LE PERSONNEL ADMINISTRATIF A L'HÔTEL DES INVALIDES — L^ÉTAT-MAJOR
L'Hôtel des Invalides est un vaste organisme, dont chacune des parties mène sa vie indépendante ; mais toutes sont cependant étroitement liées entre elles, alimentées c|u'elles sont par des ressources communes et dirigées par une même administration centrale. Les services divers sont en grand nombre : cuisines, pourvoirie, Vjlanchisserie , entretien du bâtiment, infirmerie, culte, habillement, sans compter toutes les manifestations de la vie intime de l'Hôtel, qu'on peut désigner sous le nom de service intérieur et sa vie militaire. Tous ces services n'ont pas une égale importance ; quehpies-uns n'offrent rien à l'étude de particulièrement intéressant, mais tous ont leurs règlements spéciaux, un per-
sonnel particulier, sous la surveillance de quelques officiers supérieurs. Il convient, en premier lieu, de passer en revue les hauts fonctionnaires civils ou militaires qui composent l'État-major.
Et d'abord, tout en haut de la hiérarchie, chef suprême de l'Hôtel après le Roi, ciui en est « le protecteur et le conservateur immédiat », se place le secrétaire d'État de la Guerre, nommé, par l'édit de fondation, directeur et administrateur général de l'Hôtel. Le ministre a la haute main sur tous les services, il doit être renseigné sur tout ce qui se passe dans la maison royale. Il peut y assurer personnellement le maintien de Tordre, et donner à l'institution la direction générale qui lui convient, puisque c'est lui qui présente à la nomination du Roi tous les hauts fonctionnaires, qui leur fait délivrer les provisions de leurs brevets. Les moindres détails lui sont soumis, concernant le service. Aussi bien, il les règle lui-même dans le conseil qu'il préside chaque semaine à l'Hôtel. L'édit de fondation autorisait quelques officiers supérieurs à assister à ce conseil, tant à titre de contrôle que pour éclairer au besoin, de leur expérience, les membres de l'assemblée : c'étaient le colonel, le lieutenant-colonel et le sergent-major des gardes-françaises, les colonels des six vieux régiments d'infanterie, le colonel général de la cavalerie légère, son maistre de camp général accompagné de son commissaire général et le colonel général des dragons ('). En fait, ces hauts personnages ne venaient guère au conseil et leurs signatures ne se retrouvent presque jamais sur les registres des séances (^). D'abord mensuel, ce conseil finit par se réunir tous les quinze jours. Au début, et jusque vers le milieu du dix-huitième siècle, le ministre s'obligea à venir en personne présider cette assemblée ^i) à laquelle assistaient régulièrement le gouverneur, le directeur ou intendant, le lieutenant de Roi, les trésoriers généraux et l'architecte (^). Le jour de séance varia souvent (^) et finit
(i) Edit d'avril 1674. Recueil des Édits, etc., I, p. 34.
(2) Ces registres sont jusqu'à la Révolution, au nombre de cinq. Ils contiennent les procès-verbaux des séances.
(3) Cf. Lettres de M. de Marville, lieutenant général de police au ministre Maurepas, publiées par A. be Boislisle, II, iSgG-igoS, p. 272 (3 avril 1746).
(4) Recueil des Édits, etc., II.
(5) Cf. Décisions diverses à cet égard, 17 mai 16S9, G février, i" décembre 1691 3 octobre 1715. Reg. séances du conseil d'adm., I. — 30 avril 1710, 25 juin 1722. Ihid., II. / a j /
par être fixé au jeudi. Le conseil se réunissait d'abord dans le grand salon'''), et plus tard dans une pièce voisine qui prit le nom de salle du conselH^). Le salon était orné d'admirables boiseries et de tapisseries en façon du Levant. '( à la Turque ». représentant des trophées d'armes '^3). œuvre des invalides travaillant aux manufactures. La salle du conseil, plus petite, était ornée des portraits des ministres et des gouverneurs '■*). A ce conseil, le gouverneur faisait au ministre son rapport pour ce qui concernait le militaire, et Tintendant. pour tout ce qui touchait l'administration matérielle de l'Hôtel. Les admissions à l'Hôtel étaient autorisées ou rejetées dans ces séances (^).
