‹ L'Hôtel royale des invalides, 1670-1789Chapitre 37 sur 48 · LE PERSONNEL 13I · texte numérisé non relu

LE PERSONNEL 13I

mangeaient à une table particulière, et, depuis 175S, les chirurgiens appointés avaient le droit de porter l'épée à l'intérieur de l'Hôtel. Cette distinction irrita les siuiiuméraires à qui elle était refusée : des discussions s'en suivirent, des querelles, voire un duel où un chirurgien fut tué^*). On décida de supprimer ces auxiliaires indisciplinés cpii devenaient dangereux. A la demande de Morand, chirurgien -major, la classe des surnuméraires disparut, le service sanitaire se composa, outre le chirurgien-major, de celui gagnant maîtrise et de huit chirurgiens appointés ^^\ Pour c|ue les nouveaux venus présentassent toutes les garanties possibles de capacité, le principe du concours fut établi : ceux qui seraient admis à l'Hôtel n'y poiu-raient rester plus de six ans, afin de laisser la place à d'autres ; une c^uantité ci'élèves destinés aux hôpitaux passaient ainsi par l'école. Pour éviter toute discussion, ces chiriu'giens furent tous déclarés égaux entre eux, et on leur retira le droit de porter l'épée. Le dernier reçu au concours fut dorénavant affecté au service, plus particulièrement pénible, des scorbuti-

ques

Le principe du concours fut étendu aussi aux chirurgiens gagnant maîtrise et à l'apothicaire ; on autorisa les chirurgiens appointés à concourir pour ces postes ^^\ et, sauf le cas d'ignorance trop flagrante, la préférence leur fut donnée sur les candidats venus d'autres hôpitaux ^^'. En même temps on mettait fin, par un nouveau règlement, aux abus occasionnés par l'école d'anatomie « lucrative pour le chirurgien -major en survivance, mais indécente pour l'Hôtel où elle occasionnait des murmures sérieux '^^) » .

Jusque-là, la haute main sur l'apothicairerie avait été réservée aux sœurs, et l'apothicaire-major ne faisait qu'exécuter les ordres

(1) Lettre du gouverneur de Crémilles au ministre, 13 décembre lySg. Arch. de l'Hôtel, carton Sg.

(2) Décision du 16 février 1761. Reg. séances du conseil d'adm., II; Mémoire en ce sens daté du même jour. Arch. de l'Hôtel, carton 39.

(3) Règlement du i5 janvier 1763. Tbid.

(4) Ordre du ministre, 18 octobre 1762 et règlement du i5 janvier 1763. Ibid.

(5) Décision du 17 décembre 1772. Reg. séances du conseil d'adm., III.

(6) Lettre des commissaires du Roi, 10 novembre 1766; mémoire au ministre, 1770. Arch. Nat., Q', 1282, n" 7, et règlement du 18 novembre 1766 dans Recueil des Édits, etc., II, p. i64.

de la supérieure. Les filles de la Charité n'avaient pas toutes les connaissances techniques voulues, et de perpétuels froissements se produisaient entre l'apothicaire et les sœurs : on reconnut la nécessité de créer une place d'apothicaire indépendant et chef de service. Ce fut Parmentier qui fut nommé (^) ; son traitement fut fixé à 1.000 liv., tous les frais d'entretien étant payés par l'Hôtel. Ses fonctions ne purent s'exercer longtemps. La protestation des sœurs fut si véhémente contre ce qu'elles appelaient une violation du contrat passé avec elles (-), que l'on dut rapporter presc^ue immédiatement la mesure, et la place fut supprimée '3), l'apothicaire continua d'être sous la surveillance de la supérieure (*) . En guise de compensation, le logement à l'Hôtel fut accordé à Parmentier sa vie durant <^) .

L'ordonnance de 1776 s'attaqua aux infirmeries comme à tous les autres services. Il ne fut plus conservé qu'un médecin et un chirurgien, tous deux avec 3.000 liv.: un chirurgien et un apothicaire gagnant maîtrise et recevant, l'un 330 liv.. l'autre 300 liv. seulement; deux élèves étaient conservés avec 100 liv. chacun de traitement "''.

Un poste de médecin adjoint avait été créé im instant ''^K puis

(1) Provisions en date du iS juillet 1772 dans le carton 69 des Arch. de l'Hôtel, et dans Recueil des Edits, etc., II, p. 257. Cf., dans le même carton Sg, règlement concernant les fonctions de l'apothicaire.

(q) Lettre de la sœur supérieure au gouvernement, 2 août 1772. Arch. de l'Hôtel, carton Sg.

(3) Décision du 29 janvier 1773. Arrêt du Conseil d'État, 31 décembre 1774. Recueil des Edits, etc., II, p. 269 et 273.

(4) Les apothicaires de l'Hôtel étaient parfois des savants de mérite et leurs travaux faisaient autorité. Cf. Analyse des eaux minérales nouvellement découvertes à Passy, à laquelle on a joint une suite d'expériences sur la manière de retirer de ces mêmes eaux le bleu de Prusse, par le sieur Cadet, apothicaire-major de l'Hôtel royal des Invalides, s. d. — A la fin du dix-huitième siècle, dans une maison de santé privée, sise à la barrière de Sèvres, l'apothicaire-major des Invalides était chargé de la pharmacie. Bibl. Ville de Paris, P 149 s.

(5) Décision du i5 juillet 1777. Reg. séances du conseil d'adm., IV.

