L. Sée
Châtaigniers
Watterraann.
Cheval à l'écurie. . .
Edmond Yon.
Le Hamac
Cusenier.
Le Désespoir
Cusenier,
Portrait
Raffaelli.
Total... 251.990
Soit, ea totalité, deux cent cinquante ^ un mille nmf cent quatre^ingt-dix francs.
M. Hecht, ami intime de M. Proust, ministre des beaux-arts, a prié, dans le courant de la vente, M«Chevallier d'annoncer au public les acquisitions qu*il avait faites pour le compte de TÉtat.
Les applaudissements, à deux reprises différentes, ont éclaté dans la salle.
asa L'HOTEL DROUOT EN 1881.
AU contraire, lorsqu'on a adjugé à M. Haro 21,000 tr. seulement, Y Atelier, de Courbet, dont M. Durand-Ruel avait demandé 50,000 fr., un murmure de protestation s*est fait entendre de tous les côtés.
Signe caractéristique : absence absolue d'ordre des grands banquiers, qui d'ordinaire payent au poids de Tor des toiles que la mode a mise en honneur.
Il n'y a pas lieu de s'en plaindre ; ce sont les deniers de l'État qui en ont profité. En dehors de VJSnûerremerU d'Omans, qui a été donné, nous aurons cinq beaux tableaux au Louvre pour 142,000 francs.
M. Teacé. ~* Les Miracles de saint Benoît par Hubens. — Un décret de Louis XVIII. — La collection Dagnan. — L'acteur Joanny. — Son Journal. — Les représentations d'Hernani.
90 décembre^
On Rubens à l'Hôtel des ventes, cela ne se voit pas tous les jours. Un Rubens de la plris belle qualité^ comme disent les marchands. C'est un événement : à peine si on est remis des émotions de la vente Courbet, que le marteau juvénile de M. Paul Chevallier va de nouveau disperser une galerie de premier ordre, celle feu M. Ulysse Tencé, de Lille.
Fils d'un marchand de tableaux, Mi Tencé était un
petit vieillard de soixante-dix-huit ans qui fréquentait assidûment les ventes. C'était une physionomie très connue du groupe des amateurs de peinture passionnés et convaincus que Ton voit discuter avec chaleur dans les couloirs de Thôtel Drouot, et dont la race diminue tous les jours. — Sa figure pâle, fine et railleuse émergeait d*une vaste cravate noire qui rappelait les modes de 1830. Un large chapeau dont il ne modifiait plus la forme depuis longtemps le faisait reconnaître bien vite par tous les habitués qui aimaient, lors des grandes expositions, à connaître son opinion sur les œuvres présentées aux enchères. Son jugement était juste, sa critique sévère, mais vraie, grâce à son érudition très étendue ; — seulement il n'aimait pas les modernes. Il les exécutait avec un parti pris que sa verve faisait accepter.
Nous ne nous arrêterons pas aux détails du catalogue rédigé avec talent et indiquant des échantillons remarquables de maîtres de premier ordre : Jordaens, Peter Neefs, Paul Potter, Ribera, Van Ostade, David Teniers, Wouwermann, Cuyp, Simon de Vos. Ce catalogue est bien fait. Il ne ressemble pas à bien d'autres notices d'experts peu consciencieux dont la littérature facile indique souvent, pour les tableaux, des provenances que nous ne nous donnons jamais la peine de discuter. Il est si facile de se taire, de ne pas attribuer un tableau à Raphaël, au Titien ou au Dominiquin. On s'épargne ainsi les démentis de l'enchère et les appréciations désagréables du public. Ferai ne tombe jamais dans cette faute. Il agit avec une extrême circonspection. L'amateur qui débute peut se fier à lui. Lorsqu'il doute, il n'hésite pas à attridt^r, à se retrancher derrière les ffenres et les écoles. Il use largement des réserves et des points d'interrogation devant les noms des maîtres.
388 L'HOTBL DROUOT EN 1881.
Allons maintenant droit au but.
L'esquisse des Miracles de saint Benoît de la collection Tencé a une provenance historique indiscutable. On le suit, ce qui est rare, depuis la création jusqu'à ce jour ; Smith, dans son catalogue raisonné, donne à cette toile une description que je crois devoir reproduire.
161. Les Miracles de saint Benoit , en présence de Totila, roi des Gaules.
« Le siyet représente un couvent, édifice majestueux situé sur la droite^ auquel on accède par un escalier commençant du côté opposé. Sur le portail du monastère, on voit sûnt Benott dans le costume des Franciscains, accompagné de deux moines; il parait s'avancer vers un compagnon du roi qui, sous le déguisement de son souverain, se trouve en haut des marches ; mais Vimposteur est à rinstant démasqué par le saint et recule à sa vue, frappé d'épouvante. Son page et l'escorte armée qi)i se trouvent sur les marches derrière lui sont également sous l'impression de la terreur: plusieurs personnages de distinction, recouverts de vêtements de diverses couleurs, se tiennent au pied et sur le côté de l'escalier.
