‹ L'Hôtel Drouot [et la curiosité] en 1881 [jusqu'en 1888]Chapitre 17 sur 21 · DONNÉ AU LOUVRE · texte numérisé non relu

DONNÉ AU LOUVRE

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M"« Juliette Courbet, qui n'est pas riche, offre ce tableau à rÉtat.

C*est venger, avec une noblesse de caractère qui rappelle les plus beaux traits de Tbistoire romaine, la mémoire de son frère.

Maître Charles Pillet. — Son règne de vingt-six ans. — Les Américaines à ' San-Donato. — Grandes ventes de 1856 à 1880. — Livre d'heures de la duchesse de Berry. — Quinze millions d'ad(judication pour les princes Demidoff. — * Le service des Rx)han et lord Dudley. — Monseigneur le duo d'Aumale. — Une coupe en cristal de roche achetée dix francs et revendue vingt mille. — La Femme au serpent, de Glesinger. — Un Polichinelle, peint par Meissonier. — Le Dauphin, M. Paul Qieyailier. — Les prix de la vente Courbet.

40 décembre.

Que voulez-vous que je vous dise des collections de tous les morts et de tous les vivants, X, Y, Z, qui depuis une quinzaine ont défilé comme des régiments, précédés de leur catalogue en guise de drapeau. G*est toujours absolument la même chose ; on embouche la trompette de la réclame pour ces petits musées formés dans la pénombre de la province, et, une fois rangés autour des salles de Thôtel Drouot, ils font l'effet de ces vieilles femmes fardées qui maladroitement s'exposent à la lumière crue du jour.

Quand j'aurai parlé en quelques lignes de la vente Emmanuel Martin, — un fouillis ! — du grand déballage des frères Hamburger d'Dtrecht, de la vente.après faillite des célèbres marchands de diamants Van Raaite, des statues des sculpteurs italiens, des échantillons les plus intéressants des faïences de M. Lor**, de Lyon ;

que j'aurai ajouté que j'ai vu, de mes yeux vu, dans un grand mouvement d'éloquence M® Escribe, pour adjuger un magot japonais, faire voler en éclat son marteau de commissaire-priseur, j'aurai bien rapidement fini ma tâche; — mais, franchement, cela ne sera guère palpitant d'intérêt.

Il faut chercher ailleurs, et je tiens aujourd'hui un autre sujet plus nouveau. J'ai promis de parler du roi des commissaires- priseurs, Charles Pillet, et je vais tâcher de m'acquitter, de mon mieux, de mes engagements envers mes lecteurs. Aussi bien ce livre, où il est question de lui à chaque page, ne peut se fermer sans que je lui consacre quelques lignes.

Je vais donc essayer d'esquisser, comme Ignotus du Figaro, cette physionomie si essentiellement parisienne, biea connue de tous les habitués de la rue Drouot, Pillet! Tun des commissaires les plus raffinés, Tun des amateurs les plus délicats de notre époque. II est certainement plus facile à peindre au moral qu'au physique. L'éclair d'intelligence qui brille dans ses yeux ne pourra jamais être reproduit fidèlement, ni par l'objectif d'un photographe, ni par le pinceau d'un peintre.

Pillet, qui a dirigé en dernier lieu la vente très réussie d'un Hollandais, a régné pendant vingt-six ans, le marteau à la main et le sourire aux lèvres. Son marteau était un sceptre, son sourire un talisman. C'est lui qui, pendant une longue carrière honorable et bien parcourue, a certainement le plus contribué à développer le goût des arts en France ; c'est lui qui a poussé à cette hausse, toujours croissante, du bibelot en Europe.

Il faljait le voir à son bureau présider ces grandes assises de^l'Hdtel : la figure sympathique, les lèvres minces, le visage rasé et encadré de favoris flo-conneux, son coup d'œil pénétrant allait jusqu'au fond

de rame. Une fois à sa tribune, où il se tenait presque toijûours debout, sa physionomie se transfigurait ; de sa voix tranchante et sonore, frappant les mots comme un balancier frappe des médailles, il répétait et accentuait les enchères. Il avait un feu, une autorité sur le public ; il le dominait, il rallumait. Un courant électrique s'établissait entre Tesprit, le bras et le marteau qui résonnait avec prestesse d'un coup sec, nerveux comme son maître, tandis que de sa voix brève il scandait et détachait les syllabes du prix de Tacyudication.