Toutes les semaines, se réunissait au bureau du secrétariat, un conseil plus restreint, présidé par le gouverneiu. et où siégeaient l'intendant, le lieutenant de Roi,-le major et les deux aides-majors, les trois premiers ayant voix déhbérative. On examinait dans cette assemblée les demandes d'admission''^), on arrêtait les registres de dépenses, d'habillement et de blanchissage: la dépense journalière du contrôleur était vérifiée; les fournisseurs étaient entendus et devaient donner au conseil toutes les incUcations désirables. Le procès-verbal, signé du gouvernem- et du directeur, était envoyé au ministre.
Au-dessous du ministre et son collaborateur immédiat, était le gouverneur, nommé par lui. Il était le chef de l'Hôtel à tous les points de vue. mais particulièrement poin- ce qui concernait le militaire : il avait en conséquence toute l'autorité et tous les pouvoirs, mais aussi toute la responsabilité d'un gouverneur dans une place de guerre. Il commandait l'État-major, veillait à l'exécution des règlements, infligeait des punitions ou proposait des récom-
(i) Aujourd'hui salle d'honneur de l'Hôtel. Les boiseries sont restées intactes, mais les tapisseries ont disparu.
(2) Cf. PÉRAU, op. cit., p. 7.
(3) Brice, op. cit., II, p. 331. C'est dans ce salon que le ministre d'Argenson donnait ses audiences privées, faute de place chez lui (Lcykes, Mémoires, IV, p. 471).
(■i) A la fin du dix-huitième siècle, le gouverneur avait désiré avoir un portrait du Roi dans la salle du conseil. Le portrait de Louis XVI fut promis ; il ne parait pas qu'il ait jamais été placé aux Invalides (Lettre de d'Angervilliers à Montbarey, 4 sept. 17S0. Bibl. Ville de Paris, fonds général des mss. nouv. acq.).
(5) Le prévôt était présent à la séance avec ses archers, pour introduire les lioiniues, candidats à l'admission, dans le salon.
(6) Depuis que le ministre ne venait plus présider la séance du conseil mensuel.
^^ l'hôtel royal des invalides
penses. C'est lui qui présentait au ministre les remplaçants pour les places vacantes dans l'État-major, sauf pour la place de lieutenant de Roi à laquelle le secrétaire d'État nommait directement. Il avait aussi une autorité absolue, bien qu'un peu théorique, sur les invalides pensionnés ou répartis dans les compagnies détachées. Au début son traitement était fort minime, quoi qu'en dise Luynes (0. Il avait, cependant, quatre chevaux nourris aux écuries de l'Hôtel et jouissait d'un vaste jardin. Il n'avait, dans les premières années, point de fournitures en nature, alors qu'elles étaient abondamment distribuées aux autres officiers de TÉtat-major : en 1703, nous le voyons réduit à réclamer une provision de bois de chauffage, qu'il est seul, parmi les hauts fonctionnaires de l'Hôtel, à ne pas toucher ^^). Ses appointements, d'abord fixés à 3.600 liv., furent portés, par la suite, à 6.000 liv. d), puis à S.ooo(^). L'ordonnance de 1776 maintint le poste de gouverneur et porta son traitement à 24. 000 liv.
Le gouverneur était suppléé au besoin dans ses fonctions par le lieutenant de Roi. Au début, celui-ci était clioisi parmi les simples capitaines et nommé directement par le ministre. Ce fut le cas des deux premiers lieutenants de l'Hôtel, MM. de Sennerie. nommé en 1675 et de Boyveau, promu en 1692 C^). Peu à peu Thabitude se prit de les choisir au nombre des lieutenants-colonels et des maréchaux de camp (6). Leur traitement, qui se montait d'abord à 6.000 liv., fut porté ensuite à 9.000 liv. d). Le lieutenant de Roi était logé à l'Hôtel et recevait en outre de nombreuses fournitures (S). Ses fonctions étaient analogues à celles de lieutenant de
(i) Luynes. Mémoires, XVII, p. Sg. Le jardin du gouverneur s'étendait dans le i.rdin actuel du gouverneur de Paris et débordait sur le fossé. ^
(?) Lettre du gouverneur, t6 juin 1703. Arch. Hist., vol. ,700, pièce uo
(3) Lettre du ministre 30 octobre 1759, reproduite dans le procès-verbal de la séance du 2 3 novembre. Reg. séances du conseil .Fadm., IL
(4) Décision du sS avril 1760. Ihid.