» Au centre et au premier plan, on voit un groupe important de personnages dont plusieurs ont appelé leurs malades et leurs infirmes dans l'espoir d'une guérison. Au milieu, un homme est étendu presque nu sur une couche; trois autres de ces affligés gisent à terre, et un quatrième, en proie à une attaque de délire, est maintenu par deux hommes. A droite de ce groupe est le roi Totila, monté sur un cheval bai et tenant un sceptre à la main. Plus près du* cadre on remarque deux chevaux, dont un gris, est tenu par uo serviteur, pendant que le cavalier^ qui est enveloppé dans un manteau rouge^ monte quelques marches, accompagné d'un autre personnage et de deux enfants ; ceux-ci se rencontrent en haut avec plusieurs moines. On aperçoit dans les nuages Jésus- Christ entouré de saint Pierre, de saint Paul, de la Vierge et de plusieurs anges. »
— Ce tableau, qui n*est qu'une esquisse terminée, a une provenance connue. Elle fut peinte par Rubens
seul, sans le secours de ses élèves, peu après son second mariage, sur place, à la demande du prévôt et du proviseur de Tabbaye d'Affligheim. Il date par conséquent de 1630 à 1631.
Le tableau ne fut jamais exécuté. L'esquisse resta dans le réfectoire de Tabbaye jusqu'à sa dissolution. Il passa ensuite, à la suppression des maisons religieuses; dans le cabinet de M. Schamp, de Gand. — En 1840, il fut acquis par M. Tencé père.
Eugène Delacroix, enthousiasmé de cette œuvre magistrale, en fit une copie au quart de la grandeur qui fut vendue après sa mort et passa ensuite de la galerie Péreire dans celle du roi des Belges.
On dit que le Louvre avait offert 190,000 francs à M. Tencé, qui n'avait jamais voulu s'en dessaisir.
Le bruit court que l'expert demandera 200,000 francs de ce chef-d'œuvre aussi extraordinaire par le charme de son coloris que par le mouvement et l'action de sa composition.
Une petite difficulté s'élève pour l'admission au Louvre de V Enterrement à Ornons, la belle œuvre de Courbet offerte à l'État par sa sœur. Un décret de Louis XVIII porte qu'une œuvre ne peut être admise dans ce musée que dix ans après la mort de l'artiste.
On sait que ce délai est loin d'être écoulé pour Courbet. Des exceptions ont déjà été faites pour l'œuvre de Decamps, admise au Louvre, et plus récemment les deux chefs-d'œuvre de Perrault, mort en 1876 : le groupe de V Enfance de Bacchns et la statue du Désespoir, Dès 1878, ses deux grandes médailles d'hon- . neur étaient placées au musée du Louvre à côté de Tœuvre de Duret et de Rude. <
Si les gardiens de la tradition se montraient inflexi-
bles, un décret devrait être demandé au président de la République.
Mais M'^* Courbet ayant posé comme condition du don Vadmission immédiate au Louvre, on ne comprendrait point qu*un détail de ce genre pût devenir une difficulté.
Un noviciat au Luxembourg paraîtrait une superfétation fort inutile pour une réputation consacrée comme celle de Courbet.
> Collection Dagnan. — Samedi, 18 décembre, jour d'exposition privée pour les dilettanti. Dimancbe, exhibition pour le vulgaire^ Hier lundi, vente sous la direction de M. Georges Petit.
Des choses de premier ordre dans ces dix-neuf tableaux. Faisons rapidement cette revue :
ÀNASTÀsi, Taveugle qui, avant cet afifreux malheur avait fait de si belles lithographies. — Un paysage brossé avec talent. Vendu 900 francs.
Chaplin. — Une jeuM fille dessinant^ vêtue de rose et de blanc. Ton crème et satiné qui séduit comme toutes les œuvres de *ce maître charmant. Vendu 3,250 francs* — La jeune fermière, vendu 2,200 fr.
Chintreuil. — Un soleil couchant, d'un boa sentiment, de ce paysagiste qui aime tant le printemps. Vendu 8,000 francs.
Daubigny. -— La Mare, d'une poésie extraordinaire, champs et jardins en plein soleil. Peinture craquelée, panneau impossible à réparer. Vendu 9,500 francs. • Decamps, Torientaliste. — Rue cTun village aux environs de Paris. Vente Khalil-Bey en 1868. Le maître a quelquefois mieux fait. Vendu 13,500 fr.
Delacroix. — Hercule et Antée. Energique peinture où le maître a mis toutes ses qualités dans cette lutte mythologique, Vendu 5,100,
L'HOTEL DROUGT EN 1881. 391
DiAZ (Narcisse Ruy de la Pena), le grand paysagiste.
— Une mare sous dois, un peu noire. Vendu 8,500 fr.
— Mare dans une clairière, d'une finesse extraordinaire, faite par ce pinceau magique.
Eugène Fromentin, cet ami de la couleur et du style.
— Chasse à la gazelle, par des cavaliers arabes. Large facture, 14,000 francs.
Gérome. — Un Pifferaro qui joue consciencieusement de la clarinette. Vendu 5,600 francs.
GuDiN. — Marina (Copenhague 28 mai, à son ami A. Scheffer). Soleil couchant trop empâté et mer un peu trop jaune pâle. 1,450 fr.
Hamon, dit le Pompéien. — Papillon encAatné, One jeune fille à la figure étonnante de grâce et d'expression tient un papillon retenu à un perchoir ^ar une longue chaîne dorée. Allusion transparente comme celle des fresques romaines, 1,800 fr.
IsABEY. — Un naufrage. Ce tableau a vieilli. Ce n'est plus la note, mais il y a des fidèles de cette école. Vendu 7,000 fr. — Et, genre Diaz, la Jeune Châtelaine, tenant un chien qu'une petite fille à ses côtés cherche à caresser. Vendu 8,700 francs.
Lehmann. — ■ La Nuit. Une belle étude de nu faite sur une femme brune enveloppée de voiles et portée sur des nuages. Autour d'elle des allégories de l'amour que favorisent les ombres de la nuit, 2,400 fr. — La Source, Je préfère celle de Ingres. 800 francs.
