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L'hôtel Lambert; histoire contemporaine

En proposant à madame de Hansfeld de répondre pour elle à M. de Brévannes au sujet de l'entrevue qui devait avoir lieu au Jardin des Plantes , non-seulement Iris empêchait la princesse de commettre un acte imprudent , mais , à l'insu de celle-ci , elle la rendait complice d'un projet diabolique.

On se souvient sans doute d'un livre noir dont Iris avait parlé à M. de Brévannes, et dans lequel, disait-elle, la princesse écrivait presque chaque jour ses plus secrètes pensées.

Rien n'était plus faux.

l'uôtfi, tMiiiF.nr, — t. ii. 1

Jamais Paula n'avait possédé un livre pareil ; mais il importait au projet d'Iris que M. de Brévannes crût à ce mensonge , et il devait y croire en reconnaissant dans ce livre une écriture pareille à celle du billet que madame de Hansfeld lui avait fait remettre.

On s'étonnera peut-être de la profonde dissimulation d'Iris et de Topiniâlre et ténébreuse audace de ses desseins. On comprendra peut-être aussi difficilement son affection sauvage, sa jalousie furieuse, qui tournaient presque à une monomanie féroce.

Malheureusement, les faits principaux de cette histoire, les traits saillants du caractère d'Iris, sont d'une grande réalité.

Il s'est trouvé une jeune fille aux passions ardentes, implacables, qui les a réunies, concentrées dans l'attachement aveugle qu'elle avait pour sa bienfaitrice, attachement singulier qui tenait de la vénération filiale par son religieux dévouement , de la tendresse fraternelle par sa familiarité charmante et pure , de l'amour par sa jalousie vindicative.

Si dans la suite de cette histoire on trouve chez Iris une assez grande puissance d'imagination jointe à un esprit inventif, rusé , adroit, hardi ;

LE LlVr.E .NOIR. 5

si quelques-unes de ses combinaisons semblent ourdies avec une perfidie , avec une habileté ordinairement rares chez une fille de cet âge, nous le répéterons, la solitude avait singulièrement développé ses facultés naturelles incessamment tendues vers un même but ; forcée d'agir seule , et à Tombre de la plus profonde dissimulation , tout moyen lui semblait bon pour arriver à ce terme unique de ses désirs :

Isoler sa maîtresse de toute affection ;

Faire, pour ainsi dire , le vide autour d'elle , et lui devenir d'autant plus nécessaire que tous les autres attachements lui manqueraient.

Ce dernier vœu d'Iris avait été jusqu'alors trompé.

Sans doute madame de Hansfeld ressentait pour sa demoiselle de compagnie un véritable attachement, lui témoignait une confiance sans bornes, se montrait à son égard affectueuse et bonne ; mais cet attachement ne suffisait pas au cœur d'Iris.

Elle éprouvait d'amers, de douloureux ressentiments de ce qu'elle appelait une déception; mais comme elle ne pouvait haïr sa maîtresse, son exécration s'accumulait sur les personnes qui inspiraient quelque intérêt à la princesse.

Ces explications étaient nécessaires pour préparer le lecteur aux incidents qui vont suivre.

Dans les deux entreliens qui succédèrent à sa première entrevue avec M. de Brévannes , Iris , d'après l'ordre de Paula, avait lâché de deviner quelles étaient les intentions de cet homme.

Si infâme qu'elle fût, la calomnie qu'il pouvait répandre était redoutable pour madame de Hansfeld. Raphaël avait cru à cet abominable mensonge ; comment le monde, ou plutôt M. de Morville (c'était le monde pour Paula), n'y croirait-il pas ?

Madame de Hansfeld ne savait que résoudre. Depuis qu'elle aimait M. de Morville, elle abhorrait plus encore M. de Brévannes ; aussi n'eutelle pas assez d'indignation, assez de mépris pour qualifier l'audace de ce dernier lors de ses tentatives pour obtenir une entrevue de la princesse par l'intermédiaire d'Iris. Mais celle-ci fit sagement observer à sa maîtresse que la colère de M. de Brévannes serait dangereuse, et qu'au lieu de l'exaspérer il fallait tâcher de reconduire doucement.

Malheureusement l'amour violent et opiniâtre du mari de Berihe ne s'accommoda pas de ces

LE LIVRE NOm. 5

ménagements. Ainsi qu'on Ta vu lors de son troisième entrelien avec Iris, il lui déclara positivement qu'il parlerait si la princesse lui refusait plus longtemps une entrevue.

Iris avait continué de jouer son double rôle pour augmenter la confiance de M. de Brévannes, feignant de n'avoir pas à se louer de sa maîtresse afin d'éloigner tout soupçon de connivence , et paraissant très-flattée des galantes cajoleries de M. de Brévannes.