(5) Cf. les provisions de Boyveau, du 2S avril i6qq. Recueil des Edits. etc.. 1 p ,S. JJ^Arch. de motel, carton 4S (Rapports au ministre, 3c rapport. Administration mili
(7) Lettre de Choiseul, 10 juillet 1769. Reg. séances du conseil d'adm., III.
(8) Voie, à titre d'exemple, en quoi consistaient ces fournitures : « Viande. i„ livres P r jour; v.n, 4 mmds et demi par an ; pain, 9 livres ettviron par jour : bois t sel ce qu.l en consomme; hudes, vinaigres et épices, ce qu'il lui en faut; herbages et salades pour son nécessaire; fruits, une petite quantité par semaine. Pour les jour' ma grès,;
Roi dans les places de guerre, et consistaient à seconder le gouverneur dans tout le service. Le poste fut supprimé comme inutile i:>ar l'ordonnance de 1776 et le traitement continué, sa vie durant, au sieur d' Aston, le dernier titulaire de la charge.
Quant à radministration matérielle de l'Hôtel, elle était confiée au directeur. Les soins du « service intérieur » avaient été autrefois ■dévolus à trois fonctionnaires. L'ordonnance du i5 avril 1690, « pour la direction de l'Hôtel royal des Invalides (*) », commettait à cette direction les sieurs Camus Destouches. Camus Duclos et Camus de Beaulieu « pour en rendre compte audit sieur marc|uis •de Louvois, arrêter les registres, tant des réceptions que des dépenses journalières et autres, concernant l'établissement et la subsistance de ladite maison n. Le poste de gouverneur n'était pas encore créé et ces directeurs ne touchaient pas de traitement, étant déjà attachés à un autre poste. Une fois l'Hôtel construit, la hiérarchie de l'État-major nettement marquée et le service organisé, un traitement fut attaché au poste de directeur. Ce fut le sieur Charpentier d'Audron, capitaine au régiment de Picardie, ancien commissaire des guerres dans l'Électorat de Cologne, qui fut nommé, par un brevet daté du 1" février 1704 (^). Un arrêt du Conseil d'État du même jour fixa ses appointements à 6.000 liv. Un adjoint lui fut (U)nné peu de temps après. Dès les premières années (3), un commissaire des guerres avait été détaché à l'Hôtel et chargé spécialement du service de la pourvoirie ; il surveillait la livraison des denrées, assistait aux repas, comptait les convives, faisait porter leur nourriture aux invalides punis de prison : il touchait i.4oo liv. par an. L'édit du 1" mars 170S le nomma offî- <:iellement à la résidence et police de l'Hôtel ^*) : il prit par la
plat raisonnable de poisson, une queue de morue, quelques œufs (ordinairement deux •douzaines) ; du beurre, raisonnablement ; et dans le temps que les petits pois, asperges, -artichauts ou cardes sont à bas prix, Ton en donne un plat de l'une de ces espèces ; sucre, environ loo livres par an ; chandelle, 120 livres par an ; des ustensiles de cuisine, du linge de table; le lit pour le lieutenant et pour ses domestiques. » iS janvier 1703. Arch. Hist., vol. 1896, pièce 1S9.
(1) Recueils des Édits, etc., I, p. i4.
(2) Ibid., p. 135. Cf. Soi-RCHES, Mémoires, VllI. p. z-j-i-
(3) Décision du i5 janvier i(')93. Rei^. si'unrts du runstil ,!'adni.. 1. <4) Recueil des Kdits, etc.. I. p. iGi.