Meissonier. — Le Fumeur, coiffé d'un tricorne, vêtu d'un habit gris à la française, les coudes appuyés sur la table. Il rêve et fume. Près de lui un broc d'étain et un verre. La tête est d'une incroyable finesse d'expression. Je ne sais pas avec quels pinceaux Meissonier exécute ces choses-là — avec des cheveux sans doute. Ce petit tableau, daté de 1857, a été adjugé à 34,000 fr. (14 (centimètres sur 9 1/2).
dM L'HOTEL DROUOT EN 1B81.
Th. Rousseau. — Une ferme dans le Berry. Très bon paysage. Vondu 29,500 firancs.
Ph. Rousseau. — Chiens de chasse au chenil^ bien faits et bien peints: Toile datée de 1867, 1,220 francs.
Troyon. — L'abreuvoir, — Les vaches posent un peu. J'aime mieux Brascassat. Vendu 26,100 fr. — Paysage aux mares. Vendu 4,500 fr.
ZiEM. — Paysage italien. — Enfin, un tableau de ce maître qui n'est pas une vue de Venise éclairée par le soleil couchant ! 2,810 francs.
Total 212,695 fr. pour cette collection.
J'ai vu dernièrement un bien curieux manuscrit vendu près de mille francs par Etienne Charavay. C'était le récit quotidien que l'acteur Joanny écrivait régulièrement, après chaque représentation, pour garder le souvenir des impressions de la soirée.
Joanny étant peu connu de la génération actuelle, il est peut-être utile d'en dire quelques mots tout d'abord.
Il s'appelait, de son vrai nom, J.-B. Brisebarre, et il était né le 2 janvier 1775. Il s'était engagé dans un régiment de hussards, en 1793. Après avoir reçu une blessure et subi quelques péripéties trop longues à raconter, il entra au théâtre. D'abord il accompagna Talma dans ses pérégrinations en qualité de confident, puis il débuta, le 10 juillet 1807, à la Comédie-Française, mais on trouva qu'il forçait trop ses effets et que sa diction était entachée d'un léger vice de prononciation : aussi il n'y resta pas. Il quitta ce théâtre pour l'Odéon en 1819, et il se mit à faire des tournées artistiques. — Rouen, Bordeaux, Lyon et Marseille l'applaudirent successivement. Enfin il revint le 1®' octobre 182S à la Comédie-Française, où il créa le duc de Guise dans ffenri ///, Saint-Vallier dans le Soi s'amuse^ Tyrrel dans les Enfanis d'Edouard.
L'HOTEL DROUOT EN i88i. 393
Avant d'aller plus loin, je tiens à adresser ici à MM. Monval et François Coppée, les aimables archivistes du Théâtre-Français, mes remerciements les plus sincères pour la bonne grâce charmante avec laquelle ils m'ont fourni les dates et les renseignements qui précèdent.
Le journal de Joanny, signé par lui, tracé d'une écriture ferme et lisible, forme tout d'abord trois cahiers de 285 pages in-folio de ce papier bleuté du temps. Il manque malheureusement le commencement à ses mémoires, qui vont seulement du 1®' août 1809 jusqu'au lundi de Pâques 19 avril 1824, puis reprennent sur des feuilles détachées de 1824 à 1846, mais avec des lacunes assez fréquentes.
Ce fut lui qui créa le rôle du duc don Ruy Gomès de Silva à la première représentation HHemani qui souleva tant de passions.
Cinquante ans sont passés ! H n'en reste plus guère, Hélas ! des grands soldats de cette ancienne guerre.
comme le dit le poète charmant de la Bataille d'Hernani, Joanny avait une sorte de gaucherie hautaine et de noblesse familière qui allait à merveille au personnage. — Le soir de la grande tourmente littéraire, devant le tumulte de la salle, il s'approcha dans les coulisses de Victor Hugo et lui dit : « Comptez sur moi, soyez tranquille, je suis un vieux soldat. J'ai vu le feu. » (Il avait été, en effet, blessé dans un combat à la main droite.)
Joanny avait raison, car il dit ce soir-là son rôle avec une fierté mélancolique qui lui gagna toutes les sympathies féminines. Il aborda largement l'endroit redouté et redoutable de la file des portraits, et fut suivi en silence par les spectateurs jusqu'au sixième portrait;
d94 L'HOTEL DROUOT EN 1881.
mais, là, les munnures commencèrent. Deux de plus, et tout était perdu : on sifflait la splendide tirade des ancêtres I Le vers :
J'en passe et des meUlears !
sauva la situation. On applaudit. La cause était gagnée! Le succès s*accrut encore quand, sur un geste de colère du roi don Carlos, qui réclame la vie d'Hernani, le duc de Silva refuse de livrer la tète de son hôte, qu'il sait son rival, et lui dit avec hauteur :
J'ai promis l'une ou Vautre.
[Aux portraits;) N'est-U pas Yrai, vous tous?
{Montrant sa tête.) Je donne celle-ci.
{Au roi,) Preneas-la.
Et Joanny avait un geste irrésistible dans ce mouvement scénique, l'un des plus beaux qui existent après le % qu'il mourût » du grand Corneille.
Voici maintenant comment dans ses mémoires il raconte, soir par soir, les incidents qui se produisirent, pendant plus d'un mois, à chacune des représentations de ce drame célèbre.
Je choisis dans cette partie très importante de son journal les principaux passages.
