LE PERSONNEL
tioii assez importante à la fin de son séjour à THôtel ('). En 1696, le troisième en date des médecins des Invalides. Guyard, obtint privilège du cornmittimus ^^\
Le personnel sanitaire de l'Hôtel, à son début, se composait donc du médecin, du chirurgien et de l'apothicaire, assistés de six garçons chirurgiens (3) et de deux valets d'infirmerie (■^). Ce personnel fut bientôt jugé insuffisant pour le grand nombre d'invalides admis à THotel. En 1707, à côté du chirurgien gagnant maîtrise, le Roi créa un chirurgien -major en chef. Ce poste fut attribué au sieur Morand père, qui avait, depuis l'origine, exercé la chirurgie aux infirmeries des Invalides*^). Entre temps, le chirurgien avait été autorisé à choisir parmi les invalides les sujets les plus actifs et les plus intelligents, pour les adjoindre aux garçons déjà existants et leur permettre d'assister les officiers de santé dans leur service '^^). Deux nouveaux valets furent installés dans la salle Saint-Côme réservée aux blessés (').
Le premier règlement formel concernant .le service des infirmeries remonte au iS mars 1719 (^). Le médecin devait faire deux visites par jour aux malades, ainsi que les deux chirurgiens accompagnés de l'apothicaire : les chirurgiens étaient tenus de saigner euxmêmes les officiers malades, à moins cj[ue ceux-ci ne témoignassent le désir formel d'être confiés aux soins des garçons chirurgiens ou fraters. Le médecin et l'apothicaire ne pouvaient sortir de l'Hôtel cpe trois fois par semaine, pendant six heures, dans l'intervalle entre les heures des visites : il en était de même pour les chirurgiens et les garçons, les sorties s'effectuant par roulement. Le chirurgien en chef était obligé de veiller en personne aux détails de son service, vérifiait l'exécution des règlements, contrôlait les
(1) Cf. Arch. de l'Hôtel, cartou 5g.
(2) 21 novembre 1696. Recueil des Édits, etc., I, p. 112.
(3) Ces six aides gagnaient 100 liv. par an. Reg. séances du couseil d'adm., I (Décision du 21 novembre 1697).
(4) Ces valets étaient nourris par les filles de la Charité. Décision du 22 août 1676. Ibid.
(5) Ordre du Roi, 12 août 1707. Provisions en date du même jour. Arch. de l'Hôtel, carton Sg. Quand Morand abandonna l'exercice de la chirurgie, il reçut une pension de 2.000 livres, par lettres patentes du g mai 1767. Arch. Nat., P. 2493, fol. 603 v».
(G) !<''' décembre 1702. Reg. séances du conseil d'adm., I. (7) Décision du i5 décembre 171S. Ibid. (S) Arch. de l'Hôtel, carton Sg.
soins donnés aux malades par les garçons. Il devait notamment assister, une fois au moins par semaine, à la séance où l'un des fraters rasait les invalides. Car le chirurgien-major, chef de service était entièrement responsable du bon ordre des infirmeries : au point de vue de l'administration proprement dite, il était cependant soumis au contrôle du commissaire <>).
' Le règlement assez strict de 1712 avait été nécessité par des plaintes parvenues au Roi sur le mauvais état des infirmeries des Invalides. Un laisser-aller général s'était produit dans le service où les officiers de santé ne paraissaient pas toujours aux heures de visites, où les sœurs étaient impuissantes à réagir contre des garçons invalides, ignorants, souvent en rébellion plus ou moins ouverte contre les médecins, prompts à l'impertinence, contrevenant en cachette aux ordres donnés (^). Grâce à des enquêtes soigneusement menées par le ministre, à des ordres sévères, les médecins reprirent en main l'exécution de leur service, et quand le règlement fut promulgué, Iç bon ordre était rétabli. On ne fit donc que codifier pour l'avenir des principes que les officiers de santé avaient d'eux-mêmes recommencé d'appliquer (3).
La vie médicale et scientifique était du reste assez intense à l'Hôtel. Des expériences y étaient faites, des remèdes et des procédés nouveaux expérimentés sur la personne des invalides, et cela dès le début, dès que les infirmeries furent installées ; on envoyait aussi aux Invalides des malades d'autres hôpitaux pour faire sur eux l'essai de nouveaux curatifs <-*). Des personnes étrangères pouvaient même, avec une autorisation du ministre, venir s'installer aux Invalides, y vivre à leurs frais, y exercer la médecine et tenter des essais de guérison ('). C'était une véritable école de chirurgie
(1) Décision du 12 juin 1687. Reg. séances du conseil d'adm., I.
(2) Lettre du chirurgien -major se plaignant à Chamillart de Tëtat des infirmeries et du mauvais esprit qui y règne, 18 mars 1701. Arch. de l'Hôtel, carton 59.
(3) Cf. Lettre du commissaire Desanglous au ministre concernant le service des infirmeries, 8 mars 1712. Arch. Hist., vol. 24n, pièce 169.
(4) Décision d'envoyer, sur le vu d'une lettre de cachet, des malades et blessés de
DrR?"?''' '"'' T f P""' ^ "^^^«^•^'1 remède guérissant les plaies, inventé par un D Rubel, 17 novembre 1677. Arch. de l'Assistance publique, coll. des délibérations, reg. 45.