go l'hôtel royal des invalides
suite le nom de commissaire ordonnateur (0, H était logé à l'Hôtel et y remplissait les mêmes fonctions que le directeur. Lui-même reçut bientôt un acolyte dans la personne d'un sous-commissaire. L'un et l'autre furent supprimés par l'ordonnance du 1 7 novembre 1726 (^), Cette même ordonnance fixait exactement les fonctions du directeur en titre et lui donnait le nom d'intendant. Il était chargé de surveiller toute l'organisation matérielle de la vaste maison, d'examiner les denrées, de surveiller les fournitures et le service de la pourvoirie : il entrait en rapport avec les fournisseurs et les entrepreneurs, et réglait avec eux les différends qui pouvaient s'élever. Il devait veiller aussi aux diverses « manufactures » ou ateliers de travail pour les invalides et à l'entretien du bâtiment. C'était à lui que revenait le soin d'établir le décompte semestriel du linge et de la chaussure, convertis en argent pour les compagnies détachées. Il devait déléguer le « sous-inspecteur » qui avait remplacé le commissaire (3) dans la surveillance des repas, dans l'ordonnancement de la lingerie, du blanchissage, dans les revues hebdomadaires des invalides et de la compagnie de fusiliers du Roi. Ces places d'intendant étaient, au reste, fort recherchées. Luynes nous le dit expressément à propos de la nomination de M. Partyet à ce poste (^). Outre le traitement assez considérable, puisque de 6.000 liv. (5) il avait été porté à 10.000 liv.. l'intendant avait droit à des fournitures nombreuses : il touchait, à partir de 1758, 10 livres de viande. 16 rations de pain, S5o liv. en argent pour sa provision de vin, et, les jours maigres, de quoi entretenir ime table de douze officiers. L'indemnité des frais de bureau se montait pour lui à 2.4oo \WJ^). Il recevait en outre 2.000 liv. pour le chauffage et Téclairage et le blanchissage, et 2.4oo liv.
(1) Ordonnance du 25 octobre 1720, portant établissement de la charge de commissaire-ordonnateur en faveur du sieur de Kersel, commissaire ordinaire des guerres, ci-devant capitaine de cavalerie. Recueil des Édits, etc., I, p. 262.
(2) Ihid., I, p. 282. Cf. Granet, op. cit., p. 17.
(3) Ordonnance du 23 novembre 1726. Recueil des Édits, etc., I, p. 2SG.
(4) Luynes, Mémoires, XVII, p. 17 et iS.
(5) Arrêt du i^r février 1704. Recueil des Édits, etc., I, p. 134.
(6) Cette indemnité d'abord ramenée à i.5oo liv. (Décision du 25 avril 17G0. Res séances du conseil d'adm., I), fut reportée en 1776 à 2.4oo liv. (Décision du 25 juin. Arch. de l'Hôtel, carton 27). . .
LE PERSONNEL ADMINISTRATIF Ql
pour le fourrage de quatre chevaux (^). Si cette place était justement considérée comme un poste de choix (^), le service qu'on exigeait de l'intendant nécesssitait de réelles qualités d'administrateur, du coup d'oeil, des connaissances techniques et économiques étendues et une intégrité parfaite. Toutes ces qualités étaient indispensables pour pouvoir arrêter les comptes des fournisseurs, vérifier la nature des denrées et remédier aux abus de l'infirmerie, de l'apothicairerie et de tous les services d'une façon générale (s). L'intendant devait faire chaque mois une revue du mobilier et une du bâtiment : il était accompagné dans ces inspections par le major, l'architecte et le piqueur. Il devait approuver tous les devis de réparations, du moins les plus importants, et à la fin de chaque mois, il présentait au gouverneur un état de la dépense générale de l'Hôtel par chapitres, avec une balance des dépenses et des recettes '^). En somme, l'intendant était un des plus influents personnages de l'Hôtel, c'était à lui qu'on s'adressait pour obtenir une faveur, c'était lui qui portait la parole au nom du conseil des Invalides, dans toute la correspondance administrative échangée avec le ministre. Son poste fut maintenu dans les mêmes conditions par l'ordonnance de 1776. Le nom seul fut changé et remplacé par le vieux titre de directeur. Ce titre même disparut lors de la démission de M. de La Ponce- en 17SS. mais les fonctions furent maintenues avec 10.000 liv. d'appointements et 4. 000 liv. d'indemnités diverses. Le nouveau titulaire était M. Morel, commissaire ordonnateur des guerres et du corps royal de l'artillerie (^) . Le major (^^ était plus spécialement chargé, sous les ordres du gouverneur, de la partie militaire de l'institution. Sous son commandement immédiat étaient placés la compagnie de fusiliers et
(i) Cf. LuYNES, Mémoires, XVII, p. 5g et Étut des traitements et frais de bureau du grand État-major, 25 juin 1776. Arch. de l'Hôtel, carton 27.