COMÉDIE FRANÇAISE. — HERNANI Première représentation : jeudi SiS février 48S0,
Cette pièce a complètement réussi, malgré une opposition bien organisée et malgré la manière originale dont cet ouvrage est traité. Les beautés qull renferme le rendront toujours supérieur aux lâches efforts de la malveillance. J'ai joué mou vieux doc de
L'HOTEL DROUOT EN i881. 3»K
Sylva tout aussi bien qu'il est possible de le flaire à une premièrç représentation. Peut-éû« par la suite ce rôle me fera-t-il honneur*
Le samedi t7 février 1830.
L'ouvrage est vigoureusement attaqué et vigoureusement défendu. Nous verrons.
Cette deuxième représentation fut celle où un essaim de petits papiers s*abattit des hauteurs des quatrièmes sur les premières loges et sur Torehestre, celle où parut Théophile Gautier avec un gilet flamboyant qui éclatait sur un pantalon gris orné au côté d'une bande de velours noir (1), celle qu*a décrite ainsi Tauteur du PassaTtt :
Mais dès le second jour, par saint Jean d'Âvila, La lutte ftit terrible, et jamais le théâtre N'en a vu soutenir de plus opiniàti*e.
Et plus de trente fois de suite on se battit.
Reprenons le manuscrit de l'auteur Joanny. Voyons ses impressions devant les bravos des romantiques qui éclataient comme des mitrailleuses en réponse aux cris aigus comme le sifflement des balles des classiques en colère.
Lundi i«r mars.
La lutte continue. Ce qu^il y a de mieux, c'est que cela attire beaucoup de monde.
Hardi s mars.
Une cabale acharnée. Les dames de haut parage s'en mêlent. La mode pour elles est de pousser de grands éclats dans les moments les plus intéressants, et particulièrement pendant la dernière scène du V* acte» mais ce sont des éclats de rire. Bravo^ mesdames I
Vendredi 5 mars 1830.
La salle est remplie et les sifflets redoublent d'acharnement. U y a dans ceci quelque chose qui implique contradiction» SI la pièc«
(1) Vieter H%tgo raoorUé par un témoin de êa «i«*
est si maavaise^ pourquoi y vient-on? Si l'on y yient avec Uni d'empressement, pourquoi la siffle-t-on ?
Samedi 6 mars.
Toiyours la même chose; c'est un parti pris. On vient voir Hernani pour s'y moquer de la pièce et des acteurs^ mais on vient. — Ce qu'on ne ferait certainement pas pour un bon ouvrage. Tel est le public aujourd'hui.
s mars 1830.
Ils viennent siffler Hemant, mais ils viennent! Si Ton jouait Cinruit il n'y aurait personne.
10 mars 1830.
Encore un peu plus fort... Coups de poing... Interruption... Police... Arrestation... Gris... Bravos... Sifflets:.. Tumulte. — Foule.
12 mars.
Grande foule et toGÛ^^^ 1^ même bruit. Gela n'est amusant que — pour la caisse.
26 mars.
Toigours le même scandale. Jouez au milieu de tout cela, et jouez bien si vous pouvez.
22 avril.
Je suis arrivé à jouer avec facilité un rôle qui n'est pas facile.
!•' juin.
Beaucoup moins de spectateurs, mais le plus graud calme. J'ai bien joué,
3 juin.
La baisse des recettes devient sensible. Tout finit.
5 Juin.
Le public semble en avoir assez, et moi aussi.
Que les temps sont changés 1
Hernani devait vaincre. A présent il n*a point
Un vers de ceux pour qui Ton se montrait le poing
Que, ravi, le public tout entier n'applaudisse.
L'HOTEL DROUOT EN i88i. 397
C'est ainsi que s'exprime avec raison François Coppée dans cette charmante pièce de vers, dont j'ai parlé déjà plus haut, où il retrace cette lutte homérique dans laquelle les efforts de réaction des Ultras échouèrent contre le libéralisme militant des Jeunes,
Voici la dernière mention contenue dans ce très curieux manuscrit de Joauny, qui avait été primitivement vendu, il y a vingt ans, 150 francs chez Laverdet.
COMÉDIE-PRANÇAISE. — Le Vieil Horœ:e.
Le mercredi 15 avril 1846. Cette rep^entation de retraite, plus flatteuse que lucrative, a honorablement terminé ma carrière.
Joanny, retiré à la campagne, mourut presque subitement, le 5 janvier 1849, à Tâge de soixante-quatorze ans. Le temps est aux mémoires. — Les siens seront certainement publiés.
Les sculpteurs italiens. — La statuaire réaliste. — Les baigneuses naturalistes. — Tassert. — Le fiisain. — Feu Emmanuel Martin. — Le Rubens aciieté par le roi des Belges. — Les catalogues de la vente Tencé. — La collection d'Eugène Sue. — Kalf et Sooget. Le docteur Mandl. — Un cadeau de Victor Hugo. — J.-B. NmJ au ohàteau de Ghaumont. — La veuve du fermier de Monaco. - Faust et Marguerite. — Des diamants et pas de chemise ! — U père Franc. — Le Tourangeau VioUet. — Honoré de Balzac, - Mort de l'expert Febvre. — Adieux aux lecteurs.
Se décembre.
Ne pouvant m'ea tirer autrement, je vais, pour réparer mon arriéré, donner rapidement le relève des principales ventes du moins de décembre. C*est Tépoque des Revues dans les théâtres. Je ferai la mienne dans la curiosité^ mais pour le mois seulement qui vient de s*écouler.