Elle lui laissait entendre que madame de Hansfeld semblait éprouver à son égard une sorte de colère mêlée d'intérêt... bizarre ressentiment qu'Iris ne s'expliquait pas , disait-elle, car elle était censée ignorer ce qui s'était passé à Florence entre M. de Brévannes etPaula. Telle était la source des secrètes espérances du mari de Berlhe, espérances nées de son aveugle amourpropre et augmentées par les fausses confidences d'Iris.

Ceci posé, nous conduirons le lecteur dans la petite maison que possédait M. de Brévannes dans la rue des Martyrs , et qu'il occupait alors tout seul.

C'était le lendemain du jour oii Iris lui avait remis le prétendu billet de la princesse. En le

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recevant, M. deBrévannes avait osé pour la première fois parler du livre noir^ de son désir de le posséder pendant un moment.

Iris , après des difficultés sans nombre, avait répondu qu'il serait peut-être possible de soustraire ce livre le lendemain, pour quelques heures seulement , la princesse devant aller passer la matinée chez madame deLormoy, tante de M. de Morville.

M. de Brévannes avait demandé à la jeune fille d'apporter le précieux mémento rue des Martyrs, il le lirait en sa présence et le lui remettrait à rinstant avec la récompense due à un tel service, récompense qu Iris promit d'accepter pour ne pas éveiller les soupçons de M. de Brévannes.

Ce dernier attendait donc Iris dans le petit salon dont nous avons parlé.

Si Ton n'a pas oublié le caractère de M. de Brévannes, son indomptable opiniâtreté, son orgueil , son acharnement à réussir dans ce qu'il entreprenait; si l'on pense que sa volonté, son obstination, sa vanité, étaient mises en jeu par un amour profond, exalté, contre lequel il se débatlait depuis deux ans, on concevra avec quelle violence passionnée il désirait être aimé de ma-

damedeHansfeld, cette femme si séduisante, si enviée, si respectée.

Il était midi. M. de Brévannes attendait Iris avec une extrême impatience dans la petite maison de la rue des Martyrs.

Madame Grassot , gardienne de cette mystérieuse demeure, restait à Tétage supérieur. La jeune fille arriva ; M. de Brévannes courut à sa rencontre.

Iris paraissait tremblante et effrayée. M. de Brévannes la rassura et la fit entrer dans le salon ; elle tenait à la main un petit album relié en maroquin noir et fermé par une serrure d'argent. Frémissant de joie et d'impatience à la vue de ce livret, M. de Brévannes prit sur la cheminée une bague ornée d'un assez gros brillant, la passa au doigt d'Iris , malgré sa faible résistance.

« De grâce, charmante Iris, lui dit-il, recevez ce faible gage de ma reconnaissance. Cette jolie main n'a pas besoin d'ornement , mais c'est un souvenir que je vous demande en grâce de porter... Vous m'avez promis de l'accepter?

— Sans doute... mais je ne sais si je dois... ce diamant...

— Qu'importe le diamant?... c'est seulement de la bague qu'il s'agit.

— Et c'est aussi la bague que j'accepte , dit Iris avec un sourire d'une tristesse hypocrite» puisque ma condition m'expose à de certaines récompenses.

— Si j'ai choisi ce diamant, reprit M. deBrévannes , c'est qu'il offre l'emblème de la pureté et de la durée de ma reconnaissance. ^

Et il tendit la main vers le livre noir.

« Non, non, dit Iris en paraissant encore combattue par le devoir, cela est horible... je me damne pour vous.

— Mais quel mal faites vous?... c'est tout au plus une indiscrétion... ma chère Iris ; puisque votre maîtresse est souvent injuste envers vous , c'est de voire part une petite vengeance permise... et innocente.

— Oh ! je suis inexcusable, je le sens... et puis une fois que vous aurez lu ce livre... vous oublierez la pauvre Iris. . . vous n'aurez plus besoin d'elle... Mais de quoi me plaindrais-je? N'aurezvous pas d'ailleurs payé ma trahison... ajouta-t-elle avec amertume.

— Cette petite fille s'est affolée de moi, pensa M. de Brévannes, comment diable m'en débarrasserai-je? Est-ce que maintenant qu elle a ma bague, elle ne voudrait plus se dessaisir du livre?»

LE LIVRE NOm. 9

Il reprit tout haut d'un ton pénétré : « Vous vous trompez, Iris. D'abord, je ne me croirai jamais quitte envers vous... Quant à vous oublier... ne le craignez pas... Pour mon repos, je voudrais le pouvoir... Il faut toute la gravité des choses dont j'ai à entretenir votre maîtresse pour me distraire un peu de mon amour pour vous... Iris... car je vous aime... Mais ne parlons pas de cela maintenant... De graves intérêts sont en jeu.. Comment se trouve votre maîtresse ?

— Elle est rêveuse et triste depuis qu'elle vous a accordé l'entrevue que vous demandiez si impérieusement.