(6) Ordonnance du 17 juin 1776. Recueil des Édits, etc., II, p. 301. tit. III, art. 1. Le médecin touchait auparavant i8o liv. et le chirurgien i5o liv. pour le blanchissage et chacun respectivement 9 voyes de charbon, 18 et i5 voyes de bois, i5o liv. de chandelles : à partir de 1776, le médecin reçut 300 liv. et le chirurgien 4oo liv. pour remplacer ces fournitures. Reg. séances du conseil d'adm., IV.

(7) La date exacte de création n'a pu être retrouvée, le poste n'existait pas en 1776, puisque l'ordonnance du 18 juin ne le mentionne pas parmi ceux qui sont conservées; il existait au début de 1777. Saint-Germain autorisa le sieur Morand fils, médecin adjoint, à prendre un pied-à-terre à l'Hôtel. Cf. Lettre de Saint-Germain, 13 janvier 1777. Arch. de l'Hôtel, carton 59.

supprimé en 177S '^^\ Le chirurgien et le médecin étaient logés à l'Hôtel et comptaient parmi les rares privilégiés qui pouvaient garder leur famille auprès d'eux '^-'. Un moment supprimé, le logement du médecin fut rétabli peu de temps après ^i^ .

Entourés de si peu d'auxiliaires, devant le nombre sans cesse grandissant des invalides, les officiers de santé ne purent plus suffire à la tâche et se désintéressèrent peu à peu de leurs fonctions. A la fin du dix-huitième siècle, le temps n'était plus des Morand, des Sabatier, des Parmentier. cjui avaient jeté tant de lustre sur Técole médicale des Invalides. Au moment où finit notre étude, l'administration était parfois réduite à faire soigner ses malades en ville, faute de trouver à l'Hôtel les éléments nécessaires *^^*. On tenta une réaction : le personnel fut un peu augmenté par Tadjonction de deux nouveaux élèves (^), on s'efforça de rajeunir les cadres : plus de vieux médecins endormis dans la routine de la visite journalière ; plus de chirurgiens nommés au concours après des échecs répétés : on n'admit plus r^ue les élèves en chirurgie se présentant au concours pour la première fois et âgés de moins de vingt-r^uatre ans^^). Sur ces bases on voulut renouveler le service de santé ; on n'en eut pas le loisir.

Les infirmeries occupaient à elles seules toute une aile de l'immense maison : pres(]ue toute la partie orientale; avec les annexes, pharmacie, laboratoire, lingerie, communs, logement des sœurs, elles remplissaient tout le rez-de-chaussée et le premier étage '''\

(1) Décision du 9 décembre 177S. Reg. séances du conseil d'adm.. IV.

(2) Ordonnances du 17 juin 1776, tit. II, art. g.

(3) Décision du 10 juin 1782. Reg- séances du conseil d'adm., IV.

(4) Lettre de Ségur au conseil de l'Hôtel accordant une gratification de 300 liv. au sieur Jérôme, pour le traitement d'un invalide atteint d'une plaie au nez. « Je ne vous dissimulerai pas que Sa Majesté a été un peu surprise que cet officier n'ait pas trouvé dans la faculté de l'Hôtel, les secours qui lui étaient propres et qu'un chirurgien de la ville ait traité, en quarante-huit heures, une plaie que le chirurgien de l'Hôtel a négligé un peu pendant six ans. » 22 juillet 1782. Arck. de l'Hôtel, carton 27.

(5) Lettre de Ségur, 17 novembre 17S2. Ibid., carton 59.

(6) Lettre, de Ségur, 24 novembre 17S4. Reg. séances du conseil d'adm.. W.

(7) Cf. PÉRAr, op. cit., p. 60 et suiv., pi. 5 et 6.

13^ l'hôtel royal des invalides

L'infirmerie proprement dite se divisait en plusieurs services, suivant la nature de la maladie, ou le grade du malade : quatre grandes salles d'abord, perpendiculaires les unes aux autres et formant comme une immense croix latine. C'étaient : la salle Notre-Dame, dont la plus grande partie était réservée aux officiers et le reste aux soldats, les salles de Saint-Michel, du Bon-Pasteur et de Sainte-Geneviève. Au point de jonction des salles s'élevait un autel où le Saint-Sacrement était perpétuellement exposé. La messe y était célébrée tous les jours et. de leur lit. tous les malades pouvaient apercevoir l'officiant. Au midi, s'étendait la salle de Saint-Joseph pour les vieillards infirmes : à l'est, l'immense salle de Saint-Côme. Au premier étage, au-dessus de la salle Saint-Côme, celle de Saint-Louis, réservée aux scorbutiques, et celle del'Ange- Gardien, où l'on soignait les cancéreux <^^). Ces salles étaient vastes, bien aérées, donnant sur de grandes cours plantées d'arbres. Dans chacune d'elles était placé im exemplaire de la Vie des Saints, en vue de l'édification des malades (^). Le mobilier était très simple, mais la plus grande propreté régnait aux infirmeries ; les lits étaient garnis de paillasses, de traversins, d'oreillers, de couvertures et de « tours de lit )> de serge jaune en hiver, de futaine blanche en été (i\ Chaque malade avait son lit: de petites latrines particulières étaient installées derrière chaque couchette, ou à peu près, et d'espace en espace, de grands poêles « à la mode d'Allemagne » chauffaient les salles. Les infirmeries dewiient être tenues à une température constante fixée à iS° Réaumur. Les salles étaient d'abord éclairées par des lampes, on plaça ensuite de grands globes suspendus au plafond. Le service y était fait par de petites tables roulantes, on les remplaça par des civières à bras en 1766.