Quel rude métier cependant 1 Parler trois heures sans entr*acte, sur un mode uniforme, diriger le crieur, surveiller les clients, suivre Texpert, entraîner les hésitants, aller cueillir rapidement une enchère au fond de la salle, rester toujours aimable et distingué, varier ses termes pour ne pas fatiguer son auditoire, faire décrire un demi-cercle élégant à son marteau d'ébène, l'arrêter en temps voulu, regarder de tous les côtés et le laisser ensuite tomber avec grâce : ce n'est pas certes une chose facile. Il faut être merveilleusement doué pour l'emploi.

A San-Donato, en 1880, les Italiens, dont les ventes se traînent dans une douce somnolence, étaient émerveillés. Chaque soir, la Gazette d'Italie témoignait son admiration dans de longs articles et le citait comme un modèle a imiter pour les gens du métier. Les Américaines, en villégiature à Florence, ne pouvaient se lasser de l'admirer. — « Il n'y a que les Français, disaient-elles toutes, pour avoir cet entrain. »

Cet homme est un charmeur. Je suis allé le voir pour lui demander, avant de faire sa biographie, quelques dates et quelques chiffres. Je suis revenu si satisfait de mon entrevue, que j'aurais voulu, )siu risque de paraître indiscret, la prolonger. J'enregistre cet entretien au nombre des bonnes fortunes de ma vie de curieux. Si

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j'avais été sténographe, je n'aurais eu qu'à reproduire textuellement notre conversation. Cela eût suffi.

En causant avec un homme tel que lui, qui a vu aller de l'atelier à la galerie et de la galerie aux magasins toute la peinture connue, il en résulte toujours de précieux renseignements. Il m'a parlé longuement delà hausse considérable des tableaux anciens, qui depuis vingt-cinq ans n'ont cessé de monter progressivement, de la contrefaçon terrible des objets d'art et de bien d'autres questions qu'il peut, mieux que tout autre, traiter avec autorité, et que la place me manque pour reproduire ici.

Charles Pillet est entré en fonctions le 23 mai 1855. Il succédait à M. Bonnefond de Lavialle, qui exerçait depuis 1806 et qui était le successeur de Viollet-le-Duc, titulaire de la charge depuis l'an IX. Il eut successivement à titre d'experts, comme collaborateurs fidèles, le flegmatique Roussel, Théret le lapidaire, les deux Mannheim, le père et le fils; pour les tableaux, La Neuville, un fin connaisseur; Cousin, un marchand; Etienne Leroy, du musée de Bruxelles; Febvré, grand spéculateur qui vient de mourir, et tout récemment George, Petit et Féral-Cussac.

Pendant son long exercice, ce prince de l'enchère a fait toutes les grandes ventes d'objets d'art et de tableaux. Il n'a pas vendu moins de cent cinquante millions de curiosités détentes sortes, appartenant à toutes les célébrités contemporaines, peintres de talent, banquiers enrichis, acteurs en détresse, actrices en vogue et belles petites à la mode. On écrira peut-être quelque jour les mémoires de l'étude si connue de la rue Grange- Batelière.

Feuilletons rapidement son grand livre qui, pendant un quart de siècle, a enregistré l'histoire de la curiosité et du bibelot en France.

Dès 1856, nous rencontroûs Sa première grande vente — celle de Tatelier de Camille Roqueplan, 98,000 francs. — Puis, d'année en année jusqu'en 1879, la collection du chanteur Baroilhet, 48,000 francs ; — la galerie de tableaux de M. Marcille, 72,000 francs ; — Moref, 1,120,000 francs; — Patureau, le grand amateur, 846,000 francs ; — Libri. qui aimait trop libri, 80,000 fr.;

— Rattier, collection d*objels de la Renaissance, 383,000 francs; — lord Seymour, qui, semblable à un capitaine sur son départ, chai^eait sa maison d'une cargaison de provisions de toutes sortes, 500,000 francs; —le prince Soltikoff, xv« et xvi« siècles, 1,600,000 fr. ; — • Salamanca, le grand banquier espagnol, 1,600,000 fr. ; — .Péreire, le financier célèbre, 1,700,000 francs; — Allègre, 829,120 francs; — Laurent Richard, tableaux modernes, 1,400,000 francs ; — Solar, 487,795 francs;

— Oppenheim, 1,280,000 francs.