— Elle m'y a forcé... J'étais si malheureux de son refus , que je me suis oublié jusqu'à lui faire cette menace que je ne regrette plus , car j'ai ainsi obtenu ce que je désirais dans son intérêt et dans le mien... Mais elle est rêveuse et triste, dites-vous?

— Oui... quelquefois elle reste longtemps comme accablée... puis tout à coup elle se lève impétueusement et marche pendant quelque temps avec agitation.

— Et à quoi attribuez-vous ses préoccupalions?

— Je ne sais...

10 LE LIVRE Nom.

— Ce livre que vous hésitez à me confier et que je n'ose plus vous demander nous l'apprendrait.

— Oh ! je ne liens pas à savoir les secrets de la princesse... C'est pour vous être agréable» pour vous obéir, que j'ai soustrait ce livre... La clef esta son fermoir... je ne l'ai pas ouvert.

— Eh bien ! ouvrons-le... Maintenant ce que vous appelez la méchante action est commise. Il ne s'agit plus que de me rendre un grand service. Hésitez-vous encore? Je sais que je n'ai d'autre droit à cette bonté de votre part que...

— Tenez , tenez, lisez vite, dit Iris en détournant la tête et en donnant l'album à M. de Brévannes. Ce que je fais est infâme... mais je ne puis résister à l'influence que vous avez sur moi. »

Influence d'une volonté ferme , pensa M. de Brévannes en ouvrant précipitamment le livre noir, où il lut ce qui suit, pendant qu'Iris, accoudée à la cheminée, la figure dans ses mains, et n'ayant pas l'air de voir sa dupe , l'examinait attentivement dans la glace.

PENSEES DETACHEES.

Iris avait écrit les passages suivants d'une main en apparence émue et mal affermie , comme si les idées se fussent pressées, confuses, et désordonnées dans la tête de la princesse :

< Je viens de le revoir à la Comédie-Fran- « caise. Toutes mes douleurs, lous mes regrets « se sont réveillés à son aspect.

c II me poursuivra donc partout... Jamais je « n'ai éprouvé une commotion plus violente... « Êlre obligée de tout cacher... aux regards i pénétrants du monde , aux regards indifférents

« de mon mari... Est-ce la haine... Tindigna-

i lion... la colère qui m'ont ainsi bouleversée ? < Oui,... n'est-ce pas de la haine, de Tin-

i dignalion , de la colère que je dois ressentir

f contre celui qui a tué le fiancé à qui j'étais

< promise, et que j'aimais depuis mon enfance?

< Ne dois-je pas exécrer celui qui m'a déshot norée par une calomnie infâme... Oh! oui... f je le hais,... je le hais , et pourtant... >

Ici se trouvent quelques mots absolument indéchiffrables , ils terminaient ce premier passage, et fournirent à M. de Brévannes le texte d'une foule de conjectures.

Ces mots et' pourlant ! semblaient surtout une réticence d'un heureux augure... Il continua :

« J'étais tellement épouvantée de ma pensée « de tout à l'heure, que je n'ai osé continuer...

< ni confier au papier... hélas ! mon seul confi- « dent... ce qui causait mon effroi...

« Je devrais dire ma honte... Quel abîme que i noire âme!.., quels contrastes !... Oh! non,

< non ; je hais cet homme... il y a dans la per-

< sistance avec laquelle il a poursuivi son des-

sein quelque chosecVinfernal...Et8i ce que je ressens à son égard diffère delà haine... c'est qu'un vague effroi se joint à cette haine... Oui, c'est cela, sans doute... Et puis il s'y joint encore une sorte de regret de voir une volonté si ferme, une opiniâtreté si grande employées à mal faire, à nuire, à calomnier ! n En se vouant à de nobles desseins quels admirables résultats n'eùt-il pas obtenus ?... « Oui, je suis épouvantée quand je songe à l'habileté merveilleuse avec laquelle il est parvenu à s'introduire autrefois chez nous , à se rendre indispensable à nos intérêts, avec quelle dissimulation impénétrable il m'avait caché son amour... dont il ne m'a parlé qu'une seule fois... avec quelle indignation je l'ai accueilli... « JNe devais-je pas croire , quoiqu'il m'ait dit le contraire , que les soins qu'il rendait à ma tante étaient sérieux? M'étais-je trompée? Voulais-je me tromper à cet égard?...

« L'abominable calomnie dont j'ai été victime ne m'a pas même instruite de la vérité. Pauvre tante ! que de chagrins elle m'a causés , sans le savoir!...

< Il n'a manqué à cet homme que de placer mieux son amour, son dévouement passionné...

1i PENSÉES DÉTACHÉES.

1 Sans doute, il eût vaillamemnt aimé une femme

<i libre de son cœur... Mais pourquoi m'a-t-il

« aimée, moi? N'étais-je pas fiancée à Raphaël?