Les malades étaient divisés en catégories bien spéciales : les blessés d'abord qui étaient les plus nombreux. Il en arrivait des convois aux Invalides après chaque bataille. A la fin des combats, une liste de blessés était envovée au ministre, et les soldats.

(1) Cf. Granet, op. cit., p. 35 et suiv. Les noms des salles subsistent encore aujourd'hui dans riiôpital militaire provisoire qu'on a établi aux Invalides. L'autel a été supprimé tout récemment.

(2) Décision du 4 avril 1G76. Reg. séances du conseil d'adm., I.

(3) L. J. D. B., op. cit., p. 21 et suiv.

accompagnés par des chirurgiens des régiments, étaient évacués sur l'HôteU'). Ils étaient admis d'office. On les plaçait à la salle Saint-Côme lorsque la gravité de leur état Texigeait. sinon ils restaient dans leur chambre, munis d'appareils ou de membres artificiels ''\ et allaient, au moment de la visite, se faire panser par le chirurgien.

Les vénériens étaient l'objet de mesures et de soins spéciaux. Lors de leur admission, l'examen de leurs certificats était particulièrement minutieux. Pendant que durait l'étude de leur dossier et, au besoin, Tenquéte, une petite somme était donnée aux malades pour les aider à subsister <^3). Bientôt, du reste, ces malades spéciaux ne purent être admis à THôtel que sur un ordre exprès du ministre'^'. Une salle à part leur était en tous cas réservée, munie de bains ; un garçon dïnfirmerie était spécialement attaché à ce service (^). Les invalides qui étaient atteints du mal vénérien pendant leur séjour à l'Hôtel étaient très sévèrement punis : rhomme était admis aux infirmeries ; s'il était officier, il était privé de sa solde pendant tout le temps que durait son traitement C^). Après la guérison. il était privé de sortie pendant un an et, en cas de récidive, impitoyablement chassé de l'Hôtel sans espoir de retour '"\

(i) Cf. Liste de soldats amputés après la bataille de Nerwinden et envoyés aux Invalides, 12 octobre 1693. Arch. Hht., vol. 1209, pièce 166.— Lettre du commissaire des guerres envoyant la liste des blessés évacués. Namur, 22 octobre 1693. Ibid., vol. 1209, pièce i65. — État nominatif des officiers des régiments d; Berr>-, Bacqueville, Annecy, Saint-Second et Ribérac proposés pour les Invalides, Péronne, 17 décembre 1712. Ihid., vol. a4i5, pièce 97.

(2) Décision du 2 janvier 1677. Reg. séances du conseil d'adm., I : les jambes de bois devant durer deux ans avant d'être renouvelées. Cf. Marché de bandages et brayes. Arch. de l'Hôtel, carton 62. Ces appareils étaient assez chers : 4o liv. la douzaine de jambes de bois, 56 liv. le cuissart, 4 liv. 16 s. la douzaine de béquilles, 4o s. la rouelle de fauteuil, 3 liv. 5 s. la brave garnie d'acier des deux côtés (Tarif de 1757 à 1770. liid., cartons 52 et 3S3). L'Hôtel'dépensait encore 2.4oo liv. par an pour les bandages et braves (Lettre de Montbarey, 30 novembre 177S. Ibid., carton 62) et 4.ooo à 5.ooo liv. pour les jambes de bois, îjéquilles, appareils, etc. Le chirurgien -major arrêtait l'état des fournitures et le remboursement lui était fait sur des ordonnances de l'intendant. Arch. Nat., QS 1282, n" 7, Mémoire au ministre, 1770. Bon de 24o liv. à M. Sabatier, chirurgien-major, pour l'achat d'appareils. 22 février 1777. Arch. de l'Hôtel, carton 54.

(3) Décision du 10 septembre 1693. Reg. séances du conseil d'adm., I.

(4) Décision du 21 novembre 1697. Ihid.

(5) Décision du 22 septembre 1695. Ibid. Le garçon recevait tous les matins, comme gratification, un demi-setier de vin. Décision du 13 février 1703.

(6) Décision du i4 juillet lôgS. Ibid.

(7) Décision du 7 juillet 1702. Ibid. A la fin du dix-huitieme siècle, l'Hôtel était

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Les cancéreux et les scorbutiques formaient aussi une catégorie de malades particuliers. La salle de PAnge-Gardien leur 'était réservée et des garçons spéciaux attachés à leurs soins. Ce service étant fort pénible, les infirmiers recevaient des sœurs un demisetier d'eau-de-vie par semaine (^K et le garçon chargé de les raser avait droit à une haute paie(0. Le fait qu'on avait réservé une • salle aux invalides atteints du scorbut fait supposer cpie cette maladie était assez fréquente à l'Hôtel. Il y en eut. en tout cas. une forte épidémie en 1709, comme, du reste, dans presque tous les hôpitaux de Paris (i\

Un autre groupe de malades était formé par ceux des invalides qui n'avaient que des indispositions légères ou des blessures peu graves qui ne nécessitaient pas leur séjour à l'infirmerie. Ils étaient libres d'errer à leur guise dans les cours et par tout l'Hôtel, mais ils ne pouvaient en sortir. Les remèdes leur étaient remis aux infirmeries par la supérieure : le médecin distribuait des bons aux malades, le chirurgien aux blessés, et le commissaire paraphait ces ordonnances '^'. Ces malades n'étaient du reste pas sous la surveillance constante des officiers de santé, et ceux-ci étaient autorisés à leur laisser une liberté presque entière '5). Ceux qui préféraient rester dans leur chambre étaient libres de le faire, mais ils étaient toujours tenus d'aller prendre leurs repas aux réfectoires, l'interdiction étant formelle d'apporter aucune portion dans les chambres (♦>). Ceux (lui étaient trop faibles ou trop estropiés pour aller aux réfectoires étaient soignés parles sœurs et nourris ]>ar elles. Dans

devenu un centre de guerison pour les maladies vénériennes, on v envoyait tous les malades de la ma.son du Roi. Cf. Bibl. Nat., coll. Joly de Fleury, vol. 107,'fol. ng.