Samedi 5 décemàre. — Vente des œuvres de 47 sculpteurs italiens. La statuaire italienne a eu peu de succès. Aussi je m'abstiendrai de citer les noms et les prix : ce serait désagréable aux grands prix de TAcadé- 0iie de Milan qui avaient envoyé leurs œuvres à Paris. jl faut bien, cependant, le dire, les descendants de ])|ichel-Ange ne recherchent pas les tradiUons du grand ^rt. Ils sont devenus des bourgeois naturalistes Les femmes voilées, les fillettes qui rient, les' pierrêttes casquées, les caméristes foUchonnes, les gamins qui
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tirent la langue, les bébés qui pleurent lorsqu'on les débarbouille, les baigneuses en costume extracollant qui tendent les deux bras en avant et s'apprêtent à plonger, ont aujourd'hui toutes les faveurs de leurs ciseaux. Beaucoup de gens n* aiment pas ces scènes de la vie réelle qui manquent d'inspiration^ et je suis du nombre. Le marbre, froid par nature, a besoin d'être idéalisé. Ces Italiens ont de la main, mais ce n'est pas dans les doigts qu'il faut avoir du talent, c'est dans le cerveau. Autrement, on n'est pas un artiste, mais un praticien.
Lundi S décembre. — Collection de tableaux modernes. Quarante-quatre toiles ; — 84,645 fr. de recette par MM. Paul Chevallier et Georges Petit. Quelques-unes à citer :
FiRMiN Girard. — Des Baignemes vraies, c'est-àdire en chemise, telles que les jeunes filles se baignent dans les petites rivières de la campagne. A ce naturalisme, je préfère le nu de la convention.
HuGUET. — Des Arabes se reposant auprès d'une fontaine, — Ce peintre adore l'algérisme.
Philippe Rousseau. — Une nichée de jeunes lapins ^ groupés autour d'une écuelle et grignotant à qui mieux mieux des carottes et des choux. Scène bien composée et surtout spirituellement peinte : 720 francs.
FoRTUNY. — Une ébauche à peine visible de la rue de los Gomeles, à Tanger : 500 francs.
Corot. — Le chevrier quï fait allaiter son chevreau : 4,700 francs; et La cantatrice Nilsson, représentée à ses débuts en gitana jouant de la mandoline dans les rues : 4,000 francs.
G. Courbet. — Un paysage, avec des rochers d'une touche vraie : 3,900 francs.
DuEZ. — Un^ jeune femme au bord de la m&r, se préservant des rayons du soleil avec son ombrelle et
400 L'HOTBL BR0U0.T.8N 1881.
regardant la vagae qui vient mourir à ses pieds : 1,000 francs.
Dbgahps (provenant de sa vente). — Plage au Tréport : 880 francs.
DAUB16NT. — Un Ch&min à Anvers. Tableau daté de 1872. Ciel superbe : 2,005 francs.
yimik^%kT.— La Rentrée de la moisson: 1 ,250 francs*
Octave Tassaert. — De c6 peintre jsentimeatal, qu^ tenait de Chardin et de Fragonard, et qui s*«st suicidé à soixante-quatoree ans^^une scène de famille : Un enr fant jouant dans un intérieur, de ce ton . gris laiteux adorable : 2,25S francs. Un mot sur lui, en passant. Pauvre Tassaert ! il est mort de misère, après avoir fait des chefs-d'œuvre à raison de deux frftncs cinquante par jour. Il avait bien raison de dire, lorsqu'on venait ^ lui raconter dans son grabc^, où la misère Tétreignait, que de tous les côtés on se disputait ses toiles : — <x Allons, il faut n'être plus là pour avoir du talent 1 »
Jules Dupré. — Une Marine. La mer est belle, mais le ciel nuageux ne présage rien de bon pour les marins qui sont dehors. Aussi une barque rentre au port à tired'aile : 2,620 francs.
Innogenti. — Ze Cabaret : 1,510 francs.
Gabriel Fermer. — La Source, avec cette mention : « A mon ami Pasteur, mon premier tableau de la villa Medici, 1873. » Ce sujet ne rappelle nullement Ingres ; une naïade, ayant à c4té d'elle l'Amour aux ailes de papillon, déroule sa chevelure dorée.
Sghrbyer. — r attelage embourbé. Le charrÂot est arrêté, les roues s'enfoncent dans le soL Le routier attend du renfort pour sortir de ce mauvais .pas : 11,900 francs.
Et pour le bouquet :
Millet. — La Tentation de saint Antoine, ébauche : 1,400 francs. — Les Lavandières. Un lavoir au bord de
Teau, scène décrite avec cet accent vrai et simple qui donne un si grand charme à toutes les œuvres du maître : 20»000 francs.
Lundi S décemdre. — Des fusains de Karl Robert^ d'une facture vraie et saisissante. Le fusain, avec sa netteté, son charme et sa vigueur, exprime d'une façon plus juste les valeurs que la mine de plomb, abandonnée presque complètement. On peut obtenir, en effet, avec le fusain tour à tour des tons puissants ou des tons vaporeux. Rien de plus simple et de plus vrai pour rendre la nature,- pour faire passer Tair et la lu^^è^e à travers les arbres, et pour rendre exactement le mirage des eaux et les effets de neige. Allongé, le maître du genre, a dit quelque part que le fusain était Texpresslon la plus complète du blanc et du noir. Il a eu raison d'écrire cette phrasé. — Seulement trop de fusain à cette vente. Songez donc l 65 numéros, tous du même acabit !