4 Ne m'avait-il pas souvent entendu parler de

« notre prochain mariage?... Et après un pre-

« mier et dernier aveu... il a recouru à la plus

« infâme calomnie... pour déshonorer celle à

« qui une fois,... une seule fois il avait parlé

« d'amour...

« Il me semble que je suis soulagée en épan-

i chant ainsi les pensées qui me sont si dou-

1 loureuses... Oui, cela m'aide à lire dans mon

1 cœur...

< Hélas ! j'étais déjà si malheureuse ; avais-je

< besoin de ce surcroît de chagrins ? ... Oh ! soyez « maudit, vous qui m'avez presque forcée à un <! mariage sans amour... en tuant mon fiancé... « que j'aimais tendrement.

i Oui... je l'aimais d'un allachemenl d'en- •i fance qui s'était changé avec les années en un i sentiment plus vif que l'amitié, mais plus

< calme que l'amour...

« Quelle est ma vie , maintenant? Horrible... 4 horrible... avec toutes les apparences du boni heur... si la richesse est le bonheur... A ja- '< mais enchaînée à un homme qui bien souvent,

« hélas ! me fait regretter le sort de Raphaël.

« Pauvre Raphaël! mourir si jeune !... Hélas ! < en provoquant M. de Brévannes il cédait à un « élan de juste et courageux désespoir... Et « pourtant son meurtrier a de son côté, non sans « raison , invoqué le droit de légitime défense...

< Il n'importe, Raphaël au moins ne souffre « plus; moi je souffre chaque jour; chaque « instant de ma vie est un supplice... Que faire?

s Se résigner.

« Pour sortir de ma douloureuse apathie , il a m'a fallu revoir cet homme , qui a causé tous « mes chagrins.

< Chose étrange ! je m'étais fait une idée tout « autre de ce que je devais, selon moi, ressentir 4 à son aspect... Oui, je l'avoue avec horreur... a (qui saura jamais cet aveu!) mon courroux, mou « exécration , ne me semblent pas à la hauteur € de ses crimes...

< En vain je maudis ma faiblesse... en vain je « me dis que cet homme m'a calomniée d'une < manière infâme ; en vain je me répète qu'il a (I lue Raphaël , qu'il est presque l'auteur des « maux que j'endure... qu'il peut à cette heure « me perdre... malgré moi, j'ai la lâcheté de « penser que c'est l'amour que je lui ai inspiré

PENSEES DETACHEES.

« qui Ta plongé dans cet abîme d'horribles ac- « lions... Oserai-je le dire?... je suis quelquefois « capable de Fexcuser. k

M. de Brévannes sentait son cœur battre avec violence ; son orgueil eflréné , raveuglement de sa passion servaient Iris au delà de toute espérance.

Rien de plus vulgaire , de plus suranné, mais aussi de plus vrai que cet adage : On croit ce que Von désire.

Dans ces pages qu'il supposait écrites par madame de Hansfeld , M. de Brévannes voyait la preuve d'une impression qui tenait à la fois de la haine et de l'amour , de la terreur et de l'admiration... admiration à peine avouée, il est vrai, mais qui , selon la vanité de M. de Brévannes , n'était que de l'amour ignoré ou combattu.

Une circonstance assez étrange , habilement exploitée par Iris , contribuait à augmenter l'erreur de M. de Brévannes : il n'avait fait qu'un seul aveu à Paula, et d'après les fragments que nous venons de citer, il pouvait croire que celle-ci n'avait pas répondu à sa passion, par jalousie des soins apparents qu'il rendait à sa tante ; enfin, il pouvait aussi croire son abominable calomnie ,

sinon oubliée, du moins presque excusée par ces mots prétendus de la princesse :

Cest l'amour que je lui ai insinréqui l'a plongé dans cet abîme cVhorribles actions ; je me sens quelquefois capable de l'excuser.

Quant à la mort de Raphaël , que Paula aimait d'un senlimenlplus vif que V amitié, plus calmeque Vamour, ce meurtre, presque justifié par l'agression de cet infortuné , était , il est vrai , une des causes qui combattaient le plus vivement Tirrésistible penchant de madame de Hansfeld pour M. de Brévannes.

Sans Tautorité du livre noir , il eiit fallu un complet aveuglement pour expliquer ainsi la conduite de madame de Hansfeld ; mais M. de Brévannes, croyant lire un écrit tracé par elle, avait trop d'orgueil et d'amour pour ne pas accepter cette interprétation d'ailleurs si naturelle.

Pourquoi M. de Brévannes se serait-il défié d'Iris? Pourquoi l'aurait-il crue capable d'une si étrange supercherie ? Quant à la princesse , dans quel but aurait-elle écrit ces pages que personne ne devait lire?