(1) Décision du a4 novembre 1702. Reg. séances du conseil d'adm., I. Ar^l ^r\t ^"""^'^^^^ augmentant ses appointements de 20 liv. 10 octobre 17^2

iufemett.TS;t^r;;2.t-r^ '^''''''' -- -^^^-^ ^-^^^ -- -- --^-^

(3) Cf. Lettre de M. de Vaubourg au contrôleur général, 6 avril j-„n ■ « H y a

aTx I ^lidls' C "f "" P'"^ '^^•^"'^ scorbutiques! il y e'n a aussi un giand nomlre aux Invalides. Ce mal commence à gagner les maisons des gens aises (Boisi.isle, Cor-

rSf ditan^ ™"r ""/'"'"""' '"' P- 3*^°)- Lettre de Monthiers, lommissa/re de 1 Hôtel, disant que le scorbut y règne et demandant qu'on fasse venir de Flandre certain remède spécial, 2S mars 1709. Arch. Hist., vol. 2132, pièce 2o4.

(4) Décision du 13 octobre 1702. Reg. séances du conseil d'adm., 1.

(5) Décision du 21 janvier 1753. Arch. de rHotel, carton Sg.

(6) Décision du 22 août 1G76. Reg. séances du conseil d'adm., I.

ce but ils étaient logés tout près des infirmeries. Ils formaient une catégorie bien marquée et portaient le vieux nom de « moines lais » qui rappelait les anciennes origines des Invalides, Les moines lais étaient des soldats atteints de blessures oti de maladies particulières, des incurables (j[ui pouvaient cependant aller et venir et dont la présence aux infirmeries eût inutilement encombré les salles, des invalides blessés à la face ou privés de ilents. avec des mâchoires plus ou moins fracassées et (jui ne pouvaient pas manger la nourriture ordinaire. On leur servait surtout des hachis, des purées, des coulis, toutes choses faciles à avaler et qu'il n'est pas besoin de mâcher'''. Ils avaient leur réfectoire à eux. dont l'accès était interdit à toute femme, les sœurs exceptées: une table spéciale y était réservée aux épilepti(|ues, une autre aux invalides « sourds et caducs » : ces derniers, en raison de leur infirmité, étaient les setils qui fussent autorisés à arriver a\ec un certain retard aux heures des repas : leurs jxjrtions leur étaient conservées, alors qu'on les supprimait aux autres moines lais en cas de retard; ces portions faisaient alors retour à la masse, et les économies ainsi faites permettaient atix s<i^in's, de teni])s à atitre, d'offrir un peu de rôti ou de ragoût à ceux de leurs malades (jui pouvaient le supporter'-''. La ration de i)ain des moines lais était la même que celle des autres inwilides, ils avaient moins de pain, mais du meilletir '3). Des abus finirent par se produire : de faux moines lais se glissèrent j^anni les malades véritables, grâce à la faveur. En 1771. leur nombre augmentant d'une façon exagérée, il fut décidé de ne plus accorder de place de moines lais et de laisser l'institution disparaitre par extinction'^*. Après l'ordonnance de 1776, une diminution considérable s'étant produite dans la population de l'Hôtel. Saint-Germain fixa définitivement le nombre des moines lais à 100 '^\ S'il faut en croire un mémoire de i7<)o présenté au ministre, des passe-droits scandaleux se seraient produits dans l'ob-

(i ) Règlement du 4 décembre 1766. Reg. séances du conseil d'adm., III, et résumé sur les moines lais et les manicros dans Recueil des Edits, etc., II, p. 176.

(2) Décision du 8 septembre 1770. Reg. séances du conseil d'adm., III.

(3) 6 onces de pain blanc contre -a onces île pain bis blanc que touchaient les malades ordinaires.

(4) Décision du 11 septembre 1771. Ihid.

(5) Décision du 2S juillet 1776. Ibid.

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tendon des places de moines lais, et aucune différence n'aurait plus été marquée entre ces prétendus malades et les invalides ordinaires ('). Mais ce mémoire est trop sujet à caution et trop tendancieux, pour cpi'on puisse faire absolument état de ses dires.