Mais il est impossible de tout citer. Le T<nU Paris, mort ou vivant, a fait au moins une vente par Piliet, toujours choisi comme le plus habile : le chanteur Fatire; les compositeurs Âuber et Rossini, le feuilletoniste Jules Janin, l'architecte Gavet; les peintres H. Flandrin, Ingres, Diaz, Léon Coignet, Delacroix, Th. Rousseau, Troyon, Daubigny, Ph. Rousseau, Gudin, ForCuny, Fromentin, xMillet, Fiers, Hamon, Célestin Nanteuil^ les sculpteurs Étex, Carpeaux, Clésinger, Barye, Carrier- Relieuse.

Les demi-mondaines et les femmes de théâtre ont aussi largement usé du marteau d'ivoire ; Piliet était leur favori : M"*®» Anna Deslions, Adèle Courtois, Alice Regnault, Cora Pearl, Laure Hàyman, Constance Reysuche, et tant d'autres aujourd'hui disparues, qui échappent à mes souvenirs et qui ont eu, elles aussi, leur heure de célébrité, de décadence et d'oubli.

Voyons maintenant sur ces catalogues, qui sont

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camme les étapes de son existence si bien remplie, quelques-uns des principaux coups de marteau.

En 1864, il vendait, dans la collection de la duchesse de Berry, un charmant petit manuscrit de 10 centimètres sur 7, le Livre d'heures, qui avait appartenu à Henri II et à Catherine de Médicis. Il fut acheté 60,000 francs par M. Barbet de Jouy, qui le destinait à faire Tornement des vitrines du Musée des Souverains qui existait alors au Louvre.

Dans la collection de feu le prince de Beauvau, en 1865, un petit bureau de dame du temps de Louis XVI, orné de bronzes ciselés par Gouthières, offert par Marie-Antoinette à M»»® de Senone, une de ses dames d'honneur, 'eut tous les succès de la vente. Ce p^tit meuble était cependant d'apparence modeste et de dimension réduite, 82 centimètres de long sur 47 de large, mais le souvenir historique qui s'y rattachait augmentait beaucoup sa valeur aux yeux de certaines gens. Pillet, avec son ardeur entraînante, amena l'acquéreur jusqu'au prix très honnête de 60,000 francs.

Le journal La Vie moderne a raconté l'histoire merveilleuse du Cimeterre-pistolet, travail vénitien de la Renaissance, acheté 250 francs par le peintre Séchan, à Constantinople, et payé, lors de la vente de sa collection, 50,000 francs par le baron Adolphe de Rothschild.

Le Doreur, de la vente de Morny, un Rembrandt authentique, ce qui est rare, fut adjugé par Pillet 155,000 francs.

La collection Pourtalès, dispersée en 1865, atteignit trois millions; un petit tableau d'Antonello de Messine, Portrait d'homme en buste, hauteur 37, largeur 27 centimètres, obtint 113,500 francs, ce qui était alors une somme excessive. Le tableau est aujourd'hui accroché dans une des salles de notre musée du Louvre.

