atmosphère chargée de buée humaine et de vapeur, comme les allégories ailées dans les tableaux de Coypel.

Quoi de plus curieux que d'étudier cette population, à demi flottante et fixée à demi, qui roule à travers les escaliers et s'entasse dans les salles de THôtel des Ventes, depuis les misérables salles ou le hall du bas

— ce qu'on appelle Md^^ds dans l'argot du lieu — jusqu'aux salles haut cotées, le n*" 1, où les diamants de M""^ Blanc étaient mis aux enchères^ et les salles du fond où s'accrochent d'ordinaire les tableaux de prix, en passant par cette salle n^ 18, ouverte sur l'escalier même, comme la niche d'un chien ou la loge d'un concierge, et où souvent, dans le hasard des petites ventes obscures, sans autre affiche qu'un placard écrit à la main, en ronde, lesflaireurs, les dénicheurs, les habiles ont déterré pour quelques francs quelque tableau ignoré, quelq^ue bibelot précieux.

Il faut voir ces couloirs, un jour de vente célèbre ! On s'y écrase. Et, dans la salle même, lorsque le feu des enchères brûle comme une éruption volcanique !

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