‹ L'Hôtel Drouot [et la curiosité] en 1881 [jusqu'en 1888]Chapitre 13 sur 21 · CINQUIÈME VACATION. — 3 JUIN · texte numérisé non relu

CINQUIÈME VACATION. — 3 JUIN

La caisse des marchands n'est pas encore à marée basse. — Les lingots des amateurs ne se sont pas jus* qu'ici entièrement fondus sous le feu des enchères.

On va vendre les pendules, les flambeaux, les appliques, les candélabres, les girandoles et les meubles, précieux débris du luxe du dernier siècle, échappés à

la destruction générale. Gouthiëres, Riesner, Martincourt, vont faire les frais de la journée.

Il faudrait la plume d'Étincelle, AxiFigaro^ pour décrire les toilettes des grandes dames qui viennent presque tous les jours braver la température et faire de longues séances. — La marquise de Castellane en habit de satin merveilleux, la jeune comtesse de Salignac-Fénelon en toilette prune de Monsieur, la comtesse de Montbazon avec un délicieux chapeau à la Genlis en paille d'Italie, la princesse Lise Troubetzkoï et la princesse Âlexandra Troubetzkoï, dont Machard a fait le portrait avec un chapeau à la Madame Lebrun, la charmante baronne d'Erlanger, une de nos grandes élégantes, la baronne Double de Saint-Lambert, dans un deuil ravissant : chapeau Louis XVI à plumes noires, jupe couverte de jais, polonaise en blonde espagnole relevée par des nœuds, des flots de satin noir.

Champfleury, le marquis de Mortemart et M. de Blowitz sont dans la foule.

A deux heures précises, Pillet donne le signal :

Deux très beaux bras, Tun des plus beaux ouvrages de Gouthières, gravés dans le catalogue du cabinet du àuc d'Aumonty 25,600 francs. Mannbeim demandait 15,000 francs.

Pauvre Gouthières, la faveur des grands le ruina. La Du Barry lui commanda pour 750,000 francs de bronzes qui ne lui furent jamais payés et qui le firent mourir de misère.

Deux flambeaux formés chacun par une bacchante debout, mise à prix 10,000 francs, vendus 1 5,100 francs, achetés par un débutant dans la curiosité, M. Seligman.

Les deux flambeaux signés de Martincourt. Demande, 12,000 francs, vente, 13,500 francs.

Deux autres de la même époque, composés d'une

figurine d*enfant assis tenant une corne d*abondance, 15,000 francs.

Deux cliarmants chenets : un flambeau debout soutenu par deux enfants, 6,100 francs.

Les meubles atteignent ensuite des prix invraisemblables.

Le bureau plat de Mesdames, filles de Louis XY et provenant du château de Meudon, à Guenot, 38,000 francs I

Une table à ouvrage venant de la vente Campan, 16,000 francs, au même.

La malle à dentelles de Marie-Antoinette, achetée 4,000 francs par M. Lowengard.

La commode de la reine Marie-Amélie, 4,000 francs, — au duc d'Aumale.

La grande bibliothèque en bois noir de Fontainebleau, 17,100 francs.

Les deux encoignures en laque de Coromandel, 5,000 francs.

La petite table de Riesner, 6,100 francs.

Le régulateur de JoUain, 5,900 francs.

Le bonheur-du-jour (moderne), en vernis Martin, 4,000 francs. — Mannheim avait cru raisonnable de n'indiquer que le prix de 1 ,000 francs, — mais il comptait sans Tentrainement très ordinaire dans les ventes.

La tricoteuse en acajou, à pieds cannelés, portant là marque de fabrique de Riesner, 6,100 francs.

Le seau d'atours, ayant appartenu à la reine Marie-Antoinette, d'après le certificat de M. Saunier^ 1,950 francs! — ô respect des choses saintes! — La passion des souvenirs est décidément poussée quelquefois un peu loin.

Il est cinq heures. — Les commissionnaires commencent à présenter les pendules. {Sensation prolongée^ comme à la Chambre.)

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Les singes musiciens arrivent les premiers sur table. Ce bibelot était en 1840 rue Caumartin, chez un antiquaire nommé Strauss (qui n*était pas le collectionneur actuel). II en demandait 1,200 francs. Son voisin, le parfumeur Vannier, en offrit vainement 900 francs. A la mort de Strauss il acheta Torchestre pour 800 francs et le revendit plus tard 1,600 francs à Recappé. Les comptes de M. Double disent qu'il le paya 3,500 francs.

Mannheim fixe la mise à prix à 15,000 francs et la lutte s'établit entre le comte PilletJ Will, le riche banquier et la marquise de Lambertye, qui finit par remporter lavictoire en mettant au-dessus de 20,000 francs une dernière enchère de cent francs.

La pendule de Tapothéose de Louis XV, exécutée sur les ordres de M"" de Pompadour, dépasse largement la demande de l'expert, elle est adjugée à 27,000 francs au marquis de Trévise, qui la mettra sans doute dans son château de Sceaux.

La garniture de cheminée de Clodion, dont M. Double avait refusé 70,000 francs à Boys, fait 80,000 francs. La pendule seule, par Forestier, atteint 16,100 francs.

Le cartel de Roisin, 5,050 francs.

La pendule constellée de cailloux du Rhin, 10,100 fr.

Les girandoles de Turenne, à M. Henri Stettiner, pour 38,400 francs.

La pendule de Furet, conçue dans l'esprit de celle du nègre du boulevard Saint-Martin, adjugée à la marquise de Lambertye, 16,500 francs.

Enfin la pendule des Trois Grâces, de Falconnet, adjugée au comte de Camondo à 101,000 francs, après une lutte ardente contre le représentant de Richard Wallace.

Un tonnerre d'applaudissements éclate dans la salle. Les adjudications de six chiffres sont toujours saluées ainsi.

ai.

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La cinquième vacatioa est terminée. Elle s*élève à 634,870 francs.

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