En supposant que d'accord avec Iris elle eût autorisé cette communication, afin de persuader

à M. de Brévannes que ses torls étaient effacés par Taniour, un tel dessein ne pouvait que le flatter.

On comprendra donc qu'il continua la lecture du livre noir avec un intérêt et un espoir croissant.

« Que me veut donc cet homme, il est par-

1 venu à se ménager une entrevue avec Iris ,

c pauvre enfant, simple et ingénue ; il lui a pro-

€ posé de se charger d'une lettre pour moi , elle a

< refusé. Que peut-il donc me vouloir?... quelle 1 est donc son audace? comment supporterait-il « mon regard?

« Cet homme est fou... qu'a-t-il à me dire ?

< Penserait-il à excuser sa conduite ? Mais je...

< Hier, je n'ai pu continuer ; j'ai été inlerrom- « pue par l'arrivée de mon mari.

i Le prince a donc toute sa vie étudié les effets <i de la douleur pour porter des coups plus assu- « rés. Mais c'est un monstre,... mais il a des *c raffinements de tortures inouïs... Oh! main- 4 tenant, je comprends pourquoi je ne hais pas K assez M. de Brévannes... toute ma haine s'est t usée contre mon bourreau.

« El être pour la vie, . . . pour la vie enchaînée

PENSÉtS DÉTACHÉES. iO

« à cet homme !... Ne pouvoir briser ces liens

« odieux... que par la mort...

i Oh ! qu'elle me frappe donc , qu'elle me

i frappe bientôt... Puisqu'il faut que Tun de

« nous deux meure pour rompre cette horrible

< union, que ce soit moi... plutôt que mon « mari. »

M. de Brévannes frémit à ces paroles et s'écria en s'adressant à Iris :

< La princesse est donc bien malheureuse ?

— Rien malheureuse... répondit sourdement Iris.

— Son mari est donc sans pitié pour elle ?

— Sans pitié... »

M. de Brévannes continua de lire :

4 Oui , oui , la mort... Je ne mérite pas de

< vivre... j'ai été infidèle à la mémoire de Ra-

< phaël... je ne mérile aucune commisération ; i si mon mari est un monstre de cruauté , que « suis-je donc moi , qui ne puis détacher ma pen- « sée de l'homme qui a causé tous mes maux en « tuant mon fiancé?...

« Oh ! j'ai honte de moi-même... Il faut que

< j'écrive ces horribles choses... que je les voie,

« là... matériellement... sous mes yeux... pour t que je les croie possibles...

< Arriver , mon Dieu ! à ce dernier degré

< d'abaissement!...

« Est-ce ma faute, aussi ? La douleur déprave

« tant... Oui... elle déprave, elle rend crimi-

«( nelle... car quelquefois , brisée par le déses-

« poir, je m'écrie : Puisqu'il était dans la desli-

< née de M. de Brévannes d'être meurtrier... « pourquoi le sort , au lieu de livrer Rapbaél à € ses coups , ne lui a-t-il pas livré mon bour- « reau? »

Ces pages s'arrêtaient là.

Iris avait voulu sans doute laisser M. de Brévannes réfléchir mûrement sur ce vœu homicide.

Il s'écria vivement en fermant le livre :

« Iris , vous n'avez rien lu de ce qui est écrit là?... >

La jeune fille parut n'avoir pas entendu ces paroles ; elle regardait fixement M. de Brévannes.

a Iris y reprit-il , vous n'avez rien lu de ces pages?...

— Rien... rien, dit-elle en sortant de sa rêverie, que m'importe ce livre?

— Elle ne songe qu'à moi , pensa-t-il , son indiscrétion n'est pas à craindre. >

Il referma le livre, le rendit à la jeune fille et lui dit :

« Vous avez sans le savoir rendu le plus grand service à votre maîtresse.

— VousTaimez? lui demanda brusquement Iris en attachant sur lui un regard perçant.

— Moi ! dit M. de Brévannes de Tair du monde le plus détaché, singulière preuve d'amour que de cruellement menacer la femme qu'on aime. Non, non, je n'ai pas d'amour pour elle... l'austère amitié peut seule recourir à des moyens si extrêmes...

— Il faut bien vous croire, dit tristeaient Iris en reprenant le livre.

- — Adieu, Iris, à demain, dit M. de Brévannes; vous rappellerez bien à madame de Hansfeld l'entrevue qu'elle m'a promise.

— Elle n'y manquera pas... Mais j'y songe... au nom du ciel, que rien ne puisse lui faire soupçonner que vous avez lu dans ce livre , je serais perdue.

— Rassurez-vous, ma chère Iris; j'aurai l'air d'être aussi étranger qu'elle à ses pensées les plus secrètes... rien ne trahira la connaissance

^l'I PENSÉES DÉTACUÉES.

que j'en ai. Promettez-moi seulement de m'apporter encore ce livre... il serait pour moi de la dernière importance de le consuller ensuite de Tentrevue que j'aurai demain avec votre maîtresse... Me le promettez-vous ?