(2) « C'est une place qui vaut 20.000 liv. Il y a des gens qui prétendent qu'elle va jusqu'à So.ooo liv., mais au moins jusqu'à éo.ooo liv. » (Luynes, Mémoires, XII, p. it5i). Les rapports officiels de 1766 donnent des chiffres moins élevés, mais encore considérables. « L'intendant, avec ses appointements et gratifications, touche ii.6io liv., mais la maison dépense, en fait, plus de 24:.ooo liv. en sus. » Rapport du commissaire du Roi, 22 et 23 août 1766. Arch. Nat., Q' 1282, 3, n» 7. Mémoire au ministre, 1770.
(3) Décision du 20 juillet 175S. Reg. séances du conseil d'adm., II.
(4) Arch. de l'Hôtel, carton 4S. Rapports au ministre. Rapport n" i .
(5) Décision du 23 avril 17SS. Arch. de l'Hôtel, carton 3g.
(6) Les « provisions » des majors se trouvent dans Arch. de l'Hôtel, carton 38.
les divers services de garde. Il allait tous les matins recevoir le mot d'ordre du gouverneur et le transmettait aux divers postes. Il avait aussi des fonctions de police intérieure dans l'Hôtel. Il présidait au « rapport » journalier, réunion des sergents et de tous les chefs de service dans la grande cour, à côté du corps de garde. C'est là que les ordres étaient transmis pour le service du jour. Le major était également chargé de veiller au bon ordre dans les corridors et dans les salles, et faisait de fréquentes tournées d'inspecdon dans les chambres des soldats. Au moment du repas, il devait aller aux réfectoires pour y compter les présences et veiller à ce cjue tout se passât avec ordre. Après le souper, le major faisait placer des sentinelles dans les passages, pour observer si les soldats allaient assister à la prière du soir, ainsi que le leur prescrivaient les règlements (0. Enfin, il devait s'assurer de la bonne exécution des ordonnances : en un mot. il remplaçait au besoin et secondait en tout le lieutenant de Roi (^>. Son traitement, d'abord fixé à 1.200 liv. (-». fut porté par la suite à 3.000 liv. (i\ L'ordonnance de 177G (titre 111, art. 2) lui accordait 7.000 liv., sans compter les indemnités d'entreden. Au début, le major avait un simple secrétaire payé 600 liv. par an '^i, mais on lui adjoignit ensuite deux, puis cjuatre aides-majors (^'K Ils avaient pour fonctions de l'aider et de le remplacer au besoin. Ils faisaient deux fois par semaine une visite minutieuse dans les chambres et dans les infirmeries pour en rendre compte au major; ils avaient surtout pour mission de veiller à la police des réfectoires. L'ordonnance de 1776 les conserva avec 5oo liv. par an et l'entretien à l'Hôtel. Un instant, un sous -aide -major avait été créé qui avait pour mission de surveiller les invalides pensionnés dans Paris ou aux environs (7). Cette charge fut supprimée comme inutile peu de temps après.
(1) Arrfi. de l'Hôtel, carton 4S. Mémoires au ministre. (3) Daniel, op. cit., II, p. 5GS.
(3) Décision du i5 janvier 1693. Reg. séances du conseil d'adm., I.
(4) Lettre de Choiseul, i4 avril 1770. Ibid., III et Arch. de VHotel, carton 3S.
(5) Décision du i5 janvier 1693. Reg. séances du conseil d\idm., I.
(6) Cf. les provisions des aides-majors. Arch. de VHotel, carton 3S.
(7) Décision du iff juillet 1773. Ibid.