Comme l'eau qui va toujours à la mer, les grandes

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ventes allaient toujours à Pillet, et la famille Demidoff usa largement de ses bons offices, à diverses reprises, en 1863, 1868, 1869, 1870 et enfin en 1880, ce qui arriva à former le joli total de quinze millions, — beaa denier et bons clients ! — On le pense bien, ces ventes furent fécondes en adjudications célèbres. Passons-les rapidement en revue :

En 1868, un petit camée antique, gravé sur onyx oriental, qui, en 1863, avait été payé25|000 francs à la vente Allègre, fut poussé jusqu'à 170,000 francs ! — Vingt*trois tableaux seulement donnèrent 1,363,650 fr.; les maîtres qui obtinrent les plus grands prix furent : Albert Cuyp, 140,000 flrancs ; Hobbema, 110,000 francs; Jacques Ostade, 104,000 fr. ; Paul Potier, 112,000 fr.; le Déjeuner du jambùn, de Teniers, 77,000 francs; le Congrès de Munster, de Terburg, 182,000 francs. Le bruit courut que ces tableaux avaient été quelque temps la propriété conditionnelle de lord Her^ ford, qui s'était réservé le droit de les rendre, au bout de deux ans, — moyennant un dédit, — ce dont il n'avait pas profité.

Dans la vente de 1869, le Marché aux poissons, de Teniers, provenant de la collection Delessert, fit 159,000 francs; un petit tableau de Raphaël, dit Zû Vierge de la maison d'Orléans, de 29 sur 21, arriva jusqu'à 150,000 francs.

À celle de 1870, un service de Sèvres, pète tendre, fond bleu turquoise, composé de 172 pièces, aux initiales P. L. R., entrelacées d'or, qui avaient été fabriquées pour la famille de Kohan, fut acheté par lord Dudley 255,000 francs. Il avait annoncé, quelques jours auparavant, à ses amis, qu'il s'engageait à les faire dîner dans ce service. C'était un peu audacieux. Jamais, que je sache, le marteau de Pillet n'est tombé, pendant m lon^e carrière, sur uae adjudice^tioa aussi élevée.

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Noas recommandons aux amateurs de céramique quelques-unes de ces pièces rarissimes, décorées d'oiseaux peints merveilleusement dans les espaces laissés par de larges médaillons blancs. Rien n'y manque à ce service : bols, seaux, glacières, compotiers , assiettes à potage et assiettes à couteaux.

 la même vente, qui se fit dans une des salles des Fantaisies-Parisiennes, quatre petits tableaux de Greuze, ayant à peine 50 centimètres de haut, furent adjugés encore à de grands prix : les Œufs cassés, 126,000 francs, à M. Adolphe de Rothschild ; la Petite PUle au chien, 89,000 francs, à M. Philippi; le Matin, 77,000 francs, au musée d'Angleterre, et le Favori, 60,000 francs.

Les ventes publiques ont quelquefois leurs orages. A celle de 1863 (toujours du prince Demidoff), il se passa un incident assez curieux. On était alors aux beaux jours du régime impérial. Le duc d'Aumale avait dqja écrit au prince Napoléon sa lettre sur V Histoire de France qui se terminait par cette phrase célèbre : Q,v! avexr^ous fait de la France ? Pillet présidait. La Stratonice d'Ingres venait d'être adjugée pour la somme de 92,000 francs. Il se pencha vers son voisin, qui représentait l'un des princes d'Orléans, et il crut bien faire de lui demander s'il pouvait livrer au public le nom de l'acquéreur. Le délégué répondit qu'il n'y voyait personnellement aucun inconvénient. Alors Pillet, sans réfléchir à la situation, annonça de sa voix la plus claire et la plus sonore :

c Ce tableau, messieurs, vie7tt d'être adjugé à monseigneur le duc d'Aumale. »

Ce monseigneu/r, auquel on ne s'attendait guère, produisit une véritable rumeur dans l'auditoire. Pillet resta stupéfait de l'effet qu'il venait de produire, car il n'avait cherché i^ucune provocation politique^ — Il

se demande même encore comment ce mot de « monseigneur » lui vint aux lèvres.

D*un autre côté, la dernière syllabe eurl avait frappé les oreilles des plus éloignés. Entendant un murmure général, ils crurent qu*il s'agissait de Tempereur et se mirent à crier : Vive V Emperefu/rJ — Tapage, protestation, confusion dans la salle, où toutes les opinions, muselées par le pouvoir, élaient représentées. — Il y eut des chutl et des appiaudisements.

Le bruit courut que le lendemain M® Pillet, le nouveau commissaire-priseur , serait appelé a la préfecture de police pour y fournir quelques explications.

