CONVERSATION. 1»T
Hansfeld est Irès-haiil placé en Autriche cl peut me servir beaucoup en faisant obtenir d'importants privilèges à une comp:ignie industrielle qui se forme à Vienne et dans laquelle j'ai des capitaux engagés; en me faisant présentera la princesse, en vous priant d'être aimable pour elle, vous le voyez, j'agis un peu par intérêt... mais cet intérêt est aussi le vôtre... puisqu'il s'agit de notre fortune.
— Mon Dieu, pourquoi ne m'avoir pas dit cela h
ler :
— Je vous l'aurais dit probablement, mais U persistance de vos refus à propos de cette présentation m'a contrarié. Vous savez que j'ai un irès-niauvais caractère, ma tête est partie... nous nous sommes séparés presque fâchés , et je n'ai pas eu i'occasion de vous apprendre ce que je voulais vous dire.
— S'il en est ainsi, Charles, croyez que je ferai tout mon possible pour être agréable à la princesse, puisqu'il s'agit de vos intérêts... j'aurai de la sorte un but en allant chez elle... et je redouterai beaucoup moins les périls que j'ai la vanité de craindre.
— Voyez , ma chère enfant, ce que c'est que de s'entendre... comme toutes les difiicultés
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s'aplanissent... Oh! que je m'en veux de ma vivacité , on s'explique si mal quand on est fâché!... Riais tenez, puisque nous sommes en confiance... laissez-moi vous parler à cœur ouvert.
— Je vous en prie. . . si vous saviez combien je suis touchée de ce langage si nouveau pour moi.
— C'est que le sentiment que j'éprouve pour vous est presque nouveau pour moi.
— Charles, je ne vous comprends pas. >• Après un moment de silence, M. de Brévannes
reprit :
« Écoulez-moi, ma chère enfant... On aime sa femme de deux façons, comme maîtresse... ou comme amie... Pendant longtemps je vous ai aimée de la première façon... Des torts que je ne veux pas nier... mais que vous avez punis par une décision irrévocable, ne me perniellent plus de vous aimer que comme amie ; mais pour passer de l'un à l'autre de ces deux sentiments, la transition est pénible... surtout lorsqu'il faut renoncer aune si charmante maîtresse...
— De grâce...
— Le sacrifice est fait... c'est à mon amie , à ma sincère amie... que je parle... que je parlerai désormais. >
CONVERSATION. lUλ
M. de Brévannes dissimula si parfailementses mauvais desseins, et dilces mois d'une voix si pénélranle, (jifune larme loiiia dans les yeux de Berilie ; un aveu de ses torts lui vint aux lèvres ; elle prit la main de son mari , la serra cordialement entre les siennes et répondit :
< Et désormais voire amie... fera tout au monde pour être digne de...
— Assez , ma chère enfant , dit M. de Brévannes en interrompant Berllie; je sais tout ce que vous valez... et qu'on est toujours sur d'être entendu lorsqu'on s'adresse à votre délicatesse... mais permellez-moi de terminer ce que j'ai à vous dire : par cela même qu'il y a deux manières d'aimer sa femme, il y a deux manières d'en êlre jaloux...
— Je ne vous comprends pas, mon ami.
— C'est ce que je crains... surtout à propos de quelques-unes de mes jiaroles d'hier que vous avez peut-être mal interpréiées.
— Comment?
— Sans doute, malheureusement notre entretien est monté tout à coup sur un ton si haut que tout s'est élevé en proportion; quand je vous parlais de la différence de la jalousie, de l'amour et de l'amour-propre , je voulais dire que l'on
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n'est pas jaloux de la même façon, lorsque votre femme est votre amie au lieu trêlre voire maîtresse... dans le premier cas, le cœur soulîre ; dans le second, c'est l'orgueil , et malheureusement l'orgueil n'a pas comme l'amour de ces retours de tendresse qui calment et adoucissent les blessures les plus douloureuses... me comprenez-vous?...
— Mais...
— Pas encore, je le vois... Je voudrais vous parler plus franchement... mais je crains de mal m'expliquer et de vous choquer peut-être...
- — Parlez... Ne craignez rien...
— Eh bien! écoulez-moi, ma chère enfant... depuis longtemps vous n'êtes plus pour moi qu'une amie; mais vous avez à peine vingt-deux ans... Ces séduclions d(3nt vous parlez, vous avez raison de les craindre ; personne ])lu8 que vous ne peut y êlre exposée... car ma conduile envers vous , je ne le nie pas, pourrait sinon autoriser, du moins excuser vos fautes...
— Ah! monsieur... pouvez-vous penser...
— Laissez-moi achever... Si j'ai toujours le droit d'être, comme je le suis, horriblement jaloux par orgueil, c'est-à-dire jaloux des dehors, des apparences de votre conduite, j'ai malheu-