L'institution des moines lais est toute voisine d'une autre inté- ressaut également des malades particuliers, les « manicros ». Ce groupe comportait des invalides ayant perdu l'usage de leurs membres et à qui Ton devait payer des auxiliaires pour les servir et les nourrir. Ce terme de manicros désigne, tantôt l'indemnité accordée dans ce but, tantôt le malade lui-même. L'institution remonte aux premières années de THôtel. Le premier qui bénéficia de la gratification fut un nonnné Jean Dupuy, dit Malartigues, soldat sans bras(^^ Un invalide fut attaché à son service, moyennant une rétribution mensuelle de 4 francs. L'usage se répandit de donner un aide rétribué aux soldats incapables de se mouvoir. L'indemnité fut bientôt réduite à 4o s. <^3), pour être portée ensuite à 5o s. (^) et retomber enfin à 30 s. C^'K Le nombre des manicros augmentant beaucoup, une foule d'invalides blessés trouvant à leur gré de se procurer un aide cj[ue l'Hôtel rétribuait, une enquête minutieuse fut prescrite C'). Les résultats prouvèrent c^ue les places avaient été données avec tant d'arbitraire ou de négligence (7). qu'on résolut de couper court à ces habitudes. Le règlement du 4 décembre 1766 (^) supprima les manicros pour les recréer aussitôt en faveur de ceux que les officiers de santé en jugeraient dignes et à qui ils délivreraient des certificats. La dépense, jusque-là assez

(1) Arch. Nat., K, i6o5. D'après ce rapport, la nourriture devait être la même pour les moines lais qu'aux réfectoires ordinaires, sauf que « par respect de la tradition, on leur donnait une ou deux fois par mois, chacun deux boulettes pour souper ».

(2) Décision du 25 février 1689. Arch. de l'Hôtel, carton 61 et Recueil des Édits, etc.,

(3) Décision du lo mars 1713. Arch. de l'Hôtel, carton 61 et Recueil des Édits, etc.,

II, p. 209.

(4) Décision du lo novembre 1713. Reg. séances du conseil d'adm.. I.

(5) Décision du 29 décembre 1718. Ibid., I.

(6) Ordonnance du i4 août 1765. Ibid., III.

(7) Cf. Arch. Nat., g', 1282, n» 7. Mémoire au ministre, 1770. «La manière dont on accordait ces traitements était si arbitraire... que sur les listes données et défectueuses, on comprenait des soldats qui étaient dans les compagnies détachées ou même des morts. »

(8) Reg. séances du conseil d'adm., III.

forte, puisqu'elle atteignait 1.600 liv. par mois, tomba, de suite, à 350 liv. Devant ces bons résultats, aucune augmentation dans la classe des manicros ne fut autorisée ; on voulut surtout mettre fin à l'habitude qu'avaient prise les invalides de faire une sorte de va-et-vient entre les infirmeries et la classe des manicros avec indemnité ('). Le comte de Saint-Germain fixa, comme pour les moines lais, le nombre des manicros à 100 : nul ne pouvait être admis parmi eux, sinon à une place vacante et sur la présentation de certificats signés du médecin et du chirurgien. Si le malade demandait à entrer aux infirmeries, il y restait sa vie durant et perdait droit à son indemnité'^''). Le montant de cette indemnité était fixé à 3 liv. par mois pour les officiers et 30 s. pour les soldats, ce cjui constituait pour l'Hôtel une dépense annuelle de 3.000 liv. Toutes ces dispositions restèrent lettre morte dès que le comte de Saint-Germain ne fut plus là pour y tenir la main. Dès 17S0. on voit la gratification accordée à un officier en traitement aux infirmeries et portée même jusqu'à 6 liv. <^3). Quand arriva la Révolution, le nombre des manicros avait encore augmenté malgré les règlements.

Les aliénés et les faibles d'esprit étaient également traités à part. Confiés aux soins d'infirmiers spéciaux (^), ils étaient en traitement dans des locaux appelés « loges (-^' ». tant que Ton espérait pouvoir les guérir. Ces loges étaient considérées comme très malsaines à cause de l'humidité : le ministre avait prescrit des travaux d'assainissement qui furent inutiles <^^\ Ces loges servaient aussi de locaux disciplinaires (■). Le duc de Choiseul supprima cette coutume, estimant « c^u'il est humiliant et immoral d'enfermer les coupables avec les fous ; il y a là un avilissement, un danger de déranger des têtes mal organisées qui auraient quelques disposi-

(1) Dt-cision du ii septembre 1775. Reg. séances du conseil d'adtii.. III.

(2) Décision du 18 juillet 1776. Arch. de l'Hôtel, carton 61.

(3) Décision du 16 juin 1780. Reg. séances du conseil d'adm., IV.

(4) Décision du 4 mars 1780. Ihid.

(5) Actuellement, jardins et promenoirs en bordure sur le boulevard des Invalides.

(6) Décision du i8 août 177S. Reg. séances du conseil d'adm., IV.

(7) Les officiers des compagnies détachées, rappelés à l'Hôtel pour s'être mal conduits, seront mis un an aux arrêts et enfermés aux loges de l'Hôtel. Décision du 11 juin 1719. Ibid., II.

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tions à s'affaiblir, dispositions qu'on peut toujours supposer avec vraisemblance dans ceux qui s'écartent jusqu'à un certain point de leur devoir (i) ». Dès lors, ces loges furent réservées aux seuls aliénés; elles furent démolies en 1790. Des chirurgiens veillaient continuellement aux portes ('). Ceux des fous qu'on n'avait pas . espoir de ramener à la raison étaient envoyés dans des hôpitaux des environs, ou en province, dans des établissements religieux, à Bicétre (3), chez les frères de la Charité de Senlis (^), chez les Bons Fils de Saint- Venant (^\ chez les Bons Fils d'Armentières C^), ou les Cordeliers de Saint-Remy, en Provence'"», moyennant une pension payée, moitié par l'Hôtel, moitié par rExtrawdinaire des guerres, et variant entre 4oo et 600 liv. Les aliénés des compagnies détachées étaient aussi traités aux loges de l'Hôtel, ou envoyés, par les soins de la maréchaussée, dans les maisons religieuses de province ^^\

A côté de ces catégories particulières de malades, les officiers de santé avaient à traiter les invalides atteints de maladies ordinaires et surtout des affections des entrailles et des bronches (9). D'une façon générale, l'Hôtel des Invalides était dans un état sanitaire satisfaisant. On n'y signale pas d'épidémies importantes. De réelles précautions hygiéniques étaient, du reste, prises, et, à ce point de vue, la construction, en 174G, d'un aqueduc éloignant

(i) Lettre de Choiseul au conseil. Compiégne, jo septembre ijCli. Rot. séances du conseil d'adm., III.