Il n*en fut rien cependant. L*auteur involontaire de cette manifestation jura, mais un peu tard, qu'on ne Ty reprendrait plus.

La collection a ses hasards comme la loterie. On a quelquefois un bon numéro qui sort, mais le plus sage est de n*y pas compter. — Il y a cependant quelques exceptions, et nous tenons le fait suivant de M^ Pillet lui-même, qui nous Ta raconté avec un esprit charmant. Nous, nous ferons de notre mieux.

Un brocanteur, dénué de tout sens artistique, acheta un jour, à Thôtel Drouot, un lot dans lequel se trouvait un objet qu'il prit pour un verre gravé. Il paya le tout 10 francs et mit son acquisition à la devanture de sa boutique.

Les regards des passants, les offres de quelques indécis, lui démontrèrent bientôt que le verre gravé excitait les convoitises des amateurs. Aussi résolut-il de ne le vendre qu*à bon escient, — un prix énorme, insensé. Cinq cents francs 1 Plus les 10 fr. 50, pour avoir le bénéfice tout rond.

M. Mannheim père eut vent de la chose. Il vint trouer le marchand. Il examina le verre. C'était du cristal

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de roche ! Dne coupe d'une limpidité irréprochable, ciselée au XVI® siècle, avec une recherche extrême. Il fut ravi, fasciné. Il Tacheta séance tenante.

M. Mannheim était le plus aimable des experts. Il ne put garder Tobjet. L'un de ses amis ayant insisté beau* coup pour ravoir, avec la meilleure grâce du monde il le lui céda pour 1,000 francs. — C'était uacadeau.

L'heureux acquéreur, renonçant, comme bien d'au* très, aux douces satisfactions de la collection, fit plus tard sa vente. La coupe passa sur table et fut adjugée, par M« Pillet, 6,000 francs, à M. Louis Fould.

La fine fleur des connaisseurs vint l'admirer pendant longtemps chez ce célèbre collectionneur, qui mourut un beau jour (pour les amateurs), et la coupe reprit le chemin de l'hôtel Drouot. M® Pillet la vendit celte fois 12,000 francs à M, Allègre.

En 1872, la coupe, glaciale et impassible, fit une nouvelle apparition dans une des salles de l'Hôtel des ventes, et le marteau de Pillet l'adjugea 18,900 francs à une notabilité bien connue, M. X..., qui la mit dans ses vitrines.

A-t-elle fini ses pérégrinations? Avec la hausse sans cesse croissante des objets d'art, si elle revient se faire vendre de nouveau, elle atteindra certainement plus de 25,000 francs.

C'est M« Pillet qui fut chargé de vendre la Femme au serpent, que Clésinger avait exposée au Salon de 1848.

Cette statue, en marbre, aussi belle qu'une statue antique, représentait une femme nue et couchée se tordant dans un spasme d'un réalisme saisissant.

La tète était renversée en arrière, le regard noyé dans une sorte d'extase, la croupe saillante et les flancs comme agités d'un tressaillement convulsif.

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On aurait dit qu'en prêtant Toreille on allait entendre des soupire amoureux. C'était extrèntement laseif. Pour expliquer sa statue, le sculpteur l'avait fait mordre au talon par un serpent. -^ Mais cela ne trompa personne.

Ce fut un grand scandale. On disait tout bas que des effets si bien rendus avaient dA être étudiés sur nature. On parlait de moulage et l'on citait même le modèle, M"'* S..., une fort jolie femme à la main de duchesse et au pied de fée, très répandue dans le monde des artistes.

L'œuvre était néanmoins si belle, qu'elle trouva un enthousiaste qui l'acheta. Le malheureux ! II dut bien vite céder devant les grivoiseries des uns et la pudeur exagérée des autres. Au bout de peu de temps, il ne sut que faire de son chef-d'œuvre. Pour le cacher à tous les regards, il le renferma dans une caisse qui ti\ reléguée dans un dépôt.