Le soin de toutes les écritures, la tenue des registres matricules, l'établissement des états, la confection des rapports étaient confiés à un secrétaire. Louvois avait créé un poste d'adjoint au secrétariat, un sous-secrétaire ^^\ Quand, en 1722. fut créé le poste de secrétaire garde des archives, ses fonctions devinrent sans utilité et furent supprimées. Le service des archives avait longtemps été confié à des fonctionnaires provisoirement nommés, désignés par simples commissions, sans connaissances spéciales, et c^ui se contentaient de mettre de Tordre dans les papiers administratifs. Le jour vint où ces archives prirent une extension considérable par l'agrandissement des services de l'Hôtel. Un poste d'archiviste fut créé le i*"" juillet 1722, et le nouveau titulaire prit le nom de secrétaire garde des archives ^^). C'était le sieur Pelletier qui fut nommé par des provisions en date du même jour : il exerçait depuis une quarantaine d'années déjà les fonctions d'archiviste par commission. Le service des archives n'était pas, du reste, très chargé : il consistait à classer les états remis par les divers fonctionnaires, la correspondance administrative entre l'Hôtel et le ministre, à tenir à jour de nombreux registres '^ ') et à répondre aux c^uestions c^ue posait le ffouverneur ou le ministre désireux de s'éclairer sur tel ou tel point W. L'ordonnance de 1776 accordait 4. 000 liv. au secrétaire garde des arclli^'■es, avec une indemnité pour les fournitures ; il était en plus, et depuis longtemps, logé à l'Hôtel'^). Il avait déjà obtenu en 1758 l'entretien d'un cheval ^^^), il obtint par la suite, à l'exemple de son confrère de l'École militaire, la nourriture d"un second cheval *'-'. L'Hôtel des Invalides ne contenait pas seulement les archives de l'institution. En 1701. Chamillart y avait fait trans-
(1) Eu 16S3. Arcli. de l'Hôtel, carton 27. Ce sous-secrétaire touchait 700 liv. d'appointements par an ; il lui était fourni en outre 6 voies de bois, 5o fagots et 4 livres de chandelle (Décision du 2 juillet 1772. Reg. séances du conseil d'adm., III).
(2) Recueil des Édits, etc., I, p. 265, 266.
(3) L'Hôtel possédait 4a registres matricules, du \" octobre 1670 au 5^ jour complémentaire an IV. Cf. Arch. de l'Hôtel, carton 52.
(4) Par exemple : Lettre du maréchal du Muy demandant la communication au ministre de tous les édits et règlements et des renseignements sur leur application. 27 janvier 1775. Reg. séances du conseil d'adm., l^'.
(5) Décision du 7 novembre 1715. Ihid., I.
(6) Décision du 2S novembre 1758. Ihid., II.
(7) Décision du 21 février 1765. Ihid., III.
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porter les papiers de la secrétairerie d'État, les archives de ses prédécesseurs Louvois et Barbézieux, déposées jusque-là dans l'hôtel de Louvois ('). C'est là l'origine du fonds d'archives qui prit par la suite le nom de Dépôt de la Guerre (^). Ces archives furent placées dans des locaux séparés et gardés par des archi- .,vistes particuliers. Elles restèrent aux Invalides jusqu'en 1761, date à laquelle le maréchal de Belle-Isle les fit transporter à Versailles ; un détachement d'invalides fut alors placé à l'Hôtel de la Guerre pour la garde de ces archives.
Un nouveau fonds était venu grossir les archives de l'Hôtel. C'était celui des archives de Saint-Louis. En 1728, le comte d'Argenson, alors chancelier de l'ordre, avait solhcité du ministre d'Angervilliers un emplacement dans l'Hôtel pour les y déposer : faute de place ou d'argent ce projet n'avait pas eu de suite (3). Le conseil de l'Ordre revint à la charge, et le marquis de Monteynard écrivait au conseil de l'Hôtel pour donner des ordres à ce sujet (^). L'Hôtel accepta le 3 août 1773, mais l'état de ses finances ne lui permettait pas d'entreprendre les réparations nécessaires. L'affaire resta donc en suspens jusqu'en 1779; à cette date, l'ordre de Saint-Louis ayant été modifié sur de nouvelles bases, ses archives furent transportées à l'Hôtel, dans une salle voisine du grand salon; la pièce fut séparée en deux par une cloison : l'archiviste fut installé d'un côté et les archives de l'autre (^).
Le commissaire et son adjoint avaient été supprimés par l'ordonnance du 17 novembre 1726. Un poste analogue fut recréé quelques jours après, celui d'inspecteur contrôleur général. Il avait un double rôle : financier d'abord ; l'inspecteur devait, en effet, veiller à ce que les recouvrements de fonds destinés à l'entretien de l'Hôtel fussent faits régulièrement, « tenir à cet effet un pareil
(1) Cf. Etat des registres manuscrits du Dépôt de la guerre à l'Hôtel royal des Invalides (1633-1719). Bihl. Mazarine, ms. a858. Cf. Saint-Simon, Mémoires, éd. BoisusLE, XIV, p. 361. On y trouvera une bibliographie sommaire de la question.