(3) Gratification de 600 liv. au chirurgien frappé de deux coups de couteau à la poitrine et aux reins donnés par un soldat irlandais « malade et mal timbré en traitement ». Décision du 8 septembre 1718. Reg. séances du conseil d'adm., I.

(3) Décision d'envoyer à Bicétre un soldat du régiment de Limousin « imbécile, sourd-muet et incurable », i5 janvier 1774. Arch. de l'Hôtel, carton Gi.

(4) Cf. Envoi d'aliénés, 30 septembre 177S. Reg. séances du conseil d'adm.. IV. 31 juillet 1783. Arch. de l'Hôtel, carton 61. j j

(5) Cf. Envoi d'aliénés, 29 mars 17S4. ArcJi. de l'Hôtel, carton 61.

(6) Cf. Envoi d'aliénés, 28 juin 17S2. Ibid.

(7) Lettre de Ségur annonçant l'envoi de prisonniers. 21 mars 1783. Ibid.

(S) Lettre de Brienne annonçant l'arrivée à l'Hôtel d'un officier aliéné venant de la compagnie de Guinal, 6 septembre 17S8. Ibid.

(9) Lettre de Boyveau, directeur de l'Hôtel, disant queles infirmeries sont pleines d'invalides atteints, pour la plupart, <, de vieillesse, de bronchites, de pleurésies, d'hvdropisies ou de blessures, 1 Etat-major a des rhumes ou des fluxions », 17 janvier 170g. Arch. Hist., vol. 21S3, pièce 33. ' j / a

LES INFIRMERIES l4l

de l'Hôtel les éléments malsains fut un grand bienfait pour la salubrité de la maison.

Tous les malades étaient reçus et soignés aux infirmeries par les sœiu-s. La supérieure autorisait l'admission dans les salles, après l'avis conforme des médecins et des chirurgiens, visé par le major. Elle ne devait recevoir personne d'étranger à l'Hôtel sans un ordre exprès du ministre, pas même les domestiqties des officiers principaux de l'État-major. Les servants de l'Hôtel ne furent, dans les premières années, reçus aux infirmeries f^ue pour des indispositions légères dont la cure pouvait être terminée en huit ou dix jours. Quand la maladie était plus sérieuse, les domestiques devaient être transportés à l'Hôtel-Dieu, ou à tel autre endroit qu'ils étaient libres de choisir. Seuls pouvaient être soignés aux infirmeries de l'Hôtel, ceux qui avaient dix ans de service cians la maison (^).

La supérieure tenait un registre où les entrées à l'infirmerie et les sorties étaient notées, et qu'on contrôlait par celui mis à jour par le commissaire. Elle avait, nous l'avons vu, la haute main sur la pharmacie"': lui petit laboratoire placé tout auprès lui permettait de préparer les drogues; elle ne devait en délivrer aux habitants de l'Hôtel que sur la présentation d'un billet du commissaire, spécifiant l'usage qu'on en voulait faire (3). Les sœurs prenaient soin de faire ôter aux malades leur uniforme qu'on remettait au garde-magasin ; on leur remettait en échange une robe de chambre bleue et « tout le reste de l'équipage ordonné aux malades >^^ w. Chacun recevait une garniture complète de linge (^), des ustensiles de ménage poiu- prendre ses repas W.

(i) Décision du 25 mars 1G79. Reg. séances du conseil i'adm., I.

(2) Cette pharmacie située à côté de « l'appareil » était ornée de boiseries d"un travail admirable. Elles existent encore dans la bibliothèque qui a remplacé aujourd'hui l'infirmerie.

(3) Décision du i5 novembre 1725. Reg. séances du conseil d'adm., I.

(4) Décision du 30 mai 1G7G. Ibid.

(5) Cette garniture se composait de deux draps, une camisole, une chemise, un caleçon, une paire de bas, deux mouchoirs, une coiffe de nuit, une serviette, une taie d'oreiller et un drap à mettre sur le lit. Une décision du 20 juillet 1776 (Recueil des Edits, etc. II, p. 320), supprima, comme inutiles, le caleçon et les bas.

(6) On leur remettait deux pots, une tasse, une assiette, une écuclle, une saucière, une cuillère et un pot de chambre, le tout en étain.

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Pendant longtemps, on leur remit aussi deux paires de souliers, parfaitement inutiles puisqu'ils ne quittaient plus les infirmeries, et que les invalides s'arrangeaient souvent pour vendre à vil prix. En 1770, on donna en échange une paire de pantoufles tle buffle à « tout invalide en brouette ou hors d'état de marcher (') ».