La Femme au serpent resta là dix-huit aas, oubliée, mais se tordant toujours sous l'empire de ses convulsions amoureuses, jusqu'au moment où, en 1866, l'heu-* reux acquéreur se décida a la sortir de sa caisse et à la présenter aux enchères par M® Pillet, qui la vendit le beau prix de 20,000 francs.

Le peintre Meissonier, qui fréquentait les salons de M"^"" S..., avait dessiné sur le panneau d'une de ses portes un polichinelle, fin et spirituel. M"»*» S..., ayant changé de résidence, fit enlever le panneau où figurait ce polichinelle, qui fut vendu, en 1861, 13,000 francs, et vaudrait aujourd'hui plus de 50,000 francs, car il y a un curieux rapprochement à faire entre les prix attribués aujourd'hui à ce maître et ceux pratiqués pour lui il n'y a pas plus de quinze ans. — En 1868, M'Pilte^ adjugeait de cet artiste, à la vente Didier: le Joueur de guitare, 16,000 francs, V Étape solitaire, 11 ,500 fr., et Un Incroyable^ 16,700 francs.

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Avec racharnement des Américains pour nos laaitres contemporains^ allez donc chercher des Meissonier àce prix-là aujourd'hui.

a Le Roi est mort, vive le Roi! » disait-on jadis* W Paul Chevallier a été, pendant près d*un an, le dauphin de la charge avant de succéder à M^ Pillet. Il a fait ses débuts, le 5 novembre, dans une vente qui a atteint le chiffre de 200,000 francs, et dans laquelle il a révélé de précieuses qualités. Nous sommes convaincu qu'il suivra les traditions de son devancier, qui a laissé le souvenir d'une probité sévère et d'une discrétion professionnelle, aussi sacrée que celle des confesseurs. Nous lui souhaitons de se retirer seulement dans vingtcinq ans, avec les sympathiques regrets qui accompagnent son prédécesseur dans sa retraite.

Jamais la question de Tagrandissement de l'hôtel ne s'est posée aussi impérieusement que le vendredi 9 décembre, à la vente Courbet.

A deux heures et demie, plus une seule place de disponible, et cinq cents personnes faisant la queue dans le couloir.

J'arrive. J'écarte les uns, je repousse les autres, j'étouffe ceux-ci, je bouscule ceux-là, — je parviens enfin à la porte de la salle 8, sévèrement gardée. Impossible d'entrer. Je parlemente. La consigne est absolue, même pour mon ami le sénateur Hébrard ; mais heureusement que :

Nourri dans le sérail, j'en connais les détours*

Je descends au rez-de-chaussée et je prends l'escalier dérobé du numéro 16, qui me mène dans les coulisses, puis dans la salie, sur le théâtre de la grande ba--

L'HOTBL DROUOT EN i8Bi.

taille. Je vous livre ce moyen. Profltez-ea pour l'avenir, amis lecteurs.

Jamais de mémoire de crieur il n*y a eu pareille aflluence pour une vente. Public houleux et impressionnable. C*est évidemment une manifestation pacifique que Ton veut faire en faveur de Courbet. — Il n'est question que de sa sœur, qui a refusé de vendre à un amateur bien connu Y Enterrement d' Omans à un prix très élevé, bien que celui-ci affirmât son intention d'en faire hommage à TÉtat.

Il est trois. heures ; la parole est aux acheteurs. Us vont indiquer, par leurs enchères, la place queCk>urbet prendra désormais dans l'histoire de la peinture moderne.

Voici le résultat complet de la vente dans l'ordre des enchères, avec les numéros du catalogue, la désignation des tableaux, la demande de l'expert, le prix d'adjudication et les noms des adjudicataires :

BuèroB

DéBignAttoD

DanuBde

Prix .

Rom

du

de

d'adjudifia-

des

GaUIosne.

tableaux.

l'expert.

tion.

adjadic&taires.

La Loue

Brunswick.

Le Puits noir

Van Cutsem.

Le lac Léman

Michel Lévy.

Bergère assise. . . .

Retirée.

Hector Berlioz. . . .

RoU.

Jeune fille endormie.

Schiff.

Blonde endormie.. .

Retirée.

Branche de cerisier.

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