Du lundi S au samedi 10 décembre, — Vente de la succession Emmanuel Martin, après exposition privée dans son hdtel, boulevard Maillot, 100, et deux jours d'exposition publique à l'hôtel Drouot. Grand état-major ofTiciel : deux commissaires priseurs et deux experts, et cependant bien peu de choses à sauver de l'oubli, au point de vue de l'art. M. Martin appartenait a cette catégorie d*amateurs qui achètent le long de leur route tout ce qui les séduit. Ils se confient à leur goût, ils y croient trop, sans se rendre compte que la collection est un art, qu'il faut lire beaucoup, voir énormément, écouter encore plus et faire de nombreuses écoles avant d'arriver à pouvoir entrer dans le rang des initiés.
Quelques tableaux assez bien vendus, surtout des DE Marne : LAhreuvoir: 3,000 francs ; Un Intérieur de famille : 2,050 francs ; La Partie de tric-trac : 2,925 francs.
402 LHOTEL DROUOT EN 18gi.
Lundi lidéôemire. —Vente Teacé, de Lille. J'en ai déjà parlé ; mais j'y reviens pour en donner les résultats principaux. D'abord, montant total, un beau chiffre, 252,000 francs. Voici quelques^-unes des plus importantes adjudications :
P.-P. RuBENs. — Les Miracles de sakU Benoît, adjugé au roi des Belges pour la somme de 170,000 francs. M. Antonin Proust n'a pu, pour le Louvre, soutenir la lutte aussi loin. Son fondé de pouvoirs s'est arrêté à 154,000 francs.
J. JoRDAENS. — Piqueur et ses chiens : 11 ,100 francs, au musée de Lille. Un bon point à la municipalité, qui n'inscrit à son budget qu'une somme de 6,000 francs, et qui avait dans la circonstance ouvert pour cet achat un crédit extraordinaire.
DusART. — Fête rustique : 3,390 francs.
Mario di Yiom.-- Fleurs dans un vase. TaUean adjugé à M. de Trévise ; 1,420 francs.
Jean Van oer Meer (le vieux). — Vue de la JPlainede Harlem au comte de L'Espine : 4,000 francs.
P. Wouwermann. — Efet dé neige : 2,780 francs.
Paulus Potter. — Entrée de forêt, ach6té4,400francs par M. Tencé père à la vente du comte Robiano, de Bruxelles. Quelquei^ critiques affirment que ce tableau pourrait bien être celui décrit au n^ 23, dans le supplément du catalogue raisonné de Smith, comme fait par Van der Hagen, mais achevé par Paul Potter. Adjugé 8,680 francs à M. Haro, expert.
David Teniebs. — Les Danseurs, à- M. Rutter:
7,000 francs, et un Paysage aux deux experts associés pour la circonstance : MM. Brame et Emile Barre.
Parmi les objets d'art, Orphée chamumt*les animaux, groupe en vermeil, orné de perles, de rubis el de diamants, adjugé à M. Emile Barre pour la somme de 2,200 francs, ainsi que pour celle de 1,080 francs uq
sabre de clamas à la poignée ciselée et iacrustée d'or.
Puis toute une série de catalogues anciens, contenant des renseignements précieux sur les curieux du siècle dernier et sur le prix des objets vendus. — Vente Augran de Fonsperthuis, faite en 1747, par Gersaint : 89 francs. — Comte de Vence, 1760, par P. Remy : 68 francs. — De Julienne, 1767, par P. Remy : 75 francs. De la Live et de JuUy, 1769 : 92 francs. — Duc de Choiseul, par Boileau, 1772 : 65 francs. — Lebrun, par P. Remy : 32 francs. — Blondel de Gaigny, par P. Remy, 1776 : 60 francs. — Le prince de Conti, par P. Remy, 1777 ; 70 francs. — PouUain, par Lebrun, 1780 : 75 francs. — Marquis de Ménars, par Basan et Joullain, 1781, avec deux planches gravées par M"^ de Pompadour : 185 francs. — Ventes faites par A. Paillet et H. Delaroche de 1785 à 1811 ; 18 volumes : 300 francs.
Jeudi 1S et vendredi 16 décembre, — Vente de X... Cette collection avait été formée, dit-on, par le célèbre auteur des Mystères de Paris, le romancier Eugène Sue. Elle contenait quelques beaux objets :
Une belle épée de la Renaissance à quillons droits, la poignée recouverte de fil de fer tressé en damier, le pommeau et la garde couverts de ciselure et d'incrustations d'argent, la lame à double tranchant offrant une cannelure sur chaque côté : 1,000 francs.
Deux vieilles potiches du Japon bleues, rouges et or, décorées de paysages animés par de nombreuses chutes d'eau : 1,310 francs.
Deux pyramides de 1 mètre de haut, divisées en compartiments superposés et servant dans les angles de pocte-tulipes. Ces faïences de Delft étaient décorées de sujets chinois en camaïeu bleu d'une grande finesse d'exécution.
Dm& W écrin, up curieux lustre en vieux saxe dé*
monté, à six branches, enrichies de pendeloques de porcelaine et décorées avec une grande finesse de scènes chinoises : 4,450 francs.
Deux grands vases de Saxe, montés comme des buires, avec des anses : 3,150 francs.
Deux pots-pourris en ancienne porcelaine de Dresde, charmants ornements d'imbrications bleues et de festons de fleurs : 3,920 francs.
Du temps de Louis XIII, un splendide cabinet en boB d'ébène a deux portes couvertes de bas-reliefs mythologiques : 3,000 francs.
Deux portraits de François de Troy : 2,700 francs. Due Vénus de Boucher : 2,300 francs. V Aurore et Apollof attribués au même : 2,020 francs.
Un plat en vieux delft, ovale, à côtes, avec un déco: très vdiVQ\ polychrome sur fond noir : 3,500 francs.