Au début, la discipline paraît avoir été quelque peu relâchée aux infirmeries : les soldats valides y entraient comme l^on leur semblait, y menaient un train propre à incommoder les malades, y fumaient effrontément, apportaient ou vendaient à leurs compagnons en traitement des aliments de toute sorte. Quelques essais de répression étaient restés infructueux ('\ Le règlement du 3 janvier 1710 (3) rétablit une discipline sévère, en interdisant de fumer ailleurs que dans les salles destinées à cet usage, en défendant d'introduire aucune denrée aux infirmeries, et en rendant les sœurs responsables des violations qui pouvaient être apportées aux règlements.

Mais l'histoire des infirmeries aux Invalides nous montre toujours une longue suite d'abus, d'excès de pouvoir, le tout pour le plus grand dam des malades. Malgré les observations, les ordonnances, les enquêtes de tous genres prescrites par le ministre, un grand désordre régnait dans le service. On ne répartissait, tout d'abord, les invalides admis aux infirmeries que dans certaines très grandes catégories, nous l'avons vu; mais, parmi les malades, n'étaient mis à part que ceux dont les affections avaient un caractère particulièrement honteux ou repoussant, tels que les vénériens, les scorbuticiues ou les cancéreux ; tous les autres malades, que leurs affections fussent ou non contagieuses ou épidémiques, étaient soignés dans les mêmes salles. Ce ne fut qu'en 1766 qu'ils furent répartis en des services différents (^). Et ces maladies mêmes étaient soignées avec dévouement, mais sans clairvoyance. Dès qu'un invalide était admis aux infirmeries, au lieu de suppri-

(i) Recueil des Édits, etc., II, p. 227. Décision du 25 mai 1770.

(2) Cf. notamment une décision du 24 octobre 1676, défendant de vendre du pain et du vin aux infirmeries, sous peine d'une punition sévère. Un écu sera donné au dénonciateur. Reg. séances du conseil d'adm., I.

(3) Recueil des Édits, etc., I, p. 189 et suiv.

(4) Les invalides atteints de maladies contagieuses furent alors placés dans la salle de l'Angc-Gardien.

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mer sa ration de vin, on se contentait de la conper d'eau ^'\ En outre, dès qu'il pouvait manger et boire, si peu que ce fut, il était censé consommer autant (ju'un soldat en bonne santé, et touchait ses rations entières^--' de pain et de vin. qu'il \-endait ensuite ouvertement.

Un règlement intervint en lyGlj, «pii devait être provisoire et devint définitif. Les réformes (ju'il prescri\-ait avaient été proposées au Roi le i4 novembre. Il fut publié le iS du même mois (3). La plus grande sévérité était recommandée dans l'admission aux infirmeries et les officiers de santé avaient ordre de n'y garder aucun invalide une fois guéri ; les malades étaient distingués suivant la nature de leurs affections particulières : les portions de pain et de vin étaient réduites suivant les instructions journalières des feuilles de visite ; il fut sévèrement interdit aux invalides d'apporter à leurs compagnons des aliments d'aucune sorte, et quant aux personnes du dehors, elles ne fm-ent admises à visiter les malades qu'une fois par semaine, et pendant deux heures seulement.

Nous pouvons, par ce règlement, nous faire une idée de l'ordre du service joiu-nalier aux infirmeries : deux sœurs y veillaient jour et nuit dans chaciue salle : à l'aube, elles distribuaient du 1)ouillon aux malades avant la visite que venaient passer, à six heures du matin, le médecin et le major. Ceux qui pouvaient se lever, (pji avaient à se faire panser ou à demander leur admission aux infirmeries se présentaient immédiatement après la visite dans une salle appelée « l'appareil » <^'. Là étaient les armoires à drogues et tout le matériel de pansement. I^es deux chirurgiens de garde y couchaient, alors que le chirurgien gagnant maîtrise passait la nuit dans l'infirmerie méme(^). Les officiers de santé signaient leurs ordonnances dans la salle de l'appareil, et le chirurgien herniaire, cjui venait chaque semaine à l'Hôtel, y donnait ses consultations.

(i) Arch. de l'Hôtel, carton Sg.

(l) Arch. Nat., Q«, 1282, 3, n" 7. Rapport au miiiistre, 1770.

(3) Arch. de VHàtel, carton 62.

(4) Cette salle, qui portait encore ce nom ces temps derniers, est située à côti- de la pharmacie et du poste de l'infirmerie.

(5) Le médecin et le chirurgien principal étaient logés dans l'Hôtel, dans le grand corps de bâtiment qui fait face à la Seine. Cf. Pérau, op. cit., p. 63.

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Après la visite passée à rinfirmerie. les lits étaient faits et les salles balayées ; après quoi, on distribuait les remèdes. Les médecins et chirurgiens faisaient une courte visite à (3 heures du soir. Les repas aux infirmeries avaient lieu à midi et à 6 heures 30 : après le souper, les sœurs faisaient aux malades une seconde distribution de remèdes. Ces remèdes étaient, pour la plupart, achetés 'à des entrepreneurs, les sœurs ne suffisant pas. malgré les conseils et l'aide de Fapothicaire, à les confectionner tous dans leur laboratoire. Ils étaient soumis à un examen minutieux de la part d'une commission composée : de l'apothicaire, du médecin de l'Hôtel et d'un autre médecin de Paris: sur leur avis favorable, la supérieure remettait son reçu à rentrepreneur (o. En principe, ces remèdes ne devaient être distribués qu'aux seuls malades des infirmeries et sur le vu d'un billet signé du médecin, mais, en fait, des gens n'appartenant pas à la maison s'y approvisionnaient de drogues. On débitait, du reste, une foule de choses dans cette apothicairerie, jusqu'à des « eaux de sentem- « et des bonbons, et les invalides assaillaient tout le jour les sœurs de demandes : c'était une source de dépenses réelles poin- l'Hôtel, sans compter les distributions de remèdes faites aux élèves de FÉcole de sellerie et à FÉcole de vétérinaires (^). Ces excès furent réprimés '/) et les sœurs reçurent l'ordre exprès de ne plus distribuer de remèdes, sans billet de médecin, qu'au gouverneur, au directeur, au major, au trésorier, au secrétaire général (^). Les sœurs avaient à répondre constamment aussi aux demandes de bouillon que leur faisaient les invalides. L'usage s'était, en effet, établi d'accorder une tasse de bouillon appelée « médecine de précaution » à tous ceux qui, se sentant indisposés, demandaient à se réconforter. Pour quelques soldats vraiment malades, le nombre était grand de ceux qui profitaient seulement de l'occasion de compléter ainsi leur repas. On mit fin à une couttune préjudiciable aux vrais malades de l'infirmerie, à qui elle diminuait leur part de bouillon (5). On renvoya de même des infir-