(3) Lettre de Chamillart à Mansart le priant de prendre les mesures nécessaires à ce transfert, 23 août 1701. Arch. Nat., Qi i665, dossier 1, no 10.
(3) Cf. Copie collationnée de cette lettre du 23 juillet 1773 dans Recueil des Édits, etc., II, p. 870 et Arch. de l'Hôtel, carton 27.
(4) Lettre du 16 mars 1773. Ibid.
(5) Aujourd'hui, cabinet et salle de réception de M. le général directeur du musée de l'armée.
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contrôle de tout ce qui entre et sort de la caisse des trésoriers, et être particulièrement chargé des mémoires qui concernent le recouvrement des anciens et nouveaux oblats » ('). Il avait aussi un rôle administratif : l'inspecteur était une sorte d'économe qui assistait aux conseils tenus pour la régie ou les adjudications avec voix délibérative. Il devait présider à la visite des denrées, veiller aux livraisons, surveiller à ce point de vue les réfectoires et les infirmeries, remplacer au besoin l'intendant dans la visite de la literie, diriger les bm^eaux de la pourvoirie '-''. Nous avons vu qu'un sous-inspecteur fut créé pour assister l'intendant, et qu'il était placé sous les ordres immédiats de l'inspecteur ^'i\ Celui-ci était payé 3.000 liv. sans compter des fournitures en abondance et l'entretien de deux chevaux'^). L'ordonnance de 1776 supprima ce poste ; mais il reparut sous un autre nom vers la fin du dixhuitième siècle, quand on créa, dans le grand Etat-major de l'Hôtel, un emploi de commissaire ordonmiteur des guerres ^'^\ auquel un traitement de 6.000 liv. était attaché '■'°^.
L'entretien du bâtiment de l'Hôtel avec toutes ses dépendances constituait un service à part et fort important. D'abord dirigé par un contrôleur des bâtiments, aidé d'un sous-controJeur, ce service fut confié à un architecte contrôleur, aidé par quatre invalides remplissant l'emploi de maçons ^''\ Peu de temps après, cet architecte fut placé dans le grand État-major et fit officiellement partie des hauts fonctionnaires de l'HôteU^). Son traitement, d'abord de 5oo liv., fut doublé en 1702 <^^9). Au-dessus de cet architecte contrôleur, on avait créé, pendant un certain temps, un poste d'' architecte inspecteur, que supprima l'ordonnance de 1776. Cette ordonnance plaçait l'architecte inspecteur dans le petit État-major et lui accordait des
(1) Brevet d'inspecteur contrôleur général, en faveur du sieur Du Buisson, a décembre 1726. Recueil des Édits, etc., I, p. 2SS.
(a) Ce bureau se composait d'un chef de bureau et de quatre commis. Arch. de l'Hôtel, carton 67.
(3) Règlement du 21 juillet 173S. Ibid., carton 25.
(4) Décision du isr janvier 1764. Arch. de l'Hôtel, carton 45.
(5) Décision du 19 octobre 1783. Reg. séances du. conseil d'adm., IV.
(6) Lettre du aiinistre, 13'déeembre 1783. Ibid.
(7) Décision du a 5 juin i6y8. Ibid., 1.
(8) Décision du 10 septembre 1699. Ibid. (g) Décision du 28 avril 1702. Ibid.
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honoraires fixés à 2.000 liv. Devant l'augmentation du servicepar suite de Pagrandissement des bâtiments, l'architecte obtint qu'on plaçât près de lui et sous ses ordres, deux sotis-inspecteiu-s des bâtiments ('). Les invalides, reconnus incapables de rendre des services effectifs, furent remplacés par des maçons embauchés à Paris (^). L'architecte gardait la haute main sur tout le bâtiment et sur les services annexes, telle que l'ornementation des logements (3). Sous ses ordres étaient des vitriers, des menuisiers, des ébénistes, chargés d'effectuer dans l'Hôtel les menues réparations.