Deux paires de bras de la Régence en bronze ciselé et doré, les uns formés par del^ cariatides d*enfaats; 2,900 francs, et les autres par des bustes de femme 1,800 francs.
Une pendule Louis XVI. Deux amours tenant un ca dran : 7,700 francs.
Six tapisseries de Flandres :
Trois vendues ensemble d'abord : Suzanne et l^-j Deux Vieillards, Groupe de deux guerriers, BethsM à sa toilette : 4,600 francs.
Ensuite Énée et Anchise, avec une fort belle bordure de fruits : 2,100 francs. Une autre de la même suite 2,130 francs.
Et enfin une grande Verdure avec des groupes d'enfants, des drapeaux et des arabesques reproduits efl grisaille , ce qui est un encadrement assez rare : 1,460 francs.
Total de la vente de X..., dite d'Eugène Sue : 104,469 francs.
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49j M et 84 décembre. — V^te Kalf et Souget, d'Amsterdam. Encore des Hollandais 1 Naturellement des tas de porcelaines de la Chine^ du Japon, de la Saxe et des Flandres, avec ces grands lustres à grosse boule de cuivre absolument dépourvus de toute forme artistique. Passons vite.
Ztmdi 19. Vente après décès d(U docteur MandL ce médecin boulevardierqui soignait 1^ larynx des artistes en détresse ; ce docteur aimable et charmant,, qui donnait, rueTronchet, dans son salon, éjClectique, des fêtes dont tous les chroniqueurs s'occupaient. Comme on est vite oublié dans cet oublieux Paris 1 Le docteur Mandl était cependant une célébrité parisienne. Victor Hugo lui avait offert son portait en mettant au bas : Oferl à M. et M"^^ Mandl, et ce vers :
On est charmé par elle ; on est guéri par lui !
Qui songe aujourd'hui à ce bossu rempli d'esprit, chez lequel on coudoyaitles.gens les plus illustres? Personne, à part les collectionneurs qui, à trois reprises différentes, ont acheté à ses ventes. Tannée dernière, quelques-uns de ces merveilleux delft dorés et de ces vieux rouen polychroiaes, tant admirés par les amateurs à l'Exposition du palais du Trocadéro en 187S ! Ces charmantes choses, si fragiles qu'un rien peut anéantir à jamais^ ili(aut bien en convenir, survivent à ceux qui les créent et à ceux qui les possèdent.
Ce qui restait en objets d'art à la succession Mandl était peu important. I] ne s'agii^sait guère que d'objets oubliés ou retirés lors des trois ventes précédentes. Je n'aurai pas à en parler longuement, et je me bornerai à citer : deux plaques rectangulaires en delft; Tune à décor bleu, de style chinois, vendue 930 francs, et l'autre représentant le Passage du gué, d'après Berghem, et
attribuée par quelques artistes au grand Berghem luimême, payée 600 francs par un céramiste très conou. Quand j'aurai parlé d*un plat à contours, en faïence d'Aï* cora, couvert de rosaces et de fleurs multicolores^ d'un grand pot à couvercle et à deux anses, aux armoiries de Dowe, daté de 1750, avec un décor très curieux d*arabesques vert émeraude sur fond noir ; j*aurai à peu près énuméré tout ce qu'il y avait de plus curieux dans ces dernières épaves d'une collection que le bon docteur avait aimée comme Masarin ses tableaux ; mais je désire profiter de l'occasion qui m'est offerte pour dire un root sur les médaillons de J.*B. Nini, qui étaieot représentés par quelques beaux spécimens dans le catalogue dressé par Ch. Mannheim.
Depuis une vingtaine d'années, on recueille avec le plus grand soin ces médaillons qui, a Chaumont, servaient à recouvrir le pot au feu ou à boucher le tuyau du poôle. Les collectionneurs ont reconnu que, dans cette série des personnages importants du siècle dernier, il y avait un art charmant qu'il fallait conserver de la destruction, et l'on ne sait vraiment de quoi il faut s'étonner le plus de l'admirable talent de l'artisU ou du silence profond qui, pendant cinquante ans, s'est fait autour de sa mémoire. Ce grand artiste était né eo Italie, vers 1716. Mon ami, M. A. Villers, le conservateur du musée de Blois, qui a fait quelques recherches sur ses origines restées une énigme, n'a pu trouver trace certaine de lui que lorsqu'il était déjà attaché au château de Chaumont, aux appointements de douze cents livres, logé, chauffé et éclairé. Il s'est demandé même si ce nom de Nini était bien le sien ; s'il ne s'agissait pas d'un pseudonyme ou d'une abréviation italienne.
Quoi qu'il en soit, de 1760 à 1786, pendant vingt-six ans, Nini n'a pas quitté la verrerie de Chaumont, où il
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était arrivé à l*âge de quarante-quatre ans, avec la professioa de graveur.
C'est sans doute en essayant avec la terre du pays les effets de ses creux qu'il aura pris l'idée de faire ces admirables terres cuites dont les procédés ont été perdus. Il a dû employer des terres triturées, mélangées, tamisées à travers des étoffes de soie, pour arriver à cette finesse de pâte et à cette dureté extraordinaire. Comment procédait-il ? 11 est probable qu'il faisait des maquettes en cire, qu'il les sculptait avec des poinçons spéciaux, pour obtenir le modelé de ces méplats si naturels, qui font qu'à aucune époque on n'a pas dépassé dans l'exécution ce degré de perfection en toutes choses, cette largeur de faire extraordinaire. Quelle étude dans le grain des étoffes, le chatoiement du brocart, les palpitations de la chair, les caprices des dentelles, le soyeux des coiffures ! Quelle pureté de galbe dans ses portraits de femme ! quelle grâce ! quel charme ! Comme tout est bien arrangé : fleurs, dentelles, rubans, pierreries, lettres des légendes et même moulures de l'encadrement, et, chose bizarre, le précieux du fini ne détruit en rien l'effet général. Les figures ont grand air, les plis des étoffes se drapent avec ampleur, les yeux possèdent une animation extraordinaire. Tous ses portraits sont vivants.