— Encore mal faire... encore abuser de sa confiance... Ah ! maintenant, je n'ai plus le droit de me plaindre de son injustice.

— Iris, je vous en supplie...

— Vous me le demandez , n'est-ce pas pour moi plus qu'un ordre ! »

Dans sa reconnaissance, M. de Brévannes prit la main d'Iris , et , l'attirant près de lui, voulut la baiser au front ; la jeune fille le repoussa violemment et fièrement , à la grande surprise de M. de Brévannes qui croyait combler les vœux de la jeune fille en se montrant si bon seigneur.

En arrivant sur le quai , Iris jeta à la rivière la bague qu'elle avait reçue pour prix de sa trahison.

Après avoir attentivement lu le livre noir, M. de Brévannes tomba dans une méditation profonde. Il n'en doutait pas, il était aimé ; mais madame de Hansfeld combattait de toutes ses forces ce penchant involontaire.

Son mari la rendait si horriblement malheu-

reuse , qu'elle allait quelquefois jusqu'à désirer sa mort.

Quoique le vœu lui parût loucher à l'exagération, M. (le Brévannes regardait toutes ces circonstances comme favorables pour lui , et il attendait avec anxiété le moment du rendez-vous que madame de Hansfeld lui avait donné pour le lendemain aux Jardin des Plantes.

Madame de Brévannes avait plusieurs fois rencontré chez Pierre Raimond M. de Hansfeld sous le nom d'Arnold Schneider ; il avait sauvé la vie du vieux graveur ; rien de plus naturel que ses visites à ce dernier.

Berihe ayant résolu de recommencer d'enseigner le piano pour subvenir aux besoins du son père , venait chez ce dernier trois fois par semaine et y restait jusqu'à trois heures pour donner en présence du vieux graveur ses leçons de musique.

On n'a pas oublié que Berthe avait fait sur

M. de Hansfeld une impression profonde la première fois qu'il l'avait aperçue à la Comédie- Française. Lorsqu'il la rencontra ensuite chez Pierre Raimond , qu'il venait d'arracher à une mort presque certaine , vivement frappé de la circonstance qui le rapprochait ainsi de Berlhe , Arnold y vit une sorte de fatalité qui augmenta encore son amour.

Le charme des manières de M. de Hansfeld , la grâce de son esprit , ses prévenances respectueuses , presque filiales, pour Pierre Raimond , changèrent bientôt en une affection sincère la reconnaissance que le vieillard avait d'abord vouée à son sauveur.

Arnold était simple et bon , il parlait avec un goût et avec un savoir infini des grands peintres, objet de l'admiration passionnée du graveur qui avait employé une partie de sa vie à reproduire sur le cuivre les plus belles œuvres de Raphaël , du Vinci et du Titien ; il avait montré à Arnold ces travaux de sa jeunesse et de son âge mûr ; Arnold les avait appréciés en connaisseur et en habile artiste.

Ses louanges ne décelaient pas le complaisant ou le flatteur; modérées, justes, éclairées, elles en étaient plus précieuses à Pierre Raimond, qui

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avait la conscience de son art ; comme les artistes sérieux et modestes , il connaissait mieux que personne le fort et le faible de ses ouvrages. Ce n'était pas tout : Arnold semblait par ses opinions politiques appartenir à ce parti exalté de la jeune Allemagne, qui offre beaucoup d'analogie avec certaines nuances de Técole républicaine.

Grâce à ces nombreux points de contact, la récente intimité de Pierre Raimond et d'Arnold se resserrait chaque jour davantage. Ce dernier était de bonne foi, il ressentait véritablement de l'attrait pour ce rude et austère vieillard qui conservait dans toute leur ardeur les admirations et les idées de sa jeunesse.

M. deHansfeld était d'une excessive timidité ; les obligations de son rang lui pesaient tellement que , pour leur échapper , il avait affecté les plus grandes excentricités. Ses goûts, ses penchants le portaient à une vie simple, obscure, paisiblement occupée d'arts et de théories sociales. Aussi , même en l'absence de Berthe , il trouvait dans les deux pauvres chambres de Pierre Piaimond plus de plaisir, de bonheur, de contentement qu'il n'en avait trouvé jusqu'alors dans tous ses palais.

S'il avait seulement voulu dissimuler ses assi-

duilés auprès de Berlhe sous de trompeuses prévenances envers le graveur , celui-ci avait trop rinstinct du vrai pour ne pas s'en être aperçu, et trop de rigide fierté pour ne pas fermer sa porte à Arnold.

Pierre Raimond n'ignorait pas que son jeune ami trouvait Berllie charmante, et qu'il admirait autant son talent d'artiste que la candeur de son caractère, que la grâce de son esprit.