(5) Lettre de Barbézieux ordonnant de donner 1.000 liv. à Mme de Vaux qui a entrepris a ses frais la guérison de cent invalides malades de la descente, 10 janvier 1700 Reg. séances du conseil d'adm., l. Elle sera établie et entretenue dans l'Hôtel (Décision du 22 septembre 1 702. Ihid.). Peut-être cette dame connaissait-elle le secret du fameux
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pratique qui se fondait ainsi. Cette école fut officiellement installée en 1720. Un cours d'anatomie fut organisé et une grande salle de dissection mise à la disposition des chirurgiens. Les officiers de santé des régiments devaient ^'enir apprendre la chirurgie à cette école <'). Des abus se produisirent très vite dans ce service. Un nouveau règlement concernant V « anatomie » dut être promulgué en 1727 '^'. Depuis, la salle de dissection ne fut plus ouverte que dans la saison froide, de novembre à Pâques. Les chirurgiens ne pou^-aient employer, pour leurs expériences, les corps des officiers, ni ceux des soldats que leiu's familles réclameraient. Un seul corps par semaine, enlevé discrètement pendant la messe et conservé quatre jours, devait suffire à Tétude et aux enseignements. Le curé et les sœurs recevaient le corps ensuite pour Fensevelir décemment. Les dissections étaient faites par les garçons ou les élèves, sous la surveillance et la direction du chirurgienmajor en chef.
Ce n'était pas seulement aux salles d'anatomie qu'une surveillance étroite du chirurgien sur les garçons était nécessaire, mais dans totis les détails du service. Avant le règlement de 1712 déjà, ils s'étaient fait remarquer par leur mauvais esprit. Après une période d'amélioration, l'indiscipline avait de nouveau reparu parmi eux. et un nouveau règlement dut être publié pour les rappeler à lein-s devoirs d) : le secrétaire d'État de la Guerre était informé « que les garçons chirurgiens dudit Hôtel et les surnuméraires qui sont employés n'ont ni exactitude, ni attention à remplir leur de^'oir. et le négligent à un point préjudiciable au service «. Le règlement mit bon ordre à une foule d'abus, empêcha les six garçons et les six surnuméraires de perdre leur temps comme ils le
remède contre la descente dont parle Sauvai : « Le Roi prend la peine de composer un remède connu a très peu de personnes, et le fait envoyer tout préparé au médecin pour le leur faire prendre dont plusieurs et surtout ceux qui ne sont pas trop avances en âge ont ete parfaitement guéris. » (Sa.-val, Histoire et recherches des antiquités de la ville de Faris, I, p. S-tg.) Ces expériences durèrent jusqu'à la Révolution. En 1782, on rouve encore a 1 Hôtel un Dr Po„sard qui essaye sur les invalides un remède contre les rhumatisme^. Il a a sa disposition une chambre chauffée et éclairée. Il est nourri sur le pied dofRcier et reçoit 800 liv. de gratification (Lettres de Ségur, 2I décembre 1781, 3 juillet 1782. Arch. de l'Hôtel, carton 62).
(1) Règlement du 13 février 1720. Arrh. de l'Hôtel, carton Sg.
(2) Règlement du 13 février 1727. Recueil des Édits, etc., I, p. 290.
(3) Règlement du 11 avril 1797. Ibid., p. 293 et Ardu de l'Hôtel, carton Sg.
faisaient, de sortir sans billet du chirurgien -major, d'intervenir d'eux-mêmes dans le traitement des malades, de les saigner mal à propos, de laisser les armoires à drogues ouvertes, de jouer dans les chambres ou d'y passer leur journée à ne rien faire. Ils durent, en bons infirmiers, prendre par roulement, et toujours deux ensemble, la garde dans les salles, garnir du nécessaire les armoires de la salle de visite, veiller au linge et à la charpie, en un mot, faire tout le contraire de ce cju'ils avaient fait jusque-là. Ce règlement ne produisit pas tout l'eflFet désiré, puisque des prescriptions analogues durent être répétées en 1752 ^^\
Ce cpii explicpiait le mauvais esprit de ces garçons et leur inaptitude au service cju'on demandait d'eux, c'était leur recrutement. Ils étaient choisis parmi les servants, parfois même parmi les invalides, c'est-à-dire c[u'ils n'avaient pas reçu la moindre éducation professionnelle. On obtenait ainsi des infirmiers fort ignares '^^U étrangers pour la plupart à toute notion d'hygiène et de minutie, et cpi'on devait parfois renvoyer dans les compagnies de l'Hôtel comme trop négligents. Au milieu du dix-huitième siècle ils étaient au nombre de treize, dont six surnuméraires placés directement sous les ordres du chirurgien -major. Parmi les surnuméraires, c[uelques-uns étaient choisis entre les officiers de santé des régiments qui sollicitaient la faveur d'un stage à l'Hôtel pour se perfectionner dans leur art (3). Us retournaient ensuite dans leurs corps, mais beaucoup demandaient à revenir aux Invalides. Les places de chirurgiens y étaient fort enviées : le service n'y était point pénible, consistant seulement à prendre la garde à tour de rôle à l'infirmerie. Seul, le chirurgien spécialement affecté aux soins des scorbuticpies était dispensé de garde '^''). Certains privilèges leur étaient réservés. Dès 1756, les officiers du corps de santé
(1) Règlement du 23 novembre lySa. Arch. de l'Hôtel, carton Sq. Recueil des Édits, etc., Il, p. 7.
(3) Cf. un rapport du 30 octobre 1754 ; « Sur les surnuméraires, chirurgiens-majors, deux sont d'une ignorance crasse et sans aucune aptitude pour la chirurgie. « Arch. de "H'Hôtel, carton Sg.
(3) Lettre au ministre de deux chirurgiens -majors, désignés pour le Canada, et demandant, à leur retour, à revenir comme surnuméraires à l'Hôtel, 1755 (sans date précise). — Supplique dans le même sens d'un chirurgien envoyé à l'armée d'Allemagne, 3 août 1741. Ibid.
(4) Décision du 9 mai 1754. Ihid.