Il y a des médaillons aussi beaux que des camées d'empereur romain, comme celui de Franklin, celui de la grande Catherine de Russie couronnée de lauriers et représentée à l'antique, magnifique de style et de caractère et celui de Voltaire, fait en 1781, avec intention dans la manière des médailles romaines, le front ceint d'une triple couronne de lauriers, la figure animée du , rictus traditionnel. D'autres médaillons pourraient, par leur élégance, rivaliser avec les plus beaux portraits de Latour, de Largillière et d'Hippolyte Rigaud , comme
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ceux du seigneur de Mosnae et de Guy le Gentil, marquis de Paroy.
Et ces chefs-d'œuvre se vendaient 20 sols pièce à Tépoque où Nini les faisait, et plus tard, en 1820, dans une tourelle du ehèteau de Cbaumont, on trouva unequaDtité considérable de ces médaillons éparpillés et brisés par suite de rindiflérence de Tépoque. Ils furent achetés pour rien par un marcband de poteries de Nois, qui les revendit en détail pour peu de chose. Nous sommes loin de ce temp-là 1 A la vente du docteur MandL le? amateurs se sont disputé ces terres . cuites roses. rouges, grises et jàun&tres. On les a vendues de 100 fr. à 300 francs, suivant Tétat de leur conservation.
Avec la veuve du* fermier de Monaco, nous entrons dans la féerie au tableau étincelant du Royaume dts pierres précieuses. Les bénéfices des tapis verts de MonteCarlo, qui tombaient dans la cassette de H'»» Blanc, étaient repris par elle à pleines mains et jetés par les fenfttres aux principaux joailliers ^ du . monde entier. Jamais tète couronnée n'a possédé pareille quantité de bijoux; mais aussi jamais b^oux n'ont été^ à coup sûr, aussi rarement exhibés. ' •
Les deux premières ventes ont «duré trois jours chacune. La première du 14 au 16 décembre, la seconde du 22 au 2S. En janvier, on reprendra la série par les objets d'art; les dentelles, les pierres sur papi^ et les porcelaines de la Chine et du Japon. H y en aura jusqu'en mai — Belle affaire pour les comnussairespriseurd, M^^Escribe et M* Paul Couturier, et pour les deux experts MMi Bloche etCh« George.
Il fallait von* aux expositions toutes ces splendeurs. Faust et Méphisto se tenaient dans un coin, tandis que Marguerite, séduite par lea chatoiements des solitaires, des bracelets, des bjpocbes et des colli^ss, tournait leo-
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tement, émue, fascinée, autour des étincelaBtes vitrines.
Que de convoitises dans les yeux émerveillés des belles petites regardant ces flots d'émeraudes, ces cascades de rubis, ces opales irisées, ces perles fines à la blancheur nacrée, ces diamants gros comme ces morceaux de cristal de roche qui tombent en stalactites des lustres du xvin<» siècle, ces bouquets de narcisses et de fruils où les brillants scintillaient sur les fleurs comme les gouttes de rosée, après la pluie, tremblent à Textrémité des feuilles.
Les filles d'Eve ont toujours aimé les joyaux qui doivent, par leur rayonnement» relever Téclat de leur beauté. Des diamants et pas de chemise l disait M"« de Sévigné, parlant des grandes coquettes de son temps, qui se privaient de tout pour avoir des bijoux. Aujourd'hui, la passion ne va pas jusque-là peut-être, mais peu s'en faut.
Quelques belles enchères, comme on va le voir par un relevé rapide des pièces principales.
Un collier à deux magnifiques rangs de perles, vendu 180,000 francs.
Une rivière de trente-quatre diamants, pesant cent deux carats : 66,000 francs.
Un éventail de princesse de contes de fées, aux tiges garnies d'oeillets, entrelacées de brillants et de médail*lons ajourés : 24,100 francs.
Deux rubis d'une prodigieuse grosseur pour servir de boutons d'oreilles : 27,000 francs.
Un bracelet, avec quatre perles introuvables, variées de nuance et entourées de brillants : 20,000 francs.
Deux bracelets et deux pendants d'oreilles produits par un merveilleux assemblage de topazes, de roses et* de brillants : 33,200 francs.
Un collier formé par deux rangs de grosses perles d'Ecosse avec fermoir de saphir : 30,9S0 francs.
Une grecque composée de quatre-vingt-seize m ceaux de seize brillants : 33,900 francs.
Une rivière de vingt-quatre diamants fantastiques ik grosseur : 285,000 francs.
Un bracelet avec un gros œil-de-chat, jetant d« flammes changeantes : 30,100 francs.
Quelques irrégulières prétendaient à la vente que Ton devrait s'en servir pour faire un œil de gala à m sire Gambetta.
La princesse Radziwill a acheté la délicieuse bagn' en diamant rose; mais nous ne savons quel est rhc" reux acquéreur qui a pu se payer le collier à ci« rangs de trois cents perles blanches pour la som modique de 361,050 francs — peut-être un syndic^: d'orfèvres ou Tun des hauts barons de la finance.
La première vente a produit 1,402,550 francs. I^ soiconde, 671,460 francs.