Dans son orgueil paternel , loin de s'alarmer , Pierre Raimond se réjouissait de cette admiralion. N'avait-il pas une confiance aveugle dans les principes de Berlhe? Ne devait-il pas la vie à Arnold? Comment supposer que ce jeune homme, au cœur noble , aux idées généreuses, abuserait indignement des relations que la reconnaissance avait établies entre lui et l'homme qu'il avait sauvé ?

Aux yeux de Pierre Raimond , cela eût été plus infâme encore que de déshonorer la fille d'un bienfaiteur.

Enfin Arnold avait dit appartenir au peuple , et dans l'exagération de ses idées absolues, Pierre Raimond lui accordait une confiance qu'il n'eût jamais accordée au prince de Hansfeld.

Berlhe, d'abord attirée vers Arnold par la

reconnaissance, avait peu à peu subi l'influence de cet être bon et charmant. Il assistait souvent , en présence du vieux graveur, aux leçons de musique de Berlhe ; il était lui-même excellent musicien, etquelquefois Beriherécoulait avec autant d'intérêt que de plaisir parler savamment d'un art qu'elle adorait , raconter la vie des grands compositeurs d'Allemagne, et lui exposer pour ainsi dire la poétique de leurs œuvres et en faire ressortir les innombrables beautés.

Que de douces heures ainsi passées entre Berthe, Arnold et Pierre Raimond ! Celui-ci ne savait pas la musique; mais son jeune ami lui traduisait, lui expliquait pour ainsi dire la pensée musicale des grands maîtres , l'analysant phrase à phrase, et faisant pour l'œuvre de Mozart, de Beethoven, de Gluck, ce qu'Hoffmann a si merveilleusement fait pour Don Juan.

Berthe , profondément touchée des soins d'Arnold pour Pierre Raimond, leur attribuait à eux seuls la vive sympathie qui, chaque jour, la rapprochait davantage du prince. Celui-ci était d'autant plus dangereux qu'il était plus sincère et plus naturel ; rien dans son langage, dans ses manières ne pouvait avertir madame de Brévannes du péril qu'elle courait.

La conduite d'Arnold étant un aveu continuel, il n'avait pas besoin de dire un mot d'amour ; si par hasard il se trouvait seul avec Berlhe, son regard , son accent étaient les mêmes qu'en présence du graveur. Celui-ci rentrait-il , Arnold pouvait toujours finir la phrase qu'il avait commencée.

Comment madame de Brévannes se serait-elle défiée de ces relations si pures et si paisibles ? Jamais Arnold ne lui avait dit: Je vous aime; jamais elle n'avait un moment songé qu'elle pût l'aimer, et déjà ils étaient tous deux sous le charme irrésistible de l'amour.

Nous le répétons, par un singulier hasard, ces trois personnes , sincères dans leurs affections , sans défiances etsansarrière-pensées, s'aimaient. Arnold aimait tendrement le vieillard et sa fille , ceux-ci lui rendaient vivement cette affection ; tous trois enfin se trouvaient si heureux, que par une sorte d'instinct conservalif du bonheur ils n'avaient jamais songé à analyser leur félicité : ils en jouissaient sans regarder en deçà ou au delà.

La seule chose qui aurait pu peut-être éclairer Berthe sur le sentiment qui prenait chaque jour plus d'empire sur son cœur, était l'espèce d'indif-

ARNOLD ET DERTHE. 3i

férence avec laquelle elle supportait les duretés de son mari ; elle s'étonnait même vaguement de ressentir alors si peu... des blessures naguère si douloureuses.

Lorsque son père, profondément irrité contre M. de Brévannes, lui avait sérieusement , pres- «jue sévèrement demandé compte des procédés de celui-ci, elle n'avait pas menti en répondant que depuis quelque temps elle ne s'en tourmentait plus.

Le vieillard avait eu d'autant plus de foi aux paroles de Bertlie, que peu à peu elle redevenait calme , souriante , et que sa physionomie, autrefois si triste, révélait alors la plus douce quiétude.

Peut-être blàmera-t-on l'aveugle confiance de Pierre Raimond : cette confiance aveugle était une des nécessités de son caractère.

Ces antécédents posés, nous conduirons le lecteur dans le modeste réduit de Pierre Raimond, le lendemain dujouroiiM. de Hansfeld avaitsignifié à sa femme qu'elle devait quitter Paris dans trois jours.

Un bon feu pétillait dans l'âtre , au dehors la neige tombait et la bise faisait rage ; Pierre Raimond était assis d'un côté de la cheminée, Arnold de l'autre ; depuis que le prince était amoureux, ses traits reprenaient une apparence de force et de santé , quoique son visage fût toujours un peu pâle.

Une grande discussion s'était élevée entre Pierre Rainiond et Arnold , car pour compléter le charme de leur intimité, ils différaient de manière de voir sur quelques questions artistiques, entre autres, sur la façon de juger Michel-Ange.