(1) Décision du 16 mars 1742. Reg. séances du conseil d'adm.. II.

(2) Arch. Nat., Qi, 1282, a» 7. Cf. Mémoire au miuistre, 1770.

(3) Décision du 3 janvier 1770. Reg. séances du conseil d'adm., III.

(4) Décision du 30 juillet 1776. Arch. de l'Hôtel, carton 6q.

(5) Décision du 28 juillet 1776. Recueil des Édits, etc., II, p. 320.

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meries tous les étrangers qui s'y glissaient, jusqu'à des femmes de mauvaise vie('). On interdit aux invalides guéris d'aller chercher eux-mêmes leurs vêtements déposés chez le garde-magasin, car ils profitaient de Toccasion potir se faire donner en contrebande des portions supplémentaires («). Un sergent de leur compagnie fut chargé pour eux de cet office. Enfin l'on décida de fermer les salles de bains des infirmeries uniquement destinées aux malades et qui étaient envahies, en été. par des invalides bien portants <^3). Grâce à cette série de mesures rigoureuses. Tordre fut à peu près rétabli aux infirmeries et Ton ne signale plus guère d'abus sérieux jusqu'à la Révolution. Par contre, diverses améliorations furent apportées au service : les salles furent munies, en 177G. d'une machine électrique (^) ; en 17S5, d'vm «appareil appelé ventilateur»*''). En 1778, des agrandissements furent effectués, et une vaste salle fut construite, exposée au midi, et réservée aux officiers. Elle donnait sur la cour de la boulangerie *'^'*. Elle comptait (j^uarante lits et portait le nom de salle Saint-Joseph. La salle Notre-Dame fut alors entièrement consacrée aux bas officiers et aux soldats.

L'admission aux infirmeries fut étendue à de nouveaux malades, mais plus étroitement surveillée. Déjà depuis 1766, la création d'un commis aux entrées à l'infirmerie avait remis de l'ordre dans le contrôle. Il avait pour mission de recevoir les billets des malades admis dans les salles ; il tenait un registre où le nom des malades était noté, avec la nature de leur maladie et la date de leur entrée aux infirmeries. Des états par jour et par mois étaient extraits de ce registre et servaient au contrôle de la comptabilité (7). Cette innovation permit d'admettre plus de monde aux infimeries de l'Hôtel. A la fin de 1776. le comte de Saint-Germain y admettait tous les invalides que l'ordonnance de juin avait renvoyés, et qui se trouvaient malades ou blessés dans les environs de la

(1) Arch. Nat., Q', x2Si2, ii» 7. Cf. Mémoire au ministre 1770.

(2) Décision du 2S juillet 1776. Recueil des Édits etc., II, p. 320.

(3) Décision du 9 octobre 1776. Arch. de l'Hôtel, carton 62.

(4) Décision du 12 août 1775. Recueil des Édits etc., II, p. 276.

(5) Décision du 21 mai 1785. Reg. séances du conseil d'adm., IV. Ce ventilateur coûta à l'Hôtel 2.553 liv. 6 s. S d.

(6) Décision du 31 mars 177S. Ibid.

(7) Instruction du 25 février 1766. Recueil des Edits etc., II, p. 129.

IIÔTKI, DES INVALIDES 10

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maison <^'\ La mesure fut, quelque temps après, étendue aux invalides externes, logés au Gros-Caillou, et aux soldats en activité, casernes à Paris, à condition qu'ils payassent une petite indemnité (^) ; les soldats envoyés des provinces à Paris, pour y lever des recrues, jouissaient de la même faveur. Ils furent admis aux infirmeries moyennant une pension de 16 s. par jour (3). En 17S6 les salles furent ouvertes aux domestiques civils des fonctionnaires de l'Hôtel, moyennant 20 s. par jour (^). Enfin, à la veille de la Révolution, l'autorisation fut donnée d'admettre dans les infirmeries, tous les malades des troupes campées au Champ de Mars ^'^K Le prix de la pension avait varié : de 16s., la pension journalière du soldat fut abaissée à i5 s. et celle de l'officier fixée à 2 liv. i4 s. 6 d. (^). L'année suivante, les officiers détachés à Paris ne furent plus astreints qu'à une indemnité de 30 s. par

jour

Il faut enfin signaler le fait que, pour compléter le traitement donné aux malades, les officiers de santé les envoyaient souvent achever leur convalescence dans quelc|ue ville d'eau (^) ou au bord de la mer ^9).

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