TOME II
<iU CONVERSATION.
aller à riiôtel Lambert dans la crainte d'y rencontrer M. de Hansfeld, Berllie se sentait intérieurement coupable de cacher à son mari les entrevues qu'elle avait eues chez Pierre Raimond avec Arnold ; aussi s'exagérail-elle encore ses torts à la moindre bonne parole de M. de Brévannes.
Ce fut donc presque avec confusion qu'elle le remercia des fleurs qu'il lui avait envoyées.
« En vérité, Charles, lui dit-elle, vous êtes mille fois bon , vous me i;âtez... ce bouquet était magnifique, cette parure de camélias est de trop.
— Vous avez raison, ma chère amie , vous n'avez pas besoin de tout cela pour être charmante... mais je n'ai pu résister au désir de vous envoyer ces fleurs, malgré leur inutilité ; je suis ravi que celte légère attention vous ait fait plaisir... J'ai tant à me faire pardonner...
— Que voulez-vous dire ?
— Sans doute : hier, n'ai-je pas été brusque, grondeur?... ]N'ai-je pas enfin fait tout ce qu'il fallait pour être exécré? Mais les maris sont toujours ainsi.
— Je vous assure , Charles , que j'avais complètement oublié...
— Vous êtes si bonne et si généreuse... Vrai-
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ment, quelquefois je ne sais comment j'ai pu méconnaître lant de précieuses qualités...
— Charles... de grâce...
— Non vraiment... cela m'explique l'incroyable , l'aveugle confiance que j'ai toujours eue en vous, à part quelques accès de jalousie sans motif, bien entendu... Tenez, vous ne sauriez croire combien surtout noire conversation d'hier a augmenté ma confiance en vous.
— Mon ami...
— Dans le premier moment, je l'avoue... la franchise de vos craintes m'a un peu effrayé ; mais depuis , en y réfléchissant , j'y ai trouvé au contraire les plus sérieuses garanties pour l'avenir, et une preuve de plus de votre excellente conduite...
— Je vous en prie, ne parlons plus de cela, dit Berthe avec un embarras qui n'échappa pas à son mari.
— Au contraire, parlons-en beaucoup, ce sera ma punition , car j'avoue mes torts... J'étais slupide de me fâcher de votre loyauté ! Pourquoi n'aurail-on pas la modestie de l'honneur comme la modestie du talent. Si je vous avais priée de chanter dans un salon, devant un nombreux public , m'auriez-vous dit : Je suis certaine de
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chaîner admirablement bien?... Non, vous eussiez nianifoslé toutes sortes de craintes... Et pourtant il est certain que peu de talents égalent le vôtre... Eh bien ! vous m'avez parié avec la même modestie de votre l'ulure condition dans le monde où je vous oblige d'aller, vous m'avez dit avec raison : «J'ai le désir de rester fidèle à
< mes devoirs, mais je redoute les séductions et « les périls qui entourent ordinairement une
< jeune femme, et j'aime mieux fuir ces dan- « gers que les combattre... .
— Encore une fois , je vous en prie , oublions tout ceci, dit Berthe véritablement émue et touchée de la bonté de son mari.
— Oh ! je ne vous céderai pas sur ce point , reprit celui-ci; je vous prouverai que je m'obstine dans le bien comme dans le mal ; ma franchise égalera votre loyauté... ce qui n'est pas peu dire , et vous saurez aujourd'hui ce que je vous ai tu hier.
— Quoi donc?
— Je vous parle rarement de mes affaires... mais cette fois vous m'excuserez si j'entre dans quelques détails.
— Mon Dieu... je vous en prie...
— Un des parents de njadame la princesse de