Arnold, tout en rendant un juste hommage à rimmense génie du vieux tailleur de marbre , ne ressentait pour ses produciions aucune sympathie, quoiqu'il comprît Tadmiralion qu'elles inspiraient ; le goût délicat et pur d'Arnold, surtout épris de la beauté dans Tari , s'effrayait des sombres et terribles écarts du fougueux Buonarotli et leur préférait de beaucoup la grâce divine de Raphaël.

Pierre Raimond défendait son vieux sculpteur avec énergie, et il se passionnait autant pour la fière indépendance du caractère de Michel-Ange que pour la gigantesque puissance de son talent.

« Votre tendre Raphaël avait l'àme amollie d'un courtisan, disait le vieillard à Arnold, tandis que le rude créateur du Moïse et de la chapelle Sixtine avait l'àme républicaine, et il devait menacer, comme il l'en a menacé, le pape Jules de le jeter à bas de son échafaudage s'il lui manquait de respect, d

M. de Hansfeld ne put s'empêcher de sourire de l'exaltation de Pierre Raimond et répondit :

< Je ne nie pas l'énergie un peu farouche de Michel-Ange; il était , malheureusement, d'un caractère morose, fier, taciturne, ombrageux, allier et difficile.

— Malheureusement î ...Qu'entendez-vous par ce mot?... mallieureusement?

— J'entends qu'il était malheureux, pour les sincères admirateurs de ce grand homme, de ne pouvoir nouer avec lui des relations agréables et douces.

— Je l'espère bien... Est-ce que vous le prenez pour un Raphaël? pour un homme banal comme voire héros? car, ajouta le graveur avec un accent de dédain , il n'y avait personne au monde d'un caractère plus facile, plus insinuant, plus aimable que votre Raphaël.

— Vous reconnaissez au moins ses qualités.

— Ses qualités!... c'est justement à cause de ces qualités insupportables que je le déteste comme homme... quoique je le vénère comme artiste.

— Et moi, mon cher M. Raimond, c'est justement à cause des défauts, du caractère diabolique de Michel-Ange, qu'il m'est antipathique comme homme , quoique je m'incline devant son génie.

— Votre admiration n'est pos naturelle ; elle est forcée... elle est exagérée! s'écria le graveur.

— Comment , dit Arnold stupéfait, vous dé-

testez Raphaël à cause de ses qualités... Moi , je n'aime pas Michel-Ange à cause de ses défauts... et vous m'accusez d'exagération ?

— Certainement... on n'est grand homme, on n'est Michel-Ange qu'à certaines conditions. J'admire dans le lion jusqu'à ses instincts sauvages et féroces ; il n'est lion qu'à condition d'être sauvage et féroce , il ne peut avoir les vertus d'un mouton comme votre Raphaël.

— Mais au moins, permettez-moi d'aimer dans Raphaël ces vertus de mouton qui sont, si vous le voulez , les conséquences de sa nature , de son talent...

— A votre aise : admirez, si vous trouvez qu'un tel caractère mérite l'admiration... Quant à moi, physiquement parlant, je ne mets pas seulement en balance la fade figure du beau, du céleste Raphaël, tout couvert de velours et de broderies, avec le mâle visage de mon vieux Ruonarotti , sombre, farouche, hâlé par le soleil, et vêtu d'une souquenille à moitié cachée par son tablier de cuir de tailleur de pierre ! Allons donc ! est-ce que ces deux natures peuvent se comparer, seulement? Ah! ah ! ah !... quel plaisant contraste!... Je vois d'ici... le divin Raphaël...

— Le divin Raphaël aurait fléchi le genou et

respectueusement baisé la puissante main du vieux Michel-Ange, son maître et son aïeul clans Tart , dit doucement Arnold en tendant la main à Pierre Raimond.

— Vous avez raison, reprit celui-ci en répondant avec effusion au témoignage de cordialité de M. de Hansfeld. Je suis un vieux fou.,, aussi emporté qu'à vingt ans. »

A ce moment Berlhe entra.

11 est impossible de peindre la ravissante expression de sa physionomie en voyant son père et Arnold se serrer ainsi la main. Ses yeux se remplirent de larmes de bonheur.

i Viens à mon secours, enfant, dit Pierre Raimond. Je suis battu... ma folle barbe grise est obligée de s'incliner devant cette vénérable moustache blonde... Il reste calme comme la raison , et je m'emporte... comme si j'avais tort...

— Et le sujet de cette grave discussion ? dit Berlhe en souriant et en regardant alternativement Arnold et son père.

— Michel-Ange... dit Pierre Raimond.

— Raphaël... dit Arnold.

— Comment , M. Arnold, vous ne pouvez pas céder à mon père?

— Je voudrais bien voir (pi'il me cédât sans

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