Tous ces fonctionnaires des Invalides avaient des bureaux pour les assister ou, en tous cas, des commis, chargés de totite la paperasse administrative (^\
Telle était la composition du grand État-major de l'Hôtel. Nous en avons, à dessein, écarté les trésoriers, encore c[u'ils en fissent partie, préférant traiter de la question au chapitre des finances. Cet Etat-major, d'abord très brillant, très coûteux, fut réduit à de sages proportions et à un luxe plus discret par le comte de Saint- Germain, en même temps qu'une foule de sinécures, qui accablaient les finances de l'Hôtel sans grands bienfaits poiu- le service, étaient supprimées (^). En résumé, l'ordonnance du 17 juin 1776 ne comptait plus au grand État-major qu'un gouverneur, choisi parmi les officiers généraux, avec 24. 000 liv. d'appointements; un directeur pris dans le nombre des commissaires des guerres avec 10.000 liv. ; un major pris parmi les lieutenants-colonels avec 7.000 liv. ; quatre aides-majors parmi les capitaines avec 5oo liv. : un trésorier avec S. 000 liv. et un secrétaire garde des archives avec 4.000 liv.
Peut-être est-ce ici la place de mentionner, à côté de l'Étatmajor des Invalides, et simplement comme pensionnaires de l'Hôtel,
(1) Décision du 26 mai 177S. Recueil des Édits, etc., II, p. 352.
(2) Décision du 13 janvier 1781. Reg. séances du conseil d'adm., IV.
(3) Lettre du ministre exigeant que l'architecte soit consulté sur tous les travaux qui intéressent l'Hôtel (Décision du 26 juillet 1788. Ibid.).
(4) Cf. La liste des commis et leurs traitements. 7 octobre 1773. Ibid.. III.
(5) L'Hôtel était plein de fonctionnaires inutiles, créatures de grands seigneurs : un inspecteur, un contrôleur des grains, un inspecteur des caves et même un personnage sans fonctions déterminées, sans titre même, qui recevait 300 liv. de l'entrepreneur du pain et de l'Hôtel l'entretien complet. Cf. Arch. Nat.. O' 12S2. u° 7. Mémoire au ministre, 1770 et Recueil des Édits, etc., II, p. 194. "'
LE PERSONNEL ADMINISTRATIF g 7
le directeur et conservateur des plans, (jui occupait tout un personnel de commis, d'ingénieurs géographes, de concierges, etc. Les plans étaient déposés dans les salles qui donnent sur la galerie ouest, au-dessus de la cour royale (0. Cette collection de plans avait été commencée en iGGS parVauban. Le premier plan en relief établi avait été celui de la citadelle de Lille. A la fin du règne de Louis XI\'. 1^7 plans en relief avaient été réunis, dont Sy des places du royaume et 4o des places étrangères, voisines de nos frontières. La collection comprenait aussi un véritable fonds d'archives concernant la fortification <^'. Ces plans et ces papiers, jadis déposés dans la galerie du Louvre, furent transportés en mars 1777 à l'Hôtel des Invalides. Depuis c^uelciues années déjà, on avait réuni dans une des salles de l'Hôtel une série de cartes et de plans de la Marine; le chevalier d'Albert en était conservateur (3). Les plans de la Guerre, beaucoup plus nombreux, y furent joints, malgré l'opposidon faite à ce projet et les appréhensions qu'on avait manifestées : cherté du déménagement, risques pour l'Hôtel de voir ces plans, fort lourds, reposer sur des planches assez vermoulues : risques pour les plans eux-mêmes que la chaleur ou les rats pouvaient détériorer (^). Ces craintes étaient vaines : les plans sont encore aux Invalides, et en parfait état '"'^
(1) Salles du premier étage du musée actuel d'artillerie. Cf. Prudent, Catalogue général de la galerie des plans en relief des places fortes aux Invalides, 1900.
(2) Cf. Mémoire général des registres manuscrits, contenant les minutes des ordres et dépêches du Roy, concernant la guerre, règlements de limites, fortifications, qui sont au dépôt de l'Hôtel royal des Invalides, depuis l'année 1663 jusqu'en 1701. Bibl. Nat., ms. fr. 8q6u.
(3) Mar VILLE, Lettres, I, p. 1S3.
(4) Arch. Hist., Supplément à la correspondance, 1776.
(5) Le fonds d'archives a été versé au comité technique du génie.
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